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samedi 23 novembre 2019

Louviers,sa reconstruction, son patrimoine et son avenir

C'est un sujet qui parle ! 
La conférence de la Société d'Etudes Diverses a fait plus que le plein samedi dernier pour écouter M. Patrice Gourbin, maître de conférences à l'École nationale supérieure d'architecture de Normandie. Pour dire la vérité, on a rajouté des chaises et lorsque je me suis levé pour un imprévu auquel je devais me rendre, lorsque je me suis levé donc dans l'ambition de partir discrètement, j'ai vu qu'il m'était impossible de m'en aller sans déranger tout le monde. Je dirais qu'il y avait 200 personnes et j'ai dû attendre la fin de la conférence avant que l'on ne donne la parole à la salle pour me soumettre à mes obligations. Ce n'est pas le tout. Voulant compléter mon savoir par une visite au musée, et pensant y être tranquille, j'y entrai le dimanche subséquent dans le but d'approfondir mes connaissances en toute tranquillité. Loupé ! Ce n'est pas que je n'ai  pas 
Catalogues exposés à l'entrée du musée de Louviers.
J'ai connu une époque où cela n'existait pas. Nul ne peut oublier qu'il y a 30
ans, Odile Proust avait mis sous cloche le musée pour le consacrer à une
de ses relations, Wakhevitch, décorateur de théâtre. C'est Franck Martin, une
fois élu qui a mis fin à l'imposture et a nommé Michel Natier directeur du 
musée. Fin connaisseur de la cité, architecte, passionné d'art, artiste plasticien 
 lui-même, il a su donner au musée de Louviers une place à part et une 
dimension régionale. Tous les catalogues présentés sont un peu ses enfants. 
approfondi, ce n'est pas que je n'ai pas apprécié, mais pour la tranquillité, on repassera. En fait, il y avait du monde, pas la foule, bien sûr, on n'était pas dans un concert d'une vedette du showbiz, mais une présence constante agrémentée de nombreuses têtes connues. En fait, en dehors de l'hommage que l'on doit rendre au musée et à Michel Natier son directeur, qui a su relever le musée des cendres Wakhevitchiennes et en faire un lieu d'animation culturelle déterminant, il faut en revenir à l'intérêt de l'exposition elle-même et du thème prégnant de la reconstruction, du patrimoine et de son avenir.

