lundi 29 avril 2013

Patricia veut faire l'amour

Patricia Assouline, qui a promis de participer au prochain
café radical. La date reste à confirmer.

 Patricia a parlé. 
Avant que Patricia ne prenne la parole, on parlait d'assistant sexuel, on parlait de handicap, on parlait de prostitution, on parlait de comité d'éthique, on parlait de tout ça, parfois gêné, parfois sûr de soi, parfois on s'engueulait là dessus, souvent on avait peur ... 


Patricia Assouline est comédienne
Et puis, un jour, le 28 mars, Patricia a parlé. Elle a publié une tribune dans Libération. Patricia en avait marre qu'on parle pour elle. Ça peut se comprendre. C'était à la suite de la parution de l'avis du comité d'éthique qui avait rendu sa décision visant à empêcher la création du rôle d'assistant sexuel dans la société française. Patricia Assouline a craqué.
Patricia Assouline a parlé en tant que femme. Elle a parlé en tant que femme handicapée. Elle a parlé en tant que femme cultivée, socialement insérée. Patricia est comédienne. Elle a parlé en tant que femme pleine d'énergie et de désir.  Et elle a expliqué dans une tribune tout le bien qu'elle pensait du principe d'assistant sexuel, elle a expliqué toute son incompréhension du refus du statut d'assistant sexuel dans un monde d'entraide et d'attention, dans un monde marchand, en pleine évolution, dans notre monde de culture.
Forcément, la parole de Patricia interroge. Voilà pourquoi elle a été invitée au lendemain de la parution de sa tribune par France inter. 
Voilà pourquoi le café radical a pris contact avec elle.
Et voilà : Patricia sera la prochaine invitée du café radical, elle a gentiment donné son accord pour participer 
La date et le lieu vous seront précisés ultérieurement. 
Ci dessous, l'article paru dans Libération  ...


« Je veux faire l’amour » par Patricia Assouline comédienne, handicapée moteur


Article paru dans « Libération » du 28 mars 2013


A Mesdames et Messieurs les membres du Comité consultatif national d’éthique,


Suite à l’annonce concernant votre décision de refuser des assistants sexuels pour personnes handicapées (1), je suis profondément triste et surtout révoltée par votre décision. Aujourd’hui, je voudrais prendre la parole pour dire mon indignation face à votre refus. Je suis une femme âgée de 41 ans et je suis handicapée motrice. Je ne peux bouger ni les bras ni les jambes et je suis en fauteuil roulant. Par conséquent, je suis totalement dépendante d’une tierce personne. Je possède cependant toutes mes facultés intellectuelles.


Depuis de très nombreuses années, je me bats au quotidien pour que ma vie ressemble un tant soit peu à celle de Monsieur et Madame Tout-le-Monde, prenant bien évidemment en compte les nombreux obstacles qui se présentent à moi. Comme tout être humain, j’ai des désirs intellectuels mais aussi des désirs physiques et c’est là que cela se complique pour moi.


Même avec la plus grande volonté du monde, je ne peux donner satisfaction à mon corps qui se tord de douleur chaque jour tant sa demande est forte. Il ne cesse de me réclamer de la tendresse, des caresses, des baisers ou tout simplement d’être allongée contre un autre et de sentir sa chaleur. Est-ce trop demander ? Pourquoi, alors que dans d’autres pays où la mise en place d’assistants sexuels fonctionne à merveille et sans aucune dérive, contrairement à vos craintes, ne voit-elle pas le jour en France en 2013 ?


De tout temps, la prostitution a existé, dans notre pays comme ailleurs. Dans le cas concret des assistants sexuels, il me semble plus judicieux de parler de rencontres humaines plutôt que de prostitution. En effet, même s’il peut y avoir des rapports sexuels, il ne faut pas oublier le côté humain : pouvoir parler, avoir des gestes tendres, se sentir vibrer. Tout ceci peut, l’espace d’un instant, sortir la personne en situation de handicap d’une misère affective et sexuelle dramatique. Il ne s’agit pas là de faire de l’assistanat social car, même si cela relève d’une difficulté immense, j’essaie par tous les moyens de nourrir mon esprit. Je m’organise pour sortir le plus souvent possible au théâtre, au cinéma, etc.


