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lundi 17 juin 2013

Bonnes nouvelles des partielles ...

Ignazio Marino, le nouveau maire de Rome savoure sa victoire.
La gauche prise en étau entre le poids des populistes du
mouvement de Beppe Grillo, et la pression de la puissance
financière et politique de Berlusconi, a réussi à s'imposer
comme seule issue crédible à la crise

Une leçon d'italiens !

La gauche au pouvoir se trouve renforcée par les urnes, malgré une situation difficile. Elle a vaincu les élections partielles, remporté une victoire décisive contre la droite et les populistes de tous poils et de tous les extrêmes.  


Elle a gagné dans toutes les villes ... les bastions traditionnels de la gauche, bien sur, alors qu’on y craignait le pire, mais surtout toutes ces villes qui ont fait trembler de honte nos amis démocrates humaniste outre-Alpins. À Trévise par exemple, la Ligue du Nord est éliminée des responsabilités, cette ville dont le  maire avait pris des arrêtés anti-roms, et n’avait pas hésité à tenir des propos qui feraient pâlir le Front National. A Rome, dont la victoire de l'ancien maire Alemano avait été saluée par bras levés comme au temps du fascisme ... le candidat de gauche fait près de 65 % des voix.
 Enfin, le mouvement de Giuseppe Grillo est puni. Après avoir fait la surprise des élections générales il y a un an, en frôlant le score des partis traditionnels, le mouvement des 5 étoiles voit son score réduit de moitié. 
Le Mouvement des 5 étoiles, nom que lui avait donné Giuseppe Grillo, après avoir surfé sur le tous-pourris avait obtenu un score inespéré il y a trois mois. Depuis, il a vu son comportement sanctionné par les électeurs.
Ceux-ci ne lui ont pas pardonné de vouloir empêcher les institutions de fonctionner dans un pays en crise, mais surtout de ne pas faire de différence entre le régime de Berlusconi et la volonté de changement.
Bref, on assiste à la défaite du Berlusconisme, ce système qui avait vu un homme prêt à toutes les compromissions pour s'accrocher au pouvoir dans lequel il a cru trouver le moyen de se protéger des affaires les plus glauques dont il était accusé (détournement de mineures, corruption de magistrats, malversations diverses).
Il est bien sur trop tôt pour crier victoire et se rassurer durablement de la sortie d’un long cauchemar.
Il n’empêche, ces élections partielles,  remettent les pieds sur terre et donnent du sens à la démocratie et à la politique. Cela fait d'autant plus de bien que la situation italienne est autrement plus dangereuse que ce que nous connaissons en France. 
Il me semblait indispensable de commenter ce fait majeur de la vie politique italienne, parce que cela concerne tous les européens, et en particulier les Français.

Cahuzac, ou comment s'en débarrasser ...
En France donc, il y a eu ce dimanche une nouvelle élection partielle pour remplacer Jérôme Cahuzac, notre grand escroc  politique.
Le Front National et l'Ump sont arrivés en tête éliminant le PS.
Ces résultats ne sont pas une surprise. Ils ressemblent d'ailleurs à ce message que les Italiens ont martelé à leur classe politique pendant des années, avant de se raviser il y a une semaine.
Les électeurs ne sont pas contents. Ils voudraient que le monde aille mieux. Ils le disent. Et ce, de la plus brutale des manières.
Notons à ce sujet que les tenants d'une gauche alternative devraient se tenir à quelques modestie. Ceux qui réclament une politique plus à gauche ne sont pas plus suivis ici qu'en Italie. 
Les électeurs votent Front National parce qu'ils votent pour ce qui dérange le plus les acteurs politiques. De ce point de vue, ils visent juste. Aussi juste que les Italiens qui ont voté pour le mouvement des 5 étoiles de Giuseppe Grillo. 
Mais nous ne pouvons en France crier au loup à chaque élection partielle, nous faire peur à chaque montée du Front National ... ce petit jeu me fatigue.
Je refuse tout bêtement que le Front National soit l'alpha et l'omega de la politique française. Bien entendu, le Front National représente ce qu'on peut faire de pire dans la politique française actuellement. Ils sont porteurs de la peur et de l'exclusion, tout le contraire de ce que les progressistes représentent. Ils sont le contraire de ce pourquoi je me suis engagé en politique, mais ils n'ont d'autre perspective qu'une contestation permanente ... du moins en dehors d'un contexte politique particulier. 
En bref, s'il faut bien sur voter contre le Front National, le catastrophisme n'aura aucun poids sur un électorat bien plus mûr que ceux qui tentent de l'infantiliser. 

jeudi 20 octobre 2011

وإذا أراد الله له

Inch Allah !

Si Dieu le veut ... Il ne s'agit pas de s'apitoyer sur le dictateur déchu, ni même de faire du décryptage d'image, je laisse ce talent à Dominique Schneiderman (Arrêt sur image) et à Gérard Lefort (qui fait mon bonheur le samedi matin dans Libération) ... Je laisse cependant cette image, parce qu'elle aura été longtemps, ce qui en soi laisse un malaise terrible, un peu semblable à celle qui a marqué la fin des Ceaucescu. Ce qui me restera de Khadhafi, au delà de sa dangerosité, de sa férocité, de son arrogance, de ses mensonges sur les infirmières Bulgares, sur le médecin Palestinien faussement accusés de d'avoir transmis le Sida, de l'attentat de Lockerbye, des caprices atroces de sa dynastie nous faisant revenir à l'époque des Borgia et des Pazzi, et de tous les attributs de la tyrannie, ce qui me restera et surtout ce qui restera à son peuple c'est cette volonté de poursuivre à tout prix une guerre qu'il avait déjà perdue.