Autant le dire tout de suite, la conférence a déçu ceux qui, parmi le public, attendaient d'en savoir beaucoup plus sur Louviers. En fait, elle a complété utilement l'exposition qui, elle, est naturellement concentrée sur la ville. Il n'empêche, il était bon de resituer le cadre de la France d'après-guerre, de la reconstruction en Normandie comme dans le reste du pays.
Ainsi Patrice Gourbin a-t-il eu le mérite de rappeler que, loin des idées reçues, la Normandie n'a pas été le seul territoire marqué par la nécessité de reconstruire. Ce n'est pas le tout. Il ne s'agissait surtout pas de reconstruire à l'identique. En effet, et même si cela peut sembler indécent le dire, mais, en quelque sorte, la nécessité de reconstruire s'est imposé bien avant les dégâts liés aux bombardements. 
Cela ne retire rien au martyr que Louviers a eu à subir et à la vie misérable menée par les habitants pendant les quatre années de guerre puisque Louviers a été victime dès 1940 d'une expédition punitive menée par l'envahisseur nazi. Mais il est vrai que la France accusait un retard certain dans son urbanisme, au regard notamment des normes d'hygiène, mais pas seulement. Cela ne retire rien non plus au rôle de Pierre Mendès France, attaché viscéralement à sa ville et dont il a plus que facilité sa reconstruction.
Ainsi donc Louviers a été reconstruite assez rapidement, même si l'attente a bien sûr été insupportable pour une population vivant dans le dénuement. Mais il ne s'agissait pas tant de reconstruire que de construire. 
La Place de la Halle à la fin du 19e siècle. On
peut y voire d'ailleurs, à quel point la grande
majorité des femmes avaient la tête couverte.
Autre temps, autre moeurs ... mais surtout,
la Place de la Halle n'avait pas cette rigueur
toute carrée qu'elle a acquise après guerre.
1945 était l'ouverture vers un monde nouveau. Le problème, avec les architectes, et surtout les architectes de cette époque là, transformés par force en urbanistes (ce qui a été rappelé par Patrice Gourbin) était l'idée de construire pour l'éternité. Louviers a été, et est encore victime de cette façon de voir. Rien n'est plus mouvant que les destinées humaines, industrielles ou collectives. Les besoins d'hier ne sont plus ceux d'aujourd'hui, les besoins de demain ne sont pas ceux de maintenant. On se figure la ville comme étant de toute éternité. Une image de la Place de la Halle en 1900 démontre s'il en était qu'elle n'avait rien à voir avec ce qu'elle est aujourd'hui. Je ne parle pas de l'inutile couverture choisie par l'actuelle municipalité mais de son dessin très éloigné du carré qui la dessine aujourd'hui. 
Mais la reconstruction ne s'est pas faite seulement sur un dessin, un dessein, ou un projet urbain. La reconstruction, c'est aussi du droit, et il a fallu indemniser pour reconstruire, commerces et habitations à la condition qu'elles s'inscrivent dans les nouvelles normes. 
Reste que l'essentiel reste toujours le même en matière de reconstruction, c'est à dire la nécessité de projeter une évolution urbaine tout en respectant l'identité de la cité, la mémoire visuelle et affective de la collectivité et l'attente de la population. De ce point de vue, la réfection de Louviers, effectivement tant attendue,  a comblé la population. 
Il demeure que, notamment en ce qui concerne la construction du centre-ville autour du commerce, et le développement de la cité quelques années plus tard, il convient de mener une réflexion approfondie sur la vie commerçante à Louviers.  Après-guerre, on avait confiné le commerce, à quelques cases liant échoppe et habitat, ce qui est complètement remis en cause. Aujourd'hui très peu de commerçants habitent sur place et que la vie commerciale est en complète évolution et notamment dans le centre-ville
Ainsi donc, même si Louviers n'est pas dans la situation tragique de l'après-guerre, plus que jamais la cité a besoin d'imagination pour construire son avenir à l'image d'ailleurs de nombreuses communes. 
un panneau "vendu" sur la porte de la Banque de France.
Priollaud se débarrasse du patrimoine des Lovériens
Franck Martin a pu, grâce à ses trois mandats successifs, suivre quelques idées forces telles notamment la densification du centre-ville, et l'aménagement d'une perspective culturelle allant de la villa Calderón à la gare aux Musiques et incluant les cinémas, le Moulin, et la médiathèque. 
En 6 ans, Priollaud se sera contenté d'une ripolinade minéralisée du centre-ville. Il a au passage mis fin à la rue piétonne ... cédant à on ne sait quelles pressions, lors même que l'attente générale porte à un souci constant d'écologie, d'une ville qui respire, ouverte à tous les modes de circulation et notamment piétonnes.
En fait cet exemple ne fait qu'illustrer l'errance généralisée de la politique municipale. Le maire aura quand même en l'espace d'un mandat délesté la population de Louviers d'un nombre considérable de ses biens, les cinémas bradés, la Banque de France, la façade de l'Ecole Jules Ferry et le Jardin de Bigards.
Tous ces biens faisaient partie du patrimoine collectif et sont chers au cœur des Lovériens. Certes, M. Priollaud a déjà démontré qu'il n'en avait que faire, mais ce n'est pas tout. On pourrait comprendre, et d'ailleurs on pourrait en défendre l'idée, qu'un bien soit sorti du patrimoine pour construire mieux ou pour prévoir une vision nouvelle de la cité. Une ville, ça bouge, et c'est tant mieux. C'est d'ailleurs ce qu'on vient de voir avec le commerce. Mais, là, c'est sans projet, qu'on livre aux promoteurs le jardin de Bigards qui a le double avantage d'être un élément affectif indétrônable pour toute une génération, mais aussi un espace vert aménagé par de grands paysagistes qui participait à la mise en valeur de la rivière, et à son ouverture à toute la population. C'est sans projet qu'on réduit l'espace consacré à l'éducation des enfants dans le site historique de la plus ancienne école de Louviers en laissant un projet s'installer en façade. 
Quel mépris pour le métier de maire que de maltraiter ainsi une ville et sa population ! Non seulement on ne se donne pas la peine de bâtir un projet, non seulement on brade au plus mauvais moment (tout propriétaire comprend, lorsque les taux sont si bas, qu'il ne convient pas de vendre, même si l'on n'est pas en mesure d'acheter), mais en plus on agit contre la mémoire d'une ville, lors même qu'il convient de dynamiser au contraire un centre-ville où des commerces majeurs prennent le large. Plus de poissonnerie à Louviers, plus de maison de la presse. 

dimanche 6 mai 2018

LOUVIERS, BEAUCOUP MIEUX QU'UN ESPOIR DÉÇU ...

critique du livre d'Hélène Hatzfeld 

LA POLITIQUE À LA VILLE 

Hélène Hatzfeld (photo Paris Normandie) sera présente
à 20h30 lundi 14 mai au Moulin à Louviers pour parler
de son livre et de notre histoire.
Il faut lire le livre d'Hélène Hatzfeld. Même si, par principe, je réfute ce type de formule, je le redis : il faut lire le livre d'Hélène Hatzfeld. Il faut le lire parce que les livres sur Louviers ne sont pas si courants, et ceux sur l'histoire si particulière de la gauche lovérienne le sont encore moins. 
L'ouvrage a ses limites, et ne le cache pas. Hélène Hatzfeld est nostalgique, elle met du sentiment dans l'Histoire, ce qui l'anime en détermine aussi les limites. Ainsi, lorsqu'elle arrive à Louviers près de 30 ans après la fin de ce qu'elle pense être l'expérience autogestionnaire elle se trouve face au vide. Il n'y a dans la ville ni trace évidente, ni enthousiasme sur cette période. 
Elle voulait parler autogestion, échanger avec des nostalgiques et, finalement, elle rencontre essentiellement les cicatrices enfouies sous le manteau de la maturité politique. 
L'autogestion n'a eu qu'un rôle mineur à Louviers. Elle a servi de référence idéologique à un mouvement qui avait peu de choses à voir avec elle. L'autogestion est un terme flou, il l'était déjà à l'époque. Il a cependant eu son utilité en permettant de réfléchir à gauche à la création d'un monde alternatif, respectueux de l'individu, du rapport de l'homme à sa production, et permettant d'agir concrètement. Le choix des ouvriers de Lip, décidant de produire eux-mêmes les montres alors que l'entreprise était en train de fermer ouvrait de nouvelles perspectives politiques et sociales. La Cfdt suivait nationalement l'initiative locale, le Parti socialiste unifié, dirigé alors par Michel Rocard s'engouffrait dans la brèche et jusqu'au parti socialiste en phase de construction d'un programme commun de la gauche trouvait l'idée intéressante.
Voilà pour le contexte général dans la société française... mais il reste à expliquer le succès idéologique de l'autogestion à Louviers. 

