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lundi 2 avril 2018

J'ai adoré mai 68

La jeunesse française cherchant sa place
a su se retrouver dans l'image audacieuse
et généreuse de Cohn Bendit
Hommage soit rendu à José Alcala qui me permet de parler (un peu) de mai 68. 
Je dois avouer d'ailleurs que c'est à reculons que j'ai lu le post de sa caméra diagonale. Je voulais tout sauf m'engager dans une leçon sur une histoire vieille d'un demi-siècle, même si je m'en souviens comme si c'était hier. 
Pourtant, parce qu'il est subjectif, parce qu'il se revendique comme tel, le post de José est sans doute ce qu'on peut écrire de mieux sur le sujet; à la manière d'ailleurs dont France inter retrace la période par une suite de témoignages successifs aussi poignants que significatif du dernier événement marquant de notre histoire. 
A dire vrai les jugements sur mai 68 m'énervent, qu'ils relèvent du panégyrique comme de la condamnation. Ils ne sont pas à la hauteur du temps qui passe et de l'émotion qu'il dégage.
Mais justement, malgré son titre, le témoignage de José Alcala m'a épaté. Il présente une suite d'images entre l'émigré espagnol, engagé à 19 ans dans la télévision d'Etat déconcentrée et chargé de commenter des événements auxquels personne ne comprenait rien. 
J'avais 13 ans et j'habitais à Mont-Saint-Aignan à un kilomètre de la fac. J'allais au lycée à Rouen, et j'ai assisté à la montée en charge de la révolte de la jeunesse française. J'avais nettement le sentiment de vivre un moment privilégié.
Pour la grande majorité des français, il n'y avait
qu'une chaîne en noir et blanc, ringardisée par
cette célèbre caricature ... qui était aussi un appel
à la modernité
A vrai dire, les privilèges étaient partout. Il faisait beau, il n'y avait pas d'école. Les gens se parlaient partout, tout le temps. Ils parlaient de la révolution, de leur désarroi, de la jeunesse, de leurs attentes, les gens se parlaient de tout. J'ai vu mon père chanter l'internationale toute fenêtre ouverte, c'était la première et la dernière fois. J'ai vu  un drapeau rouge brûler à côté d'un drapeau bleu blanc rouge ... c'était au cirque d'hiver de Rouen sur le boulevard du Boulingrin, aujourd'hui disparu. A 13 ans, j'avais un regard d'enfant fasciné par l'héroïsme des grands frères, de ma grande sœur, et je savais qu'il était normal que je ne comprenne rien, puisque, eux, comprenaient tout. Ce n'est que bien plus tard que je compris que personne ne comprenait rien.
En mai 68, tout le monde était fou. La société était folle, folle d'espoirs et de générosités. Quelques années après l'invention du rock and roll et du twist, la société française, encore honteuse de la guerre et de la collaboration n'avait offert à sa jeunesse que la blessure invisible de la guerre d'Algérie. Sans

Le mouvement contestataire s'est limité à la jeunesse un peu
partout dans le monde. Seule la France a connu une grève
générale de plusieurs semaines. 
doute est-ce là l'une des raisons profondes du fait que la société toute entière se soit engagée derrière une révolte qui ne s'est pas limitée, comme ailleurs dans le monde au milieu étudiant. 
Mai 68 était un hymne à la liberté à la jeunesse bridée. Derrière le désir de révolution, ce formidable élan collectif, se cachait bien sûr les attentes individuelles d'une jeunesse en mal d'éclosion. On allait retrouver ses espérances dans un fatras mélangeant insatisfactions et idéaux généreux, tout ce qui, dans les années et décennies suivantes allait construire notre monde complexe et contradictoire. 
Je me permets de garder, au delà de souvenirs personnels que je dévoilerai au fil du temps, deux images emblématiques. 
La première est celle de la France entière a s'unissant en proclamant "Je suis Charlie", héritage précieux de l'esprit de mai, enfant d'Hara Kiri hebdo, organe de Mai 68. 
La deuxième, moins idéologique, plus technique est celle de la télé couleur. Eh oui, José Alcala le spécifie bien. Mai 68 est l'époque de la télé à une seule chaîne et en noir et blanc. 
C'est ce monde univoque que la jeunesse a rejeté, ouvrant la voie aux révolutions technologiques à venir. La société de marché a été la plus forte à répondre à des attentes que les révoltés eux mêmes ne soupçonnaient pas, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles frustrations. 

lundi 4 janvier 2016

Une bonne année 2016, pleine de vie contre les forces de la destruction



En 2015, les apologistes de la terreur ne nous ont pas laissé le temps de faire des vœux. Il y a un an tout juste, Charlie Hebdo était attaqué, et avec lui le génie français qui de Rabelais à Coluche a allié dérision, critique politique et sociale. Plus tard, le terrorisme s’est attaqué à la France elle-même, à son mode de vie, Paris, ses cafés, ses terrasses et jusqu'au football.

2015 aura été aussi l’année de l’intolérance avec l’importance croissante du vote en faveur de l’extrême droite qui s’est traduite par les inquiétants événements qui se sont produits à Ajaccio.

Mais c’est précisément parce que la situation est celle-là, inconfortable, difficile, oppressante qu’il est plus que jamais temps de faire des vœux pour nos proches et nos éloignés, pour l’Eure, la Normandie, la France et le monde.

« Notre ennemi dessine notre visage » dit le poète. Ainsi les valeurs que nous défendons au-delà du triptyque  républicain sont aussi celles de l’émancipation, de la culture, de la joie et de l’humanisme.

Le parti radical de gauche émet le vœu que 2016 soit l’année des amoureux de la vie face aux fétichistes du chaos, Les radicaux mettront toute leur énergie dans la défense politique de notre système républicain fruit de notre belle histoire et qui porte au plus haut les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité et portant avec elles respect et tolérance. 

lundi 23 novembre 2015

Retour à République

Terrible année 2015. Terrible 7 janvier, terrible 13 novembre ...
Terrible hiver, terrible automne.
 