Je viens de voir sur facebook une réflexion qui m'a tourné le sang : "paix a son âme il a combattu jusqu a la mort pour son peuple."

Or c'est précisément sur ce point que l'on peut, que l'on doit en vouloir à un dirigeant : le fait de poursuivre un combat perdu et d'y entraîner tout son peuple. Khadafi aurait pu tout faire : négocier avec les rebelles, organiser l'avenir du pays, préparer son départ, se faire sauter le caisson même ... il aurait pu tout faire sans précipiter son peuple dans une guerre absurde et cruelle dont il aura le plus grand mal à se remettre.

Non Khadafi, n'était pas un héros, quand même il a pu commettre quelques actes militaires héroïques (je ne me donne pas la peine de vérifier ... mais je crois que son seul acte héroïque a été le coup d'Etat de 1969). Sa fin est aussi atroce que ridicule. Elle n'a pas de sens, et en tout cas pas le sens de l'Etat, elle est l'image de cette déformation du pouvoir où celui-ci n'existe plus que pour lui-même, dans le cadre d'une atroce hystérie, et où tout projet collectif a disparu. Ce n'est pas l'image d'un révolutionnaire qui se bat jusqu'à la mort pour défendre ses idées mais celle d'un malade qui sème la contagion...

Alors, comment se remet-t-on d'une telle maladie ? Comment se remet-on d'une dictature ? Comment se remet on d'une guerre ?

En France, on a mis 50 ans pour reconnaître la mort de plus de 200 algériens sur les boulevards parisiens, on a mis 50 ans pour admettre le rôle de l'Etat dans la déportation des juifs, en Espagne, on n'a pas les plaies de la guerre civile de 36 continuent à suppurer, En Italie, le fascisme continue d'être dans les têtes. Combien de temps mettra-t-on de temps à se remettre au Rwanda de la volonté délibérée d'un allumé de déclencher le massacre d'une partie de son peuple par une autre ?

Le printemps arabe est un mouvement formidable. Quoi qu'il arrive, il laissera des traces positives, même si cela se fait après de brutaux retours en arrière... Plus rien ne sera comme avant.

Le printemps arabe met fin à ce que porte en soi le terrible وإذا أراد الله له , Inch Allah , comme formule de la soumission.

En même temps, curieusement, alors que les peuples ont leurs destins en mains, plus personne ne maîtrise plus rien. Les Tunisiens votent, mais en Egypte les diverses fractions de l'armée règlent leurs querelles en se réconciliant sur le dos des minorités religieuses, en instrumentalisant l'Islamisme. Je ne parle pas de la Syrie...

Oui, la politique est un jeu dangereux, parfois mortel. Mais le plus grand crime serait de se désinteresser de son avenir au Maghreb. Pour deux raisons.

La première, c'est pour solidarité élémentaire que nous avons avec tout ce qui est humain.

La deuxième est beaucoup plus égoïste. Notre avenir est aussi directement concerné par l'avenir des printemps arabes.

lundi 22 août 2011

Libre Lybie ...



L'espoir renait en Lybie, et la joie est un outil indispensable à la reconstruction d'un individu, d'un pays et d'une Nation!





Enfin libres, comme le disait une manifestante Lybienne ce matin sur France inter : "c'est la fin de 6 mois de souffrance, ou plutôt non, de 42 ans !"





Effectivement, la fin du Khadafisme a semblé interminable, tant nous sommes habitués à une actualité supersonique ... affaire DSK, tremblement de terre au Japon, chute des bourses, Tunisie ... voire Egypte où, déjà, les deux mois nécessaires à renverser Moubarak nous ont semblé long ...







Même si, au regard de l'Histoire, six mois ce n'est pas grand chose ! C'est là la différence entre le temps de l'Histoire et le temps de l'actualité. Une actualité qui nourrit l'histoire et qui, quoi qu'il arrive, aura transformé radicalement la politique au sud de la Méditerranée.




Bien sur, six mois, ça été des populations affamées, des tortures, des viols, des massacres ... ces horreurs qui marquent un peuple lourdement . La France n'a pas encore pansé toutes ses plaies issues de la guerre d'Algérie, sans parler des suites des années d'occupation… L’Espagne n’est pas encore remise de la guerre civile ni des années de dictature qui ont suivi. Qui dit pouvoir dictatorial dit soumission, compromissions, douleurs et terribles aigreurs ... Dit aussi, l'interdiction de toute joie qui n'est pas sur commande.




C'est pour cela d'ailleurs qu'il faut se hâter de se réjouir... en espérant que Tripoli soit sous contrôle de la population Lybienne dans la journée.



jeudi 11 août 2011

London's burning ? mais pas seulement ... l'anarchy vue par des britaniques...





Un peu d'humour dans une actualité qui en manque cruellement !


Ci-dessus, une image très traditionnellement british de la violence qui a envahi l'Outre Manche, quelques 5 années après les cités en France.

lundi 14 février 2011

L'avant garde révolutionnaire et les carabiniers d'Offenbach !


J'ai cru rêver, samedi matin lorsque j'ai vu ma ville se couvrir de ces appels à la révolution en Tunisie, lors même qu'on a déjà du mal à digérer ce qui vient de se passer en Egypte...

