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mardi 5 juin 2018

Sacrés vieillards






Françoise Dolto, sacrée grand mère 
et grand mère sacrée. Spécialiste de
la petite enfance, on la retrouve
étonnamment dans l'approche de
la question du vieillissement

.

De Bouddha à Dolto 


J'ai entamé ce café radical par une histoire qui m'est revenue. L'histoire se passe il y a longtemps. Un roi et une reine rêvent d'avoir un enfant et l'enfant finit par venir. Comme il est tellement désiré, comme il est prince, c'est peu dire qu'il devient "enfant-roi". Les parents sont très riches, mais il dépensent encore plus que ce qu'ils ont pour le bonheur de l'enfant à qui toute souffrance est interdite. À la moindre pleurnicherie, au moindre début de cri, sans jamais aller jusqu'à la crise, quand ni le père ni  la mère ne sont là, une armée de nounous et de divers domestiques se précipitent pour le distraire.
Et puis, et puis ... et puis le temps passe et le petit devient grand. À 16 ans, le petit demande à sortir.

Crise au château. Que faire ? Soit on maintient le petit dans le château à l'écart des difficultés, mais dans ce cas, on fera le malheur de l'adolescent puisqu'il insiste vraiment pour sortir. Soit on l'autorise à quitter l'enceinte du palais royal mais on sait qu'alors, il rencontrera le malheur.
Ainsi l'adolescent fut-il autorisé à sortir. 
Alors, dès franchi le premier pont levis, le prince fut confronté à la dure réalité du monde. La misère omniprésente, mendiants, vieillards et mourants. Et l'adolescent eut cette phrase "comment peut-on être heureux si l'on sait que l'on doit mourir?". 
Ainsi commença la quête philosophique du jeune homme dont à présent tout le monde a entendu parler. 
Il s'appelait Siddharta Gautama mais est mieux connu sous son surnom de Bouddha, qui veut dire "l'éveillé"
le jeune Siddharta Gautama, dit Bouddha, l'éveillé

Qu'on se rassure, je n'ai pas tourné casaque et mon but n'est pas de faire l'éloge de la spiritualité. Le café radical, bien que restant ouvert à toute forme de pensée reste dans une démarche rationnelle même si elle est fondamentalement ouverte au débat. À ce propos, je me dois de dire que ce récit de l'enfance de Bouddha n'est qu'un des multiples récits de la jeunesse du grand sage dont la spiritualité est présente dans la majeure partie de l'Asie. 

Je me suis demandé pourquoi cette histoire m'a accompagné dans la préparation d'un café radical consacré au vieillissement et à ses conséquences sociales, économiques, politiques, sanitaires et physiques. 
Parallèlement, j'étais amusé que, pendant que je préparais à un débat sur les vieillards, la télévision rendait hommage à Françoise Dolto spécialiste des bébés, à l'occasion des 30 ans de sa mort. 
Que relie pourtant le bébé au vieillard ? Pas évident si ce n'est de voir en eux des êtres de dépendance et de caca. 
Annie de Vivie, invitée du café radical, a tout remis en place dans les deux heures qu'ont duré le débat. 
Le dialogue avec les anciens en souffrance recoupe étonnamment ce qu'on peut retrouver dans le dialogue salutaire que Dolto a su nouer avec des enfants. C'est, fondamentalement, une histoire de vérité.  La vérité de ce qui est dit comme la vérité du dialogue. 
Il y a de la fascination à regarder ou écouter la façon dont Dolto parlait aux petits, comme il y a de la fascination à écouter la façon dont Annie de Vivie parle de ses dialogues en maison de retraite. Effectivement, les faibles, qu'il s'agisse d'enfants ou de vieillards sont marqués par un mensonge institutionnel, ce qu'on appelle un tabou et qui touche la mort, le sexe et l'argent. La mort, le sexe, l'argent, tout ce qui nourrit la culpabilité et l'autonomie des adultes civilisés et dont ils s'interdisent de parler aux êtres fragiles ... et dont Dolto pour les enfants, Annie de Vivie, mais pas seulement elle, démontre que non seulement on peut mais qu'on doit leur parler. 
Annie de Vivie et Annie Valin ont
magnifiquement animé un débat passionné
et passionnant. 
Il y a des points communs dans la manière de parler. En fin de compte elle est sans doute universelle. Elle requiert un dialogue qui respecte les individus, l'échange de regard, le toucher rassurant et la sincérité. Ainsi les angoisses des vieillards, si oppressante dans les maisons de retraites, le sont d'autant plus qu'on n'ose aborder le sujet y compris lorsque les vieux lancent des appels désespérés.  
Annie de Vivie raconte qu'elle vit avec la vieillesse depuis son enfance, sa mère ayant eu, elle aussi, à s'occuper des personnes âgées. Elle a acquis au fil des ans et des pratiques un lien très fort et particulier avec les vieux, tous les vieux, parmi lesquels les mourants. Elle dit à ce sujet que les mourants eux-mêmes choisissent en quelque sorte le moment de leur mort, celui dicté par un corps à bout. Cela m'a immanquablement fait penser à ce que le docteur Martin expliquait sur la naissance de l'enfant, qu'il ne fallait pas provoquer, mais juste accompagner. La naissance, la mort, la vie même et tout ce qui, du début à sa fin, relève du sacré. Toute chose vient à son heure.
Certes, on n'était pas exactement dans le sujet de la réunion qui visait à parler du vieillissement sous tous ses aspects sociaux, économiques et politiques. Sauf que, un peu à l'image du docteur Martin, l'homme qui a marqué la politique à Louviers, l'expérience professionnelle peut être une voie vers un débouchement politique. Ainsi, Annie de Vivie sait de quoi elle parle, tant elle a abordé le sujet sous tous les angles et un site de grande qualité, couvrant la question du vieillissement sous tous ses aspects. 