Il n'y a qu'à Louviers !

Hélène Hatzfeld dit très bien ce que le phénomène a d'exceptionnel à Louviers. Les seules communes de France à se revendiquer autogestionnaires ou sur une base alternative au programme commun de la gauche, font moins de 5.000 habitants et ne peuvent servir d'exemple. Qui plus est Louviers a toujours cette particularité géographique indissociable de son histoire de se situer à 100 kilomètres de la capitale. La ville a tout ce qu'il faut de proximité et d'exotisme politique pour intéresser une intelligentsia parisienne, intérêt matérialisé par les journalistes du Nouvel Observateur, porteurs de ce qu'on appelle alors la deuxième gauche. 
C'est vrai que cette deuxième gauche qui englobe au lendemain de mai 68 les aspirations nouvelles de la société. Pour faire vite, le besoin de reconnaissance de l'individu se construit parallèlement à une action politique collective. Cela passe par le droit à la parole, la prise en compte du désir, le respect du plaisir, tout ce que la fameuse société de consommation va d'ailleurs reprendre à son compte au fil des ans. En attendant, la deuxième gauche sent bien que les partis traditionnels, y compris à gauche ont une structure trop rigides pour répondre à cette attente. En fait, la Cfdt (qui vient juste de naître des flancs de l'ancienne Cftc) et le Psu sont les outils nationaux qui reflètent ces aspirations). 
Tout ceci explique d'ailleurs qu'aux yeux des observateurs extérieurs que le psu soit la référence politique de l'équipe qui s'apprête à reprendre le pouvoir à Louviers. C'est faux.
Ça, Hélène Hatzfeld l'a bien perçu. Elle voit bien qu'au sein de l'équipe, le psu en tant que tel n'a que peu d'influence. Le parti n'a que trois représentants au sein du Comité d'action de gauche, mais ceux-ci ne sont jamais écoutés en tant que tels. Ils accompagnent l'expérience, mais ils ne sont pas une force d'influence et n'interviennent pas comme groupe constitué au sein des débats. On touche là au fond à ce qui rend la ville si difficile à comprendre pour l'extérieur. À Louviers on est dans un autre monde. Hélène Hatzfeld fait d'ailleurs cette erreur en tentant une comptabilité des influences qui ont fondé la mouvance lovérienne. C'est peine perdue. Louviers a subi des influences, peut-être et sans doute plus que d'autres groupes humains, mais tout ce qui a tenté de s'organiser pour prendre le dessus s'est trouvé écarté soi par les faits, soi par les acteurs du mouvement.    