Seulement voilà, j’entends tous les jours les appels au secours de mon corps car lui aussi a besoin de se nourrir et là, je me sens impuissante ! Que dois-je faire ? Aller aux putes ? Pour tout vous avouer, j’y pense depuis plusieurs années. Mais c’est sans compter le coût que représenterait cette prestation et la difficulté que cela représenterait à mettre en place vu que je ne peux me déplacer sans l’aide d’un tiers. A cela vient s’ajouter la peur de se retrouver en face d’une personne inconnue et surtout sans aucune connaissance du handicap.


Sincèrement, ne pensez-vous pas qu’il serait plus subtil de former des personnes compétentes comme en Suisse, en Hollande et au Danemark ? Elles sont formées de nombreux mois pour faire face aux demandes des handicapés, apprenant les gestes adéquats et surtout, point très important, sont volontaires et en aucun cas forcées. Elles ont, par ailleurs, une vie de famille équilibrée et une profession. Ces prestations ne sont pour ces personnes que ponctuelles et ne sont, en aucun cas, un salaire pour vivre. Lorsque j’entends que le fait de payer quelqu’un serait une forme de prostitution, ne pensez-vous pas que l’argent empêche les dérives ?


En effet, cela pose des limites, des deux côtés. Du côté de la personne handicapée, d’abord, car elle pourrait trop s’attacher et il pourrait naître des sentiments ambigus. De l’autre côté, cela empêcherait toutes les dérives perverses et exclurait les cas sociaux. Voilà pourquoi la notion d’argent est à mon sens très importante.


En lisant de nombreux témoignages sur ce sujet, je constate que, très souvent, ce sont les hommes qui parlent. Or, je suis une femme et je veux crier haut et fort que nous, les femmes handicapées, avons des besoins sexuels au même titre que les hommes. Comme eux, nous avons des pulsions. Alors comment calmer ces attentes ? Je peux le dire : mon corps n’obtenant pas ce qu’il désire le plus au monde me le fait payer très cher en me faisant la guerre. Il m’entraîne vers le bas et, malgré ma force de caractère, je sens mes forces m’abandonner. Ce corps devient trop lourd pour mon esprit. Et je pense au titre du dernier livre de Marcel Nuss, grand défenseur des droits des handicapés : Je veux faire l’amour.


En lisant mes propos, je vous supplie donc de ne pas nous laisser dans cette détresse car je parle en mon nom mais aussi au nom des autres handicapé(e)s. Comprenez, s’il vous plaît, que votre refus nous inflige une double peine. Nous sommes déjà condamné(e)s du fait de notre handicap, mais vous nous condamnez aussi à une mort affective.


(1) « Libération » du 13 mars 2013.

4 commentaires:

Sylvia Mackert a dit…

Le véritable amour est beau et gratuit, il suffit de trouver le bon partenaire dans la vie et il y a des couples où l'un est valide et l'autre handicapé et cela ne pose pas de problème. Payer quelqu'un pour le faire poserait de nombreux problèmes éthiques à mon avis. On a dû défendre des personnes handicapées victimes d'abus sexuels autrefois et ce risque pourrait encore exister. La sexualité fait partie de la vie privée, c'est comme si on formait des gens à "tenir la chandelle" comme on dit, voire à pratiquer la sexualité allant d'un calin à des rapports qu'on veut de plus, d'après la lettre, sans attachement sentimental, alors que l'amour est sentiment vis à vis de quelqu'un, l'affection concerne les sentiments et l'amour de soi en fait partie aussi, je veux dire le respect de soi.

Ce ne serait pas du respect si on achète l'amour, soit des sentiments, soit les rapports, ce serait effectivement une forme de faire appel à la prostitution. Je ne pense pas qu'on formera des assistants sexuels remboursés par la Sécurité Sociale non plus. Attention aux dérives.

En attendant les salons de beauté, de massages et de bien être existent. Avec leurs limites.

Je conseillerai à cette femme de mettre une annonce dans une agence matrimoniale sérieuse pour trouver l'homme de sa vie.

