dimanche 2 juin 2013

Merci à Patricia Assouline

Intelligence, émotion, vision, Patricia Assouline a été à la
hauteur des propos de sa tribune parue dans Libération. Elle a
lancé un pavé dans la mare qui n'a pas fini de faire des vagues
Autant le dire tout de suite, ce n'est pas sans appréhension que j'ai abordé le sujet de l’assistance sexuelle dans le cadre du café radical. J'ai demandé à Patricia Assouline de bien vouloir animer la séance parce qu'elle avait mis les pieds dans le plat et j'aime les gens qui mettent les pieds dans le plat. Mais, à l'heure du principe de précaution, je me méfiais un peu des conséquences.

Pourtant, en dépit de l'actualité brûlante du sujet, lors même que l'on pouvait s'attendre à des réactions bien vives à la suite du débat national autour du mariage pour tous, je n'ai guère eu que des encouragements ou intérêt appuyé de la part de personnes se manifestant de manière inhabituelle autour des manifestations du café radical. Et même si le nombre de participants a été nettement inférieur à celui espéré, j'ai eu de nombreuses excuses et demande de compte-rendu de débat, ce que je fais ce jour. 

Patricia Assouline à la hauteur

Premier point : Patricia a été à la hauteur de ce que l'on attendait d'elle. Une introduction rapide qui a posé les problèmes brut de décoffrage. Oui, la question est clairement posée de la revendication du plaisir et du corps, quelque soit son état. Oui, elle a été amoureuse, elle le sera, mais ce n'est pas la question. Oui, l'assistance sexuelle est une forme de prostitution, et alors ?
Louis-Marie Martin a donné un exemple
vivant de l'expérience Suisse.
Et alors, c'est précisément le problème. La prostitution est un tabou en France, après le débat de société ravageur de l'après guerre, fondateur de la quatrième République. Les bordels ont été heureusement éradiqués, et c'est une très bonne chose. Ce même lobby a été repris par une partie des féministes, flirtant parfois avec l'idéologie des ligues de vertu, et a abouti à la volonté d'interdire la prostitution, objectif affiché de Najat Vallaud-Belkacem, à peine nommée au gouvernement comme porte parole et chargée de la condition féminine. Cette prise de position allait dans le même sens que la réaction de Roselyne Bachelot, qui représente pourtant ce que la droite peut faire de mieux en matière d’ouverture d’esprit, à la question parlementaire de Jean-François Choissy, relatée par ailleurs sur ce blog.
Les témoignages sont venus de tous côtés. Il
a certes fallu attendre le 21e siècle pour que
le sujet de la sexualité soit traité. Mais le
problème se pose depuis toujours.
Le but n'était pourtant pas à l'origine de parler de prostitution. 

Mais les témoignages passionnants des participants, ont permis de situer clairement le problème. Louis-Marie Martin, a relaté la pratique Suisse où les assistants sexuels sont autorisés. Roland Liénard, premier adjoint du maire de Louviers, chargé du CCAS, mais surtout  ancien directeur du Moulin Vert, et porteur d'une grande expérience d'éducateur, relatait le malaise des professionnels accompagnant à la porte d'une caravane près du Bois de Boulogne, des pensionnaires ayant affaire aux services d'une prostituée apte à  rendre ce type de service. Nombreux ont été les témoignages, professionnels et familiaux qui ont donné de la couleur au débat.