Tout va tellement vite aujourd'hui que nos révoltionnaires ont à peine le temps de valider la position du parti sur la Tunisie, que déjà une révolution vient de s'achever de l'autre coté de la Méditerrannée.

Et voilà notre avant garde du prolétariat dans la situation de Fabrice à Waterloo... pathétique et ridicule ...

Touchant souci de refus du gaspillage, les affiches, bien qu'arrivées trop tard, ont quand même été collées... comme pour parfaire la démonstration d'une démarche historique dépassée et parfaitement inutile.

Au moins ici, l'aveuglement politique ne se traduit pas par un massacre !

Ni les Tunisiens, ni les Egyptiens, ni personne au monde n'a besoin des trotskystes et de leur avant-garde d'opérette ... Sauf quand, par leurs errements, ils nous arrachent un sourire.

Les voilà qui rendent hommage par leur comportement au puissant avant gardiste dont je vous invite à écouter le fameux extraits des brigands en cliquant ici.

dimanche 16 janvier 2011

Tunisie ... et maintenant !


Je réagissais pas plus tard que tout à l'heure à un ami facebook qui disait ironiquement que, bon, les vacances pas chères en Tunisie, c'était fini...


Je me disais qu'au contraire c'est maintenant qu'il faut passer ses vacances en Tunisie... parce que rien n'est plus beau qu'un pays qui s'ouvre à la liberté. J'ai souvenir de vacances en Espagne, au Portugal, j'ai souvenir d'un passage en Allemagne de l'Est juste avant sa disparition et il est vrai, et heureusement, que si j'avais dû visiter tous les pays qui venaient de passer de la dictature à la démocratie, mon porte-monnaie n'y aurait pas suffi.
Pourtant, même des années plus tard, quelle émotion que de passer par Prague, de l'imaginer couverte de chars russes, de voir la plaque dédiée à Jan Palac, étudiant auto-immolé, comme Mohamed Bouazizi ... voilà pourquoi, j'ai très envie de retourner en Tunisie, moi qui n'y suis pas allé depuis ... depuis ... j'ose à peine le dire ... depuis 40 ans au moins.
J'avais treize ans. Bourguiba était encore Président, et l'on sentait l'empreinte de la France en ce pays en qui je sentais qu'elle interdisait un comportement mature. Je ne comprenais pas grand'chose, bien qu'on vivait dans une époque très politisée, mais je n'étais en fait qu'un enfant sage emporté vers des espaces inespéré dans les bagages de mes parents.
Tout m'était alors normal, avec toutefois la découverte d'une autre normalité ... celle de l'islam, de la différence de revenu, de l'accueil, de la beauté de Kairouan, de sa population et de ses tapis... un voyage dans la région de Sousse aussi, à coté des premiers dromadaires que je voyais de ma vie... Mais c'était aussi tout un peuple soumis à une dictature infantilisante qui, déjà agissait avec la complicité française.
Alors, à présent que la colère Tunisienne a chassé l'infâme, il lui faut reconstruire, et il est vrai que la France qui lui a appuyé dessus n'est pas la mieux placée pour lui donner des conseils... et pourtant !
Pourtant, pour la Tunise, comme pour la Turquie, l'Europe constitue la bonne voie pour s'en sortir. On mesure à quel point l'exclusion de la Turquie de l'Europe affaiblit cette dernière, et affaiblit le poids de l'Europe donc de la France dans le monde.
La France, dont l'un des ministres (Frédéric Mitterrand) avait décidé que la Tunisie n'était pas vraiment une dictature (formidable aveuglement de ceux que les puissants laissent circuler partout en toute liberté, tant qu'ils restent riches et insignifiants), dont un autre Ministre (Michelle Alliot-Marie) proposait d'envoyer les CRS pour mâter la rébellion avec douceur, la France dont l'un des grands dirigeants socialistes déclarait que les Tunisiens était un peuple doux ... la France donc doit se réveiller d'urgence.
Elle a déjà tout perdu, mais si elle ne veut pas perdre encore plus, elle doit se diriger rapidement vers l'Europe pour être un soutien solide à la démocratie fragile qui reste cependant le terreau sur lequel doit se développer l'avenir de l'Afrique.
Si la France a un rôle à jouer, si elle ne veut pas perdre tout crédit vis à vis du peuple Tunisien qui l'attend, c'est celui là : être le lien entre l'Europe et un peuple qui aspire à la modernité.
Il faut faire vite ! Dans la chute des préjugés, premier épisode de la révolution, la France a pris un sacré retard !

jeudi 18 février 2010

Quand la Chine tremblera ...

Terra Nova se présente comme un think tank du parti socialiste. Think tank cela veut dire : réservoir à pensée, à peu de choses près. Mais terra nova est beaucoup plus. Il est aussi agitateur d'idées, action militante et lieu de débat. Forcément, ça intéresse le café radical, parce que c'est un peu la démarche que nous suivons, à notre petite échelle.

On nous excusera ce pêché d'orgueil, mais l'heure en tous les cas, pour eux comme pour nous, est au débat ouvert, à une pensée qui puisse nous sortir des préjugés, et nous ouvrir sur le futur du monde.

Mercredi, Terra Nova avait choisi d'inviter Jean-Luc Domenach (et non Jean -Marie comme annoncé sur ce même blog initialement, mais il ne s'agit pas de la même personne) sur le thème : Où va la Chine ?

