mercredi 30 octobre 2013

Thomas Piketty et la réforme fiscale

Thomas Piketty intervenant au club Jean Jaurès
L'économie semble si facile à l'écouter ...  A
voir si j'aurais la même impression à la lecture
de son ouvrage
Hasard du calendrier, la venue programmée à de Thomas Piketty, quelques semaines après sa sortie de son ouvrage Le capital au 21e siècle, correspondait pile poil à l'événement de la semaine : la suspension de l'écotaxe, venant après le renoncement sur la taxation à 15,5 % des profits sur les produits d'épargne.
Belle performance de la fondation Jean-Jaurès qui avait invité il y a quinze jours, Marcel Gauchet à parler de l'individualisme, le lendemain de la cantonales de Brignoles.
 
Deux jours après, Thomas Piketty était d'ailleurs invité sur France Inter pour parler des impôts... c'était ce matin.

A priori, Thomas Piketty n'était pas venu à la Fondation Jean Jaurès, pour parler d'autre chose que de son ouvrage, mais la question de l'impôt était dans toutes les  têtes. Il a d'ailleurs reparlé de la création de l'impôt sur le revenu, il y a 100 ans par le radical Joseph Caillaux. Il y a cent ans, c'était juste avant la 1ère guerre mondiale. Au delà de l'idée de justice sociale (Joseph Caillaux, spécialise de la fiscalité, travaille sur cette idée depuis plusieurs années), le consensus social sur l'impôt est imposé par la guerre.
Encore une fois, sur ce sujet, la France en impose au monde entier, et au monde moderne en particulier, qui reprendra le principe de l'impôt sur le revenu....
Ah, la France ... Nation si attendrissante, capable d'inventer l'impôt sur le revenu et incapable d'imposer la retenue à la source.
C'est que la France n'est pas vraiment terre de consensus. Penser qu'il aura fallu une guerre, la grande, pour que l'on parvienne à l'impôt progressif !
Penser qu'on était parvenu à un consensus entre la droite (qui était au pouvoir, Sarkozy-Fillon aux commandes), le centre qui était à la manœuvre (Borloo dirigeait avec brio les négociations sur le Grenelle de l'environnement), les Verts qui participaient avec sérieux et la gauche qui approuvait (seules 4 voix contre lors du vote à l'assemblée nationale). Dingue !
Et voilà tout ce travail foutu en l'air dès la première difficulté lors de son application ... Agriculteurs bretons, soutenus par la droite qui oublie qu'elle est à l'origine du processus, par le centre qui se désolidarise de Jean-Louis Borloo qui vient pourtant de fédérer les partis centristes, les Verts, qui retournent pudiquement la tête (sauf José Bové, seul à monter au créneau) et les socialistes qui cèdent sous la pression populaire ... Il était sain et logique que le gouvernement recule sur une mesure dont il n'était pas à l'origine.
Oui, il faut repenser la fiscalité. Oui, il faut aboutir au consensus. Faire en sorte que les mesures puissent être appliquées de manière pérenne dans un système fiscal à bout de souffle, où toute modification s'avère impossible.
La droite peut se gausser des reculs de la gauche en matière fiscale. Qu'on se souvienne des conséquences terribles de la décision unilatérale de Sarkozy de supprimer la taxe professionnelle. Ce n'est pas la mesure qui a été remise en cause, juste ses conséquences  !
L'ancienneté de notre système fiscal a, ou plutôt avait, un avantage qui consistait à fournir un état détaillé du patrimoine et des revenus. Mais si nous avons des données portant sur plus d'un siècle et qui ont notamment permis le travail de Piketty sur l'état du capital, il a aussi pour conséquence d'avoir été constamment aménagé pour s'adapter, et que le chat de Bercy n'y retrouve pas ses petits tant l'édifice est fragile, composé de niches anciennes.
L'impôt pourtant est une nécessité, tant le niveau d'endettement plombe notre économie. Mais là aussi, un consensus est nécessaire, pas en interne celui-là. Piketty a ainsi expliqué qu'en ce qui concerne l'Italie et la Grèce, les efforts de rationalisation fiscale ont été lourdement plombés par l'évasion fiscale, dont certains Etats Européens ont continué de profiter. ainsi Mario Monti a-t-il été logiquement rejeté aux élections législatives Italiennes, malgré sa grande popularité à l'origine, laissant le champ libre au populiste Beppe Grillo et permettant la réhabilitation de l'horrible Berlusconi.
La fiscalité n'est plus un problème purement national. Ce qui est sur, toutefois, c'est qu'un consensus national sur l'impôt serait un pas déterminant pour une politique européenne, voire mondiale ^de la fiscalité.
Désolé, je n'ai pas fait de compte-rendu détaillé de l'intervention de Thomas Piketty à la fondation Jean Jaurès. Promis, sitôt qu'il sera fait par la fondation Jean Jaurès elle même, je vous transmettrai le lien pour y parvenir.
En attendant, la réflexion est déjà engagée. Le renoncement à l'écotaxe est le point culminant de la crise fiscale. On a l'impression que sur ce sujet, chaque gouvernement se casse les dents, à force de ne vouloir prendre à bras le corps ce sujet impopulaire par excellence, sur lequel il n'y a que des coups à prendre.
La dette, les besoins croissants en matière de service et d'action publics nécessitent pourtant une fiscalité moderne, adaptée, et la plus juste possible. Quelqu'un dans le monde politique, peut-il s'opposer à ses principes ?
Ne pourrait-on pas charger Thomas Piketty d'une mission ministérielle sur ce point ?