La vieillesse n'est pas une maladie 

Il n'empêche que le rapprochement entre l'enfance et la vieillesse ne s'arrête pas là. Ces deux moments de la vie ont été essentiellement vécu comme des désagréments, de ceux que le puissant 20e siècle a commencé à traiter à coups de médicaments. Les désagréments, ça se soigne. Or, la vieillesse n'est pas une maladie. Bizarre d'ailleurs comme cette formule en rappelle une autre sur la médicalisation de la grossesse (la grossesse n'est pas une maladie). Lors même que, comme le rappelle Annie de Vivie, "aucun âge de la vie n'est meilleur qu'un autre".  
Certes, on peut se demander à quoi ça sert un vieux ? Dans une société qui développe l'évaluation comme principe, la question ne manque pas de se poser et débouche inéluctablement sur la raison d'être de l'observatoire de l'âgisme qui relève de la lutte contre les discriminations. 
Annie de Vivie, avec la force de l'écoute et de
la conviction a su convaincre l'auditoire que
la vieillesse, la vie, et l'importance que l'on
accorde à l'âge nous concerne tous. Elle a
tenu des propos décoiffants qui poussent
à la réflexion comme à l'action.  
En fait, entre les mouroirs, terme sordide donné aux maisons de retraite lorsque dans l'après guerre on a commencé à regarder en face le problème des anciens et les Ehpad (établissements d'hébergement de personnes âgées dépendantes)  d'aujourd'hui, malgré tous leurs défauts, sont déjà la marque d'une évolution majeure de notre société vieillissante. 
On parle beaucoup des vieux. De plus en plus. La grève actuellement menée dans les Ehpad est révélatrice d'un malaise. Annie de Vivie, qui a évoqué le sujet vendredi soir à Louviers, a depuis évoqué dans l'éditorial qu'elle a signé sur son site (cliquer ). Elle prend le problème à rebrousse-poil des revendications du personnel comme de la réponse administrative. Selon elle, on ne peut aborder la question du vieillissement aujourd'hui avec les logiques d'hier. L'Etat a répondu aux demandes en instaurant le principe d'obliger à la présence d'une infirmière de nuit par établissement.
Pourquoi une infirmière de nuit, qui du reste, n'était pas demandée dans les revendications ? Est-ce parce qu'on n'arrive plus à recruter des aides-soignants ? 
Pour Annie de Vivie c'est toute la question de la vieillesse qui est à repenser. On ne guérit pas de la vieillesse. Il ne faut pas la penser en terme d'actes. On doit accompagner les vieux, être bienveillant avec eux. Ne pas les forcer à la toilette s'ils n'en veulent pas. Il faut jusqu'à la fin les aider à être une personne (comme le bébé de Dolto). Il faut les aider à vieillir debout selon la belle formule d'Annie de Vivie. 
Telle est notre mission essentielle en tant qu'humain : assister les anciens et la mission se décline tant sur le plan social, sociétal et individuel dans le cadre de la solidarité entre générations.
Ainsi, on peut considérer que le rôle de la société est déterminant dans cette mission, que ce soit au niveau de l'Etat que de la commune. 
Ainsi Diego Ortega, candidat déclaré à la mairie de Louviers a eu à s'exprimer à ce sujet. Annie de Vivie n'a pas manqué d'intervenir à peine avait-il pris la parole ... 
- "Alors, qu'allez-vous faire ? Pas de conseil des sages, j'espère ! Je repense à ce que me disait une cliente. Non, pas de conseil des sages, ce n'est pas parce que j'ai 85 ans que je suis sage. Je n'ai jamais été sage, je ne vais pas commencer maintenant ..." 
Diego Ortega s'est contenté de répondre qu'il prenait note de toutes les données énoncées lors du débat. Il s'en servirait lors d'un programme municipal qui reste à établir.
On ne peut faire qu'un triste bilan au sujet de l'action de municipalité actuelle de Priollaud, qui se contente de réduire tout ce dont bénéficiaient les anciens, sans qu'aucun projet n'apparaisse. Suppression des aides aux transports pour les non-imposables, suppression d'un événement festif et, effectivement, mis à part la création d'un conseil des sages, aucun projet visant au développement des liens inter-générationnels, ou à lutter contre l'isolement n'est présent. 
Je ne puis m'empêcher de repenser au travail pionnier mené par Ernest Martin qui, par le service famille s'était attaché à parler à tous les âges, dans un même service. Ledit service s'occupait aussi bien de la naissance, de l'adolescence et de ses troubles, des couples et des difficultés liés à la venue de l'enfant, et des personnes âgées, accompagnées ou impliquées. Ainsi, c'est sous cette municipalité novatrice qu'avait été créée une résidence destinée au personnes âgées et où les jeunes pouvaient loger à proximité (la résidence du Parc)
Anne-Josy Guérard, ex- et future conseillère 
municipale, psychologue travaillant auprès 
des personnes âgées, a fait part de ses
 expériences et doutes sur la difficulté de 
travailler en ehpad et les possibilités offertes 
pour améliorer les choses. 
Le but de cet article n'est pas de retracer toutes les pistes, toutes les données transmises par Annie de Vivie qui a pu ainsi parler de la dynamisation des réseaux, de la maison de l'amitié à Albi (50.000 habitants), du l'importance de la socialisation (nous sommes tous des êtres sociaux, sinon on crève),  de vieillir debout dans une société intelligente, de la nécessité de parler de la mort à tous les âges, de la nécessité de parler argent avec les anciens et ses parents en particulier, de la santé (compenser les problèmes d'audition diminuerait d'un tiers les accidents, donc économie) et de la sexualité des anciens  (si l'on est vivant, c'est qu'on a des envies)
Enfin, et là, nous revenons à la signification individuelle de la vieillesse et de la mort. Annie de Vivie rejette le principe défendu par le droit de mourir dans la dignité. Elle pense que la mort doit être le choix du corps qui décide du moment. Bien entendu, cela est vrai lorsque tout se passe bien, et, comme elle le dit : personne ne demande à mourir dans l'indignité. Beau débat à la vérité, les radicaux de gauche pour leur part étant très impliqués pour la défense du droit à mourir dans la dignité. 
à suivre ... 

mercredi 16 mai 2018

La droite dans l'impasse de la récupération

Irrécupérable Ernest Martin,
rebelle constructif, 
passionné de la vie,
passionné de sa ville. 
La droite de Priollaud-Terlez peut toujours essayer de compenser son manque d'imagination en tentant de récupérer quelque chose des années prodigieuses de la gauche lovérienne. C'est peine perdue ! Dans les pratiques, dans l'histoire, dans l'attitude, dans les valeurs, tout oppose le comité d'action de gauche personnalisé par le Docteur Marin aux élus à la triste figure qui représentent la municipalité de Louviers.
Certes, inviter Hélène Hatzfeld à présenter son livre La politique à la ville n'est pas en soi condamnable, au même titre que la décision de Jean-Charles Houel[1] de faire donation à la ville de Louviers de ses riches archives de témoin de l'histoire locale. Mais quel besoin de se lancer dans une vaine et grossière tentative de récupération dans laquelle le maire de Louviers a emmené toute son équipe ?
Dérisoire Priollaud qui s'imagine pouvoir récupérer
quelque chose de l'oeuvre d'Ernest Martin. 
La municipalité actuelle est l'exact contraire de ce qu'a été la gauche lovérienne. Elle est la droite conservatrice des petits calculs, sans imagination et prétentieuse. Elle est l'héritière de ceux qui se sont violemment opposés à Ernest Martin et à ceux qui l'ont accompagné.
Grâce à eux, Louviers a été au centre de toutes les attentions d'une gauche nationale en recherche d'innovation. Le Cag pour se faire s'est aussi construit contre cette droite fermée que Priollaud-Terlez représentent.
Que ceux-ci, maintenant, tentent sans vergogne de se présenter comme attentif à cette période qu'ils ne se donnent même pas les moyens de comprendre a de quoi scandaliser. 
Christian Lafenêtre, qui fut un militant et un élu particulièrement actif a contré violemment Priollaud. Le maire de Louviers avait pompeusement introduit la cérémonie en parlant des lovériens comme des administrés. 
Bravo Christian d'avoir rappelé que pour le Cag il n'y avait que des citoyens, dont il fallait développer l'autonomie, le contraire d'administrés à la sauce Priollaud.
Après tout, l'incongruité de la cérémonie se révélait aussi dans la mobilisation de la droite chargée de rendre hommage au Cag. A part Hafidha Ouadah, il ne manquait pas grand monde de ce côté là, ce qui ne faisait qu'en rajouter au ridicule.
Anne Terlez, forcément s'est aussi cru obligée de mettre son grain de sel. Au bout d'une tirade assez longue elle se demandait ce que sa droite bien-pensant pouvait tirer de la formidable expérience de la gauche en terme de démocratie participative. 
La réponse est simple : RIEN ! 
Ce que la gauche lovérienne a légué à la ville c'est d'abord une mobilisation inouïe, une mobilisation historique dans un moment de débat, de passion de la vérité dans une époque passionnée avec tous les excès inhérents à la passion. 
Il y avait tout dans le comité d'action de gauche qui recueillait tout ce qui se pensait, vrai ou faux, juste ou injuste dans une période où toutes les idées se confrontées ... mais ce qu'il y avait d'original à Louviers, c'était leur mise en pratique.
Au delà de la figure de l'homme, j'ai évoqué à la suite de son décès, tout ce qu'Ernest Martin a légué à la ville. Il était le lien entre la sensibilité aux idées et la mise en pratique de celles-ci. 
La période dans laquelle le cag se construira dans l'opposition de 1969 à 1976, se situe non seulement dans le sillage de mai 68 mais aussi dans la période de libéralisation de la société française. En 1975, la loi sur l'avortement est adoptée à la suite d'un long combat féministe mené notamment par la gauche et que la droite giscardienne fera voter. 

