dimanche 18 décembre 2011

quelque chose est en train de changer - le feuilleton de la fin d'année

1er épisode - Non à l'émiettement
Ce sont les paroles les moins tapageuses qui apportent la tempête... faisait dire Nietzsche à Zarathoustra.Entre les écarts de conduite du maire de Val de Reuil, et de le choix par tf1 de Louviers comme capitale de la politique française, on en aurait oublié que l'annonce de la création du pôle métropolitain entre les agglomérations de Rouen et de Louviers vient couronner une démarche qui modifie profondément le paysage politique de notre territoire.Il n’était que de voir jeudi dernier lors du conseil communautaire, Laurent Fabius président de la Créa, Thierry Delamarre président de Seine-Bord pour mesurer le chemin parcouru.
Franck Martin, voit ainsi l'aboutissement d’un projet inlassablement mené depuis son élection comme maire de Louviers en 1995.
Avec sa toute nouvelle équipe, le constat s’imposait que le travail à mener par la municipalité devrait porter au delà de la sphère communale.
A Louviers comme dans ses environs, la reconnaissance du pouvoir local se traduisait par un repli sur soi, un émiettement des pouvoirs et une méfiance généralisée.
On peut attribuer cela à divers facteurs dont le rôle joué par l’irruption de la ville nouvelle du Vaudreuil, vécue par les municipalités comme une agression d’État. Sans doute aussi, l’histoire formidable de Louviers, et les expériences Martin (Ernest) et Fromentin ont elles renforcé les missions et la légitimité du pouvoir communal à s’opposer aux volontés du pouvoir central.
Toujours est-il qu’en 1995, après une douzaine d’années du pouvoir déliquescent d’une droite sans projet, la structure communale s’apparentait à une coquille vide. Aucune coopération n'était possible entre ces communes qui manquaient autant de confiance en elles-mêmes que de confiance en les autres. L’émiettement de la coopération intercommunale se traduisait par la présidence automatique du maire de Louviers à 17 syndicats intercommunaux qui traitaient aussi bien de la distribution de l’eau, que de la gestion de la zone économique Ecoparc … à chaque nouvelle action publique, son syndicat !
Mais le problème était loin d’être propre à Louviers. Franck Martin avait pu constater au sein du Conseil général, ce même émiettement des pouvoirs se traduisant par une logique de soumission inacceptable pour un nouvel élu motivé par le désir d'agir. Le Conseil général est alors à droite, présidé par le Dr Collard dont la mission est d'empêcher que l'un des deux poids lourds de la droite (Jean-Louis Debré et Ladislas Poniatowski, les héritiers ...) prenne le pas sur l'autre. Franck Martin, nouvel élu de gauche, se cassait très régulièrement la tête contre les murs lorsqu’il évoquait à gauche la nécessité de construire une alternative, rappelant que la gauche avait présidé le conseil général en 1981. Tout se passait comme si chaque élu ne voyait dans le conseil général que le moyen d’apporter des aides pondérées aux projets communaux en échange de la reconnaissance nécessaire à la réélection.
Ce tableau sombre mesure le chemin parcouru ! Aujourd'hui, c'est un territoire cohérent et construit qui confronte son projet à celui de l’agglomération de Rouen. Il y a 15 ans, il n'y avait rien.
l'intercommunalité se construit sur des questions très concrètes. J’ai évoqué ci-dessus l’émiettement des syndicats intercommunaux, ce qui se traduisait notamment par un temps perdu considérable pour les maires … mais ce n’était là que leur moindre défaut.
Il n’est de meilleur exemple pour l’illustrer que de celui de cette entreprise qui explique à Franck Martin qu’elle envisage de quitter Louviers parce qu’elle marche trop bien et qu’elle ne peut s’étendre au sein de la commune. L'entreprise envisage de s'installer à Val de Reuil, à Valence (Espagne) ou à Milan ! Bien entendu, la moins catastrophique des solutions serait l’implantation dans la ville voisine, mais quelle conséquence pour Louviers qui verrait alors disparaître ses revenus avec la taxe professionnelle ! Tout ça pour une entreprise qui marche trop bien !
Bien entendu, la solution à ce problème était lié à la taxe professionnelle unique ! Ce système met fin à une concurrence idiote entre communes pour attirer les entreprises en unifiant les taux mais au delà, il fallait faire en sorte que les bénéfices de la taxe professionnelle soient répartis sur tout le bassin d'emploi. Ainsi Louviers et son tissu industriel ancien pouvait trouver son complément auprès de Val de Reuil, une commune disposant de zones industrielles qu'elle avait du mal à commercialiser.
Le tout se passait dans le contexte favorable de l’élection d’une municipalité de gauche, vue d’un bon œil par Bernard Amsalem, maire de Val de Reuil. En fait, très rapidement les discussions ont pu commencer entre les deux communes auxquelles s’est jointe celle d’Incarville. Ainsi commençait le début de la grande aventure du développement local dans ce qui allait devenir l'agglomération de Louviers.

