mardi 29 avril 2008

La mise à jour idéologique du PS ouvre un débat


La convention nationale du parti socialiste doit se réunir le 14 juin pour adopter un texte de 21 articles redéfinissant ses principes fondateurs.
Le parti radical de gauche ne peut que se réjouir de la remise à jour idéologique du parti qui constitue encore la colonne vertébrale de la gauche. Sur le fond, le parti socialiste abandonne ses références marxistes, ne fait plus référence à la lutte de classes ou à la révolution … il se réfère, ainsi que les radicaux le font depuis des années aux valeurs humanistes, progressistes et républicaines, de celles que Mendès France a approfondi dans le concept de République Moderne.
On n’en est pas au renoncement du terme socialiste, même si, sur le fond on parle plus du socialisme comme d’une vision du monde que comme d’un projet politique. Il n’est pas question d’Etat socialiste, en revanche, on développe des thèmes nouveaux liés au développement durable, éloigné du développement planifié de l’économie. Les socialistes ne sont plus ceux qui veulent le socialisme, mais ceux qui prennent en compte la dimension sociale de l’économie de marché et souhaitent ainsi, par la redistribution, lutter contre les inégalités. Cela continue d’impliquer le développement des forces productives, mais l’innovation et la recherche dans l’économie sont aussi des valeurs à défendre en soi qui permettent d’améliorer le bien-être de l’humanité.
Le rôle de la puissance publique est affirmé, même si l’on parle peu d’Etat. Il y a des forces régulatrices, nécessaires dans le cadre d’une économie moderne et mondialisée. L’Europe y prend toute sa place. Le terme de gouvernance n’est pas repris.
Le parti socialiste s’affirme comme un parti républicain.
Pour les radicaux, c’est un progrès, c’est une manière de sortir de l’impasse de ce qu’on a appelé le molettisme, en référence à Guy Mollet, président du conseil, défendant sous un discours de rupture la pratique politique de toutes les compromissions. C’est le point de vue opposé de la pratique de Mendès France, qui a défendu une république moderne, ouvertement réformiste, mais sans concession avec sa démarche humaniste. Sur des faits précis, comme sur la décolonisation, on a pu voir à quel point ce n’étaient pas les discours qui fondaient une pratique de gauche, mais bien une volonté et la capacité à rendre des comptes devant le peuple.
En refusant l’impasse idéologique marxiste, les radicaux sont restés beaucoup plus collés à la réalité de la société et ont participé à son évolution de façon beaucoup plus moderne.
On pourrait se dire que la démarche du parti socialiste visant à moderniser son discours est précisément sans conséquence, puisque les discours sont sans conséquence. Ce n’est sans doute pas tout à fait vrai.
D’abord, le fait de vouloir mettre son discours en accord avec sa pratique est un signal intéressant.
En fait, depuis le congrès de Tours, qui avait vu la grande scission des socialistes Français en 1920 entre les communistes qui suivaient la révolution russe et les réformistes, il s’est produit tout un discours de culpabilisation qui a mis la gauche sous influence jusqu’à ce jour. Les réformistes ont toujours eu besoin d’affirmer qu’ils réformaient mais qu’ils ne sauraient renoncer au grand soir, et que leur pratique n’était que tactique.
C’est ce qui explique notamment que les radicaux se soient retrouvés marginalisés dans une logique de lutte des classes. Le discours globalisant socialiste collait par ailleurs parfaitement avec la culture politique française centralisatrice, s’accomodant d’un mode de décision échappant au commun des électeurs.
La France est l’un des derniers pays où le grand parti de gauche n’ait pas fait cette mue idéologique sans se voir marginalisé. Sans doute cette démarche est elle nécessaire pour que le parti socialiste ou le parti de gauche qui lui succédera redevienne un parti de gouvernement. On peut espérer que cette approche soit un premier pas qui, lié à une réflexion sur l’organisation générale de la gauche permette, parallèlement au choix d’un présidentiable lié à une dynamique d’ensemble ne soit plus soumis à une logique de courant interne au parti socialiste mais s’ouvre à une réflexion d’ensemble de la gauche s’appuyant sur des valeurs communes tout en s’ouvrant à un débat reprenant les besoins de rénovation de l’ensemble de la gauche.
En conclusion, la proposition de rénovation du projet socialiste répond bien à une attente de la gauche. Les radicaux ne peuvent s’en désintéresser. Il reste que le discours inadapté du parti socialiste n’était que son moindre défaut. Il lui reste à surmonter son organisation clanique qui passe par sa logique de courant ainsi que son isolement par rapport à l’ensemble de la gauche. La mise à jour idéologique est sans doute la conséquence de l’impuissance du parti socialiste à s’imposer comme force de gouvernement. Pour nous, la modernisation idéologique ne doit constituer qu’une mise en bouche avant une réflexion intégrant l’ensemble des forces d’une gauche moderne, réformatrice préalable à une prise de pouvoir.

1 commentaire:

Marguerite Berlin a dit…

A noter la réaction de Manuel Valls ce matin sur France Inter. Il va même jusqu'à dire qu'un changement de nom du parti socialiste est possible.
Cela aurait un double intérêt.
Le premier de mettre le nom du parti en cohérence avec son idéologie. Le socialisme n'est plus revendiqué par personne comme modèle d'organisation sociale au sein du parti socialiste, même par Mélenchon ...
Le deuxième, il permettrait de sortir de l'impasse du parti et proposer une ouverture à la culture de gauche. C'est ce qu'a fait le parti communiste italien, et ce serait une erreur de croire que la défaite de la gauche italienne en est la cause.