Cela se traduit à Louviers par la création d'un centre d'orthogénie, où, derrière la pratique de l'avortement, Ernest Martin développera une démarche novatrice d'accueil et de pédagogie destinée tant aux femmes en difficulté qu'aux personnes chargées de les soutenir et de les accompagner. La pratique n'est pas unique, mais elle est rare. Elle amène une réflexion collective visant à l'épanouissement de l'individu alors qu'on sort à peine d'une période où la sexualité a été un tabou majeur dans la société. 
Bien sûr, Ernest Martin, en tant que médecin, sera l'homme des accouchements, et de l'accouchement sans violence. C'est un autre aspect de la personnalité du Docteur Martin et je ne puis m'empêcher de penser que pour démocratique que soit sa démarche, pointe toujours l'expert derrière l'individu... d'où sans doute une certaine défiance exprimée vis à vis de l'expression populaire qui ne saurait être une fin en soi surtout si elle s'oppose au projet du politique.
Ah ! Le politique, le noble politique qu'Ernest Martin opposait sans cesse à La politique, la vulgaire politique.
Or c'est bien la politique dans ce qu'elle a de plus vulgaire qui s'est chargé de cette tentative de récupération heureusement vouée à l'échec. 
Non, cet amour de la liberté, la politique comme passion collective, la confiance absolue en l'humain, l'espérance du lendemain comme fête, la référence à tout ce qui dans l'Histoire a construit l'émancipation des individus et des corps, toute cette modernité ne peut avoir aucune résonance chez les représentants lovériens de l'Udi, du modem et des Républicains. Ils n'ont rien à récupérer dans l'histoire prestigieuse de la gauche à Louviers. 





[1] Jean-Charles Houel est un témoin majeur de la période qui a porté la gauche lovérienne des années 65 à 1983, sujet du livre d’Hélène Hatzfeld. Il a été rédacteur municipal pendant la municipalité Martin avant de devenir journaliste à La Dépêche de Louviers qui a accompagné l’aventure si particulière de la gauche lovérienne. Jean-Charles Houel a éprouvé le besoin de se doter du titre de Rédacteur en chef qu’il n’a jamais eu, mais cela ne retire rien à l’intérêt et à la qualité des archives militantes et professionnelles qu’il a laissé à la ville de Louviers et qui sont d’un intérêt majeur pour l’histoire de la ville.    

dimanche 6 mai 2018

LOUVIERS, BEAUCOUP MIEUX QU'UN ESPOIR DÉÇU ...

critique du livre d'Hélène Hatzfeld 

LA POLITIQUE À LA VILLE 

Hélène Hatzfeld (photo Paris Normandie) sera présente
à 20h30 lundi 14 mai au Moulin à Louviers pour parler
de son livre et de notre histoire.
Il faut lire le livre d'Hélène Hatzfeld. Même si, par principe, je réfute ce type de formule, je le redis : il faut lire le livre d'Hélène Hatzfeld. Il faut le lire parce que les livres sur Louviers ne sont pas si courants, et ceux sur l'histoire si particulière de la gauche lovérienne le sont encore moins. 
L'ouvrage a ses limites, et ne le cache pas. Hélène Hatzfeld est nostalgique, elle met du sentiment dans l'Histoire, ce qui l'anime en détermine aussi les limites. Ainsi, lorsqu'elle arrive à Louviers près de 30 ans après la fin de ce qu'elle pense être l'expérience autogestionnaire elle se trouve face au vide. Il n'y a dans la ville ni trace évidente, ni enthousiasme sur cette période. 
Elle voulait parler autogestion, échanger avec des nostalgiques et, finalement, elle rencontre essentiellement les cicatrices enfouies sous le manteau de la maturité politique. 
L'autogestion n'a eu qu'un rôle mineur à Louviers. Elle a servi de référence idéologique à un mouvement qui avait peu de choses à voir avec elle. L'autogestion est un terme flou, il l'était déjà à l'époque. Il a cependant eu son utilité en permettant de réfléchir à gauche à la création d'un monde alternatif, respectueux de l'individu, du rapport de l'homme à sa production, et permettant d'agir concrètement. Le choix des ouvriers de Lip, décidant de produire eux-mêmes les montres alors que l'entreprise était en train de fermer ouvrait de nouvelles perspectives politiques et sociales. La Cfdt suivait nationalement l'initiative locale, le Parti socialiste unifié, dirigé alors par Michel Rocard s'engouffrait dans la brèche et jusqu'au parti socialiste en phase de construction d'un programme commun de la gauche trouvait l'idée intéressante.
Voilà pour le contexte général dans la société française... mais il reste à expliquer le succès idéologique de l'autogestion à Louviers. 

Il n'y a qu'à Louviers !

Hélène Hatzfeld dit très bien ce que le phénomène a d'exceptionnel à Louviers. Les seules communes de France à se revendiquer autogestionnaires ou sur une base alternative au programme commun de la gauche, font moins de 5.000 habitants et ne peuvent servir d'exemple. Qui plus est Louviers a toujours cette particularité géographique indissociable de son histoire de se situer à 100 kilomètres de la capitale. La ville a tout ce qu'il faut de proximité et d'exotisme politique pour intéresser une intelligentsia parisienne, intérêt matérialisé par les journalistes du Nouvel Observateur, porteurs de ce qu'on appelle alors la deuxième gauche. 
C'est vrai que cette deuxième gauche qui englobe au lendemain de mai 68 les aspirations nouvelles de la société. Pour faire vite, le besoin de reconnaissance de l'individu se construit parallèlement à une action politique collective. Cela passe par le droit à la parole, la prise en compte du désir, le respect du plaisir, tout ce que la fameuse société de consommation va d'ailleurs reprendre à son compte au fil des ans. En attendant, la deuxième gauche sent bien que les partis traditionnels, y compris à gauche ont une structure trop rigides pour répondre à cette attente. En fait, la Cfdt (qui vient juste de naître des flancs de l'ancienne Cftc) et le Psu sont les outils nationaux qui reflètent ces aspirations). 
Tout ceci explique d'ailleurs qu'aux yeux des observateurs extérieurs que le psu soit la référence politique de l'équipe qui s'apprête à reprendre le pouvoir à Louviers. C'est faux.
Ça, Hélène Hatzfeld l'a bien perçu. Elle voit bien qu'au sein de l'équipe, le psu en tant que tel n'a que peu d'influence. Le parti n'a que trois représentants au sein du Comité d'action de gauche, mais ceux-ci ne sont jamais écoutés en tant que tels. Ils accompagnent l'expérience, mais ils ne sont pas une force d'influence et n'interviennent pas comme groupe constitué au sein des débats. On touche là au fond à ce qui rend la ville si difficile à comprendre pour l'extérieur. À Louviers on est dans un autre monde. Hélène Hatzfeld fait d'ailleurs cette erreur en tentant une comptabilité des influences qui ont fondé la mouvance lovérienne. C'est peine perdue. Louviers a subi des influences, peut-être et sans doute plus que d'autres groupes humains, mais tout ce qui a tenté de s'organiser pour prendre le dessus s'est trouvé écarté soi par les faits, soi par les acteurs du mouvement.    