Jean-Luc Domenach est un sinologue...Les sinologues n'ont cessé de se ridiculiser depuis des siècles... Ils ont en fait été en quelque sorte les porteurs des fantasmes exotiques, véhiculant ces préjugés frôlant le racisme et tentant d'expliquer la condition chinoise par une fatalité dont ils étaient les exégètes. C'est sans doute avec le maoïsme que les sinologues, aussi nombreux que ridicules, sont devenus un phénomène médiatique ... qui ont déteint sur un ministre de l'information en mal de reconnaissance qui avait trouvé ce titre racoleur "Quand la Chine s'éveillera ... " suivi d'un sous titre en plus petit "... le monde tremblera."

C'était Alain Peyrefitte... En fait, il reprenait une formule de Napoléon ... dite à l'aube d'une terrible période pour ce peuple...
En fait, Jean-Luc Domenach explique que, loin des clichés, les chinois sont un peuple comme les autres, c'est à dire en pleine évolution et avec les problèmes spécifiques liés à leur Histoire, leur géographie (imagine-t-on un pays qui irait du Sénégal à l'Ukraine ?) le tout en pleine évolution, avec des attentes activées par l'accès aux moyens modernes d'information, une classe moyenne en développement, des salaires en évolution, et qui est toujours tenue politiquement par une caste politique formée par la dictature maoïste et qui se maintient au pouvoir avec un discours idéologique qui tourne en rond et parfaitement inadapté à la situation.
Cela fait penser à l'Iran, à l'Union Soviétique d'avant la chute du mur ... ça fait des dégâts, mais on sait qu'au fond ça ne pourra pas durer éternellement. Tôt ou tard, la Chine tremblera.
La crise économique mondiale révèle les faiblesses de la Chine moderne. Et dès lors, le monde s'éveillera sans doute, inversant ainsi les données fixées par Peyrefitte au sens où le monde verra enfin que la Chine est un pays comme les autres ... avec des habitants comme les autres et les spécificités qui font les peuples.
Les crises, selon Jean-Luc Domenach affaiblissent l'unité et la grandeur chinoises, alors que la croissance et le développement les renforcent. D'où l'importance politique du taux de croissance... un taux de croissance que la réalité économique risque de mettre à mal dans les temps à venir. Les arbres ne montent pas jusqu'au ciel... alors, la Chine se révélera pour nous tous... en dehors de tout fantasme.
Merci à Jean-Luc Domenach, merci à Terra Nova pour ce beau débat... qui prenait d'ailleurs tout son sens avec le commentaire de la décision de Barack Obama de recevoir le Dalaï Lama, histoire de montrer à la diplomatie chinoise que les Etats Unis n'avaient pas peur du conflit.

jeudi 14 janvier 2010

Djemila, la lettre à l'élu sur la burqa

L'élu est André Gérin, président de la commission parlementaire sur l'interdiction de la burqa.
L'écrivain féministe Djemila Benhabib lui a écrit une lettre qui a été lue au Sénant le 13 novembre dernier. La lettre offre un très intéressant éclairage avant le café radical de mardi prochain qui se tiendra sur le thème de l'interdiction de la burqa en présence de Chantal Robin Rodrigo, membre de la commission parlementaire et députée prg
Ci-dessous, le texte de la lettre de Djemila Benhabib
J'ai longuement hésité avant de vous écrire. Peut-être, par peur d'être perçue comme celle venue d'ailleurs qui fait indélicatement irruption dans les « affaires françaises ». Au diable les convenances, je n'ai jamais été douée pour la bienséance surtout lorsqu'elle est au service des plus forts, des plus puissants et des plus arrogants. Puis, s'il avait fallu que je vive en fonction du regard des autres, je n'aurais rien fait de ma vie ou si peu. Lorsqu'il s'agit des droits des femmes, nulle convenance ne doit primer sur l'essentiel.

L'essentiel étant : la liberté, l'égalité et l'émancipation des femmes. J'entends encore des copines françaises me dirent avec insistance : parle-lui, dis-lui, écris-lui. Étrangement, leurs propos me rappellent le titre de ce magnifique film d'Almodovar « Parle avec elle » où dès les premiers instants, le rideau se lève furtivement, pendant quelques secondes, sur un spectacle de danse, mettant en scène le corps d'une femme,celui de Pina Bausch. Elle qui exprimait si bien dans ses chorégraphies crûment la violence exercée à l'encontre des femmes.

Monsieur Gérin, c'est à vous que je m'adresse, je voudrais vous parler, vous dire la peur que j'ai connu le 25 mars 1994 alors que j'habitais à Oran, en Algérie et que le Groupe islamique armé (GIA) avait ordonné aux femmes de mon pays le port du voile islamique. Ce jour-là, j'ai marché la tête nue ainsi que des millions d'autres Algériennes. Nous avons défié la mort. Nous avons joué à cache-cache avec les sanguinaires du GIA et le souvenir de Katia Bengana, une jeune lycéenne âgée de 17 ans assassinée le 28 février 1994 à la sortie de son lycée planait sur nos têtes nues. Il y a des événements fondateurs dans une vie et qui donnent une direction particulière au destin de tout un chacun. Celui-là, en est un pour moi.
Depuis ce jour-là, j'ai une aversion profonde pour tout ce qui est hidjab, voile, burqa niqab, tchador, jilbab, khimar et compagnie. Or, aujourd'hui vous êtes à la tête d'une commission parlementaire chargée de se pencher sur le port du voile intégral en France.