 

 



4 commentaires:

Anonyme a dit…

Comme l'article est un peu long, je me permets d'ajouter quelques notes prises en guise de commentaires ... sachant que chacune de ces notes mériterait un débat, mais chacun peut commenter les commentaires.
Thomas Piketty signale tout d'abord un point important : il n'y a pas de baisse tendancielle du taux de profit. C'est ce que Marx avait avancé comme loi intangible du capital et qui devait mener celui-ci à sa perte... eh bien non, ça ne marche pas ! On a plus d'un siècle de recul et l'on peut s'apercevoir que le taux de profit ne baisse pas. Cela infirme aussi la thèse léniniste de l'impérialisme stade suprême du capitalisme, qui imposait d'aller chercher des marchés ailleurs et pour cela de conquérir de nouveaux marchés ou territoires.
Thomas Piketty juge que l'impôt sur l'héritage est une mauvaise idée, parce qu'il faut attendre l'héritage trop longtemps. Un être humain vit plus de 80 ans en moyenne, ce qui constitue un renouvellement de stock trop important.
Il vaut donc mieux imposer le capital.
Mais il y a un problème, c'est l'absence de cadastre financier, notamment en raison de l'évasion fiscale. On peut avoir une idée des plus grandes fortunes, grâce aux classements Forbes et autres, mais il est là aussi typique que ce classement soit effectué par des presses people, certes intéressantes, mais pas totalement fiables.
T. Piketty s'est aussi insurgé contre l'idée que le prélèvement à la source était compliqué. On est quasi les seuls à ne pas le faire ! Sauf que Thomas Piketty est revenu là-desssus, lorsque je lui ai demandé de dédicacer son livre. Oui, l'état du cadastre n'est pas si simple, là non plus. Le cafouillage de Sarkozy à la suite de la décision de supprimer la taxe professionnelle en est un bon exemple. Sans doute l'idée de remettre à plat l'ensemble des recettes fiscales serait un bon moyen. IL faudrait pour cela du consensus. L'heure n'est pas à cela... On est plutôt à l'heure actuelle dans la surenchère électoraliste, exacerbé par le Front National. Pour le reste, voilà, Piketty étant l'économiste à la mode, il n'y a plus qu'à lire ses livres et suivre ses interventions ... tout en restant critique. Après tout, ne m'a-t 'il pas dit en aparté le contraire de ce qu'il avait affirmé en public
Olivier Taconet

Sylvia Mackert a dit…

je ne connais pas ce monsieur et ses théorie, mais bon, les taxes, il y en a trop et c'est le "petit" citoyen qui en paye le plus que ce soit directement ou indirectement par rapport à son budget mensuel et le coût de la vie.