Ernest, le génie ou le génie d'Ernest

Au fond, par quelque bout qu'on prenne l'histoire de Louviers, et surtout dans la période traitée, on retombe toujours sur Ernest Martin. Cela peut sembler étrange vu de l'extérieur puisqu'Ernest a laissé sa place de maire à Henri Fromentin, héros de la Résistance et chef d'entreprise. Hélène Hatzfeld ne s'est pas penchée sur ce sujet. Pour ma part, je considère que c'est un grand manque à tout point de vue.
Mai 68 est une remise en cause profonde du rapport au pouvoir. Il y a des héros, des vedettes charismatiques, mais aucun ne prend le pouvoir, puisque mai 68 ne se traduit pas par une prise de pouvoir.
Or, si en mai 68 le docteur Martin a le pouvoir en tant que maire de Louviers, il le perd quelques mois plus tard, à la suite de la décision du parti communiste de l'éliminer. C'est de là que naît le Comité d'action de gauche, un rassemblement chargé à l'origine de permettre une reprise du pouvoir et de poursuivre l'œuvre déjà immense de la municipalité Martin.
Tant pis si le pouvoir passe à la droite. Il n'empêche, en faisant cela la gauche lovérienne est contrainte d'exister en dehors de la gauche nationale. Il est ainsi logique que le parti socialiste naissant qui privilégie l'alliance nationale avec les communistes ne soit pas une option politique locale. 
Il restera donc au cag à forger un projet politique qui lui permettra de reprendre la mairie, ainsi Louviers deviendra-t-il le réceptacle des courants novateurs  d'une société française en effervescence à la suite de mai 68. Ainsi s'explique à mon sens la nette victoire de 1977, qui permettra à Louviers de devenir pour beaucoup la première commune autogestionnaire de France avec 27 élus sur 27, reléguant la liste d'union de la gauche en spectateur de l'histoire locale au même titre d'ailleurs que la droite.
Mais tout ceci ne règle ni n'explique la situation d'Ernest Martin, élu premier adjoint de la liste du comité d'action de gauche. 
Comme on l'a dit, et notamment Hélène Hatzfeld, Ernest Martin, le thaumaturge, celui sans qui rien n'aurait existé à Louviers, n'est pas autogestionnaire. Il se revendique anarchiste. Il le revendique encore davantage au sein d'une municipalité où les reproches sont de plus en plus nombreux à son égard. 
Et que lui reproche-t-on à Ernest ? Qu'est ce qui fait qu'on va gentiment lui demander de ne se présenter qu'en deuxième de liste derrière la figure plus raisonnable d'Henri Fromentin ? Au départ sans doute l'idée électoraliste que derrière la figure sulfureuse du docteur qui défend le droit des femmes et notamment le droit à l'avortement alors sévèrement réprimé en France, on a peur de la réaction négative de l'électorat. Reste que derrière cette attitude frileuse se cache bien entendu la peur de la personnalité d'Ernest, de ses audaces et de ses coups de gueule ... et la mise sous éteignoir du projet ernestien. 
Bien sûr, cela n'a pas empêché la naissance et la reprise des aspects les plus originaux de la municipalité. Il y a eu la gratuité des services publics, la création du service famille (évoqué dans le livre mais qui vaut beaucoup plus qu'une simple mention y compris dans ce blog), la naissance des terrains d'aventure pour la jeunesse lovérienne, l'ouverture des cinémas au moment où tous fermaient en France et dans le reste de l'Europe ... mais, en fait, ce qui touchait au projet autogestionnaire s'est écroulé de lui-même. Il y a un exemple qui n'est pas repris dans le livre et qui me semble tout à fait emblématique des difficultés municipales. 
Autour d'un projet scolaire, de nombreux membres de l'équipe municipale vont dans un louable souci de communication discuter avec les parents de leurs attentes pour l'école. Il en ressort naturellement que les parents souhaitent en tout premier lieu que leurs petits soient protégés et qu'à cet effet des murs ou des murets soient prévus. 
Retour du compte rendu de la réunion en municipalité et colère d'Ernest qui s'insurge contre les décisions réactionnaires des parents. Il faut veiller d'abord à l'épanouissement des petits avant leur sécurité. Crise !
En fait, Ernest, même si cela est dit et redit dans le livre, Ernest donc agit comme un médecin accoucheur. Dans un accouchement, il n'y a pas de place pour la démocratie participative. Il y a un médecin qui a le pouvoir, et qui, s'il s'en sert bien parera à tous les dangers, amènera la vie dans le respect de l'enfant, de la femme et de l'acte. Le fait d'avoir voulu reléguer Ernest dans un rôle second allait bien au delà de la castration d'un personnage privé de pouvoir, il a sans doute atténué l'originalité de l'expérience lovérienne en empêchant qu'elle aille au bout de sa logique et nui à la qualité de l'analyse qu'on peut en avoir à présent. Pour ma part, je reste persuadé que si Ernest avait été en situation de responsabilité, l'expérience aurait été jusqu'au bout et aurait pu être renouvelée sur un autre mandat. Bien sûr cette uchronie ne mange pas de pain mais elle a pourtant un sens qui peut amener à réfléchir sur la réalité du pouvoir, y compris lorsqu'on dénie à celui-ci une existence.
Ainsi Ernest a-t-il souffert de cette absence de pouvoir, pour partie inassumée et derrière elle tout une mouvance et tout un groupe. L'absence de pouvoir est comme la lettre volée d'Egar Poe, cet objet que tout le monde recherche et que personne ne voit parce qu'elle est sous les yeux de tout le monde mais que chacun a un intérêt à ne pas la voir. Il n'empêche, aucune critique, aucune analyse ne pourra retirer le bilan extraordinaire des municipalités auxquelles le Docteur Martin a participé. 
Louviers, et sa formule beaucoup plus
prémonitoire qu'il n'y parait même si
le Docteur Martin lui préférait la formule
"information, participation, contrôle"

Loin des écoles, loin des partis, loin de tout, Ernest par son seul génie fait de Louviers une avant-garde de tout ce qui se fera plus tard : le pouvoir communal, la prise en compte des individus, l'exigence vis à vis des pouvoirs publics, la décentralisation même. Parce que c'est ce qu'il faut quand même dire : si l'idée même d'autogestion s'est figée au point de disparaître, les institutions rejetées sans doute ont su évoluer, le personnel municipal aussi, le pouvoir des élus et le recul de l'Etat. 







[1] « Qu’est ce qui s’est passé à Louviers ? Un tremblement de terre ? » citation attribuée à Georges Marchais, alors secrétaire général du parti communiste français... source : Pierre Semelagne, ex-militant communiste lovérien





samedi 8 avril 2017

Les Petits Loups ne doivent pas disparaître !


Le maire de Louviers joue au champion de la sécurité. Il a décidé de fermer les "Petits Loups", structure d'accueil destiné à la petite enfance  suite à la visite de la commission de sécurité. Il y a de quoi être plus qu'inquiet !