En mars dernier, je publiais au Québec, un livre intitulé « Ma vie à « contre-Coran »: une femme témoigne sur les islamistes. Dès les premières phrases, je donnais le ton de ce qu'est devenue ma vie en termes d'engagements politiques en écrivant ceci : « J'ai vécu les prémisses d'une dictature islamiste. C'était au début des années 1990. Je n'avais pas encore 18 ans. J'étais coupable d'être femme, féministe et laïque. » Je dois vous avouer que je ne suis pas féministe et laïque par vocation, je le suis par nécessité, par la force des choses, par ces souffrances qui imprègnent mon corps car je ne peux me résoudre à voir l'islamisme politique gagner du terrain ici même et partout dans le monde. Je suis devenue féministe et laïque à force de voir autour de moi des femmes souffrir en silence derrière des portes closes pour cacher leur sexe et leur douleur, pour étouffer leurs désirs et taire leurs rêves.

Il fut un temps où on s'interrogeait en France sur le port du voile islamique à l'école. Aujourd'hui, il est question de voile intégral. Au lieu d'élargir la portée de la loi de 2004 aux établissements universitaires, nous débattons sur la possibilité de laisser déambuler dans nos rues des cercueils. Est-ce normal ? Demain, peut-être c'est la polygamie qui sera à l'ordre du jour. Ne riez pas. Cela s'est produit au Canada et il a fallu que les cours (de justice) s'en mêlent. Car après tout la culture à bon dos lorsqu'il s'agit d'opprimer les femmes. Ironie du sort, j'ai constaté dans plusieurs quartiers que les jupes se rallongent et disparaissent peu à peu. La palette des couleurs se réduit. Il est devenu banal de camoufler son corps derrière un voile et porter une jupe, un acte de résistance. C'est tout de même une banlieue française qui est le théâtre du film « La Journée de la jupe » alors que dans les rues de Téhéran et de Khartoum, les femmes se découvrent de plus en plus, au péril de leur vie, dans les territoires perdus de la République française, le voile est devenu la norme.
Que se passe-t-il ? La France est-elle devenue malade ?
Le voile islamique est souvent présenté comme faisant partie de « l'identité collective musulmane ». Or, il n'en est rien. Il est l'emblème de l'intégrisme musulman partout dans le monde. S'il a une connotation particulière, elle est plutôt politique surtout avec l'avènement de la révolution islamique en Iran en 1979. Que l'on ne s'y trompe pas, le voile islamique cache la peur des femmes, de leur corps, de leur liberté et de leur sexualité.
Pire encore, la perversion est poussée à son paroxysme en voilant des enfants de moins de cinq ans. Il y a quelques temps, j'essayais de me rappeler à quel moment précisément, en Algérie, j'ai vu apparaître ce voile dans les salles de classe. Pendant mon enfance et jusqu'à mon entrée au lycée, c'est-à-dire en 1987, le port du voile islamique était marginal autour de moi. À l'école primaire, personne ne portait le hidjab, ni parmi les enseignants, ni surtout parmi les élèves.

Voilà 12 ans que j'habite au Québec dont la devise inscrite sur les plaques d'immatriculation des voitures est « Je me souviens ». A propos de mémoire, de quoi la France devrait-elle se souvenir ? Quelle est porteuse des Lumières. Que des millions de femmes se nourrissent des écrits de Simone de Beauvoir dont le nom est indissociable de celui de Djamila Boupacha
[1]. C'est peu dire. Il ne fait aucun doute pour moi que la France est un grand pays et ceci vous confère des responsabilité s et des devoirs envers nous tous, les petits. C'est d'ailleurs pour cela qu'aujourd'hui, tous les regards sont tournés vers votre commission et que nous attendons de vous que vous fassiez preuve de courage et de responsabilité en interdisant le port de la burqa.

Pour notre part au Québec, on se souvient qu'en 1961, pour la première fois dans l'histoire, une femme, une avocate de surcroît, est élue à l'Assemblée législative lors d'une élection partielle. Son nom est Claire Kirkland et elle deviendra ministre. En invoquant un vieux règlement parlementaire qui exigeait des femmes le port du chapeau pour se présenter à l'Assemblée législative, on la force à se couvrir la tête pendant les sessions. Elle refuse. C'est le scandale.

Un journal titre : « Une femme nu-tête à l'Assemblée législative ! ». Elle résiste et obtient gain de cause.
Il faut comprendre par là que nos droits sont des acquis fragiles à défendre avec acharnement et qu'ils sont le résultat de luttes collectives pour lesquelles se sont engagés des millions de femmes et d'hommes épris de liberté et de justice. J'ose espérer, monsieur Gérin, que la commission que vous présidez tiendra compte de tous ces sacrifices et de toutes ces aspirations citoyennes à travers le monde et les siècles.
A vous chers amis, s'il y a une chose, une seule, que je souhaiterais que vous reteniez de ces quelques mots, c'est la suivante. Entre une certaine gauche démissionnaire, le racisme de l'extrême droite et le laisser-faire et la complicité des gouvernements nous avons la possibilité de changer les choses, plus encore nous avons la responsabilité historique de faire avancer les droits des femmes. Nous sommes, en quelque sorte, responsables de notre avenir et de celui de nos enfants.