à suivre ...
bientôt le 2e épisode : la (re)naissance d'un territoire

jeudi 8 décembre 2011

Les gilets pare-balles protègent-ils contre la misère ?

Incroyable la proposition du gouvernement l'autre soir à l'assemblée nationale lors du débat budgétaire. Valérie Pécresse, ministre du budget a proposé d'utiliser les l'argent destiné aux logements d'urgence ... pour équiper notre police de gilets pare-balles !
Espérons qu'il s'agit d'une décision irréfléchie, prise à la hâte par des cabinets débordés trop pressés d'ajuster des comptes et inconscients du triste ridicule dont ils vont affubler la ministre du budget. Je le répète, transformer les sommes allouées aux collectivités pour construire les logements d'urgence en équipements policiers !
Allons, Mme la ministre, contrairement à la misère, le ridicule ne tue pas ! Nul besoin de gilets pare-balle pour s'en protéger ! ...
Ci dessous, les extraits du débat à l'assemblée nationale (ça vaut son pesant de moutarde !)

... Mme Valérie Pécresse, ministre. Il s’agit de soutenir les communes pour l’acquisition de gilets pare-balles destinés à équiper les polices municipales.


Il est donc proposé d’élargir les missions du fonds d’amorçage pour l’équipement des communes au titre du procès-verbal électronique institué l’année dernière et doté de 7,5 millions d’euros.


M. Jean-Pierre Brard. Quel rapport entre le procès-verbal électronique et les gilets pare-balles ?


Mme Valérie Pécresse, ministre. Cette dotation sera complétée par 2 millions d’euros prélevés sur les excédents du fonds d’aide au relogement d’urgence....


M. Gilles Carrez, rapporteur général. Je ne suis pas favorable à cet amendement, madame la ministre. On financerait ces gilets pare-balles en prélevant 2 millions d’euros sur le fonds pour le relogement d’urgence. Franchement, ce n’est pas possible.


Je sais bien que le FARU a un excédent, que l’on a d’ailleurs déjà utilisé pour abonder la DGF. Mais aller prélever de l’argent destiné au relogement d’urgence pour financer des gilets pare-balles, même si ce sont ceux des polices municipales, non !


Mme Valérie Pécresse, ministre. Le fait est que les 5 millions d’euros prélevés sur le FARU ne seront pas dépensés d’ici la fin du mois. Nous pensons qu’ils seraient mieux utilisés dans le cadre de l’acquisition des gilets pare-balles. Ces crédits nous ont été demandés par les communes.


Vous savez combien il est difficile…


M. Gilles Carrez, rapporteur général. Qu’ils les trouvent sur les crédits ad hoc.


Mme Valérie Pécresse, ministre. Monsieur le rapporteur général, pour moi, en tant que ministre du budget, chaque euro doit être dépensé. Voilà, c’est tout.


Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Pierre Brard.


M. Jean-Pierre Brard. Cette proposition est invraisemblable. Je ne sais pas lequel de vos conseillers a eu cette idée, madame la ministre, mais si nous décernions comme le Canard enchaîné des « Noix d’honneur », il y aurait droit ! Vis-à-vis de l’opinion, vis-à-vis des associations, troquer des crédits destinés au relogement d’urgence contre des gilets pare-balles…


Si encore, madame la ministre, vous aviez proposé, compte tenu de la situation dramatique des SDF, de troquer une partie des crédits pour le relogement d’urgence contre des couvertures chauffantes, j’aurais compris. Mais contre des gilets pare-balles, non ! Le ridicule a ses limites, même si je sais comme vous tous que, depuis Mme de Sévigné, il ne tue plus, hélas !