Les représentants de la municipalité Priollaud devant
l'équipement qu'ils ont décidé de fermer. Au delà du manque
d'entretien du patrimoine communal, ce qui est à craindre
c'est que la municipalité utilise tous les prétextes pour mettre
fin à une politique de qualité destinée à la petite enfance
aux liens avec les parents et à l'épanouissements des enfants
(photo Paris Normandie)

Les Petits Loups était l'élément d'un réseau destiné à l'accueil des petits, offrant  aux jeunes parents un choix ouvert. La municipalité Fromentin-Martin avait voulu, vers la fin des années 70, donner aux tout petits les moyens de l'épanouissement progressif en dehors du cadre familial. Cette volonté s'était construite parallèlement à la démarche des maisons vertes menées par Françoise Dolto et qui ont démontré tout leur intérêt. Elle avait été remise en question par la municipalité Proust ouvertement en guerre contre les structures de la petite enfance, mais le combat mené par les parents et les représentants du personnel avait évité le pire. La situation s'est par la suite stabilisée sous la municipalité de gauche de Franck Martin. 


La mesure de Priollaud fait craindre le pire, c’est à dire que la
Louviers a eu un rôle pionnier en ce qui concerne le lien
parents-enfants et l'accueil des tout-petits. L'exemple a été
suivi dans de nombreuses communes de France. Ici à Sciez.
Maintenant, Louviers ne songe qu'à fermer les équipements.

municipalité trouve cet équipement trop cher, à la lumière de tout ce qui réalisé à Louviers pour la petite enfance depuis des décennies. Déjà, Priollaud a supprimé la distribution d’un beau livre à tous les enfants de la maternelle. Là, on sent qu’il veut s’attaquer à ces structures qui mixaient accueil des parents et des petits enfants dans des structures qui ont été citées en exemple depuis leur création. On veut limiter le choix des parents tout en laissant s’appauvrir la qualité de l’accueil des tout-petits.
Que la municipalité ait au moins le courage de son attitude et qu’elle ne se serve pas du prétexte du passage de la commission de sécurité qui est toujours dans son rôle en recommandant des mesures de sécurisation mais dont le but n’est pas la fermeture des services publics. On entre là, dans la triste politique patrimoniale de la municipalité. Fermer un maximum d’équipements pour les céder au privé, et renoncer au service public de qualité.

mercredi 12 février 2014

Le dernier coup d'Ernest ...


communiqué à paraitre dans la Dépêche
Oui, la municipalité de Franck Martin a décidé de faire en sorte que les lovériens ne déboursent pas un centime supplémentaire en se rendant dans la magnifique centre aquatique qui ouvrira ses portes en mars que lorsqu'ils se rendaient dans le bassin vétuste de la piscine plein soleil. Il s'agit bien d'un choix politique, mais pas politicien. Le présent communiqué avait été transmis à la Dépêche qui ne l'a reçu que tardivement. Elle en publie cette semaine une nouvelle version, qu'elle m'a demandé de raccourcir ...

La piscine à Louviers, les vraies raisons d’un tarif


Les lovériens pourront le mois prochain s’ébattre  dans le complexe nautique créé par la communauté d’agglomération au même tarif que dans la vieille piscine. Ainsi en a décidé la municipalité. La droite s’offusque, les lovériens sont contents. On pourrait en rester là, mais il serait dommage de priver le public de quelques explications.

Il est impossible de comprendre les enjeux  de la piscine et de la tarification sans se référer à l’histoire de Louviers et à la figure d’Ernest Martin qui y a profondément modelé la pratique politique, léguant une idée du service public aussi déterminée qu’originale.

Ernest Martin a imposé à Louviers le principe de développement et de gratuité des services publics. Il refusait la barrière de la société et de l’argent.  Pour lui, toutes les familles, tous les enfants, devaient avoir accès à tous les services, d’abord parce que ceux-ci avaient été construits pour eux et ensuite parce qu’ils étaient déjà payés par les impôts. Il ne comprenait pas au nom de quoi on devrait les faire payer deux fois. On sait à quel point des tarifs élevés  dissuadent les familles d’accéder aux services publics, et en éloignent les enfants  qui en ont le plus besoin.

La construction en 1968 de la première piscine de Louviers dans le quartier des Oiseaux en est le meilleur exemple. Sa  fermeture brutale  par la droite après 20 ans d’existence était la marque évidente d’une conception opposée du service public entre ceux qui y voyaient une opportunité d’épanouissement et ceux qui pensaient que ce qui est public coûte toujours trop cher.

Il aura fallu 25 ans pour réparer l’affront et faire en sorte que les lovériens puissent enfin bénéficier d’un équipement moderne, digne de ce nom et d’une ville-centre de 18.000 habitants. Le centre aquatique n’aurait jamais vu le jour sans la volonté de la municipalité de Louviers ni sans la création de l’agglomération au sein de laquelle le rôle et l’acharnement de Bernard Lefebvre, ancien adjoint et proviseur du lycée de Louviers auront été déterminants. Bientôt les lovériens visiteront la plus belle piscine du département avant d’y plonger au début du mois de mars.

Reste la question de l’accessibilité du public à ce bel équipement. Sans qu’il en coûte un sou à la communauté d’agglomération, gestionnaire de l’équipement, la ville de Louviers a décidé de de ne pas faire payer plus cher aux lovériens que ce qu’ils déboursaient pour se tremper dans le bassin de la piscine Plein Soleil.


La municipalité héritière de l’esprit d’Ernest Martin  avait-elle d’autre choix que de rendre accessible à tous le nouvel équipement ? Par quelle logique certains enfants n’auraient eu le droit que d’être éclaboussés  des cris de joie de ceux qui auraient pu profiter de l’équipement parce que leurs parents avaient de quoi faire l’effort nécessaire ? N’est-il pas du devoir d’une ville que de permettre l’accès à tous d’un équipement qu’elle a tout fait pour mettre en place ? C’est l’inverse qui aurait été indécent.

Tout le monde à Louviers a en mémoire la personnalité du docteur Martin et ses combats pour une ville sans discrimination. Sans doute le fait de ne connaître ni la ville, ni son histoire, rend incompréhensible aux opposants fraichement débarqués la volonté municipale. Oui, nous voulons offrir à tous les lovériens, à toutes  les familles, l’accès au plaisir de l’eau et la capacité d’apprendre à nager. Cela à un coût, bien entendu. C’est le prix de l’égalité.   Et pour tout dire, c’est encore un coup d’Ernest !








samedi 8 février 2014

Peu de mots, beaucoup de bêtises ... la droite insiste sur ses points faibles !

Nul ne sait comment ça va finir, mais les temps sont déjà très durs pour la droite alors qu'on en n'est qu'à un mois et demi du scrutin. Quelques éléments à partir des documents diffusés ce matin sur le marché.

J'aime ma ville qu'il disait, le tout est de savoir
laquelle ... Rouen ou Paris. A Louviers, personne
ne le connait encore !
Elle n'est toujours pas sortie d'une communication sur timbre poste. Elle ne sort pas un seul élément de programme, elle a de plus en plus de mal à cacher ses divisions alors qu'on la pousse en haut lieu à s'unir. Pour l'instant, seuls les écharpes jaunes de Franck Martin animent la campagne. 
Il serait temps pourtant qu'elle se réveille 
Analyse de la situation à partir des quelques indices laissés ce matin sur le marché dans des tracts au mini-format qui s'attachent à mettre en valeur leurs points faibles. Ils  témoignent en tous les cas du profond malaise de la droite locale. 