Ludovic Mambas, jeune Congolais, mort parce que serveur et
  travaillant en terrasse le 13 Novembre 2015. Je suis Ludovic.
Vendredi dernier, je me suis rendu à Paris, retrouver un ami d'enfance ... miracle de Facebook. J'avais en tête d'aller jusqu'au Bataclan, me recueillir après le massacre. 
Partant de Louviers, je devais prendre une personne en covoiturage. Comme il pleuvait, qu'il faisait froid, j'ai fait le détour jusqu'à Val de Reuil pour cueillir ma passagère.
Bien sur, on a parlé des événements. En route, elle m'a expliqué qu'elle allait s'occuper des obsèques de son neveu Ludovic.
Je commence donc comme ça ma rubrique tragique. J'ai vite retrouvé sa photo, et cette rubrique lui est dédié, à ce jeune homme souriant malgré une vie difficile... Les balles des kalachnikov auront eu raison de sa volonté de vivre. Quelques heures avant, j'avais parcouru sur internet, les portraits affichés des victimes ... Tous si jeunes, tous si beaux ... Effectivement, j'étais un peu chacun d'eux. Depuis, je suis Ludovic. Orphelin congolais, serveur en terrasse, assassiné en gagnant sa vie.
La place de la République n'est plus ce qu'elle était.
Après avoir vu mon ami, mon cher ami d'enfance retrouvé via Facebook, Patrick Bismuth, un type génial, devenu notamment violoniste d'ailleurs ceux qui veulent l'écouter pourront cliquer là ... Après donc avoir retrouvé mon ami bien vivant, j'ai voulu rendre visite aux fantômes. Je voulais à tout prix aller au Bataclan, m'incliner devant le temple de la musique et de la fête. Je voulais voir les terrasses, je voulais, je ne sais pas, revivre ce que je n'avais pas vécu, toucher l'inimaginable horreur. Je ne savais pas ce que je voulais faire. Marcher. Aller au Bataclan.
Je me suis arrêté Place de la République. Je ne l'ai d'ailleurs pas tout de suite reconnue. La dernière fois, elle était noire de monde. C'était la manifestation du 11 janvier qui faisait suite à l'attentat contre Charlie Hebdo. Là, la place était vide, tout, ou presque se passait autour de la statue centrale à laquelle on accédait facilement. 
 

Place de la République, dix mois après la manifestation monstre à la suite des premiers attentats. Cette fois-ci, une grande place vide, avec une statue au milieu, quelques tentes aussi, pour protéger des intempéries quelques journalistes internationaux et puis cette statue, recueil d'offrandes, d'émotions et de réflexions...
Je n'ai pas pu aller plus loin. J'ai fait trois fois le tour de la statue. Je croisais des gens qui faisaient comme moi. Je voyais des gens qui pleuraient. Qui essayaient de lire ce que d'autres avaient écrit. Des gens qui pleuraient doucement, qui priaient, qui essayaient de  rallumer les bougies éteintes par la pluie ... et tout le monde était aussi démuni que moi.
Formule idéale pour l'infinie tristesse. Oui, ça flotte à Paris,
mais on ne coule pas, jamais.
En face le tag royal : Fluctuat nec mergitur, la devise de la ville de Paris : pour dire que ça flotte à Paris, mais qu'on ne se laisse pas abattre. Un temps idéal pour une inhumation.
J'ai ainsi revécu ces moments difficiles que j'avais vécu l'avant-veille à Louviers. Ce sentiment de vide. Pourquoi donc, ces places vides, alors qu'elles étaient pleines après les attentats de janvier. les gens ont peur, ils sont trop malheureux ? Ou se sont-ils accoutumés au malheur ?  Les terroristes auraient gagné ? Les gens s'en foutent ?
 
Au moins en janvier, le choc avait amené une réaction à la hauteur de l'événement. Là, on est dans une situation plus dure encore. et rien ou presque ...  Pourquoi ?

Rassemblement citoyen cour de la mairie à Louviers. Elle était pleine comme jamais le 8 janvier. On est passé de
2.000  à 300 manifestants près de 10 mois plus tard. Absence totale et remarquée de la municipalité de droite qui a choisi de ne pas agir... A droite de la photo, les panneaux tenus du NPA, théoriciens de la récupération permanente en phase croque-morts. Ils n'aiment ni la République, ni la France. Que faisaient-ils là ?
 
 
J'ai des débuts d'explications, que je ne suis peut-être pas encore en état de supporter. J'ai remarqué que les gens interviewés parlaient de colère. Colère pour quoi ? Colère contre qui ? Un vieux slogan post soixante-huitard disait qu'on a toujours raison d'être en colère. Ce n'était en fait que de la récupération maoïste[1]. La colère a pour objet de rationaliser les frustrations ... pour autant, elle ne donne pas raison, ce serait trop facile. Elle donne juste, le temps que ça dure, le sentiment d'avoir raison.

Un tagger a laissé passer la pluie place de la
  République et occupe l'espace. Nous n'avons
rien à faire d'autre.
 
Colère, peur, repli sur soi ... toutes ces réactions bien compréhensibles donnent involontairement raison aux Djihadistes. Il est cependant vital d'en sortir. Il faut danser, bien sur, être gai, aller aux terrasses, bien sûr, discuter, faire de la musique pour ceux qui le peuvent, chanter au moins, même si c'est faux, aller au foot, exister quoi ! Bien sûr aussi, plus que jamais, il faut aller voter. Il faut faire tout ce qui s'oppose à la terreur, surtout le faire tant que c'est facile ... sinon, après, si ça devient difficile, il sera peut-être trop tard.  Il faut suivre la voie tracée par ces  joyeux taggers qui ornent la place de la République à Paris.
J'ai renoncé à mon objectif. Trop de choses, trop d'émotions. J'ai réussi à écrire quand même ces quelques lignes et malgré tout, je fais cette promesse : la prochaine fois, je vais au Bataclan, à Charonne, partout, saluer mes frères. 
 




[1] J'ai des débuts d'explications, que je ne suis peut-être pas encore en état de supporter. J'ai remarqué que les gens interviewé parlaient de colère. Colère pour quoi ? Colère contre qui ? Un vieux slogan post soixante-huitard disait qu'on a toujours raison d'être en colère. Ce n'était en fait que de la récupération maoïste. La colère a pour objet de rationaliser les frustrations ... pour autant, elle ne donne pas raison, ce serait trop facile. Elle donne juste le temps que ça dure le sentiment d'avoir raison.

Il y en  a en tous les cas qui ont historiquement tort et qui s'entêtent. Si les maoïstes ont heureusement disparu, la rémanence trotskyste est toujours là. Si à Louviers, l'appel lancé il y a dix mois avait réuni plus de 2.000 personnes cour de la mairie, celui lancé dans les mêmes conditions n'avait réuni que 300 personnes ... au point que les croque-morts du Npa ont sortir leurs pancartes, assurant leur œuvre de récupération permanente.

La récupération en fait n'est sans doute pas ce qu'il y a de plus grave. Ni même l'erreur historique. Ces panneaux, réapparaissent chaque 11 Novembre. Ils font partie du folklore et n'ont guère de sens historique. Ils sont même une insulte à Lénine qu'ils prétendent honorer puisque Lénine prônait le défaitisme révolutionnaire, qui pensait qu'en se battant contre la guerre, on préparait la révolution ... et sur ce point, l'Histoire lui a donné raison la guerre ayant malheureusement débouché sur l'horrible dictature soviétique, préalablement au fascisme Italien et au Nazisme avant d'en arriver notamment à la dictature militaire franquiste.