Mme Valérie Pécresse, ministre. …et compte tenu du souci que vous exprimez de ne pas toucher aux excédents, qui ne seront pas dépensés, du fonds d’aide au relogement d’urgence, je vous propose de rectifier l’amendement et de simplement élargir les missions du fonds d’amorçage pour l’équipement des communes au titre du procès-verbal électronique institué l’année dernière et doté de 7,5 millions d’euros, sous plafond du fonds d’amorçage du procès-verbal électronique.


Mme la présidente. L’amendement n° 439 est donc rectifié. Le 2° est supprimé, et le 3° devient le 2°.


Quel est l’avis de la commission sur l’amendement n° 439 rectifié ?


M. Gilles Carrez, rapporteur général. Je suis désolé, mais j’y suis également défavorable.


Nous avons suivi, au comité des finances locales, la mise en place de ce fonds d’amorçage pour la procédure de procès-verbal électronique. Il est à peine doté. L’extension du PV électronique, c’est vraiment l’intérêt général, pas seulement celui des communes, mais aussi celui de l’État. Car je rappelle que dans le cadre de la loi de finances pour 2011, nous nous sommes mis d’accord pour qu’il y ait dorénavant un partage du produit des amendes, 48 % allant à l’État et 52 % aux collectivités territoriales. Nous n’avons pas suffisamment de fonds pour généraliser le PV électronique, dont on a pourtant besoin. Cela pose tout de même un énorme problème d’aller pénaliser le financement de cette procédure, à laquelle tout le monde adhère, pour acheter des gilets pare-balles ! ...


Mme Valérie Pécresse, ministre. Elles prendront la bonne décision, mais on ne peut me dire, comme hier, que l’État ne doit pas mettre à la charge des communes des obligations supplémentaires et, quand elles demandent de pouvoir disposer de l’argent nécessaire pour sécuriser leur police municipale, me répondre que ce n’est pas possible.


Monsieur le rapporteur général, nous sommes issus de la même région. Vous savez bien que face à la recrudescence de la violence, notamment dans certains quartiers de nos banlieues, le sujet de la protection des polices municipales se pose.


Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Pierre Brard.


M. Jean-Pierre Brard. Ç’en est trop ! C’est dommage, nous étions partis pour bien finir cette séance – enfin, relativement.


Tout d’abord, madame la ministre, c’est aux communes de faire leurs choix, librement et pas avec les transferts que vous proposez. Je trouve cela assez indécent. Surtout que, si j’en crois ce qu’on m’en dit, pour les soldats qui partent en Afghanistan, les gilets pare-balles sont de si mauvaise qualité qu’on laisse à leur charge l’achat de gilets pare-balles plus sûrs. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)


M. Jean-François Lamour. Ridicule ! C’est vous qui finissez mal, monsieur Brard !


M. Jean-Pierre Brard. Cet amendement est donc complètement déplacé. Et l’ire du rapporteur général me semble tout à fait justifiée.


...


M. Gilles Carrez, rapporteur général. J’ai une proposition, madame la ministre. Vous le savez – je me tourne vers Michel Bouvard parce que nous avons travaillé ensemble sur le sujet –, il existe un fonds d’intervention pour la prévention de la délinquance. Le FIPD – qui est d’ailleurs abondé par des crédits initialement destinés à la dotation globale de fonctionnement – finance toutes les actions nécessaires à la prévention de la délinquance. Ce fonds est fait pour cela. Finançons cette dépense de deux millions d’euros à partir du FIPD. Voilà la proposition que je vous fais.


Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.


Mme Valérie Pécresse, ministre. Je suis désolée, parce qu’en règle générale, nous nous retrouvons, avec M. le rapporteur général. Mais je ne peux pas accepter que l’on sacrifie des actions qui sont absolument nécessaires, qu’il s’agisse d’actions conduites en direction de certains publics pour prévenir la délinquance, ou qu’il s’agisse de soutiens aux collectivités dans leurs politiques de prévention. On ne sacrifiera pas la prévention de la délinquance pour l’achat de ces gilets. Nous avons besoin de ces budgets.