Ernest, le génie ou le génie d'Ernest

Au fond, par quelque bout qu'on prenne l'histoire de Louviers, et surtout dans la période traitée, on retombe toujours sur Ernest Martin. Cela peut sembler étrange vu de l'extérieur puisqu'Ernest a laissé sa place de maire à Henri Fromentin, héros de la Résistance et chef d'entreprise. Hélène Hatzfeld ne s'est pas penchée sur ce sujet. Pour ma part, je considère que c'est un grand manque à tout point de vue.
Mai 68 est une remise en cause profonde du rapport au pouvoir. Il y a des héros, des vedettes charismatiques, mais aucun ne prend le pouvoir, puisque mai 68 ne se traduit pas par une prise de pouvoir.
Or, si en mai 68 le docteur Martin a le pouvoir en tant que maire de Louviers, il le perd quelques mois plus tard, à la suite de la décision du parti communiste de l'éliminer. C'est de là que naît le Comité d'action de gauche, un rassemblement chargé à l'origine de permettre une reprise du pouvoir et de poursuivre l'œuvre déjà immense de la municipalité Martin.
Tant pis si le pouvoir passe à la droite. Il n'empêche, en faisant cela la gauche lovérienne est contrainte d'exister en dehors de la gauche nationale. Il est ainsi logique que le parti socialiste naissant qui privilégie l'alliance nationale avec les communistes ne soit pas une option politique locale. 
Il restera donc au cag à forger un projet politique qui lui permettra de reprendre la mairie, ainsi Louviers deviendra-t-il le réceptacle des courants novateurs  d'une société française en effervescence à la suite de mai 68. Ainsi s'explique à mon sens la nette victoire de 1977, qui permettra à Louviers de devenir pour beaucoup la première commune autogestionnaire de France avec 27 élus sur 27, reléguant la liste d'union de la gauche en spectateur de l'histoire locale au même titre d'ailleurs que la droite.
Mais tout ceci ne règle ni n'explique la situation d'Ernest Martin, élu premier adjoint de la liste du comité d'action de gauche. 
Comme on l'a dit, et notamment Hélène Hatzfeld, Ernest Martin, le thaumaturge, celui sans qui rien n'aurait existé à Louviers, n'est pas autogestionnaire. Il se revendique anarchiste. Il le revendique encore davantage au sein d'une municipalité où les reproches sont de plus en plus nombreux à son égard. 
Et que lui reproche-t-on à Ernest ? Qu'est ce qui fait qu'on va gentiment lui demander de ne se présenter qu'en deuxième de liste derrière la figure plus raisonnable d'Henri Fromentin ? Au départ sans doute l'idée électoraliste que derrière la figure sulfureuse du docteur qui défend le droit des femmes et notamment le droit à l'avortement alors sévèrement réprimé en France, on a peur de la réaction négative de l'électorat. Reste que derrière cette attitude frileuse se cache bien entendu la peur de la personnalité d'Ernest, de ses audaces et de ses coups de gueule ... et la mise sous éteignoir du projet ernestien. 
Bien sûr, cela n'a pas empêché la naissance et la reprise des aspects les plus originaux de la municipalité. Il y a eu la gratuité des services publics, la création du service famille (évoqué dans le livre mais qui vaut beaucoup plus qu'une simple mention y compris dans ce blog), la naissance des terrains d'aventure pour la jeunesse lovérienne, l'ouverture des cinémas au moment où tous fermaient en France et dans le reste de l'Europe ... mais, en fait, ce qui touchait au projet autogestionnaire s'est écroulé de lui-même. Il y a un exemple qui n'est pas repris dans le livre et qui me semble tout à fait emblématique des difficultés municipales. 
Autour d'un projet scolaire, de nombreux membres de l'équipe municipale vont dans un louable souci de communication discuter avec les parents de leurs attentes pour l'école. Il en ressort naturellement que les parents souhaitent en tout premier lieu que leurs petits soient protégés et qu'à cet effet des murs ou des murets soient prévus. 
Retour du compte rendu de la réunion en municipalité et colère d'Ernest qui s'insurge contre les décisions réactionnaires des parents. Il faut veiller d'abord à l'épanouissement des petits avant leur sécurité. Crise !
En fait, Ernest, même si cela est dit et redit dans le livre, Ernest donc agit comme un médecin accoucheur. Dans un accouchement, il n'y a pas de place pour la démocratie participative. Il y a un médecin qui a le pouvoir, et qui, s'il s'en sert bien parera à tous les dangers, amènera la vie dans le respect de l'enfant, de la femme et de l'acte. Le fait d'avoir voulu reléguer Ernest dans un rôle second allait bien au delà de la castration d'un personnage privé de pouvoir, il a sans doute atténué l'originalité de l'expérience lovérienne en empêchant qu'elle aille au bout de sa logique et nui à la qualité de l'analyse qu'on peut en avoir à présent. Pour ma part, je reste persuadé que si Ernest avait été en situation de responsabilité, l'expérience aurait été jusqu'au bout et aurait pu être renouvelée sur un autre mandat. Bien sûr cette uchronie ne mange pas de pain mais elle a pourtant un sens qui peut amener à réfléchir sur la réalité du pouvoir, y compris lorsqu'on dénie à celui-ci une existence.
Ainsi Ernest a-t-il souffert de cette absence de pouvoir, pour partie inassumée et derrière elle tout une mouvance et tout un groupe. L'absence de pouvoir est comme la lettre volée d'Egar Poe, cet objet que tout le monde recherche et que personne ne voit parce qu'elle est sous les yeux de tout le monde mais que chacun a un intérêt à ne pas la voir. Il n'empêche, aucune critique, aucune analyse ne pourra retirer le bilan extraordinaire des municipalités auxquelles le Docteur Martin a participé. 
Louviers, et sa formule beaucoup plus
prémonitoire qu'il n'y parait même si
le Docteur Martin lui préférait la formule
"information, participation, contrôle"

Loin des écoles, loin des partis, loin de tout, Ernest par son seul génie fait de Louviers une avant-garde de tout ce qui se fera plus tard : le pouvoir communal, la prise en compte des individus, l'exigence vis à vis des pouvoirs publics, la décentralisation même. Parce que c'est ce qu'il faut quand même dire : si l'idée même d'autogestion s'est figée au point de disparaître, les institutions rejetées sans doute ont su évoluer, le personnel municipal aussi, le pouvoir des élus et le recul de l'Etat. 







[1] « Qu’est ce qui s’est passé à Louviers ? Un tremblement de terre ? » citation attribuée à Georges Marchais, alors secrétaire général du parti communiste français... source : Pierre Semelagne, ex-militant communiste lovérien