Dans ma jeunesse, l'extrême gauche valorisait le combat antifranquiste. Personne dans ce courant de pensée politique n'a soutenu le mouvement populaire de ceux qui se battaient contre la dictature de Bachar El Assad en Syrie. Aucune protestation contre les massacres, les tortures, les gazages de populations. Tout juste a-t-on entendu les gauchistes alliés au front de gauche juste commencé à protester lorsque la France pour éviter ces massacres a cherché le soutien Onusien pour y mettre fin. Les trotskystes passent ainsi au soutien ouvert aux massacreurs, qui eux-mêmes ont contribué au développement du djihadisme. On passe du pacifisme révolutionnaire au défaitisme réactionnaire.

 
 

 
 
 
 
 






mardi 24 mars 2015

Réconciliation française de Mohammed Chirani. Fiche de lecture


Qu’y a-t-il de commun entre un fils d’immigré et un délégué du préfet ? Quoi de commun entre un adhérent  Ump et un militant anti-Sarkozy ? Quoi de commun entre un frère musulman et un défenseur de la laïcité ? Entre un enfant de la République française et un adolescent subissant les années  de sang dans son Algérie natale ? Entre un fêtard parisien se frottant à  la jeunesse dorée  parisienne et un travailleur du dimanche et de la nuit ? Entre un recalé à Science Po à Alger et un fonctionnaire du Quai d’Orsay ? Entre un petit fils d’illettré et l’auteur d’un ouvrage remarqué ? Entre un collégien harcelé et un animateur de la radio ? Entre un amoureux de la banlieue et l’expert recherché et mis en avant par les médias à la suite des attentats de janvier 2015 ?

Eh bien, ce qu’il y a de commun entre tout ça, c’est Mohammed Chirani lui-même. L'auteur de "Réconciliation française" qui se trouve au cœur de ce puzzle magnifique, de ces contradictions qui l'ont construit et qui appelle à la réconciliation nationale visiblement après avoir réuni tous les morceaux de son propre jeu dans une démarche de reconstruction personnelle.

Son bouquin est extraordinaire. Il est vivant, comme un récit de voyages et d’aventure rythmé par l'intelligence et la culture  ... et les cultures.  

Mohammed Chirani a eu mille vies, dans lesquelles il s’est impliqué totalement. Curieux de tout, il adore les contacts autant que l'engagement, il adore parler et il a accepté de venir parler de son bouquin et de sa vision de la société Française lors du prochain café radical (je ne le connais pas bien, mais il ne doit pas apprécier le café tiède).

Réconciliation française : le terme est fort. La seule politique de réconciliation que je connaisse, c’est celle qui a eu lieu en Afrique du Sud à la fin de l’un des régimes politiques les plus atroces que l’humanité ait porté : l’apartheid.

Apartheid ... justement. Alors, est-ce que la France a une gueule d’apartheid ? Réconciliation française, certes ... mais on a aussi l’impression que la demande de Mohammed Chirani porte sur l’Algérie, à qui il reproche de ne pas s’être réconcilié avec son Histoire, avec ses histoires.


Image du 10 janvier ... la France réunie 3 jours après les
attentats. Jamais aussi rassemblée avant que les fractures
n'apparaissent rapidement.
Et puis, il y a la France, cette France éternelle,  à qui  le Général de Gaulle a rendu sa dignité ... Sauf que cette dignité a été obtenue à partir de beaucoup de mensonges et que le choix du Général de Gaulle, après guerre a été bien plutôt celui de l’épuration que de la réconciliation nationale.  

Alors, faut-il une réconciliation française 70 ans après la deuxième guerre mondiale  ? Quelle une réconciliation nationale 53 ans après la fin de la guerre en Algérie ? Est-ce que cette réconciliation peut-être la réponse aux maux (j’allais écrire aux mots ... les gros mots alors !) de la Société Française, fabricants de djihadistes et d’électeurs du Front National ? Et si cette réconciliation est à l’ordre du jour, comment la mener à bien ? Par quelle méthode ? C’est à ces questions et aux questions qu’à leur tour elles engendrent, que tentera de répondre Mohammed Chirani , invité du prochain café radical le 10 avril à Louviers.

Café radical :

vivre ensemble en France,

une utopie moderne ?


Débat animé par Mohammed Chirani (qui dédicacera son ouvrage en fin de débat), vendredi 10 avril 2015 à 18h30, 39 rue du Quai, 27400 Louviers.
Le café radical est ouvert à tous. Tout ce qui demandé aux participants c’est de prendre une consommation en égard au patron du bistrot. Venez nombreux.
Des ouvrages disponibles seront fournis par la librairie À la page (16 rue du Matrey à Louviers)

mercredi 7 janvier 2015

On m'a tiré dessus !

INITIATIVE CITOYENNE A LOUVIERS

RASSEMBLEMENT DEMAIN 8 JANVIER  A 19 HEURES COUR DE LA MAIRIE

SANS BANDEROLE NI MOT D'ORDRE

JUSTE EN MEMOIRE DES VICTIMES ET EN HOMMAGE A LA LIBERTE

 


Au départ, j'ai cru qu'on avait attaqué Charlie Hebdo !
Un simple message sur mon portable, une alerte : Le siège du journal Charlie Hebdo attaqué par des hommes armés.
Ce n'est pas la première fois que ce journal est victime d'attaques d'intégristes. Incendies, menaces ad hominem et autres persécutions. D'ailleurs, le journal faisait l'objet d'une protection particulière.
Au début, j'ai cru qu'on avait attaqué Charlie Hebdo !
Je voyais pas bien pourquoi. On parlait bien d'islam, dans le dernier numéro, mais on ne s'attaquait ni à la religion, ni au prophète. Non, on se moquait plutôt du délire islamophobe de Houellebecq et de la folie médiatique qu'il avait suscité.
Je me suis dit d'ailleurs, tiens, les islamistes s'en prennent à Charlie Hebdo, mais ni à Houellebecq, ni à Zemmour, ni au Front National, qui eux sont des vrais véhicules de haine et représentent un vrai danger pour les musulmans. Mais c'est vrai que les islamistes s'en foutent des musulmans.