J’étais prête à trouver l’argent. M. Bouvard et d’autres me disent qu’il ne faut pas utiliser de l’argent non distribué. Je fais donc un effort pour trouver l’argent. Je vous le trouve sous plafond du procès-verbal électronique. Quoi qu’il en soit, il n’est pas question de le trouver sur les budgets de la prévention de la délinquance, qui sont ultra-nécessaires aujourd’hui en France.


M. Jean-Pierre Brard. Ce ne sont pas les seuls à être nécessaires : il y a la santé, l’aide sociale, et j’en passe.


Mme Valérie Pécresse, ministre. La prévention est nécessaire, mais si vous me dites que vous préférez la répression, monsieur Brard…


Mme la présidente. Madame la ministre, pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, serait-il possible de rappeler encore une fois quels sont les termes exacts de la rectification de votre amendement ?


Mme Valérie Pécresse, ministre. Il s’agit de supprimer l’alinéa concernant les 2 millions du fonds d’aide au relogement d’urgence qui ne sont pas dépensés. C’est le fonds d’amorçage des procès-verbaux électroniques qui peut être utilisé, si les communes en ont besoin et en font la demande, afin de financer des gilets pare-balles pour les polices municipales.


Sur le plan rédactionnel, le 2° est supprimé, en conséquence de quoi le 3° devient le 2°.


Mme la présidente. La parole est à M. le rapporteur général.


M. Gilles Carrez, rapporteur général. Je suis défavorable à l’amendement ainsi rectifié.


(L’amendement n° 439 rectifié n’est pas adopté.)






mardi 29 novembre 2011

Les sales gosses

Froid dans le dos



On sait que l'UMP veut, à l'occasion de la campagne électorale, faire oublier sa désastreuse politique en instrumentalisant le sentiment d'insécurité.


Le parti gouvernemental en vient à proposer l'élaboration d'un code pénal spécifique pour les mineurs, chargé de s'adapter au nouveaux phénomènes de délinquance.



Il y a de là quoi glacer tout ceux qui gardent en mémoire les terribles bagnes pour enfants qui ont notamment inspiré à Jacques Prévert son fameux poème : la chasse à l'enfant. En 1935, à Belle-Ile, des gardiens avaient en effet tabassé un petit bagnard avant que l'individu dangereux ne s'échappe et avait proposé une récompense de 20 francs à qui le récupérerait. Dans l'île, habitants et touristes s'étaient mêlés à cette sordide activité ... A tel point que la presse s'en était émue et qu'une campagne avait alors été lancée aboutissant quelques années plus tard à la fermeture des maisons de correction. C'était en 1935, et ça a amené l'ordonnance de février 45, la création d'un juge des enfants et d'une politique judiciaire spécifique en direction de l'enfance.


La mesure proposée par l'UMP est doublement inadaptée. D'abord parce qu'elle regarde vers le passé et amène inéluctablement à la nostalgie des colonies pénitentiaires et de leurs abominations, notamment décrite par Marie Rouanet...


Mais surtout, l'enfance, plus que jamais, est fragile. Les enfants d'aujourd'hui sont beaucoup plus en difficulté et déresponsabilisés qu'il y a 60 ans alors qu'on leur demande d'avoir un comportement d'adulte ... simplement parce que la cellule familiale est beaucoup plus faible, que l'accès au travail et à l'insertion qu'il procure est beaucoup plus tardif, que la confrontation aux réalités se fait de manière bien plus violente.


Bien entendu, nos jeunes font alors peur et cette peur permet d'appuyer toutes les démarches auritaristes. Pourtant, la solution du problème n'est pas là. Elle coûte plus cher à court terme, puisqu'il s'agit pour la société de jouer son rôle d'adulte. De prouver par les faits que la violence ne résout pas les problèmes et que la sanction chez l'enfant n'a aucune valeur si elle n'est d'abord éducative.