lundi 2 avril 2018

J'ai adoré mai 68

La jeunesse française cherchant sa place
a su se retrouver dans l'image audacieuse
et généreuse de Cohn Bendit
Hommage soit rendu à José Alcala qui me permet de parler (un peu) de mai 68. 
Je dois avouer d'ailleurs que c'est à reculons que j'ai lu le post de sa caméra diagonale. Je voulais tout sauf m'engager dans une leçon sur une histoire vieille d'un demi-siècle, même si je m'en souviens comme si c'était hier. 
Pourtant, parce qu'il est subjectif, parce qu'il se revendique comme tel, le post de José est sans doute ce qu'on peut écrire de mieux sur le sujet; à la manière d'ailleurs dont France inter retrace la période par une suite de témoignages successifs aussi poignants que significatif du dernier événement marquant de notre histoire. 
A dire vrai les jugements sur mai 68 m'énervent, qu'ils relèvent du panégyrique comme de la condamnation. Ils ne sont pas à la hauteur du temps qui passe et de l'émotion qu'il dégage.
Mais justement, malgré son titre, le témoignage de José Alcala m'a épaté. Il présente une suite d'images entre l'émigré espagnol, engagé à 19 ans dans la télévision d'Etat déconcentrée et chargé de commenter des événements auxquels personne ne comprenait rien. 
J'avais 13 ans et j'habitais à Mont-Saint-Aignan à un kilomètre de la fac. J'allais au lycée à Rouen, et j'ai assisté à la montée en charge de la révolte de la jeunesse française. J'avais nettement le sentiment de vivre un moment privilégié.
Pour la grande majorité des français, il n'y avait
qu'une chaîne en noir et blanc, ringardisée par
cette célèbre caricature ... qui était aussi un appel
à la modernité
A vrai dire, les privilèges étaient partout. Il faisait beau, il n'y avait pas d'école. Les gens se parlaient partout, tout le temps. Ils parlaient de la révolution, de leur désarroi, de la jeunesse, de leurs attentes, les gens se parlaient de tout. J'ai vu mon père chanter l'internationale toute fenêtre ouverte, c'était la première et la dernière fois. J'ai vu  un drapeau rouge brûler à côté d'un drapeau bleu blanc rouge ... c'était au cirque d'hiver de Rouen sur le boulevard du Boulingrin, aujourd'hui disparu. A 13 ans, j'avais un regard d'enfant fasciné par l'héroïsme des grands frères, de ma grande sœur, et je savais qu'il était normal que je ne comprenne rien, puisque, eux, comprenaient tout. Ce n'est que bien plus tard que je compris que personne ne comprenait rien.
En mai 68, tout le monde était fou. La société était folle, folle d'espoirs et de générosités. Quelques années après l'invention du rock and roll et du twist, la société française, encore honteuse de la guerre et de la collaboration n'avait offert à sa jeunesse que la blessure invisible de la guerre d'Algérie. Sans

Le mouvement contestataire s'est limité à la jeunesse un peu
partout dans le monde. Seule la France a connu une grève
générale de plusieurs semaines. 
doute est-ce là l'une des raisons profondes du fait que la société toute entière se soit engagée derrière une révolte qui ne s'est pas limitée, comme ailleurs dans le monde au milieu étudiant. 
Mai 68 était un hymne à la liberté à la jeunesse bridée. Derrière le désir de révolution, ce formidable élan collectif, se cachait bien sûr les attentes individuelles d'une jeunesse en mal d'éclosion. On allait retrouver ses espérances dans un fatras mélangeant insatisfactions et idéaux généreux, tout ce qui, dans les années et décennies suivantes allait construire notre monde complexe et contradictoire. 
Je me permets de garder, au delà de souvenirs personnels que je dévoilerai au fil du temps, deux images emblématiques. 
La première est celle de la France entière a s'unissant en proclamant "Je suis Charlie", héritage précieux de l'esprit de mai, enfant d'Hara Kiri hebdo, organe de Mai 68. 
La deuxième, moins idéologique, plus technique est celle de la télé couleur. Eh oui, José Alcala le spécifie bien. Mai 68 est l'époque de la télé à une seule chaîne et en noir et blanc. 
C'est ce monde univoque que la jeunesse a rejeté, ouvrant la voie aux révolutions technologiques à venir. La société de marché a été la plus forte à répondre à des attentes que les révoltés eux mêmes ne soupçonnaient pas, ouvrant ainsi la voie à de nouvelles frustrations. 

mercredi 7 février 2018

Ma réponse à Louis-Marie MARTIN


Louis-Marie MARTIN, lui aussi ex-prg et avec qui j’ai partagé quelques beaux moments, quelques bisbilles et des divergences marquées m’a interpellé ainsi sur facebook  « C'était il y a quelques jours sur le mur de Diégo je crois, je posais la question qu'est ce que vous entendez par "Gauche" quelles valeurs y mettez-vous ? Ce serait sympa de répondre ».

Du coup, un peu énervé, façon Saint-Ex au Petit Prince, je lui ai répondu ça, tant l'exercice me semblait impossible: « Comminatoire[1] Louis-Marie ! Tu veux faire la police façon bolcho... et toi qu’entends-tu comme valeur de gauche ? Qui souhaites-tu exclure de ton champ ? »

Je pensais ainsi avoir répondu non pas à la question de Louis-Marie, mais au problème qu’il posait. J’ai réfléchi, et je me suis dit que non. D’où ma décision de me lancer dans l’aventure et de tenter de répondre à la question de façon succincte, compréhensible, et réaliste. Bref, ce type de défi qu’on se lance sans savoir si l’on a quelque chance de pouvoir relever. Après tout, ce sera au lecteur de juger. Tant pis pour Louis-Marie, tant pis pour moi.

