lundi 30 novembre 2009

Le 21 avril Suisse

C'est la grande surprise en Suisse, le coup de bambou, la gueule de bois... Bien sûr, on avait par ci par là, ressenti quelques prémisses... comme par exemple une attitude hostile aux français travailleurs frontaliers... Mais enfin, on le sait, une fois que le tremblement de terre a eu lieu, c'est tellement facile de dire qu'on avait senti les secousses... mais les faits sont là : le 29 novembre, ce dimanche, les Suisses ont émis un vote ouvertement raciste, un vote d'exclusion, présenté comme tel par les terribles affiches qui reliaient au vote pour l'interdiction des minarets au rejet de la burqa, et au rejet du terrorisme.

Personne ou presque en parle de l'aberration urbanistique que constitue l'interdiction a priori d'un type de bâtiment ...


Ce qui choque beaucoup plus c'est ce vote à 57,5 % pour l'interdiction alors que les sondages prédisaient un vote inverse à 53 % !


Il y a ce même refus honteux du sondé, mal à l'aise devant son choix à venir. Ce même sentiment qu'on a pu retrouver lors du vote sur l'Europe, en France et en Irlande...


Mais, bien sur, invariablement, c'est bien au 21 avril 2002 que cela fait penser. Ces victoires populistes si inattendues que les victorieux eux-mêmes ne savent pas quoi en faire ?




Les populistes ont été incapables de crier franchement victoire, tant ils se sont rendus compte que le commerce et les banques de leurs pays risquaient d'être affectées par un tel vote...


Bien sur la droite française et les populistes italiens emboîtent le pas ... avant que l'on ne se rende compte qu'une résolution de l'Onu empêche les Etats de prendre ce type de décision ... (autre clin d'oeil de l'Histoire : quelle conséquence aurait eu à Rome l'interdiction de construire des églises lorsqu'on n'y construisait que des temples ... ?)


Disons-le, les démocraties s'appuient sur l'opinion publique, et l'on peut facilement faire son beurre en politique sur les politiques d'exclusion ou de rejet... Mais la République a d'autres exigences, au premier rang desquelles figure le courage. Le courage d'aller contre le vent, le courage de faire comprendre que les solutions faciles et de rejet sont le contraire de solutions et qu'elles préparent aux plus grands malheurs, parce qu'elles empêchent les peuples de comprendre e de se comprendre. Le populisme, c'est bien cela : surfer sur les émotions malsaines et sur les peurs quitte à provoquer des catastrophes. Le pari des républicains est inverse : il s'appuie sur l'appel à l'intelligence pour précisément construire l'avenir, ensemble, en dépit des difficultés.


9 commentaires:

Anonyme a dit…

Le "racisme" ou disont "défensive" se pratique aussi sur les frontaliers allemands, j'ai eu le témoignage de mon frère qui a fait de mauvaises expériences. Il est Allemand et habite à la frontière suisse-allemande. Il a été frontalier et il a même vécu quelques mois en Suisse avant d'être aggressé et torturé. Et les coupables courent encore.
Quant aux minarets, je trouve dommage qu'on lutte d'un côté contre le bruit et qu'on veuille d'un autre côté autoriser que le Muezzin appelle à la prière comme dans les pays orientaux.
On a aussi le droit à une autodetermination démocratique de son pays, donc si la démocratie vote contre, il faut respecter cela sans que cela signifie du racisme pour autant.
Dommage aussi, si la Normandie perdait ses chaumières et maisons traditionnelles au bénéfice d'une architecture qui n'a rien à voir avec l'histoire locale. Adieu le tourisme et le patrimoine dans ce cas. Donc je comprends aussi la Suisse qui veut sauvegarder sa culture ou y revenir.
Il y a des limites quelque part sans qu'on crie au racisme sans arrêt.
J'avais moi-même parfois du mal à supporter les tam-tam africains quand il y avait des voisins qui pratiquaient la musique dans l'immeuble pas toujours dans le respect des voisins. J'ai moi aussi le droit de vivre ma culture européenne, franco-allemande et d'avoir mes préférences musicales.
La diversité c'est compliqué.
Les minarets, pour moi, c'est pas la France non plus, ce serait plutôt l'Algérie ou des pays islamiques.
Mais par tolérance, j'appliquerais la loi de la laïcité qui autorise ce genre de construction architecturale et culturelle, d'une culture importée. D'ailleurs, le christianisme l'a été aussi, et je suis chrétienne, mais quand je vois ça, je me dis que Dieu n'a pas voulu ça.
La religion chrétienne enseigne qu'il faut croire dans son coeur et parfois même pas aller à l'église, si on y pratique l'hypocrisie et qu'on fait semblant. Il vaut mieux prier chez soi tout seul, donc on n'a pas besoin des bâtiments religieux ou lieux de culte collectif pour croire et être fidèle.
On peut même faire des cultes en plein air, comme cela se fait l'été par moment.

Anonyme a dit…

La peur permet de signaler qu'on se sent en danger. C'est donc un sentiment plutôt sain et pas malsain et même tout à fait humain.

Sylvia Mackert

Anonyme a dit…

A quoi sert la démocratie si on n'a plus le droit de voter pour ou contre ?