Le dernier numéro de l'hebdo hara-kiri. Celui
qui est à l'origine de son interdiction à laquelle
a répondu la naissance de Charlie-Hebdo
Au début j'ai cru qu'on avait attaqué Charlie Hebdo. Charlie Hebdo est un journal auquel je ne suis plus abonné, je l'ai juste acheté dernièrement lorsqu'il a fait l'objet de menaces. Cependant je sais ce que je lui dois.
C'est après, j'ai su ... c'était pas seulement une attaque comme il y en a eu à Libération, par exemple. Là, il s'agit de deux tueurs parfaitement formés, organisés, qui ont commencé par tirer sur l'homme en faction, et puis ont mitraillé le comité de rédaction de Charlie. Ils ont tué 4 dessinateurs, ils ont tué Bernard Maris. Riad Satouf, Wilhem, ont été miraculeusement épargnés et puis ... Et puis ils ont assassiné Charb, le rédacteur en chef, et ils ont tué Wolinski et Cabu !
C'est là que j'ai réalisé.
Ce n'est pas Charlie Hebdo qu'ils ont attaqué. Ils ont attaqué le sel de la France, ils ont attaqué l'emblème d'une génération, celle qui a libéré la France de ses archaïsmes, le journal qui avait bravé la censure en embrayant derrière l'interdiction d'Hara-kiri hebdo pour diffuser les idées de liberté, de débat, d'intelligence. Charlie Hebdo a, rappelons-le, lancé la grande réflexion écologique et avait défendu la candidature de Coluche.
Ajouter une légende
Voilà, Charlie Hebdo, ce n'était pas un journal, c'était toute une génération de Français, c'était la France, n'ayons pas peur des mots.
Mais que ce soit Fournier, Cavanna, Reiser, Coluche morts trop tôt pour échapper au massacre.
Que ce soit  Bernard Maris, Charb, Wolinski ou Cabu ... ou Charlie Hebdo lui-même ... voilà, ce sont des gens sur qui on peut tirer, mais on ne peut pas s'en débarrasser. Un peu comme Jaurès, ce sont des institutions. Ils ont passé leur vie à semer, à créer, à donner du plaisir, cet horrible plaisir ennemi mortel de l'intégrisme.
Charlie-Hebdo, instrument tragique d'une
guerre sans merci

Au début j'ai cru qu'on avait attaqué Charlie Hebdo. Maintenant, je me rends compte qu'on m'a tiré dessus.






jeudi 30 janvier 2014

Décès d'Ernest Martin, cérémonie d'adieux lundi au moulin

Un hommage sera rendu à Ernest Martin  lundi 3 février à 11h au Moulin de Louviers, rue des Anciens combattants d'Afrique du Nord.
Tous ceux qui l'ont  admiré, aimé ou tout simplement approché, seront les bienvenus pour lui rendre un dernier hommage...
Un registre est d'ores et déjà ouvert en mairie de Louviers pour recueillir vos témoignages.

Ernest, c'était aussi, des poètes, des images, des chants, et une sensibilité à l'actualité qui défilait alimentant une foi inébranlable en l'humanité.
Je vous livre ces quelques éléments choisis, volés à François Bureau, qui a accompagné dès le début, de son regard libertaire,  la démarche politique du Docteur Martin, de son action de maire à la création du cag, à l'autogestion ...
 Tu sais Ernest, cette chanson est ma préférée. Mais surtout, si j'ai choisi cet album c'est qu'il se nomme Besançon. J. Bertin y a écrit une magnifique chanson en hommage au combat des "Lip" comme on les appelait. Souviens-toi, cette grande grève, cet exemple de combat... Ils étaient venus témoigner à Louviers. Dans la salle des fêtes, ils avaient témoigné. Ils savaient que "chez nous" ils trouveraient une énorme solidarité. Bientôt, j'irai écouter le poète et lui parlerai de toi.
Portrait d'Aude par Jacques Bertin
Mon Cher Ernest, ce soir je fais le lien avec Julos qui hier qui nous parlait du Chili. Jacques Bertin, ce très grand poète, était venu plusieurs fois à Louviers. Il aimait chanter "chez nous", il y trouvait une grande complicité d'idées. Il s'était fait des amis dans notre ville. Il écrit et chante toujours et... toujours il porte nos grandes idées.
 

Mon Cher Ernest, je continue à remplir ta p'tite valise : ce soir c'est Julos Beaucarne. Notre tendre Julos qui nous a enchantés un soir à la salle des fêtes. Nous avions dîné avec lui après.
J'ai choisi cette chanson en particulier, en hom...
mage aux chiliens qui combattaient Pinochet.
Souviens-toi, dans la cour de la mairie, les Quilapayuns nous avaient donné un concert pour soutenir leurs camarades. Plus tard, ce fut le Quartet Cedron en soutien aux argentins.


Hélène Martin a chanté un soir, salle de la Rotonde. Elle servait si bien le grand Aragon... (aujourd'hui on s'emmerde un peu, les libertaires sont bien seuls mais ne renoncent pas...)

Et la grande Colette... Nous avons partagé et partageons encore sa belle révolte...
Mon cher Ernest souviens-toi , Tu adorais Pierre Louki. Nous l'écoutions Là-haut, je veux dire dans cette salle de séjour, la plus belle du monde. Nous étions quelques dizaines et Nicole veillait sur nous, avec son sourire exquis...
D'autres chanteuses et chanteurs suivront le grand Pierre. Rien que pour toi Ernest... J'aimerais que tu emmènes une petite valise remplie de poètes que tu aimais...
 
 
PS : nous venons d'apprendre la mort de Cavanna, à 90 ans. Il aimait à se faire appeler le rital, manière de dire qu'il n'y avait pas plus Français que lui. Il avait pour point commun avec Ernest, d'être porteur de cette génération qui a fait éclater les carcans de l'oppression bien pensante. Oui, le Cag était cousin d'Hara Kiri et Louviers, a été à son échelle, le reflet d'une transformation profonde de la société.
 
 
 
 
 
 





jeudi 14 novembre 2013

La France pète ...

Marine Le Pen compte bien tirer les marrons du feu de
l'atmosphère pestilentielle qu'elle a à peine besoin d'entretenir.
Un danger pour elle cependant, à dé-diaboliser le Front National,
elle a créé une mouvance sur sa droite.
 

et ça sent pas bon !

Râleurs impénitents, crieurs inconséquents, bonnets rouges, benêts verts, faux et vrais pigeons, petits poussins, grands et petits patrons, parents enfants, tous mécontents, électeurs amers autant de braises minuscules, relais de petits mécontentements et ignorants des grandes et vraies détresses… Les braises sont attisées par le grand vent du mécontentement, relayé  par des médias en perdition, en quête de fortes sensations pour tenter de garder leur lectorat.
Voilà pourquoi, depuis quelques mois, la France pète ! La France pète à tout propos, dans tous les sens, sans que cela mène à quoi que ce soit. La France  pète et ça sent mauvais.
Précisons-le, dire que la France pète est un abus de langage. Le pet relève toujours d’une démarche individuelle, même si, lorsqu’on a pété, il est courant d’en accuser le voisin. Beaucoup pètent en France. Ce sont des actions toujours minoritaires mais magnifiquement relayées.
Nous savons tous combien il est courant que,  se trouvant  mêlé à une atmosphère nauséabonde, on en profite pour se lâcher en pensant bien que les conséquences de sa flatulence passeront inaperçues.
Nous voilà donc dans une atmosphère est irrespirable. Il n’y a dans cette suite de pets nauséabonds véhiculés par l’actualité rien qui permette de résoudre quoi que ce soit.
On peut prendre cela comme des signaux d’alertes inquiétants sur la santé en  France, mais quoi d’autre. ?  La France ne va certes pas très bien, ce serait mentir de dire qu’elle n’a jamais été mieux. Mais ce serait mentir aussi de dire qu’elle s’en tire vraiment mal ou que le gouvernement est inactif. Ce serait non seulement mentir, mais ce serait de la folie meurtrière que  de dire que la solution la meilleure viendrait de ces fous furieux qui soufflent sur les braises, à la droite du Front National, les frustrés de l’homophobie et de l’esclavagisme, ces hurleurs du 11 novembre, enfants des beaux quartiers qui rêvent d’une France d’hier qui n’existent que dans leur tête.
Et dans ce climat nauséabond, ceux qui ne râlent pas sentent idiots, isolés, cherchent des sujets de mécontentements ou l’occasion de réclamer un petit avantage. On voit en voit même au RSA râler contre les impôts avec les patrons néo-libéraux,  qui râlent eux contre l’assistanat et l’aide aux pauvres qui coûte trop cher !
Oui, la France est en difficulté, pourquoi le nier ? Non, elle n’est pas encore en crise, au sens Portugais, Italien ou Espagnol … On en est loin ! Notre problème à nous est tout autre. C’est la peste  émotionnelle qui répand son microbe,  et peut nous amener n’importe où … et en particulier au pire.
Face à la peste, face à la pestilence, il n’y a qu’une seule recette : aérer ! Ouvrir les portes de la générosité, ouvrir les fenêtres et regarder l'horizon. Rejeter tout cette rancœur qui nous détruit et détruit notre entourage. Prendre nos distances avec tous ceux qui cherchent des boucs émissaires parce qu’ils ne sont pas capables de se regarder eux-mêmes. C'est dans nos foyers mêmes que se développe l'infection.