Une redevance télé est la même pour un millionnaire que pour un bénéficiaire du RSA activité, mais au pourcentage c'est le pauvre qui sort plus de sa poche. De même quel pourcentage de son salaire sort quelqu'un qui est cadre pour payer une baguette et combien un pauvre ?
Donc le pourcentage n'indique pas celui qui paie le plus et ceci que l'on impose le capital ou les revenus, et à un moment ou un autre c'est l'effet boomerang. L'écotaxe aurait pénalisé le pauvre encore plus tout comme L'IFER sur les entreprises de réseaux et de l'énergie se retrouve dans le prix de l'énergie qui retombe aussi sur les pauvres qui eux dépendent du choix du HLM en ce qui concernent le mode de chauffage collectif et qui doit s'acquitter de sa consommation, donc impôts compris dedans et s'il fait payer sa facture par l'aide sociale ça ira dans la poche des actionnaires au frais de l'état, donc la dette de l'état augmente et de même pour tout le reste, l'écotaxe en plus, le pauvre aura besoin de plus d'aides et la dette sociale augmente... tel est pris qui croyait prendre. Donc les taxes pas en overdose. On croit taxer le riche, mais le riche revient chercher encore plus chez le pauvre et l'état.

Olivier Taconet a dit…

Merci pour le commentaire Sylvia, mais tout indique à quel point il est compliqué de recourir à l'impôt qui est pourtant indispensable. Pas d'aide sociale sans impôt, notamment, parce que l'impôt est un instrument de redistribution, et là-dessus chacun aura toujours le sentiment qu'il en paye toujours trop.
On ne peut pas en même temps être attaché à son service public et renoncer à l'impôt.
Le tout est que l'impôt soit juste et efficace. L'impôt le plus injuste est sans doute, en dehors de la redevance télé, dont le prg avait demandé la suppression à l'époque, l'impôt local qui repose sur des abases ancienens st mal ajusté et où le revenu n'intervient pas. Est-il normal, de même que selon qu'on habite dans une commune ou dans une autre, parfois, en traversant juste sa rue, on paye beaucoup plus cher, parce que'une collectivité aura à supporter tout le poids de sa centralité et de ses services dont les habitants de l'autre commune profiteront tout autant.
Tout cela pour dire que c'est bien à une révision générale du système qu'il faut parvenir, ce qui est toujours très couteux politiquement. Tant qu'elle n'est pas faite, le système bénéficie toujours aux plus malin ou aux plus riches.

Sylvia Mackert a dit…

Olivier, je suis d'accord qu'il faut des impôts pour financer le service public, simplement beaucoup de choses ont changé à ce niveau, notamment à travers la privatisation, la restructuration et le PPP.

Donc on ne peut plus raisonner de la même façon pour augmenter l'impôt et de même en ce qui concerne la décentralisation et le transfert des compétences à cause de la restructuration etc, tout ça a été bouleversé et on ne peut pas avoir la même attitude au niveau des impôts qu'avant. Parfois cela va ailleurs que dans son propre territoire et côté national on aide moins, et l'argent va aussi ailleurs avec l'Europe et la mondialisation et l'aide aux pays pauvres, sans compter les guerres auxquelles on participe... tout ne va pas au service public ni aux pauvres, car on a aussi supprimé des aides aux pauvres. Donc voilà, il y a un malaise quelque part et il faut trouver le remède.

je viens de voir aussi que la Fondation N Hulot propose de l'épargne solidaire, bref, je me pose la question pourquoi on voulait taxer le livret A et le PEL et l'assurance vie pourtant "social" et placé en France ? le financement du logement social se faisait autrefois par le biais du livrait A et le plan d'épargne logement permettait de se prendre en charge au niveau du logement et pas peser sur le budget de l'état pour les HLM, donc de sortir par ses propres moyens. Rien à voir avec richesses ou millions. Un simple ouvrier pouvait acquérir sa maison, son logement. Aujourd'hui en location on ne s'en sort pas, car les prix ont aussi flambée alors que le reste était resté bloqué, en ce qui concernait le RMI, puis le RSA et des aides supprimées pour beaucoup en baissant les barèmes. Donc moins de service public plus d'impôts, plus de dettes pour l'état... on se plaint des salaires à payer aux petits fonctionnaires tout en ayant voté des augmentations pour les Haut Fonctionnaires pendant la crise et créé des parachutes dorés pour certains... donc voilà le service public des dernières années et avec la gauche on a du mal en ce moment, ils sont trop dur indirectement.