Car il prendra la direction que nous lui donnerons. Nous, les citoyens. Nous, les peuples du monde.. Par nos gestes, par nos actions et par notre mobilisation. Toutes les énergies citoyennes sont nécessaires d'un pays à l'autre au-delà des frontières. L'avenir nous appartient. « La femme est l'avenir de l'homme » disait Aragon. S'agissant d'homme, je veux en saluer un présent aujourd'hui, c'est mon père à qui je dois tout.

Et je finirai par une citation de Simone de Beauvoir : « On a le droit de crier mais il faut que ce cri soit écouté, il faut que cela tienne debout, il faut que cela résonne chez les autres. »

J'ose espérer que mon cri aura un écho parmi vous.

Djemila Benhabib
Lettre lue au Palais du Luxembourg, le vendredi 13 novembre 2009, lors de la journée "Femmes debout", organisée par Femmes Solidaires et la Ligue du Droit International des Femmes


[1] Djamila Boupacha est le nom d’un ouvrage co-signé par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir, dénonçant les viols et les séances de tortures infligées aux femmes algériennes par l’armée française


mardi 29 décembre 2009

Un mort, ça sert à quoi ?

Erreur terrible. Je n'y croyais pas... Je ne pensais pas qu'un pouvoir puisse être assez aveugle pour envoyer à la mort un innocent au nom d'on sait quelle valeur d'exemplarité.
L'histoire d'Akmal Shaïkh est édifiante. La presse s'est fait l'écho de ce simple d'esprit embarqué dans un trafic de drogue par des manipulateurs sans scrupule. Il s'était rendu en Chine pour enregistrer un disque censé instaurer la paix dans le monde. La naïveté de son projet était peut-être plus grave encore, finalement, que le trafic de drogue au nom duquel il a été condamné... Sa chanson bêbête, illustré par un petit lapin prend d'un coup une tournure d'une exceptionnelle gravité... Et notre Akmal en devient malgré lui une icône de la lutte contre la peine de mort, dont la Chine est le triste champion du monde (selon l'ONG Amnesty International, la Chine procède chaque année à plus d'exécutions que l'ensemble des autres pays du monde, mais leur nombre exact reste un secret d'Etat. Amnesty estime le nombre d'exécutions en Chine en 2008 à 1.700).
Combien ça vaut un mort ?
Ci-dessus un manifestant iranien qui ne manifestera plus. Mais le pouvoir iranien sait déjà que sa répression sanglante ne mettra pas fin aux manifestations qui scandent la vie politique iranienne depuis les dernières élections. On avait accordé au fanatisme la force qui avait été nécessaire pour renverser le Shah en Iran, laissant place alors à la première république islamique de l'histoire. Une parenthèse historique peut-être ... la réaction du pouvoir face aux manifestants qui rejettent la fraude électorale montre bien son incapacité à résoudre les problèmes immenses de la société iranienne, et la volonté de sa jeunesse qui explose. Le langage de culpabilisation vis à vis de l'occident n'a pas de prise... La société iranienne, le pouvoir des mollahs semble s'effondrer de l'intérieur et la violence de la répression n'empêche rien de rien.
Les manifestations se radicalisent. On manifeste à visage découvert malgré la prison, les tortures et les poursuites judiciaires et de nombreuses photos montrent des policiers et des miliciens aux ordres du pouvoir se faire malmener par la foule.
Jusqu'où les pouvoirs dictatoriaux de Chine, d'Iran et d'ailleurs pensent ils devoir s'imposer par la terreur ?
La Chine essaie de maintenir le pouvoir d'un parti communiste dont les antiennes idéologiques ne sont même plus resservies ...
L'Iran essaie de maintenir le pouvoir d'une hiérarchie ecclésiastique dont les valeurs ont montré qu'elles étaient inadaptées à la société.
République Populaire de Chine, République islamique ? Allons, ce n'est pas ça la république... La république, c'est le pouvoir du peuple, c'est le courage du peuple contre l'oppression. La république c'est l'opposition à ces dictatures. La république, c'est le courage...

samedi 17 octobre 2009

Un gouvernement en exil, pourquoi faire ?


"Comment sortir de la Françafrique ?"

Le prochain café radical aura pour invité Patrick Eric
Mampouya
, Ministre du gouvernement congolais en exil. Il explique dans
son blog (
http://mampouya.over-blog.com/) le raisons d'un
gouvernement en exil. Nous lui laissons la parole ... non sans vous inviter à
participer au prochain café vendredi prochain 23 octobre, à 18 heures
(nous insistons sur l'heure, le débat sera précédé de la projection d'un film... à la Brasserie Le Jardin de Bigards, 39 rue du Quai à
Louviers.