 





jeudi 4 juillet 2013

L'impéritie de l'UMP !

Inédit !

Sarkozy vient de se faire rejeter ses comptes de campagne ... !

Décidément, il nous aura tout fait  !
La France voit son ex dans une situation inédite, qui va passionner journalistes, politiques, constitutionnalistes ! Le voilà donc assuré de passer à la postérité, conformément à ses vœux.
Certes, les constitutionnalistes regretteront qu'il n'ait pas été élu ... pour la jurisprudence, on les comprend ! Mais pour tout le monde, c'est quand même mieux comme ça !

L'ex caricaturé pendant la campagne, est à
présent certain de laisser son empreinte.
.Ben oui, il a dépassé ses comptes de campagne l'ancien président ... alors quoi, quelles sanctions ?
Est-il inéligible ? Ce serait bien le moins, après tout ! Cette sanction terrible a été appliquée à d'autres qu'à lui !

Ce n'est bien sur pas le seul problème. Le moins qu'on puisse attendre, c'est que le candidat ne soit pas remboursé des frais énormes engendrés par la campagne.
Alors, le candidat ... doit-il payer sur ses fonds propres ?
En principe oui ... Mais enfin, il était soutenu par un parti, son parti ... puisque, même quand il était président, il n'a jamais caché les liens privilégiés qu'il entretenait sur son parti et sur lequel il souhaitait garder la main.
Or, voilà le parti ruiné ! Pas par la faute du rejet des comptes de campagne, d'ailleurs. C'était déjà le cas avant. Mais la dernière surprise du Conseil constitutionnel ne va pas arranger les choses.
Ah la la ! Quand on pense que Sarkozy est lui-même membre du conseil constitutionnel.
On se demande comment, par quel verbiage, notre ex et l'Ump vont pouvoir s'en sortir ...
quand on pense que le discours particulièrement idiot de la droite est de hurler à l'impéritie des socialistes ... Voilà un ancien président de la République, ancien ministre des finances, ancien ministre du budget, incapable de respecter les règles comptables de la République !
Mon Dieu, comme dirait le poète, dépêchons nous d'en rire avant d'être obligé d'en pleurer ...

dimanche 23 juin 2013

A Villeneuve, personne ne dit ouf !



Le candidat du Front National radieux à l'issue de sa "défaite". En fait son
score confirme que le résultat de son parti s'amplifie entre 1er et 2ème tour.
Il entre à présent dans le jeu démocratique normal. Rien ne va plus !
Le Front National n’est pas passé à Villeneuve sur Lot, mais ni la gauche, ni les démocrates n’ont de quoi se réjouir.
Personne ne dit ouf …sauf peut-être le candidat Ump, qui devient député … mais au fond, si quelqu’un doit se réjouir, c’est Marine Le Pen qui voit sa stratégie finir par s’imposer.
Villeneuve sur Lot n’est pas la France mais c’est peut-être encore pire.
On est loin en effet du coup de tonnerre du 21 avril 2002, conséquence des maladresses d’une gauche divisée et d’un discours hyper-sécuritaire du candidat Chirac qui y avait perçu de quoi sauver sa peau.
Le 21 avril au soir, j’ai sans peine dit à tout le monde que j’allais voter Chirac.
J’allais voter Chirac, parce que j’avais perçu le visage effrayé de mes amis à la peau brune ou colorée, mes amis de type méditerranéen pour qui le message était clair : le Front National au 2e tour, c’était la légitimation d’un discours de rejet, c’était le refus d’une France égalitaire et Fraternelle, c’était le contraire de mon idée de la France.
Voter contre le Front National, c’était aussi voter contre Le Pen, c’est à dire voter contre celui qui défendait sans honte le discours de la collaboration, la justification des horreurs nazies, l’affirmation de l’antisémitisme.
Cahuzac accusé d'être à l'origine de la poussée du
Front National ... un peu court, non , 
On en n’est plus là.
A Villeneuve sur Lot, comme dans l’élection qui a eu lieu il y a quelques semaines dans l'Oise et qui a vu Mancel,le candidat de l'Ump l'emporter d'un souffle, le Front National ne fait pas que confirmer son vote du premier tour. Il mord sur l'électorat socialiste. Mais ce que l'on pouvait expliquer en Picardie ne tient pas dans le Lot. 
En Picardie, Mancel faisait partie de ces leaders cyniques, ayant eu maille à partir avec la justice, et ayant appelé il y a des années à faire des alliances avec le Front National. Cette fois ci, il avait été pleurnicher auprès des partis de gauche pour appeler à un front républicain. La ficelle était un peu grosse.
Dans l'Oise aussi, on était dans une terre, dans un terreau fertile pour le Front National, terre de rurbanisation, de désindustrialisation et de perte de repère pour la culture ouvrière, phénomène magnifiquement expliqué par Emmanuel Todd et d'Hervé Le Bras et dont j'ai déjà fait état. 
Villeneuve sur Lot, une si jolie petite ville ... loin de Dreux et
de la Picardie.
Mais dans le Lot, pensez ! On est certes dans la crise de représentation, mais à Villeneuve, on est dans des terres historiquement rurales, dans une France profonde, idyllique, sans grand ensemble, sans banlieue   bien sur, je caricature, et des villeneuvois auraient raison de m'en vouloir, et d'autant plus de raison que les résultats de dimanche dernier sont l'image d'un désarroi profond de l'électeur
Bref, sans s'étendre sur le sujet, ce qui est sur, c'est qu'on est loin du phénomène qui voulait qu'entre premier et deuxième tour, à l'image de ce qui s'était passé après le 21 avril 2002, le Front National avait conservé son score entre les deux tours.
C'est un problème pour tout le monde. Pour la gauche, évidemment, nous n'y reviendrons pas. Mais pour la droite c'est un phénomène complètement nouveau. Sarkozy et Buisson, en durcissant le discours de la droite ont d'autant plus banalisé le discours du Front National que celui-ci s'est montré beaucoup plus intelligent et calme sur les problèmes de société.
Non seulement ils n'ont ni justifié ni excusé l'action barbare des skins tabassant à mort le jeune Méric, mais en plus, cela a été remarqué, Marine Le Pen n'a pas emboîté le pas des opposants au mariage pour tous. Ils se sont débrouillés pour apparaître ouverts, intelligents, en débat, tout le contraire de l'image laissée par Jean Marie Le Pen.
Quelle différence y a t il à présent entre l'Ump et le Front National ? Une seule différence fondamentale : l'exercice du pouvoir. Tant que le Front National n'a pas l'exercice du pouvoir (rappelons que quand c'est le cas, cela se traduit rapidement par des catastrophes ... ainsi des 4 villes conquises par le FN en 95 et qui ont toutes été perdues Vitrolles, Toulon, Marignane et Orange), le Front National peut raconter n'importe quoi, et il peut tenir dans l'opposition un rôle bien plus efficace que l'Ump et même que le Front de Gauche, même si cela joue sur un autre plan.
Pour la droite, c'est bien simple, elle se trouve contrainte à adopter une stratégie complètement nouvelle. Non la droitisation a légitimé la création de l'Udi, mais au lieu de limiter la progression du front national, elle l'a au contraire légitimé et lui a donné un formidable levier de développement. 

