jeudi 22 mai 2008

Si on ne change rien...



Beaucoup connaissent ma fascination pour la formule de Tommaso de Lampedusa "bisogna che tutto cambi perché tutto rimanga com’è". Il faut que tout change si l'on veut que tout reste en l'Etat.





Le système actuel des retraites a été construit il y a cinquante ans, quand tout le monde avait du travail, que beaucoup commençaient à travailler à 14 ans et que la moyenne de durée de vie pour les hommes était de moins de 70 ans. Beaucoup arrêtaient le travail à 65 pour mourrir quelques mois plus tard. La retraite s'adressait à des organismes fatigués et pas aux retraités que l'on rencontre plein de santé, de générosité et de vigueur dont nous espérons tous faire partie le plus vite possible.


D'ailleurs on a longtemps pensé que l'acquis majeur sur les retraites devait s'obtenir en diminuant la durée du travail.


Heureusement, les vrais acquis ont été ailleurs.


En premier lieu, le travail s'est étendu aux femmes dont une bonne partie en était exclue pour des raisons de pesanteurs historiques, culturelles et idéologiques. L'équilibre français du système des retraites provient bien de l'augmentation de la part salariée du travail des femmes. Le travail est le lieu de l'autonomie bien plus encore que celui de l'aliénation. L'ouverture du travail aux femmes est un acquis.





En second lieu, la durée des études s'est allongée. Cela n'est pas sans créer de difficultés, mais c'est aussi un vrai acquis. On n'imagine pas que quelconque pouvoir revienne là dessus.





En troisième lieu, et l'on peut penser honnêtement et sans trop pêcher par excès d'optimisme que l'extension de la durée de vie est un acquis. Un homme vit en moyenne 76,7 ans et une femme un peu plus de 83 ans. C'est heureusement une moyenne qui ne cessent de s'améliorer.

Ces acquis ne sont pas forcément des acquis sociaux. Ils se sont imposés par l'évolution d'une société plus ouverte, plus instruite, plus exigente. Gageons que la qualité et la quantité de vie va encore s'étendre avec les mesures prises contre la vitesse au volant, l'alcool et la cigarette. Eh oui ! La vie et l'individu sont des valeurs sociales irréfragables






Reste le fait que, malgré les progrès de la productivité, il reste difficile d'assumer le financement de 80 ans de la vie d'un individu par les 35 années de travail qui s'étendent de 25 à 60 ans.





Personne ne demande ça, c'est vrai ... Mais c'est un peu dans une logique évidente de revendication individuelle. C'est vrai : bien peu de gens se voient travailler au delà de 60 ans. J'entendais un manifestant sur France Inter (non, pas sur France Inter, ils étaient en grève, donc c'était ailleurs) dire que d'accord, il savait qu'il vivrait plus longtemps mais il n'était pas sur qu'il serait en bonne santé. C'est aussi le problème ! S'il est en mauvaise santé, il coutera plus cher. Et pourtant, il doit être assuré d'une qualité de soin qui l'accompagne le mieux possible jusqu'à la fin du voyage. Parce que la vie, ça compte, et ça doit continuer de compter de plus en plus dans une société évoluée et évoluant.

Voilà pourquoi on ne peut parler que du problème de la retraite sans évoquer l'organisation de la vie entière, celle qui, partant de la maternité, va de la maternelle aux études supérieures, à l'entrée dans le monde du travail, sa continuité, la pénibilité du travail, son organisation... Si l'on améliore pas les conditions de travail, si l'on ne reconnait pas comme objectif la promotion d'un travail plaisant ou tout au moins satisfaisant, on aura fait des réformes pour rien.


C'est vrai que l'augmentation de la durée de cotisation (à 41 ans par exemple, pour l'instant, en attendant pire) n'a pas de sens si les entreprises se séparent de leurs travailleurs âgés (âgés parfois de seulement un peu plus de 50 ans). C'est vrai que cette même augmentation ne peut provoquer que douleurs et hurlements chez des travailleurs qui attendent leurs 60 ans dès 50 ans parce que leur travail est insupportable.


En fait, ce problème des retraites nous montre à quel point notre société est à un tournant. Que si elle veut maintenir la qualité de vie, elle doit se réformer. Si nous voulons rester nous même, nous devons tout changer !


Nous devons savoir ce que nous voulons et comment nous le voulons. C'est le rôle de la politique, et c'est pour ça que la politique, c'est drôlement intéressant... et que ça risque de le devenir de plus en plus... En dehors des utopies et des postures, de nombreux combats se dessinent. Comment voulons nous vivre et comment voyons nous la vie de nos enfants...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ben oui c'est interessant la politique, c'est surtout necessaire, incontournable. Nous faisons tous "de la politique" même si nous n'en avons pas conscience.
Nous ne pouvons pas ne rien changer, cela ne s'est jamais vu historiquement. C'est le XIXème siècle qui a donné de la valeur à cette idée de ne rien changer (en l'appelant stabilité); Mais même en le voulant, en l'institutionalisant la pensée humaine n'est pas statique, donc nous avançons et nous changeons de gré ou de force !
A.Grillo

Olivier a dit…

Exactement Agnès, et de cela, je retiens deux choses : la première c'est que, si le conservatisme est une utopie, l'utopie est, elle aussi, conservatrice.
Le monde bouge. A nous de faire en sorte qu'il soit notre monde, de nous y adapter et de l'adapter à nous ... avec toutes les difficultés que cela comporte.
La deuxième, c'est que je suis bien sur d'accord sur ta formulation " nous faisons tous de la politique..."
Je préfère à l'autre formulation désuète et fausse qui dit que "Tout est politique" ... et à laquelle Milan Kundera a réglé définitivement son compte.