Le Congo Brazzaville est une dictature qui est géré par un "Saigneur" de guerre nommé Denis SASSOU NGUESSO ; ce "Saigneur" de guerre, à fait du Congo Brazzaville une prison à ciel ouvert pour tous ceux qui osent le contredire et un îlot de misère pour tous les Congolais qui ne peuvent pas s’exilés.
Quand les opposants ont épuisés tous les moyens politiques dans leur pays pour mettre en place une alternance politique démocratique, il ne leur reste plus que l'exil ou la prison et la mort pour certains...
Un Gouvernement en exil est un outil de combat ou un groupe politique qui revendique le fait d'être le gouvernement légitime d'un pays, mais qui pour diverses raisons n'est pas capable de mener son combat politique ou d'exercer son pouvoir et réside dans un pays étranger.
Les Gouvernements en Exil partent généralement du principe qu'il retourneront un jour dans leur pays d'origine et reprendront le pouvoir.
Les Gouvernements en exil surviennent fréquemment dans les pays dictatoriaux ou dans les pays qui sont sous occupations militaires. Par exemple, pendant l'expansion Allemande de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux Gouvernements et Monarques trouvèrent refuge au Royaume-Uni.
Un Gouvernement en Exil est essentiellement un outil de communication pour tenir en éveil et organiser les exilés, puis sensibiliser et informer la communauté internationale.
Un Gouvernement en Exil est aussi un outil démocratique efficace pour déstabiliser les gouvernements dit "légitime" en tenant un autre discours aux différentes chancelleries et en offrant des solutions et une alternative possible pour le pays à la communauté internationale.
En France, les instances de la France libre adoptèrent plusieurs appellations successifs avant qu’à la libération, le Gouvernement en Exil devint le gouvernement effectif du pays. Le nom de Gouvernement provisoire de la République Française fut adopté quelques jours seulement avant le débarquement en Normandie.
Souvent les opposants politiques organisent dans leur pays d'accueil la lutte pour le changement dans leur pays via des associations, des organisations de résistance ou de gouvernement en exil (comme la résistance Tibétaine qui a organisé un gouvernement en exil en inde).
Certains pays limitent le droit des réfugiés politiques a exercer un travail de déstabilisation des gouvernements étrangers, cela est très dépendant des relations diplomatiques entre le pays d'accueil et le pays de départ car certains pays démocratiques soutiennent ouvertement des dictatures selon leurs intérêts économiques ou géopolitiques.
Le pays d'accueil peut être un pays appliquant le pluralisme politique, mais il peut aussi être un autre pays autoritaire mais hostile au pays d'origine.
De nos jours, plusieurs groupes de résistant ou de patriote ont adoptés l’appellation de Gouvernement en Exil pour continuer leurs combats loin des frontières de leurs pays ; les plus connus ou les plus actifs d’entre eux sont :
- Le Gouvernement Tibétain en exil, conduit par le DALAÏ LAMA à Dharamsala en Inde, qui a pour mission à la fois de prendre en charge les réfugiés Tibétains, de restaurer la liberté au Tibet et surtout de communiquer tout azimut sur les exactions que subissent les Tibétains.
- La Monarchie d'Iran, dirigée par REZA Cyrus Pahlavi.
- La République Tchétchène d'Itchkérie, gouvernement indépendantiste en exil de la Tchétchénie
- La République Arabe Sahraouie Démocratique, gouvernement en exil du Sahara occidental, basé dans la région de Tindouf en Algérie.
- La République de Cabinda, revendique la juridiction sur l'ancien protectorat portugais de Cabinda, administré par l'Angola depuis 1975

L'Exil Politique consiste à devoir quitter son pays d'origine en raison de répression ou de risques de répression exercées contre soi ou ses proches. Ces exilés qui proviennent en général de pays n'appliquant pas le pluralisme politique cherchent a fuir ce pays et se réfugier dans un pays disposé a les accueillir.

jeudi 6 août 2009

Maroc, le sondage qui tue ...

Pour clore l'absence estivale, le café radical vous propose une rupture douce avec le commentaire d'une actualité exotique.
Le Monde a été interdit de vente au Maroc, parallèlement à la revue hebodomadaireTel Quel pour avoir osé publier un sondage sur le roi Mohammed VI.

A priori, au vu du résultat, personne ne peut comprendre une telle censure ayant amené la mise au pilori de 100.000 exemplaires d'une revue de référence pour les intellectuels Marocains.

En effet, il se révèle que 91 % des Marocains sont très ou plutôt favorables à l'action menée par M6 (le surnom populaire du Roi au Maroc). Comme Wilhem le fait dire à Sarkozy dans son dessin du jour sur Libé : "j'achète !"

Pourquoi, dans ces conditions interdire un tel sondage ?

Signalons tout d'abord que ce sondage est le premier de ce type réalisé sur tout le Maghreb, voire dans tout le monde arabe, ce qui d'ailleurs est tout à l'honneur du Maroc.

Les autres questions du sondage touchent à la personnalité du Roi, au protocole, à la lutte contre la pauvreté, et à la situation des femmes.

La personnalité du Roi n'est pas atteinte par son immense richesse (7e monarque le plus riche du monde, et l'une des fortunes les plus importantes d'un pays ou la misère est manifeste ... et où d'ailleurs le tiers des sondés jugent inefficace la lutte contre la pauvreté). Au Maroc, la population constate que la vie a changé depuis 10 ans, que le pays s'est modernisé et que c'est bon pour lui. Reste la question de la femme, dont le statut s'est profondément modifié par le code de la famille de 2004, qui en fait l'égal de l'homme sauf en matière d'héritage... 49% pensent que la réforme donne trop de droits aux femmes, 30% jugent qu'elle en donne suffisamment et ne doit pas évoluer, contre 16% qui jugent qu'il faut aller encore plus loin... (Pour les détails sur le sondage, cliquer ici)

On peut, on doit prendre ces éléments pour ce qu'ils sont, c'est à dire ceux d'une société en pleine évolution, qui a d'ailleurs permis aux personnes de s'exprimer librement....

Or, c'est là que le bât blesse. Bien qu'infiniment plus ouvert que son père Hassan II, le Roi a peur de son peuple, même si celui-ci lui est politiquement acquis. Il ne veut pas de sondage, il veut décider pour son peuple et ne pas avoir à lui rendre des comptes... C'est le message qu'il a donné à la presse, et c'est bien sur le message que la presse est incapable d'entendre parce qu'une presse libre aura toujours tendance à se battre pour plus de liberté...