1)       à ta question :" qu'est ce que vous entendez par "Gauche" quelles valeurs y mettez-vous ? Ce serait sympa de répondre."...  je ne répondrai pas.
Tout d’abord parce que je ne peux répondre qu’en mon nom propre, pas au nom du parti des Radicaux de gauche dont je m’honore de faire partie, et encore moins au nom de Diégo qui te répondra s’il le souhaite. Ainsi je ne réponds pas à la question « quelles valeurs y mettez-vous ? », « mais quelles valeurs y mets-tu ? »
La pensée radicale du philosophe
Alain "personne ne peut penser à
ta place"
2)       Comme tu le soulignes toi-même par ailleurs, « il y a des gens qui placent Macron à Gauche, donc de Macron au NPA le champ est un peu large ». Je m’enorgueillis d’avoir visité à peu près toutes les familles de la gauche, des radicaux de gauche à l’ultra gauche[2] en passant par l'anarchisme, le trotskysme sans parler de sympathies diverses, voire, je le concède, de flirts essaimés au fil des ans. Je tire et j’ai toujours tiré une conclusion de tout cela : je n’ai, je n’aurai jamais aucun rôle de police politique ou de police des mœurs : pour être à gauche, il suffit de se sentir à gauche. Je reprends la formule d'Alain, le maître radical "personne ne peut penser à ta place". Je n’ai pas vocation à exclure telle ou telle personne de ce qu’on appelle la gauche. Je sais qu’il y a des gens à gauche avec qui je ne m’allierais jamais comme  je sais aussi qu’il y a des gens à droite avec qui je peux m’allier, mais c’est une autre histoire.
3)       J’ai organisé à Evreux un banquet républicain sur le thème « le radicalisme est-il l’avenir de la gauche ? ». Tu aurais dû venir, et tu aurais pu en débattre avec nous, on était soixante. Conformément à notre démarche, le débat était ouvert à tous et cette question est naturellement venue sur la table. Voilà la manière dont j’y réponds sans vouloir engager qui que ce soit d’autres :
a.        La notion de droite et de gauche est essentiellement républicaine. C’est la République qui a fondé ces notions de droite et de gauche, en plaçant d’un côté de la nouvelle assemblée ceux qui voulaient défendre le du droit de véto et  de l’autre côté (à gauche) ceux qui refusaient le pouvoir absolu du roi.
Ainsi se sont retrouvés autour d’une question historique clivante
·         à droite ceux qui voulaient défendre une société de privilèges

·         à gauche ceux qui défendaient les principes de liberté, d’égalité et de fraternité au cœur d’une société du mouvement (même s'ils ne formulaient pas comme ça).

Depuis deux siècles et demi, ces notions se sont universalisées et ont démontré leur pertinence au travers des époques et des lieux. Elles ont encore leur sens, et c’est pourquoi, lorsque la présidente, l’état major et le parti radical de gauche auquel j’adhérais depuis vingt ans ont dit qu’ils étaient au centre, je ne les ai pas suivis. Je ne suis pas le seul, et ceux qui ont refusé cette logique ont créé un nouveau parti : Les Radicaux de gauche.
Maintenant, tu demandes, enfin, tu ne demandes pas, tu sous-entends : allez-vous rejoindre Macron ? Je suis désolé de ne pouvoir te répondre qu’en mon nom propre même si pour moi la question ne se pose pas comme ça.
D’abord, avant de savoir si l’on doit rejoindre tel ou telle, il faut définir notre projet. Nous nous y attelons, mais, très tranquillement, comme je dis "la première chose à faire est de nous retrouver entre bonnes volontés, voir ce sur quoi nous sommes d’accord, voir ce sur quoi nous ne sommes pas d’accord et voir si nous pouvons travailler ensemble. Les exemples de création d’un nouveau parti sont assez rares dans l’histoire pour que nous puissions prendre toute précaution au-delà de notre détermination
Ensuite, et je te livre là mon analyse, il serait parfaitement idiot de rejoindre le macronisme. Macron a bousculé le cocotier de la vie politique française et continue de le secouer. Il n’a aucun besoin d’une branche supplémentaire. Si c’est pour être Macronien ou macroniste, autant rejoindre « En Marche ». Je ne sais si cette démarche sera majoritaire parmi mes amis, mais je le suppose. Tout simplement parce que je n’ai rencontré personne jusqu’à présent qui désire soutenir la démarche du Président de la République même si certains d’entre nous, dont moi, ne souhaitons pas entrer dans une démarche de critique systématique, mais dans une attitude d’opposition attentive.
6)       Macron rêve de naviguer entre deux pôles situés à l’extrême gauche et à l’extrême droite qui lui garantiraient la survie et le confort politique. Pour moi, c’est une utopie. La solution aux problèmes du monde ne se résout pas à une question technique, où il faudrait laisser les experts décider en dehors des réalités et aspirations sociales ou sociétales. La France, le monde ont besoin de politique, ils ont besoin de cet antagonisme nécessaire  créé par ces visions opposées de la gauche et de la droite, entre ceux qui veulent une société d’égaux et ceux qui voient en l’autre un danger… Entre ceux qui disent que c’étaient mieux avant et ceux qui travaillent à construire un avenir meilleur pour tous. Entre ceux qui se soucient du déclassement et ceux qui se disent que tant qu’on peut s’en sortir personnellement, il n’y a pas à s’en faire.
La figure de Pierre Mendès France. Le radical s'est toujours
placé à gauche. ça n'empêche pas que certains le plaçaient
à la droite de Guy Mollet, pourtant l'exemple même de la
posture politique des grandes déclarations sans effet.
7)       Sur l’attitude qui devrait être la notre, oui, nous estimons qu’un immense chantier s’ouvre pour ce que nous appelons « la gauche de gouvernement » (en attendant mieux, parce que le terme n’est pas très joli). Il est vrai que, loin de la gauche de la posture, la gauche de gouvernement doit encore créer son projet et sortir des antagonismes qui l’ont amené à un jeu de massacre mortifère.