Ce rôle d'adulte, incombe d'autant plus à la société que celle-ci produit des parents faibles et immatures, qui d'ailleurs ne supportent plus les enfants ... l'exemple récent de ce père de famille qui a cru bon de punir son enfant de 3 ans en le passant dans la machine à laver en est bien sur la pire illustration.


En se cantonnant au domaine punitif, la société développe l'irresponsabilité, sans se donner les moyens de corriger les dérives qu'elle engendre.

vendredi 18 novembre 2011

Le cheval bleu de ma folie

Je vis avec Federico Garcia Lorca depuis mon adolescence.

Dès treize ans, je fus fasciné par ce poète disparu, véhicule exotique d’une Espagne perdue, révélateur indispensable de la sensualité de la jeunesse en espérance.


De « la femme adultère » à "la complainte pour Ignacio Sanchez Mejias", ses vers résonnaient en profondeur pour me donner accès à un monde à jamais à l’abri de la médiocrité adulte.


Sans doute d’ailleurs, Federico Garcia Lorca est-il à l’origine du choix que je fis d’apprendre l’espagnol en classe de seconde … et d’y apprendre bien plus que l’espagnol.




Grâce à lui, j’ai donc eu pour professeur Ilario Ortega, auquel je tiens à rendre hommage, parce qu’il fut l’un de ces rares personnages qui subsistent dans la mémoire de toute une scolarité. Les clefs qu'il m'a donné pour comprendre le monde sont de celles que l'on n'égare pas, même si l'on est, comme moi, assez distrait.



Il a été le premier à évoquer devant moi l’homosexualité du plus connu des poètes espagnols, et l’importance de celle-ci dans son œuvre. Il nous avait dit aussi que les circonstances de sa mort étaient mystérieuses et que celle-ci était probablement due à la jalousie d’un amant franquiste … Sans tarder je reviens sur ces propos qu’il faut corriger immédiatement. Si la mort de Garcia Lorca est due à son homosexualité, elle est essentiellement politique et pas du tout la conséquence d’une déconvenue amoureuse.



C’est ce que nous apprend Ian Gibson, dans « le cheval bleu de ma folie », ouvrage qui retrace précisément la vie et la mort du grand poète espagnol sous l’angle de son homosexualité, en dehors des légendes et a priori mensongers qui ont pu être diffusés par ses thuriféraires …. Tant le mensonge arrangeait tout le monde.




Federico Garcia Lorca est mort à 36 ans, en pleine gloire. Son œuvre était reconnue au point que ses poèmes figuraient dans les ouvrages scolaires ce qui reste encore exceptionnel aujourd’hui. Avoir 36 ans et être enseigné à l'école !




Federico Garcia Lorca était assez célèbre pour en plus cacher son homosexualité et cela était bien sur insupportable dans la société espagnole de l’époque, comme elle l’était d’ailleurs dans toute l’Europe. Son grand ami d’un temps, le génial Luis Buñuel, bien que pourfendeur de la bien-pensance, ne s’en est pas moins éloigné de lui pour cette raison, en faisant pression sur Salvador Dali pour qu’il en fasse de même. C’est dire si de l’autre coté de l’Espagne, celle de droite, celle qui allait se mettre aux cotés de l’Eglise et de l’armée pour combattre la République espagnole, l’existence même de Garcia Lorca était insupportable.




Grenade, la ville de Garcia Lorca, était aux yeux du poète, représentative de la pire bourgeoisie espagnole.




Ainsi, dès que cela a commencé à chauffer, dès que l’armée rebelle s’est constituée contre la République engageant à partir du sud de l’Espagne une guerre qui allait durer 3 ans, la visite de Garcia Lorca dans sa famille a été vécue comme une occasion unique par les éléments les plus furieux de la droite grenadine.




Garcia Lorca a donc été kidnappé, torturé, et torturé en tant qu’homosexuel, avec des violences physiques et sexuelles sans ambigüités. « On lui a tiré dans le cul –à coup de pistolet- parce qu’il était pédé ». Des balles qui ont été probablement tirées pour le torturer, avant qu’il ne soit achevé … on ne sait encore comment puisqu’on n’a toujours pas trouvé le corps.[1]



Tous ces faits ont été cachés à l’Espagne. Dans le clan franquiste, tout d’abord, puisqu’il s’agissait d’une exécution sommaire, sans jugement, réalisée par une bande de brutes ayant pignon sur rue. Ils ont été cachés, double peine, par sa famille et toute une partie de ses proches à cause du tabou continuant de peser (mais quel progrès quand même ! Penser que l’Espagne autorise aujourd’hui le mariage homosexuel !!!) sur l’homosexualité.