vendredi 21 juin 2013

Place Taksim à Rio et Mai au mois de juin ...

Est-ce nous qui dansons ou la terre qui tremble ?



Ça se passe à Rio de Janeiro, en juin 2013. Une nouvelle image de la ville se
 dessine , qui va au delà du festival, de Copacabana et de la Maracaña ...
Le Brésil n'est pas la France, et Erdogan n'est pas de Gaulle...  mais ce qui se passe en Turquie, au Brésil nous a un goût de mai 68 qu'on ne peut expurger.Bien sur, il en est des révoltes comme des manifestations culturelles, elles ont toutes un aspect profondément national, liées à leur histoire et à l'organisation des pouvoirs.

Place Taksim, un changement radical de l'image des
jeunes Turcs ... et de la Turquie toute entière.
Le printemps arabe a touché d'anciennes terres colonisées, vivant sous le joug de dictatures terribles, maintenant la grande majorité de leur population dans la misère, tout en leur offrant le spectacle permanent de nos  sociétés idéalisées par voie télévisée ou numérisée. De ce point de vue là, la Méditerranée ressemblait au mur de Berlin avant qu'il ne cède il y a maintenant à peu près 25 ans. Certes, le mur a cédé moins facilement, les nouveaux pouvoirs en Libye, en Tunisie, en Egypte sont fragiles, et le présent et l'avenir de la Syrie font froid dans le dos. Tout cela nous montre d'ailleurs tout ce que nous devons à l'Europe. Ne l'oublions jamais, l'Espagne, le Portugal, et même et surtout la Grèce sont devenues des démocraties grâce à l'Europe. Son existence ont protégé la Pologne, la Roumanie,  les Etats Baltes d'un hiver glacial et sa mission est d'éviter que la Hongrie ne serve de tête de ponts aux tourments populistes qui nous menacent.
Jeunes filles turques en attente  d'une société plus ouverte. Elles
ont donné une coloration féministe au mouvement jeune, écologiste,
 anticonsumériste, en quête d'égalité et de qualité de vie.
Les révoltes Turques et Brésiliennes n'entrent pas dans ce cas de figure, même si elles s'appuient pareillement sur une jeunesse en quête de liberté. Elles ont eu lieu dans des pays fascinant le monde économique par la hauteur de leur taux de croissance depuis plusieurs décennies et surtout dans un pays où les élections ont lieu depuis des années et où l'on ne tire pas à balle réelle sur les manifestants.
Les révoltes arrivent toujours comme une surprise. Qui aurait pu prévoir qu'une manifestation étudiante au sujet de la guerre du Vietnam allait donner lieu à mai 68 ? Qui aurait pu prévoir qu'une protestation contre la fermeture d'un jardin public provoquerait des manifestations dans toute la Turquie ? Qui aurait pu prévoir que l'organisation de la coupe du monde de football pourrait prévoir au Brésil une révolte populaire ? A chaque fois c'est à n'y rien comprendre à la politique ... !
Et pourtant ... la politique, c'est ça, précisément ! Quand il ne s'agit plus de prévoir, puisque l'on n'a pas prévu ce que personne ne pouvait prévoir. Dans ce type de situation, tout le monde est idiot et les donneurs de leçons plus que les autres encore ... (Pour le plaisir, repassons nous les remarquables paroles du ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy à l'aube du printemps arabe)...
La politique, c'est ça, être capable de de sentir ce qui se passe et de sentir ses propres limites, être capable de chevaucher l'histoire en furie, de la comprendre pour mieux suivre son cap. Pour reprendre le mot de Rimbaud : être absolument moderne.
En hommage au Brésil, à mai 68, au monde qui bouge, aux gens qui se rencontrent et aux musiques qui s'élèvent, cette chanson de Claude Nougaro, traduisant avec grâce les doutes de la jeunesse de son époque. Elle a bercé mon adolescence...


  








lundi 17 juin 2013

Bonnes nouvelles des partielles ...

Ignazio Marino, le nouveau maire de Rome savoure sa victoire.
La gauche prise en étau entre le poids des populistes du
mouvement de Beppe Grillo, et la pression de la puissance
financière et politique de Berlusconi, a réussi à s'imposer
comme seule issue crédible à la crise

Une leçon d'italiens !

La gauche au pouvoir se trouve renforcée par les urnes, malgré une situation difficile. Elle a vaincu les élections partielles, remporté une victoire décisive contre la droite et les populistes de tous poils et de tous les extrêmes.  