Comme le dit le Canard Enchaîné :

la liberté de la presse ne s'use que si l'on ne s'en sert pas !

dimanche 12 avril 2009

Yves Cochet touche à l'ignominie ...


Ci dessous, les déclarations d'Yves Cochet lors du colloque de la revue de la décroissance Entropia.

«Aujourd’hui, plus on a d’enfants, plus on touche. Je propose qu’une famille continue de percevoir des aides pour les deux premiers enfants,mais que ces aides diminuent sensiblement à partir du troisième».

Devant la première traduction politique du néo-malthusianisme au XXIe siècle, il est permis de ce demander : sera-ce au sentencieux Yves Cochet de décider qui doit être sauvé si la terre est trop peuplée ? Pincez-moi, il faut me réveiller, vite !
A la suite de ces propos, Jean-Michel Baylet a fait la déclaration suivante :


Je suis scandalisé par ces propos qui stigmatisent les familles nombreuses.
Il est inacceptable de comparer un enfant à un objet de consommation ou de considérer que certains enfants ne seraient pas les "bienvenus" dans les sociétés européennes". Un enfant est pour M. Cochet "un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New York».

Ces déclarations sont à placer sur le même plan, en terme d'Humanisme, que
la politique de reconduite à la frontière de la majorité UMP !

Voilà une saine colère, qui demande un démenti de la part de celui qui a tenu des propos qui finalement renvoient encore davantage à des horreurs qui font le bonheur des amateurs de science fiction qu'à une politique moderne et humaine.

lundi 6 avril 2009

Katyn, le massacre d'une Nation


Andrzej Wajda, l'un des plus grands cinéastes polonais aura mis 80 ans avant de réaliser son film, le film de la Pologne, le film de la mémoire et de la vérité.
Le film commence par la débâcle Polonaise ou plutôt par ses conséquences. La France sait ce qu'est une défaite militaire, et ce qu'elle pèse sur la vie d'une Nation. On mesure notramment à quel point la France n'a pas encore totalement digéré après 60 ans la noire période de la collaboration.
Pourtant, toute proportion gardée, la tragédie Polonaise l'efface dans sa brutalité.
La Pologne est prise en étau entre l'Allemagne nazie et la russie bolchévique qui se partagent le territoire par une attaque conjointe en septembre 1939.
Du côté bolchévique, les officiers polonais vaincus seront maintenus prisonniers avant d'être systématiquement assassinés, un à un d'une balle dans la nuque.
Il s'agit d'une organisation planifiée, minutieuse et discrète. Le massacre a lieu à des milliers de kilomètres, au delà du Bélarus, en Russie, dans la forêt de Katyn ou l'on enfouira les corps de 22.500 officiers.
Mais ce n'est que le premier épisode de l'horreur.
Deuxième épisode : rupture du pacte germano-soviétique. Les Allemands attaquent la Russie, qui recule et délaisse le terrain du massacre aux Nazis. Ceux-ci sont naturellement informés et sont trop heureux de pouvoir dénoncer les monstruosités bolchéviques.
Troisième épisode : l'Allemagne recule à son tour, perd la guerre. La vérité soviétique reprend le dessus : "Les propos tenus par la propagande Nazie ont caché des massacres Nazis. Ce sont eux qui ont fait ça !"
Il s'agit d'un mensonge éhonté, couvert par les puissances occidentales qui ont trop besoin de l'allié soviétique pour remettre en cause la fausse version.
Et la Pologne, dans tout cela ? Elle est morte. Aux abonnés absents. Le massacre de Katyn ne s'explique que par la volonté soviétique de soumettre absolument toute une Nation, en se débarrassant des éléments qui pouvaient la relever tout en imposant la terreur. On voit que parallèlement au massacre de l'élite de l'armée (composée pour majorité de civils engagés), on envoie dans les camps les universitaires polonais.
Quand arrive la paix, la Russie profite de la passivité de l'Occident vis à vis de ce qui peut se passer à l'Est de l'Europe. Le régime communiste totalitaire impose le mensonge d'Etat et la confiscation de la mémoire.
Ce n'est qu'en 1989, après la chute du mur, que la Russie ouvre ses archives. Gorbatchev admet les faits et Boris Eltsine un peu plus tard demandera pardon au peuple polonais.
Il va de soi qu'au nom de l'Europe, au nom de l'Occident, nous avons aussi notre part de responsabilité. Wajda aussi, en quelque sorte, dont le père est mort à Katyn et qui, toute sa vie a été incapable de rendre cet hommage, et a même représenté la vitrine la plus intéressante de ce que le cinéma des pays de l'Est pouvait offrir de mieux.
La presse est partagée sur la qualité du film. C'est sans doute un aspect secondaire. Et pourtant ! Osons le dire, ce film présenté dans trois salles à Paris, et dans 6 salles en province va bien au delà du simple témoignage.
C'est un chef d'oeuvre ! Aussi grand qu'il est insupportable.
Une oeuvre d'art mûrie pendant 65 ans, une fleur magnifique poussée sur le charnier de l'histoire. La fleur fine et indomptable de l'avenir de l'humanité renaissant sur nos hontes et nos humiliations. La scène finale du film, qui dévoile pratiquement les conditions de l'assassinat est de ces cérémonies mortuaires, où l'indispensable confrontation à la réalité nous permet seule de faire le deuil.