Ainsi, le poète a-t-il subi une double peine, celle d’être ignoré dans son être profond par ses proches et ses amis … après avoir été précisément assassiné à cause de ce qu’il était par ses ennemis. Il est mort, il y a 75 ans, et, si l’on commence à percevoir l’essentiel, l’on ne sait toujours pas tout de ce personnage si célèbre. Ainsi en va-t-il des guerres et des dictatures, ces grands pourvoyeurs de mensonges.


Et voilà, 75 ans après, à cause de l'acharnement d'un auteur, la vérité se dépoussière de ses mensonges bien et malveillants. Rien que cela méritait l'hommage que je rends à cet ouvrage.













[1] Vous pouvez, comme je l’ai fait moi-même vous rendre à proximité de Grenade sur le lieu où l’on suppose que Federico a été assassiné… Vous pourrez laisser, comme tant d’autres, un petit mot de témoignage… encore une fois, rien ne prouve que ce soit là qu’il ait été assassiné, mais il s’agit d’un lieu de recueillement inoubliable.

mercredi 16 novembre 2011

L'art français de la guerre

NOTE DE LECTURE :
Goncourt 2011, l'art Français de la guerre d'Alexis Jenni

Nous, les petits Français de moins de 65 ans, faisons partie de générations qui ont eu cet immense bonheur de ne pas avoir connu la guerre sur notre territoire … Nous sommes entourés de guerres et nous sommes tous heureux de ne pas avoir à la vivre.
Plus personne même pour dire "il leur faudrait une bonne guerre". Les plus anciens ont vécu la guerre d’Algérie… Les plus jeunes n'ont même plus à faire le service militaire.
Pourtant, nous sommes entourés de guerres, nous vivons avec cette horreur culpabilisante et terrorisante. C’est au fond ce que raconte Alexis Jenni dans son livre « l’Art français de la guerre », qui vient d’avoir le prix Goncourt.
Alexis Jenni est un Lyonnais de 47 ans. C’est important parce que son livre est le livre d’une génération, ou plutôt un livre de générations, qui explique le monde d’où l’on vient, le monde où l’on vit et le monde où l’on va.
Le héros du livre est né en 1926 et s’engage à 17 ans en 1943, dans la Résistance tout d’abord puis dans la série de guerres qui vont scander la décolonisation de la France.
Le coup de génie de De Gaulle, que Jenni appelle son mensonge, au-delà du sauvetage de la Nation française, permet de masquer la série de défaites consécutive à l’inéluctable décolonisation, parallèle à la modernisation de notre monde.
La guerre est en nous, et pourtant, elle ne nous apporte rien. C’est finalement ce que savent déjà ceux qui se sont engagés dans la Résistance et qui leur rend insupportable la soumission de leurs contemporains.
Le combat n’est pourtant plus celui-là. La réflexion sur la guerre est aussi une réflexion sur la force. Une force qui montre toute sa vanité aujourd’hui en Syrie, en Egypte, en Tunisie face à un monde qui s’écroule parce que son heure est venu, comme il s’est écroulé dans toute l’Urss. Tout ce qui s’appuie sur la force est au fond de l’ordre de la nostalgie et de la réaction.
Il empêche alors de comprendre le monde tel qu’il est et de tracer des perspectives d’avenir.
Au final, sans doute le livre de Jenni est un ouvrage dont on ne pouvait se passer. Il est la belle conclusion d’une période qui se noue, il est aussi l’introduction d’un monde en train de se créer, qui ne sait pas où il va et que nous avons à construire.

mardi 8 novembre 2011

Farce ou tragédie ?

L'Histoire se répète toujours deux fois disait un penseur allemand du 19e siècle, "la première fois comme tragédie, la deuxième fois comme farce" ...