Elle a gagné dans toutes les villes ... les bastions traditionnels de la gauche, bien sur, alors qu’on y craignait le pire, mais surtout toutes ces villes qui ont fait trembler de honte nos amis démocrates humaniste outre-Alpins. À Trévise par exemple, la Ligue du Nord est éliminée des responsabilités, cette ville dont le  maire avait pris des arrêtés anti-roms, et n’avait pas hésité à tenir des propos qui feraient pâlir le Front National. A Rome, dont la victoire de l'ancien maire Alemano avait été saluée par bras levés comme au temps du fascisme ... le candidat de gauche fait près de 65 % des voix.
 Enfin, le mouvement de Giuseppe Grillo est puni. Après avoir fait la surprise des élections générales il y a un an, en frôlant le score des partis traditionnels, le mouvement des 5 étoiles voit son score réduit de moitié. 
Le Mouvement des 5 étoiles, nom que lui avait donné Giuseppe Grillo, après avoir surfé sur le tous-pourris avait obtenu un score inespéré il y a trois mois. Depuis, il a vu son comportement sanctionné par les électeurs.
Ceux-ci ne lui ont pas pardonné de vouloir empêcher les institutions de fonctionner dans un pays en crise, mais surtout de ne pas faire de différence entre le régime de Berlusconi et la volonté de changement.
Bref, on assiste à la défaite du Berlusconisme, ce système qui avait vu un homme prêt à toutes les compromissions pour s'accrocher au pouvoir dans lequel il a cru trouver le moyen de se protéger des affaires les plus glauques dont il était accusé (détournement de mineures, corruption de magistrats, malversations diverses).
Il est bien sur trop tôt pour crier victoire et se rassurer durablement de la sortie d’un long cauchemar.
Il n’empêche, ces élections partielles,  remettent les pieds sur terre et donnent du sens à la démocratie et à la politique. Cela fait d'autant plus de bien que la situation italienne est autrement plus dangereuse que ce que nous connaissons en France. 
Il me semblait indispensable de commenter ce fait majeur de la vie politique italienne, parce que cela concerne tous les européens, et en particulier les Français.

Cahuzac, ou comment s'en débarrasser ...
En France donc, il y a eu ce dimanche une nouvelle élection partielle pour remplacer Jérôme Cahuzac, notre grand escroc  politique.
Le Front National et l'Ump sont arrivés en tête éliminant le PS.
Ces résultats ne sont pas une surprise. Ils ressemblent d'ailleurs à ce message que les Italiens ont martelé à leur classe politique pendant des années, avant de se raviser il y a une semaine.
Les électeurs ne sont pas contents. Ils voudraient que le monde aille mieux. Ils le disent. Et ce, de la plus brutale des manières.
Notons à ce sujet que les tenants d'une gauche alternative devraient se tenir à quelques modestie. Ceux qui réclament une politique plus à gauche ne sont pas plus suivis ici qu'en Italie. 
Les électeurs votent Front National parce qu'ils votent pour ce qui dérange le plus les acteurs politiques. De ce point de vue, ils visent juste. Aussi juste que les Italiens qui ont voté pour le mouvement des 5 étoiles de Giuseppe Grillo. 
Mais nous ne pouvons en France crier au loup à chaque élection partielle, nous faire peur à chaque montée du Front National ... ce petit jeu me fatigue.
Je refuse tout bêtement que le Front National soit l'alpha et l'omega de la politique française. Bien entendu, le Front National représente ce qu'on peut faire de pire dans la politique française actuellement. Ils sont porteurs de la peur et de l'exclusion, tout le contraire de ce que les progressistes représentent. Ils sont le contraire de ce pourquoi je me suis engagé en politique, mais ils n'ont d'autre perspective qu'une contestation permanente ... du moins en dehors d'un contexte politique particulier. 
En bref, s'il faut bien sur voter contre le Front National, le catastrophisme n'aura aucun poids sur un électorat bien plus mûr que ceux qui tentent de l'infantiliser. 

mardi 21 mai 2013

L'Italie réagit à la proposition française

"L'Europe fédérale, c'est maintenant ou jamais "

interview d'Emma Bonino, ministre radicale des affaires étrangères en Italie.  A méditer pour tous els amoureux de l'Europe, pour tous ceux qui souhaitent entendre une voix ouvertement fédéraliste aux prochaines élections européennes.


L'article est passionnant parce qu'il tombe à pic. Il permet de fixer le but et l'audace que représenterait un gouvernement fédéraliste européen, seule voie pour sortir de l'impasse. Pour ceux qui veulent le lire en version originale (eh oui, c'est une traduction maison, j'ai fait du mieux que j'ai pu et je me suis peut-être emballé !) cliquez ici. Pour les autres, en avant pour la lecture et accrochez votre ceinture.


Paru le 19 mai 2013 Interview par Paolo Valentino
 

 

Par Paolo Valentino

 

ROME – « Je prends très au sérieux l’ouverture de François Hollande. Quelles que soient les raisons qui l’ont inspirées, pour la première fois Paris signale sa disponibilité à une reconsidération de l’Europe qui me fait très plaisir, puisque jusqu’à il y a peu de temps, il était même tabou de parler de modifications des  traités.  Il est évident que les choses hypothéquées par le président français présupposent pour le moins une révision des pactes existantes. Mais s’il on admet le besoin d’une reconsidération en profondeur des institutions et des politiques, alors s’ouvre l’espace pour discuter de notre volonté d’une Europe des gouvernements, comme je crains que Hollande l’ait encore en tête, ou d’une Europe fédérale.

Même en tant que ministre des affaires étrangères, Emma Bonino ne dissimule pas son code génétique : radicale, spinellienne et fédéraliste », reprenant cette position qu’elle a maintenu obstinément lorsqu’elle était minoritaire, suivie par un groupe minuscule de visionnaires de l’Europe : « c’est ma position historique – dit-elle dans son premier interview accordée depuis son investiture – mais c’est aussi celle de l’Italie, reprise par le président Enrico Letta qui a parlé des états unis d’Europe lors du vote de confiance. » 

 

Giuliano Amato vous dit affectueusement que vous êtes « toujours trop en avance sur le temps ». La relance de l’Europe fédérale a été le thème conducteur de son préambule au guide de la diplomatie. Au parlement et ensuite à l’Université de l’Europe, vous avez parlé de la nécessité d’une nouvelle partition indiquant le fédéralisme comme un des thèmes centraux de la prochaine présidence italienne de l’Union Européenne dans la seconde moitié de 2014. Cela ne risque-t-il pas d’être une fuite en avant ?

« Non si l’on reconnait que l’Europe est dans une situation insoutenable. Prenons l’exemple de l’Union bancaire, décidée il y a plus d’un an. Nous n’y sommes pas encore parce que la gouvernance ne fonctionne pas et donc les politiques ne peuvent pas y agir. Le temps n’est pas un élément marginal : ce qui va bien aujourd’hui peut ne pas fonctionner dans 5 ans quand le monde aura pris une autre direction. Les thèses selon lesquelles l’austérité et les coupes budgétaires auraient à elles seules apporté la croissance à traité constant sont démenties de toute part. Avoir les comptes équilibrés  est important et nous l’avons fait en Italie, grâce notamment au gouvernement Monti. Mais les coûts économiques sont élevés (pour tous y compris prochainement pour l’Allemagne) et à ceux-ci s’ajoutent les coûts politiques puisque nous assistons à la montée des populismes et euroscepticismes qui atteignent une dimension préoccupante, se transformant par la suite en nationalisme et racisme, dont notre propre Histoire nous met en garde.