8)       Ce jeu de massacre provient essentiellement de ceux qui rêvent d’une gauche pure. La gauche pure, excuse-moi, je ne sais pas ce que c’est. Je connais les valeurs que je porte, je sais pour quoi je m’engage et d’ailleurs pourquoi je me suis engagé depuis un demi-siècle. Je te dirais même qu’au-delà de moi-même classer quelqu’un de « à gauche » ou « plus à gauche » ou « moins à gauche » ne me concerne pas. Le radical Mendès France se démarque de la gauche Molettiste française à référence marxiste en s’engageant dans la décolonialisation. Savoir s’il était plus à gauche ou à droite n’a aucun sens. Il était porteur de l’histoire et du progrès alors qu’en face, dans la posture marxoïde se réfugiaient tous les conservatismes. Les camps staliniens, la Chine maoïste condamnant sa population à la famine était ils de gauche ou de droite ? Cela m’indiffère totalement. Ce qui compte pour moi c’est que les horreurs qu’ils généraient justifiait tous les combats politiques pour la liberté et l’émancipation des femmes et des hommes.
Selfie au banquet républicain à l'image de ce que doit être
la gauche : joyeuse, lucide, déterminée.
9)       Pour finir, je ferais cette citation indépassable qui justifie mon combat politique et dont je suis heureux qu’elle figure sur l’invitation de la journée du 9 février qui réunira tous ceux qui s’inscrivent dans notre démarche :


La République doit se construire sans cesse car nous la concevons éternellement révolutionnaire, à l’encontre de l’inégalité, de l’oppression, de la misère, de la routine, des préjugés, éternellement inachevée tant qu’il reste des progrès à accomplir.



C'est le 9 février à Paris, Théâtre Edgar (Métro Edgar Quinet)
 de 9h30 à 13 h.







Tu m’excuseras, cher Louis-Marie, et d’avoir été un peu long à te répondre et de n’avoir répondu que partiellement à ta question. L’avenir de la gauche est un débat, est un combat aussi, et tous ceux qui veulent y participer peuvent se joindre à nous.









[1] Comminatoire : qui constitue une mise en demeure, un avertissement ou une menace  ( dictionnaire culturel en langue française d’Alain Rey)
[2] l’ultra gauche est une vraie famille politique qui, de la naissance du surréalisme au situationnisme a nourri l’intelligentsia française pendant un demi-siècle et auprès de laquelle le pâle « Nouveau Parti Anticapitaliste » fait figure d’une vieille photo  polaroid au sens où elle ne peut ni être reproduite, ni être analysée et ne représente guère d’intérêt.  

mardi 15 septembre 2015

Tout le Mérite lui revient

Soirée marquante pour la gauche lovérienne et pour les amis de Franck Martin qui n'avaient pas loupé le rendez-vous.
Ce 14 septembre a permis de redonner à la salle Mendès France les lustres d'un parcours, d'un discours, d'un projet reconnu par l'État, incarnée par la lumineuse Annick Girardin, Secrétaire d'État au développement et à la Francophonie.

C'était une magnifique soirée, qui a permis de rendre hommage à l'œuvre de
Franck Martin et en tant qu'individu, et en tant qu'homme public. Elle a permis
aussi à tous ceux qui l'ont accompagné de vivre un de ces moments chaleureux
qui leur manque et qui font partie de l'engagement politique et public. Derrière
Franck Martin, Jean Louis Destans, Député et ami.  
Ci-dessous, accompagné de quelques photos, le discours d'Annick Girardin qui retrace avec talent le parcours de Franck Martin et démontre la justesse de la récompense avant qu'elle ne le fasse chevalier de l'ordre du Mérite Maritime .





Discours  pour la remise de l’insigne de l’Ordre du Mérite maritime
à M. Franck MARTIN
prononcé par Mme Annick Girardin
Secrétaire d'État au développement et à la Francophonie

 

Monsieur le Maire, Monsieur le député Jean Louis Destans, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Préfet, Mesdames et messieurs,
Cher Franck,

Nous sommes réunis ce soir pour honorer un parcours, le tien, fait de mer et de terre, le parcours d’un combattant et d’un bâtisseur.

A tous, je vous avoue que, j’ai été honorée d’être contactée par son ami Olivier Taconet pour lui remettre l’insigne de l’Ordre du Mérite maritime. Comme vous tous réunis ce soir, je connaissais l’engagement politique de Franck, dans cette municipalité. Garder le cap de cette tumultueuse ville de Louviers pendant près de 19 ans, soit 3 mandats successifs, dénote-t-il une capacité à faire front à toutes les tempêtes ?

Je suis très heureuse de remettre cette décoration à un ami. Dans cette ville qui a une importance si particulière dans cette région de Normandie. Qui a une importance toute particulière pour les héritiers de Pierre-Mendès-France, sa vision politique, son engagement. Je suis d’autant plus honorée de pouvoir le faire dans cette salle, tout à fait symbolique. Et je remercie le maire de Louviers, François-Xavier Priollaud, de nous accueillir ce soir. Je ne doute pas que les échanges entre l’opposition et l’équipe municipale sont souvent animés, parfois même vifs. Il est agréable de constater que malgré les divergences politiques, nous pouvons nous rassembler pour reconnaître les mérites des uns et des autres. Vous savez, face au repli des valeurs républicaines, il est encourageant de voir que certains usages républicains perdurent. Et je tiens à en remercier notre hôte.