Sylvia Mackert

Olivier Taconet a dit…

Effectivement, la question Suisse touche à tout un ensemble de problèmes...
Le racisme, la démocratie participative, la gestion politique, les relations internationales et l'urbanisme...
Le principe du référendum populaire permet en Suisse de poser soumettre n'importe quelle question à référendum... et ainsi de poser des questions qui ne se posent pas.
La question Suisse, posée par l'extrême droite n'était pas "faut-il interdire les minarets ?", mais est ce que vous trouver qu'on doive intégrer les étrangers, et pour tout dire, est ce que vous avez peur des arabes ?"
Et c'est là) qu'on retombe sur la logique du sentiment de peur qui est un mauvais sentiment... un sentiment primaire, que nous connaissons tous, mais que nous devons surmonter pour parvenir à notre humanité...
En occident, les minarets sont un élément décoratifs, ils ne servent pas pour l'appel du muezzin à la prière comme les cloches des églises par exemple.
Sur la haine et le rejet de l'autre, l'extrême droite avance toujours masquée... dans le pire comme dans le moindre...
Le pire a été le massacre des juifs par les nazis, bien entendu, mais qui n'a jamais été revendiqué, juste admis sous la preuve... Le moindre, c'est ce qui se passe dans la tête du sondé qui est incapable de déclarer ce qu'il va vraiment voter et qui plante l'institut de sondage... On est avec le racisme dans le plus bas de l'être humain, et cela a, bien sur à voir avec la peur.

Anonyme a dit…

Quand on fait trop confiance à l'autre on peut aussi tomber sur quelqu'un qui abuse de notre confiance pour nous détruire, ce qui m'est arrivé à un autre niveau. Donc surmonter ou supprimer la peur de l'autre ne serait pas toujours intelligent, c'est l'instinct de survie.
Il n'y a pas que des gentils dans notre monde.

Sylvia Mackert

Anonyme a dit…

La crainte n'évite pas le danger !
Le problème n'est pas tant la confiance que l'on n'a pas en l'autre que la confiance que l'on peut avoir en soi-même.
Ce qui fait d'ailleurs qu'on est obligé de s'en remettre à d'autres pour combattre ses peurs... A ce moment là : attention à ceux qui sont prêts à profiter de toutes les peurs

Armand a dit…

Je souscris à cet article.

Nous assistons à une marche de plus dans l'escalier de la droite populiste suisse.

Rappelez-vous l'affiche de l'UDC qui appelait clairement à rejeter du pays le mouton noir :
http://www.lemondedublog.com/images/AfficheUDC.png

Cette affiche a démontré le racisme qui motive l'UDC et le vote contre les minarets.

Nous pouvons apprécier qu'en France la culture laïque ne discrimine pas les musulmans comme des étrangers et qu'elle nous permette de distinguer d'une part la foi de nos concitoyens et, d'autre part, l'idéologie d'extrême-droite qui anime des bandes sectaires.

Encore qu'une frange de l'UMP - et pas la moindre - est douteuse en la matière avec ses références un peu trop prononcées en faveur de la France fille aînée de l'Eglise et autre chanoine de Latran... une UMP qui s'en prend à la Burqa au nom de la laïcité alors qu'il faudrait, au contraire, renforcer les services sociaux et les droits de la femme, tout simplement.

En tout cas aujourd'hui, nous avons des règles d'urbanisme qui incluent autant les minarets que les églises contemportaines qui jurent pourtant avec les centres villes anciens. Le tout étant de défendre les abords des Monuments historiques des projets immobiliers en tous genres

Néanmoins, qu'il me soit permis de poser une question au blog de ma fédération radicale de gauche :
pourquoi le site Lacaze de Val-de-Reuil est référencée depuis Radical27 alors qu'il est clairement orienté à droite ? Son article sur le vote suisse est d'ailleurs éloquent. En prenant excuse du vote suisse, il mélange défense de la laïcité et lutte contre l'intégrisme religieux. Bel aveu de sa pensée : il faut ravaler l'islam et ses minarets pour lutter contre l'intégrisme...
C'est tout sauf laïc, c'est de la discrimination à l'encontre de tous les musulmans ! Cet amalgame amène l'auteur de cet article à considérer que les musulmans progressistes sont une minorité que l'on n'écoute pas...

Olivier Taconet a dit…

A Armand, les blogs référencés sont ceux qui apportent quelque chose soit en terme d'amitié, soit en terme de communauté de pensée, soit en terme d'information ...
C'est vrai qu'avec Lacaze de Val de Reuil, nous ne partageons pas les mêmes idées sur tout... mais non seulement ce blog apportent des informations de toute première bourre, et parfaitement honnêtes, mais en plus il représente un point de vue qui peut parfois donner un éclairage utile.
Il représente en tout cas une liberté de pensée qui, en tant que telle, fait honneur à Val de Reuil et qui ne subit pas d'inféodation... Voilà pourquoi. Mon blog, celui du café radical, n'est par ailleurs pas celui de la fédération.
Merci en tous les cas d'être intervenu

Anonyme a dit…

La discussion pour ou contre les minarets n'a aucun sens en France, car la loi de la laïcité est incontournable, on a le droit de construire et pas le droit d'interdire, car la loi autorise le culte de toutes les religions, mais chaque pays est différent et on ne peut pas comparer les différentes législations avec la France.

Sylvia Mackert