Priollaud sous influence


Première attaque contre la liste Terlez, la droite
est en recherche d'authenticité ... A mon avis,
elle n'a pas encore trouvé. Qu'elle se dépêche,
dans un mois et demi il sera trop tard.
Commençons par le cas Priollaud. Voilà qu'il déclare qu'il aime sa ville, mais nul ne sait quelle est sa ville. Paris, Rouen ? Nul ne sait d'où il est. Il est marié, mais personne n'a vu son époux ou son épouse. Il signale qu'il habite le centre-ville de Louviers, seulement ses voisins, se sont demandés pendant des années où faire transférer le courrier qui débordait de sa boîte aux lettres. Odile Proust, elle au moins,disait d'emblée qu'elle aimait Louviers, reprenant une antienne chiraquienne. Bref, deux phrases, trois bêtises, le tout entouré des 33 photos des co-listiers, voilà qui démontre le manque de propos des candidats, ce qui dans le cadre d'une élection municipale peut s'assimiler à du mépris. 
Passons maintenant au verso.
Au delà des éléments d'intention et de l'hommage (?!!) rendu à la municipalité de Franck Martin, Priollaud explique que la gauche est divisée. Cela semble étrange,  les socialistes s'étant ralliés à Franck Martin qui réunit sur sa listes radicaux, société civile, communistes et écologistes ... Mais voilà, Priollaud se la joue sectaire et accuse Anne Terlez et son ancien compagnon de tract d'être de gauche. Cela semble vraiment bizarre quand on sait la volonté de faire céder Anne Terlez pour qu'elle intègre la liste. Voilà qui confirme en tous les cas l’invraisemblable politique de communication de François Xavier Priollaud qui appuie au maximum sur ses points faibles. On croit rêver !

Une publicité inespérée de la part de
l'opposition pour une mesure municipale qui
se justifie tout à fait. Merci modem !

Terlez se jette à l'eau !

Disons-le franchement, jamais l'équipe de Franck Martin ne se serait permis une telle entrée en matière, tant on aurait pu la suspecter de mettre en valeur la décision de réduire le prix d'accès à la piscine pour les lovériens. 
Oui, A Louviers, la piscine sera moins chère pour les lovériens. Quoi de plus normal d'ailleurs, de la part d'une municipalité héritière de l'oeuvre du Docteur Martin qui s'est tant battu pour rendre accessible à tous, les services publics locaux. Voilà quelque chose qui échappe logiquement à quelqu'un qui ne connaît pas la ville et qui est incapable de comprendre cette logique politique qui a pourtant marqué des générations. 
Pas de programme pour le modem !
Terlez se présente toute seule, mais 
cela ne suffit pas à construire un projet.
A critiquer les actions de la municipalité 
elle démontre qu'elle reste sous influence 
tout faisant sa publicité 
Merci Anne et bravo Louviers !
Bien que le recto du tract soit étonnamment vide, puisqu'il se limite à la publicité d'une mesure municipale, on remarquera cependant qu'Anne Terlez se présente à présent seule en scène. Qu'est devenue sa pourtant récente recrue ? Y aurait-il brouille, malentendu, confrontation d'egos ? 
A suivre ....
Passons maintenant au verso qui se lance dans une attaque maladroite de la municipalité Martin sur le sujet. 
Il convient quand même de rappeler que Louviers va avoir une piscine alors que la droite l'a supprimé. En terme d'amateurisme, signalons que la création de la piscine est une conséquence de l'intercommunalité qui n'aurait jamais été possible sans l'action déterminée de Franck Martin, qui a dû s'opposer notamment aux amis de Mme Terlez et de M. Priollaud. 
Ce sont ces mêmes amis que Mme Terlez appellent à financer la restauration et le fonctionnement de la patinoire. Quand on voit la façon dont ils la laissent mariner dans sa campagne, torpillant sa liste au point qu'elle est incapable de la diffuser à moins de deux mois de l'échéance.
Cherchez l'erreur !









jeudi 6 février 2014

Tout sur Ernest ... la suite


 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfants d'Ernest ...

 
Renaud, Isabelle et Franck Martin ... ils sont trois à avoir parlé lundi matin. Trois parmi les sept. Trois parmi des milliers. J'espère qu'ils ne m'en voudront pas, mais depuis le 25 janvier 2014, nous sommes tous des enfants d'Ernest, en ce sens que sans lui, notre vie aurait été toute autre. Toute la ville est orpheline.
Suite et fin des hommages rendus au docteur Ernest Martin. Quelques couleurs de plus à l'arc en ciel laissé à jamais dans le ciel de Louviers. Lisez-bien ces textes, pour tous, il s'agit de visions différentes et majeures.
 
 
 

Renaud Martin, fils cadet d'Ernest Martin, né le 22 mars 1969



 
 
Papa, le souvenir de toi évoqué aujourd’hui est celui de ton action politique comme élu de Louviers, de ton action comme médecin. Moi, c’est comme enfant et comme fils que j’ai vécu en partie cette période.
Je dis en partie seulement parce que je suis né en 69, au moment même où tu as été mis en minorité au conseil municipal. J’étais enfant, mais je peux dire aujourd’hui combien ton action, avec celle des militants politiques qui t’ont accompagné, a compté et compte encore pour moi, pour nous, pour Louviers.

Certes, comme chacun, en te pleurant aujourd’hui c’est la perte d’une part de moi-même que je pleure, car avec toi s’envole pour de bon l’enfant que j’ai été. Mais si je peux publiquement parler de cette enfance, c’est justement parce qu’elle est indissociable de ton engagement politique et de ton action de médecin. J’ai eu la chance en effet d’avoir une famille très, très, très élargie dont les limites se confondaient presque avec celles de Louviers. Et c’est à ta stature que je dois cela. Mon enfance, c’est ainsi  toute une galaxie de figures lovériennes commensales de la rue Foch, militants politiques des vendredis soirs du chalet, auxquels se joignaient des âmes en souffrance que tu aidais en les socialisant rue Foch. Mon enfance, c’est Maman, qui les accueillaient tous et toutes, de toute heure du jour et de la nuit pour faire la ville comme on refait le monde et avec quelle humanité, quelle tendresse ! Mon enfance c’est ce bouillonnement militant, ces discussions fortes, ces tracts à plier, à distribuer, ces affiches et seaux de colle, c’est la transformation de la ville après la victoire de 76.

Mais mon enfance c’est aussi l’injustice de la maladie de Maman, qu’elle affrontait avec dignité mais qui nous laissait trop souvent sans voix et que, vaille que vaille, nous essayions de rendre moins cruelle. Crois-moi, Papa, c’était là, tout compte fait, un espace formidable de vie car ta stature et l’amour infini de Maman faisait tenir cet univers et m’ont fait tenir debout. Y sont inscrits en moi, l’amour de la vie, l’amour des autres et plus encore, ces valeurs, qui, je crois, étaient les tiennes : liberté, fraternité.

Fraternité, oui, mais fraternité de combat, car ils étaient nombreux les combats que tu menais pour l’émancipation, pour la résilience, pour la guérison, bref pour la ville. Une fraternité vivante, joyeuse, festive, mais qui n’excluait pas les ruptures, les échecs ou les douleurs, une fraternité dans laquelle, quel que soit son âge, sa condition sociale, sa filiation, son affiliation à toi ou au cag, chacun trouvait l’énergie de se construire soi-même dans une dynamique pour construire et changer la ville. Cette fraternité avait une adresse, le 20 rue du Maréchal Foch. Crois-moi, ceux qui l’ont approché, ne l’oublient pas et ils l’oublient d’autant moins que tu étais d’abord, Papa, un praticien et que tes actes ont marqué nos existences et la ville.

