lundi 27 février 2012

modèle allemand ?



Les Présidentielles, c'est pas qu'en France. On a d'autant plus tendance à l'oublier que les présidentielles en Allemagne (je vais parler de l'Allemagne) n'ont qu'un aspect anecdotique.
Seulement les anecdotes ont un sens, bien entendu, et méritent, surtout en politique, interprétation.
Alors qu'on nous bassine depuis des années avec le modèle allemand, ce drôle d'événement nous ramène à la "vraie réalité"... Vous avez en vignette, une femme de stature internationale, qui vient de se déclarer candidate à la présidence de la République allemande : Mme Beate Klarsfeld.
En fait, autant vous dire carrément ce à quoi je veux en venir : les histoires allemandes et françaises sont terriblement imbriqués, mais aucun pays ne peut servir de modèle à l'autre.
Maintenant, je raconte l'histoire, cette Histoire qui a de terribles relents...
Commençons par le plus léger. Beate Klarsfeld est la maman du petit Arno. Arno Klarsfeld, cette personnalité people et bafouillante, qui a choisi de se mettre au service de Nicolas Sarkozy après avoir lancé la mode des avocats en patin à roulettes ...
M'enfin, on n'est pas là pour parler d'Arno .... Même si, sur le plan médiatique, Arno Klarsfeld avait jusqu'à ces derniers temps largement pris la place de ses parents, au point qu'on se serait demandé ce qu'ils étaient devenus.
Bref, où en étais je ?
Bon, retraçons l'histoire ... ou les histoires.
Nous avons une élection présidentielle en France, qui nous préoccupe ... mais nous avons aussi une élection présidentielle en Allemagne, pour des raisons très différentes. En Allemagne, répétons-le, le président de la République est une autorité morale ... et c'est pourquoi le Président de la République a dû démissionner pour une histoire de prêt bancaire indûment accordé qui fait penser à celle de Pierre Bérégovoy ... et bref, le Président de la République, choisi par Angela Merkel, est contraint à la démission. Du coup, on en appelle bien logiquement à une personnalité qui semble irréprochable et sur lequel les parlementaires allemands pensaient trouver consensus avant que la susdite Angela n'impose une autre personnalité marquée à droite : Christian Wulff. Justement celui qui à dû démissionner.
Back to the future, donc ! Angela Merkel a dû manger son chapeau et revenir sur son choix en proposant Joachim Gauck, le candidat déjà proposé par son opposition. Il s'agit d'un ancien pasteur qui, au moment de la réunification avait été chargé de l'ouverture des archives de la terrible Stasi, la police politique de l'Allemagne de l'Est, sous le régime politique communiste de la RDA, sous influence soviétique.
Ici, nous quittons le domaine anecdotique pour rentrer dans le dur. Rappelons que la Stasi a été à l'origine de la mise sous éteignoir de toute une population, s'appuyant sur un système de délation aussi sophistiqué qu'efficace et qui se trouve magnifiquement décrit dans le très beau film "La vie des autres"... La Stasi, c'étaient des gens parfois conduits à la mort, à la torture, à la prison en tous les cas et toute une population sous surveillance... Et un régime exécré ... Au point que le parti au pouvoir en Allemagne de l'Est a dû changer de nom, de leader et a cherché à se refaire une virginité ...
Or, qui lui a offert cette virginité, la frange de gauche du SPD, le parti socialiste allemand ... une frange de gauche, lancée par un Oskar Lafontaine, grand inspirateur de Mélenchon ... Parce qu'il n'y a pas que Sarkozy qui a son modèle allemand... Et la gauche du parti socialiste allemand a quitté celui-ci pour faire alliance avec les communistes ...
Bien sur, en France, ce n'est pas la même chose. Nous avons eu le bonheur de ne pas connaître la même histoire. Nous n'avons pas eu à vivre 44 ans de dictature communiste après 12 ans de dictature nazie...
Mais quand même, et justement ! Die Linke, équivalent allemand du Front de gauche, a éprouvé le besoin de s'opposer à la candidature qui faisait consensus ... Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il était insupportable pour les anciens communistes de soutenir la candidature de celui qui avait largement contribué à la reconstruction d'une nouvelle Allemagne, capable d'affronter la vérité de ses passés !
Et c'est là qu'intervient Beate Klarsfeld, personnalité irréprochable jusqu'à il y a quelques heures, qui a choisi d'endosser les habits de la honte.
Aucune critique vis à vis des communistes qui la soutiennent et qui s'opposent à la vérité historique... La seule critique vient sur le point de vue pro-palestinien de "die Linke"... Comme quoi Die Linke  elle même cherchaient juste une personnalité cacher leurs turpitudes.

Bien sur, tout cela peut paraître éloigné des débats sur le modèle allemand qui concernent essentiellement les domaines politiques et économiques... mais voilà, s'il n'y a pas de modèles, il y a des histoires et des influences. Il n'y a nulle part de modèle, il y a simplement un regard indispensable que nous devons avoir sur notre environnement, sur notre passé et. ceux des autres ... si nous voulons avoir un avenir en commun.

2 commentaires:

Sylvia Mackert a dit…

L'Allemagne ne se résume pas à ce parti politique.

Olivier Taconet a dit…

Bien sur que non ! Il ne s'agissait pas pour moi de résumer l'Allemagne ... mais bien évidemment de rappeler l'Histoire tragique du pays, et la façon dont les Mélenchonistes qui se moquent du modèle allemand prôné par Sarkozy, ont aussi un modèle allemand, avec une partie de l'Allemagne qui doit digérer un passé pas si ancien. Je le dis, prendre un modèle est un comportement infantile en politique comme en économie. Il faut construire un projet européen, pas se copier. Amicalement