 

Mais pourquoi l’option intergouvernementale ne fonctionnerait-elle pas ?

«Parce qu’à force d’avancer sur la route de l’Europe, les patries elles-mêmes se détruisent. On ne réussit même pas à contrôler une crise relativement petite comme celle de Chypre. Je suis fédéraliste par conviction et je ne connais d’autre système institutionnel au monde en mesure de faire vivre ensemble démocratie, état de droit, et respect des différences  pour 500 millions de  personnes de lingues et d’histoires différentes. Et ce n’est pas une chose exotique, nous avons cela en Allemagne où cela fonctionne. Il n’est pas possible de céder des compétences ultérieurs sans une responsabilisation démocratique, sans que le Président soit élu, sans que le Parlement européen, voire le parlement européen émanent des parlements nationaux, puisse voter la confiance. Il n’existe pas de capacité de budget et de fiscalité européenne sans un volet de contrôle, qui, entre autres, ne se limite pas seulement à l’aspect économique ».

 

Que voulez-vous dire ?

«Qu’il existe même dans l’Europe actuelle un écart sur les droits civils. Par exemple, sur le thème des prisons et de la justice en Italie ou de la démocratie constitutionnelle en Hongrie. Des instruments de corrections sérieux n’existent pas. Nous avons des critères économiques forts pour entrer dans l’Union européenne, des mécanismes efficaces de suivi: procédures d'infraction, des amendes et ainsi de suite. Alors que du côté démocratique, il y a de forts critères d'entrée, mais une fois à l'intérieur d'un pays peut changer la Constitution en éliminant le partage des pouvoirs sans que rien se passe comme c'est le cas à Budapest. Ou vous pouvez être comme l'Italie, où il semble que le droit à la défense n'existe plus, car se délitant dans un processus qui dure depuis des années. »

 

Où a dérapé le projet d’intégration ?

«Il s’est fossilisé sur la monnaie unique. Nous nous sommes arrêté aidé du fait que l’Euro quoiqu’on en ait dit, a été un succès retentissant, jusqu’en ce système imparfait, au point qu’on a oublié d’aller de l’avant sur les autres aspects jusqu’à ce que nous soyons enfoncés dans la crise. La monnaie avait une gouvernance de beau temps, avec la tempête, cela ne marche plus.

 

Mais on a perdu le principe de solidarité, la raison pour laquelle nous sommes ensemble

«En réalité, non n’avons jamais eu à le pratiquer sérieusement, parce que nous n’avons jamais été véritablement mis à l’épreuve : les fonds de cohésion sociale et les autres postes budgétaires. Ceci est la première grande crise et l’incapacité d’y donner des réponses fait passer le refus de la solidarité des gouvernants aux citoyens. Popper nous a enseigné qu’en cas de crise, chacun s’adresse à l’autorité la plus proche pour trouver une solution. Pendant trois ans, nous avons pris des mesures à peine suffisante pour ne pas exploser : trop peu et trop tard. La vérité est que seul un grand projet de relance à tous les niveaux peut intéresser quelqu’un. Je ne crois pas qu’il soit possible de refaire l’Europe des petits pas. La bizarrerie fantastique est que l’Europe continue a exercer un pouvoir magnétique attractif pour tous les  peuples non européens. »

 

 

Quel est aujourd’hui l’argument fort du besoin d’Europe ?

«Aucun de nous n’a seulement les ressources et l’économie d’échelle pour se garantir un futur pour ses propres générations. La vision opposée est autocratique et nationaliste, la tentation de se fermer à tout qui devient par la suite raciste et fomente les guerres. Ensemble, nous serons plus forts sur le plan économique et démocratique. »

 

Schäuble, le ministre des finances allemand, dit qu’il faut modifier les traités ne serait-ce  que pour l’union bancaire. Êtes-vous d’accord ?

 «Selon moi, cela n’en vaut pas la peine. Il n’est pas vrai que les petites réformes soient mieux digérées par un certain type de pays. De toute façon beaucoup d’entre eux sont obligés à les soumettre à référendum. Et on ne rendra pas les gens amoureux de l’Europe en leur faisant le coup de l’union bancaire. Déjà qu’il est difficile de tomber amoureux d’une monnaie. Mais il y a des choses qui touchent beaucoup plus l’imagination populaire. Je ne me lasse pas de demander ce que nous en faisons de ces 27 armées nationales ? Cela coûte 250 milliards d’euros. Nous avons deux millions de personnes sous les armes, nues, c'est-à-dire pas équipées. C’est si vrai que chaque opération de maintien de la paix devient un drame : équipements, normes différentes, système d’armes différents, en Lybie, après dix jours, nous étions sans munitions. Ou bien les infrastructures, la recherche … »

 

 

Et votre idée de la Fédération légère ?

 «Oui, avec un budget d’à peine 5% du pib européen : mettre en commun4 ou 5 secteurs rien à voir avec un Super Etat. Le reste, nous le laissons à la subsidiarité. Nous n’avons pas vocation à devenir absolument homogènes. A la différence de mon amie Ulrike Guérot, selon laquelle l’Europe ne se fait pas parce qu’on n’arrive pas à se mettre d’accord sur le vin ou la bière à prendre pendant les repas, je pense que notre richesse soit proprement la bière et le vin dans chacun de nos pays. Ensemble, nous ne devons faire que les choses qui importent : les affaires étrangères, la défense, la sureté, la fiscalité, le trésor, la recherche, les infrastructures et j’y mets aussi l’immigration. Les chiffres les plus prudents indiquent que l’Europe aura besoin de 50 millions d’immigrants d’ici 2050.

 

De quelle manière le gouvernement italien devra-t-il se mouvoir pour faire en sorte que l’ouverture française ne tombe pas à l’eau ?

 

 «Le sujet est de comprendre quelle est la disponibilité. Est-ce une boutade à usage interne ou plutôt comme l’a dit quelqu’un, je pense qu’il s’agit d’une graine lancée et qui une fois au sol assumera sa vie propre. A nous d'en prendre soin, de l’arroser, un peu d’engrais. S’il y a un accord maximal, même avec des résistances bien compréhensibles, ceci devra devenir l’agenda de voyage du président du Conseil, du ministère des affaires étrangères, et de celui du Trésor. Nous devrons nous activer dans toutes les conférences. Ainsi nous préparerons un nouveau type d’élections européennes, avec les grandes familles politiques qui désigneront leur candidat à la présidence de la commission, des commissaires et du président du conseil, avoir un débat différent, en mesure d’impliquer et d’enthousiasmer les gens. »

 

 

Et l’Allemagne sera en mesure de sortir de la prudence imposée par les élections ?
 «Je comprends que la campagne électorale aient sa propre dynamique et impose ses règles. Mais ceci mis à  part, Berlin a toujours dit qu’il y aura jamais mutualisation de la dette s’il n’y a pas transfert de souveraineté. Prenons l’Allemagne au mot. Nous verrons bien si c’est du bluff.