Car c’est bien dans l’acte que tu excellais. Entendu que tes actes et que les actes peuvent être aussi des paroles qui transforment les êtres et leurs façons de percevoir les choses. Tu n’as ainsi pas eu ton pareil pour insuffler une confiance et une dignité à tes semblables. Comme en médecine où le geste ouvre un espace de guérison, un espace pour que la ville reprenne le dessus et se libère de ce qui l’entrave, tes actes politiques visaient tous à libérer les individus en commençant par les enfants et, chose extraordinaire, avec les amis du cag (comité d’action de gauche), tu as multiplié ces actes émancipateurs, ici, à Louviers.  Liberté des enfants à parcourir la ville, ateliers d’expression libre pour fortifier en eux l’élan créateur, sans lequel disais tu, il n’y a pas d’identité solide. Il fallait que les naissances ne soient plus subies, mais désirées, que l’accueil des nouveaux nés inscrive ceux-ci, d’emblée, comme des personnes. Il allait que la ville donne à la politique culturelle une autre mission que l’érudition pour certains et le divertissement pour tous mais qu’au contraire elle multiplie les occasions pour chacun de se construire soi-même.

Il fallait donc que chaque exposition soit assortie d’atelier de création pour les gosses comme tu disais. Et même si cette vision de la ville émancipatrice appartient au mouvement pré et post 68, visionnaire, tu as eu le courage, l’immense courage, et le talent charismatique de l’incarner et de la mettre en acte, ici à Louviers.

Ce qui a été réalisé alors, et je veux en témoigner, c’est bien un immense espace de liberté et d’épanouissement. Ils sont nombreux, je crois, les lovériens de ma génération qui gardent en mémoire cette liberté qui leur a été donnée de s’instruire, de créer, de faire du sport, de la musique, de se déplacer, comme si la ville était faite pour eux, comme si enfin, leur était reconnu un droit à l’habiter pleinement. Le droit à la ville, pour se construire comme adulte et comme citoyen.

Pour finir Papa, je veux t’assurer, même si les temps ont bien changé, que tes actes politiques demeurent vivants, que les brèches ouvertes alors, ne se sont que partiellement refermées. Ces actes demeureront en tous cas pour moi, et à jamais, un antidote contre la résignation et tu le sais, ils sont à l’origine de mes propres engagements associatifs et politiques.

Le monde est à nous. Il nous revient à toutes et tous de le rendre meilleur, plus libre et plus fraternel comme tu le voulais.
 
 
 
 
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Isabelle Martin, fille aînée d'Ernest Martin

« Maintenant que la jeunesse … » L’interprétation émouvante par Monique Morelli de ce poème d’Aragon vient, évidemment, aussi, pour sa famille comme une plaisanterie privée … Car Ernest Martin  notre père, aimait chanter, chanter en se rasant, chanter sous la douche et surtout à pleine voix en transformant joyeusement les paroles …selon la vieille tradition des carabins !

Évoquer donc ce qu’il a été comme père… au nom de mes frères et sœurs, bien sûr, Franck, Sophie, Stéphane, Antoine, Emmanuelle et Renaud, j’y ajoute évidemment Pauline, notre grande sœur de cœur,  et Jean et Nadette qui sont aussi notre famille, au nom de ses petits enfants aussi, pour qui il a beaucoup compté, Julia, Diane, Angèle, Alice et Victor, Joséphine et Léonie, Théo et Louise, Ethel, Baptiste, Céleste et Candice…

            Notre père a été un père de la seconde moitié du XXème siècle… Il faisait une confiance absolue à notre mère pour s’occuper de notre éducation et certes, n’était pas homme à s’occuper quotidiennement des biberons, des devoirs ou des promenades au square … quoique la tradition des promenades en forêt du dimanche après-midi quand ses occupations lui en laissaient la liberté, il y participait…

            Il faut dire aussi que nous n’avons pas eu le même père, évidemment, de l’étudiant en médecine des années 50 au médecin et à l’homme politique des années 60-70, il y a quelques différences, autant sans doute que celles qui vont de la 4 chevaux à la Clio, en passant par les dauphines, R8, R16 et autres 4L … Remarquons, au passage, sa fidélité aux Renault …Et c’est tant mieux, de ces changements dans la continuité, nous tenons aussi nos différences…

Certes, il n’était pas souvent là, certes, comme certains d’entre vous, nous l’avons beaucoup, beaucoup attendu…avant de passer à table !

            Bien sûr, avec toutes ses activités passionnément menées, les interventions paternelles étaient rares… mais elles comptaient d’autant plus et pour chacun d’entre nous, il a su être là à un moment nécessaire, à une croisée des chemins, jamais assez bien sûr, sans doute juste quand il le fallait…

            Parce que tous, nous l’admirions, c’est sûr,  tous, nous l’écoutions parler du monde comme il était et de ses projets pour le changer, de ses espoirs et de ses indignations, de ses colères et surtout, malgré tout, de sa profonde confiance dans l’homme. 

            Ce que disait « Devenir », le titre du journal qu’il a initié, « deviens ce que tu es », une injonction paternelle pas si facile certainement à mettre en œuvre…, exigeante pour ses enfants, mais aussi marque de confiance absolue sans doute…

Car fondamentalement, à nous tous, il a transmis non seulement des valeurs essentielles d’humanisme, de solidarité, de partage, mais aussi sa passion, ses passions et chacun de nous, dans ce que nous sommes devenus, peut trouver la trace, le germe de ce qui nous vient de lui… Son profond intérêt pour l’autre, sa générosité, qu’ils s’expriment à travers sa foi indéfectible dans l’action politique, sa volonté de rendre le monde meilleur aujourd’hui, son engagement de médecin, soignant des corps mais surtout des personnes, son attention permanente aux conditions d’émergence de la vie humaine, l’importance qu’il accordait à la culture, à l’art, à l’architecture,  aux multiples voies d’expression de l’âme humaine…

            Bien sûr, parfois son exigence le rendait parfois moins tolérant envers nous, qui, selon lui, avions la chance d’être ses enfants, qu’envers les autres qu’il accueillait avec tant d’ouverture et de bienveillance… Mais justement, c’était bien là la marque de son amour pour nous, tous nous savons combien il nous aimait et combien sa tendresse pouvait jaillir quand il le fallait… Fondamentalement, c’est la vitalité, les élans de la passion et un profond goût de la vie que nous lui devons.

Franck Martin, né le 3 juillet 1955, maire de Louviers


Isabelle, Sophie, Stéphane, Antoine, Emmanuelle, Renaud. Nous avons perdu notre père.

Il y a cinq ans, dès que la médecine a posé son diagnostic, nous avons bien essayé de nous y préparer. On n’est jamais prêt à affronter, ça, la mort du père.


C’est petit à petit que l’enfant sort de l’état de fusion avec ses parents. À la naissance, ils sont nous, nous sommes eux. Aujourd’hui, sans eux, nous ne sommes plus tout à fait nous-même.

Perdre son papa, sa maman, c’est perdre une part irremplaçable de soi-même. Vous me reprocherez la banalité du propos car ce drame inexorable est imposé à tous par notre condition humaine. Chacun d’entre nous a été, est, sera confronté à ce choc douloureux qu’est la perte d’un parent. Sur ce lit de braises, nous passons tous, mais personne ne peut s’y préparer, ni éviter la brulure.