Chevènement a décidé de se porter candidat à la Présidence de la République et on dirait que tout le monde s'en fout.

L'homme qui avait fait trembler la gauche, le père fouettard de la République, celui qui à la veille du tremblement de terre électoral du 21 Avril 2002, discutait du meilleur moyen d'envoyer les mineurs au trou, le novateur qui voulait faire revenir à la Marseillaise dans les écoles et revenir à l'ancien (c'est pas vrai, je sais, j'exagère...) franc ... a décidé de sortir du trou ... de concurrencer Mélenchon et Dupont Aignan... Sans qu'on sache ce qu'il pourrait proposer de concret. Chevènement a été complètement absent de la scène politique depuis des années. S'il avait autre chose à mettre en valeur que ses vieilles rancoeurs, gageons qu'il n'aurait pas gardé ça pour lui pendant toutes ces années.


Chevènement cherche-t-il à faire pression afin d'obtenir pour ses partisans quelques places d'éligibles supplémentaires ? Cette hypothèse donnerait au moins un sens à sa candidature, mais rappelons quand même que derrière sa personnalité jamais un parti n'a été capable de se construire, lors même qu'il avait le vent en poupe.

Actuellement que représente sa candidature alors qu'il aurait pu se servir des primaires en situant son courant au coeur de la gauche. Là, tout ce qu'il peut espérer c'est que sa candidature puisse en gros permettre l'élection de Nicolas Sarkozy... voire un deuxième tour droite extrême-droite. Lamentable !

lundi 7 novembre 2011

Citations ...

Qui a dit :



"Les troubles qui se sont produits dans les pays européens résultent uniquement de problèmes accumulés par une société en fin de course, vivant d'acquis sociaux"

Et qui a dit encore : "Je pense que les lois sociales sont obsolètes. Elles conduisent à la paresse, à l'indolence, plutôt qu'à travailler dur. Le système d'incitation est complètement détraqué"


Si vous cherchez du côté des ultra-libéraux, arrêtez tout de suite ! Ne cherchez pas non plus du côté de l'extrême droite. Au Front National, personne même parmi les plus durs, n'oseraient tenir de tels propos qui feraient passer De Villiers pour un dangereux gauchiste. Tout simplement parce que personne en France n'adhère plus à ces propos directement dirigés contre les acquis sociaux et contre les faibles depuis la deuxième guerre mondiale.


Mais ces propos sont intéressants à deux titres. Le premier c'est qu'il sonne définitivement le glas d'une espérance socialiste comme solution à la crise. Ce que le socialisme a apporté aux Chinois c'est un discours parfaitement cynique, complètement coupé des idéaux qui l'ont fondé, et sur lequel peuvent s'appuyer toutes les projets de dominations politique et économique. L'épanouissement de l'être humain, l'attention à l'autre sont rayés à jamais des préoccupations.

Le second c'est qu'il est bon de rappeler que le propos n'est pas tenu par un écervelé quelconque.

M. Jin li Qun digne représentant du régime où le seul parti politique admis est le parti communiste est le président du fonds souverain Chinois (China Investment
Corporation). Il explique pourquoi il faut sauver l'Europe et la zone Euro et donne des conseils qui prennent d'autant plus de poids que nous avons besoin de son argent (c'est ce qui ressort de la dernière réunion de crise européenne).

Ci dessous, quelques lignes extraites de l'article du Monde


qui reprenait les propos de M. Jin Li Qun :

- Le rôle du fonds souverain, dont les actifs s'élevaient fin 2010 à 298 Mds €, est de trouver des placements intéressants pour une partie des 2.318 Mds € de réserves de change accumulées par la deuxième économie mondiale.

Alors que l'opportunité de faire appel aux capitaux chinois fait débat dans les pays européens, le président Hu Jintao a déclaré avant le sommet du G20 à Cannes la semaine dernière que c'était "surtout à l'Europe de régler le problème de sa dette".

Pékin avait indiqué attendre des clarifications avant de s'engager à investir dans le nouveau mécanisme du Fonds européen de stabilité financière décidé lors du dernier sommet de Bruxelles. La Chine détiendrait d'ores et déjà plus de plus de 400 Mds € de dette souveraine européenne, selon des experts.