D'autres personnes valides se privent parfois de nombreuses années après un divorce ou pour une autre raison et ne demandent pas pour autant une assistance sexuelle pour combler le vide de leur vie. Donc à ce niveau là, il y a égalité entre personnes valides ou invalides ou handicapées.

La misère affective ne se comble pas par "des professionnels" en ce genre, l'amour c'est gratuti, l'amour est un don, un cadeau de la vie.

Olivier Taconet a dit…

Votre raisonnement est admirable Sylvia, mais ne correspond à aucune réalité. Il n'y a de véritable amour que dans les cieux, et dans l'imaginaire chrétien, pour la plupart des humains, il y a la dure réalité à laquelle il faut bien se confronter.
Le corollaire de la vision chrétienne,que vous exposez, c'est que le désir sexuel est une faute, parce qu'il ne colle pas au véritable amour. Et bien sur, cela a signifié que les handicapés ne devaient pas avoir de sexualité, sinon, cela constituait une erreur. Pour moi, l'amour est quelque chose qui se construit de relations qui ne sont pas idéales, ou au moins pas toujours, qui sont heureuses ou malheureuses mais qui construisent des individus capables de prendre du bonheur et de donner du bonheur aux autres, pour moi la base de l'épanouissement sexuel, condition utile à un épanouissement complet de l'individu. Il peut y avoir une relation riche et durable entre un valide et un non valide, mais cela ne saurait être une règle, parce qu'en amour il n'y a pas de règle. A chacun de trouver sa voie ... mais on peut avoir besoin parfois dans la vie qu'on vous tienne la main.
C'est tout le débat. J'y reviendrai

Sylvia Mackert a dit…

Olivier, chaque être humain a sa façon de voir la sexualité, ses croyances ou ses idéaux.

La sexualité n'est pas "une faute" en soi, l'acheter par contre si. Du non sens. L'amour se construit, oui, vous avez raison et l'amour en principe grandit tous les jours un peu plus quand il y en a et que c'est réciproque. Acheter la sexualité, ce "service" n'est pas logique malgré tout à mon humble avis. La sexualité n'est pas une faute en soi, et ne l'a jamais été même dans le sens biblique, à condition qu'il y ait l'amour, le partage de deux personnes qui s'aiment. On ne parle pas uniquement de "besoins physiques" ou "pulsions". Nous ne sommes pas des bêtes à ce point là non plus, nous avons un cerveau, une psyché, une libido en la matière et cela est probablement ce qui nous diffère d'autres "animaux". Nous avons un cerveau pour réfléchir à nos actes et pas nous laisser entraîner par des pulsions, d'ailleurs parfois ces pulsions sont même punis par la loi, si certains rêvent du viol et passent à l'acte, et on les traitera de détraqués sexuels et de criminels.
Il y a toujours une limite en matière sexuelle qu'on veuille ou pas.
Et surtout la sexualité ne devrait pas devenir un sevice à acheter, car là on entre dans la prostitution de personnes !

Dominique Hactions a dit…

La demande de Patricia est légitime, elle s'adresse au-delà des personnes qui ne peuvent se donner du plaisir par elles-mêmes. C'est mon cas, je peux me servir de mes bras, mais comme elle l'explique fort bien mon lit est une coquille vide, il me manque la tendresse, la chaleur de l'autre...
Je sais que rien n'est simple, mais la seule voie est là. Ceux qui voudront l'emprunter, l'emprunteront et ceux qui seront retenus par des quelconques prétextes resteront comme ils sont. Il en va de la liberté de chacun, j'ai choisi mon camp. Après, c'est une histoire humaine qui se conduit entre deux adultes responsables, chacun définit la feuille de route de ce qu'il veut et l'autre en son âme et conscience peut choisir de rester sur une partition. Mais des fois dans le direct, tout peut devenir harmonie, tout le monde peut être débordé et alors oui, c'est une vrai libération. Du plaisir, du bonheur, du rêve...comme si il en pleuvait. Je souhaite à chacun de vivre ce qui lui correspond et d'oser vivre. La vie devient tout à coup beaucoup plus lumineuse...Amicalement. Domi
MINANA