 Vous me pardonnerez, mes frères et sœurs, les mots que j’ai trouvés sont bien pauvres pour exprimer l’inexprimable chagrin que nous partageons. Mais nous le partageons, et cela fait chaud au cœur, nous le partageons avec tous ceux qui sont venus ici ce matin. Ceux qui nous ont adressé tant de messages, ceux qui se souviennent d’avoir croisé le chemin d’un médecin exceptionnel, d’un maire aux si belles idées, d’un homme au si grand cœur.


ICI, la tâche devient redoutable. Comment dire ce qu’a été un homme ? On ne compte pas les romanciers qui y ont brisé leur plume.


Nous avons tous une image de lui qui nous est propre. Où trouver le dénominateur commun devant les multiples facettes d’une vie, unique comme elles le sont toutes, mais si originale par les chemins empruntés et par l’influence qu’elle a encore sur la destinée de tant d’autres.


Et même si je ne parle que de l’homme public, il n’est pas simple de trouver les points cardinaux qui ont orienté sa boussole.


Ernest Martin n’était pas un intellectuel, mais un homme d’action, guidé par ses propres valeurs et son action reste inclassable dans le champ balisé de la politique contemporaine.


Dire qu’il n’était pas un intellectuel peut choquer ceux qui, dans le souvenir de tant de soirées passées en compagnie d’un auditoire fasciné, composaient son cher comité d’action de gauche à admirer les arabesques d’une intelligence scintillante, capable d’expliquer en une phrase les ressorts de l’évolution du monde moderne, puis de passer à une visite des tréfonds de la conscience humaine, avec un détour par l’inconscient, avant d’expliquer sans transition la formation génétique de la mâchoire d’un bouledogue et la critique de l’urbanisme de Le Corbusier.


Il était capable, en humant l’air du temps, de prendre bien des longueurs d’avance sur son époque. Ainsi, maire de Louviers, de 65 à 69, les valeurs et les principes de sa gestion municipale préfiguraient le bouillonnement d’idées, l’élan libertaire de mai 68.


Mais sa pensée était libre, originale et irréductible à tous les dogmes, ces mots en « isme » qui empoussiéraient l’air du temps : marxisme, anarchisme, gauchisme ou autogestion …



On ne peut pas comprendre le chemin emprunté par mon père si on n’en voit pas le point de départ : la médecine. Sa vocation pour la médecine ne l’a pas amené vers elle comme une profession mais comme une mission, un engagement total au service de la vie.


Un médecin avant tout. Un médecin accoucheur qui aurait lu Jean Jacques Rousseau pour réinventer l’idéal humaniste par l’action politique.

Avait-il lu Jean Jacques Rousseau ? Pas plus que la plupart d’entre nous, je crois. Mais l’intuition fondamentale de Rousseau l’a certainement guidé. L’homme nait bon, la société l’abîme et si on délivre l’homme des souffrances sociales, la société sera meilleure et les hommes seront heureux.


Mais mon père était accoucheur, fasciné par la naissance des petits d’homme. Il faut l’avoir vu, avec des gestes et une voix d’une douceur irréelle, parler oui, parler à un nouveau-né pour comprendre.


Comprendre qu’il remplaçait le mythe du bon sauvage de Rousseau par la mise au monde de bébés considérés, dès la naissance comme des personnes.


Je crois que nous tenons le fil rouge de son action publique : si la naissance se passe sans violence, si le bébé et sa mère tissent une relation où se construit la confiance en soi, la certitude d’être aimé et d’être capable d’amour, alors l’enfant exprimera tout son potentiel et sera capable de s’ouvrir au monde et de s’ouvrir aux autres.


Quant à l’organisation sociale, la société, son rôle essentiel est de donner à chaque enfant le cadre de vie qui lui permette de tenir les promesses de sa naissance.

Si l’enfant tient les promesses de sa naissance, d’individu il se transformera, se construira en citoyen libre, capable d’autonomie de pensée et d’action. Et le citoyen trouvera son épanouissement dans la responsabilité sociale et la solidarité, la fraternité républicaine. Tel est, me semble-t-il, le chemin tracé par mon père, de la naissance à l’idéal humaniste. Celui de l’épanouissement de la vie. C’est là mon héritage, c’est là où j’ai mis mes pas dans les pas de mon père.


De là tout peut s’expliquer : son combat pour l’enfant ne naisse que désiré, que pour désirer l’enfant, la femme dispose librement de son corps. Sa conviction inébranlable que l’enfant est capable, comme l’adulte, d’auto-régulation et que l’éducation doit donner toute sa place à cette faculté. Sa haine de l’argent comme barrière à l’accès à la culture, voie royale de l’ouverture au monde et aux services publics, son combat pour libérer les malades de l’alcool ou de la drogue.

Ernest Martin a mis au monde des centaines de bébés. Il a soigné des milliers de patients. Sa réussite de médecin ne se mesure pas aux statistiques de la Sécu. Médecin des pauvres, des exclus, des toxicomanes, il était fréquent qu’il soigne gratuitement. Sa réussite se mesure au fait que, dans une salle d’attente toujours bondée, des malades acceptaient d’attendre 2, 3, 6 heures avant de voir s’ouvrir la porte de la consultation. Le docteur Martin prenait son temps. Intéressé très tôt à la psychosomatique, il disait qu’on ne peut soigner le corps sans soulager la tête, que l’écoute bienveillante était le meilleur médicament et que la souffrance psychique est plus destructrice que la souffrance physique. Il savait soulager les deux. Il savait aussi éveiller les consciences.

Merci à tous ceux qui ont dit et fort bien dit,  que la rencontre avec mon père avait changé leur vie. Le charisme d’Ernest tenait, je crois, à son inguérissable optimisme, à la joie de vivre qu’il trouvait dans l’action. Je crois surtout qu’il dégageait une l’exceptionnelle chaleur d’un homme qui aimait les gens autant qu’il aimait la vie, la force de la vie, son épanouissement en lui-même comme chez les autres. Un homme bon, un homme bienveillant, aussi tendre envers les faibles qu’il savait être dur envers les méchants, combattif contre les puissants. Un meneur d’hommes.

Ernest était un matérialiste militant, un athée. Il était convaincu qu’une fois que la vie quitte l’enveloppe charnelle abritant la conscience, il ne reste absolument rien que des cendres. Sauf que… mon cher papa, il reste la mémoire, la mémoire des vivants. Sauf que chacun de nous, mesdames et messieurs porte sa part de souvenir, petite ou grande, une part unique et subjective, partielle et partiale de l’homme qu’il a été et qu’il ne sera plus que dans nos mémoires et dans la mémoire de Louviers, la mémoire collective. Tout à l’heure, le maître des cérémonies vous appellera à vous recueillir un instant devant son cercueil et vous ferez revivre ce fragment de son existence que vous portez dans votre esprit et je l’espère, dans votre cœur. Et tant qu’une seule, un seul d’entre nous portera la mémoire d’Ernest Martin dans son cœur, il sera encore vivant. Et c’est pourquoi, du fond du cœur et au nom de notre famille, je vous remercie si fort, si chaleureusement, d’avoir pris un peu de temps pour faire reculer encore un peu la mort. Un peu de temps pour ce qu’il faut bien appeler une communion laïque, à la mémoire et en hommage à la vie du docteur Martin.
 

Jeune à jamais

En conclusion, s'il est possible de conclure, je me permets juste de transmettre indécemment ma contribution à la compassion collective. Forever Young, jeune à jamais, mon dernier hommage à Ernest, un titre qui m'obsède depuis samedi 25 janvier 2014.