Handicap, sexualité, deux sujets tabous

Le handicap fait peur, il nous renvoie à la culpabilité des bien-portants. Les handicaps ont été cachés, enfermés, comme autant d'éléments perturbateurs qui ne devaient pas se poser, dans un parallèle troublant avec la sexualité. A ceci près que les handicapés n'avaient pas la parole, sauf exception dont Cervantès est l'un des plus prestigieux exemples. 
Or, le handicap, le corps handicapé s'exhibe et se fait admettre. En témoignent l'intérêt pour les jeux olympiques pour handicapés et du prestige international de Pistorius. En témoigne le succès du film intouchables... qui par ailleurs aborde forcément le problème de la sexualité et de la prostitution, et il est à noter que l'un des aspects majeurs du film est bien l'aisance financière de son héros.
Comme l'a montré le débat sur le mariage
homosexuel, il n'est pas de débat sociétal
qui ne devienne un débat politique. C'est
en s'inscrivant dans cette perspective que le
café radical trouve son utilité.
Or précisément, la grande force du témoignage de Patricia vient du fait qu'elle provient d'une femme. Cette revendication du plaisir, de la satisfaction prend place dans le cadre de la revendication du plaisir féminin, qui va du best-seller érotique sur les nuances de gris, à la mise en place de rayon sex-toys dans les grands magasins. En fait, la marchandisation érotique a fini de toucher un public spécifiquement masculin. Le témoignage de Patricia infirme les propos de Roselyne Bachelot qui accusait implicitement le député pourtant à l'origine de la très importante loi sur l'accessibilité du 11 février 2005, de vouloir rétablir les bordels à la Papa. Sans doute l'assistance sexuelle est il une nouvelle forme de prostitution. Sans doute l'assistance sexuelle nous impose de repenser en France, comme en Europe d'ailleurs, notre rapport à la vente du corps et des services sexuels. Est-il logique que l'on interdise la prostitution en Suède, que l'on veuille l'interdire en France, alors qu'elle est autorisée en Espagne, en Allemagne et ailleurs sous des formes différentes, interdisant par la même d'avoir une politique internationale cohérente pour lutter contre l'esclavage sexuel ? 
Tout cela interroge la société qui doit en débattre sans tabou. Pour mettre une note personnelle, je dois dire que j'ai changé cent fois d'avis sur la question. 
Ce qui est certain, c'est que la société ne peut pas faire l'économie d'un tel débat. La question de l'assistance sexuelle, comme beaucoup de sujets pourtant a priori destiné à cette catégorie marginale de la population, participe déjà à une réflexion qui concerne la société toute entière.








1 commentaire:

Sylvia Mackert a dit…

moi aussi j'ai changé la façon de voir les choses plus d'une fois, et je trouve tout dépend justement de la façon de voir les choses, prostitution ou soins ? compensation du handicap ? quel cadre ? quelles limites ? autorisation pour qui ?
Ensuite c'est un choix de vie. On peut vivre en attendant de trouver l'amour, même sans sexualité ou en compensant autrement en occupant l'esprit avec autre chose, la question mentale a été soulevé aussi, il faut bien calmer les pulsions même en attendant un éventuel rendez-vous avec un assistant sexuel et c'est souvent comme pour aller chez le dentiste, on n'a plus mal quand on a enfin trouvé le rendez-vous ! On a dû trouver une autre solution entre deux pour soulager la souffrance ou tout simplement l'appétit sexuel disparaît.

Quant à la prostitution pure et simple comme elle existe depuis "la nuit des temps" comme on dit, bien encadré cela permettrait de surveiller le risque sanitaire, les MST etc et limiter peut-être la propagation du SIDA si dépistage régulier il y a. Mettre fin à la clandestinité, même si cela peut paraître immoral, mais dans notre monde bien des choses paraissent immoral et sont autorisé quand-même à cause du principe de liberté et du droit que chacun a de faire de sa vie ce qu'il veut. La prostitution n'est pas interdite en France pour l'instant, juste le proxénétisme, si je ne me trompe pas ou assister quelqu'un dans ce domaine, être complice.

http://www.filsantejeunes.com/dossiers-classes-par-categories/dossier-dossier-du-mois/6980-la-prostitution-en-france-que-dit-la-loi-

http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000006165396&cidTexte=LEGITEXT000006070719&dateTexte=20100118

http://www.legifrance.gouv.fr/affichSarde.do?reprise=true&page=1&idSarde=SARDOBJT000007113660&ordre=null&nature=null&g=ls

et le problème c'est la rémunération, car si la sexualité se pratique sans argent à travers du "bénévolat" cela ne peut pas être vu comme commerce ou prostitution entre personnes adultes et consentantes et de plus si on dit quelque chose à propos de leurs choix sexuel c'est vu comme discrimination envers cette personne, chacun étant libre de pratiquer sa sexualité librement et gratuitement.

Le mariage gay paraissait immoral à bien des gens et cela a été voté au titre de l'égalité des sexes, égalité des droits. Donc voilà, la réflexion continue.

Et qu'est-ce que la dignité de la personne dans ce cas ? accepter "la prostitution" ou "des soins" aux souffrances sexuelles ? Ou risque de perdre sa dignité à travers tout ça ?

Bon, je pense que finalement les gens ont d'autres soucis en ce moment et ce n'est pas leur priorité, tout comme le mariage des homosexuels n'était pas la priorité des gens qui ont de grandes difficultés économiques en ce moment à résoudre.