 

Cher Franck,

Je ne voudrais pas seulement te rappeler à ton expérience politique mais plutôt à tes projets, tes défis, tes combats. Alors larguons les amarres, et ensemble prenons le large, pour suivre ton odyssée.

Comme beaucoup de jeunes Normands ambitieux, ton regard s’est d’abord porté sur l’Atlantique. De l’estuaire de New-York, où tu as passé une partie de tes études, aux fjords de Stavanger, où, fort de tes capacités linguistiques, tu deviens cadre dans un des chantiers de plateforme en mer. Ton travail, au contact des ouvriers de la mer, va te marquer profondément.

Ces chantiers terminés, tu t’emmanches à la Dépêche de Louviers, hebdomadaire historique du département. De retour sur la terre où tu as grandi, tu choisis de devenir un acteur de la vie publique. Après un passage sur les bancs de Sciences Po et un nouveau poste à La Dépêche de Louviers où, en tant que Secrétaire Général, tu réussis une des premières tentatives de numérisation d’un titre de presse en France, tu t’engages à partir des municipales de 1989 dans les combats électoraux de la politique locale. Fort de tes succès que nous connaissons tous, tu as su transformer profondément Louviers, qui semblable à beaucoup d’autres villes de France de l’époque, risquait de tomber en désuétude. Cette ville est aujourd’hui un centre d’attractivité majeur au sud de Rouen, tant et si bien que tu la considérais sous ton mandat comme la « capitale culturelle de l’Eure ». Car il est vrai que tu es aussi un défenseur acharné de la culture. Et c’est à ce titre que tu t’es distingué dans le domaine maritime.

Je voudrais ce soir rappeler deux de tes plus grands mérites :  

Le premier est d’avoir repris il y a plus de dix ans une petite maison d’édition, L’Ancre de la Marine. Cette activité a l’avantage de combiner ton intérêt pour la gestion, pour le livre et pour la mer. Tu as réussi à la faire grossir et à être, la première maison d’édition dans le monde consacrée à la mer qui propose des livres électroniques, que tu appelles très joliment des livrels. En tant que secrétaire d’État chargée de la Francophonie, je suis sensible à cette attention et tous devraient l’adopter pour remplacer ce mot affreux, ce mots sans âme : l’e-book.

Et en tant que Française d’Amérique du Nord, je suis encore plus sensible à l’importante section de ta maison d’édition consacrée aux Terre-Neuvas. 

Ce sont justement les Terre-Neuvas qui nous transportent à ton deuxième grand mérite : le Marité. Le dernier terre-neuvas construit à Fécamp, dernier témoignage de la pêche à la voile et au grand large, devait revenir au patrimoine de la France. Tu as mené cette action avec tous les mandats politiques dont tu avais la charge : maire de Louviers, conseiller général, conseiller régional, président de la Communauté d’agglomération. Cette action, tu l’as mené avec ces 36 autres aventuriers, les maires de l’agglomération. Non seulement, tu les as convaincus d’œuvrer en faveur de la création de la  Communauté d’agglomération, mais tu les as aussi persuadé de se montrer solidaire du projet qui te tenait à cœur : sauver le Marité.

Ce monument exceptionnel et rare de l’économie normande a eu plusieurs vies. En 1998, les propriétaires, des Suédois qui ont remarqué 25 ans plus tôt la beauté et la qualité du bateau qu’ils ont sauvé du désastre, veulent s’en séparer. Mais seulement à la condition que le bateau continue à naviguer et ne soit surtout pas transformé en musée définitivement amarré à quai. 

Informé de la situation, tu t’es emparé du projet et tu lui as donné, comme dans toutes tes démarches, une dimension sociale et écologique. Bois certifiés pour la remise en état de la coque du voilier dans les chantiers navals. Lycéen en filière professionnelle, jeunes en réinsertion et chômeurs de longue durée pour les travaux. Ecoliers, retraités et personnes en situation d’handicaps pour les visites et les embarquements.

Tous ces éléments ont permis de convaincre. Y compris au-delà des clivages politiques.

Le Marité est aujourd’hui le dernier terre-neuvier français en état de navigation. Il a gagné et mérité le titre de bateau d’exception, attribué par le Grenelle de la mer. La défense du Marité a été un combat difficile, qui a nécessité toute ta ténacité, cher Franck. Si tu n’en fus pas le seul acteur, force est de reconnaître que, sans toi, il n’est pas certain que le combat aurait pu être remporté. La Saint-Pierrais et Miquelonaise que je suis espère voir le Marité à nouveau sur les bancs de Terre-Neuve et en escale dans l’archipel. Pour que la boucle soit bouclée.  

 Les insignes remis aujourd’hui soulignent que derrière le bateau d’exception, il y a eu un homme d’exception, terre à terre, pour faire aboutir un projet, le regard vissé sur son cap pour sauver le Marité.

Voilà pourquoi, fille de marin et descendante de Terre-Neuviens normands, je suis personnellement très honorée ce soir, cher Franck, de te remettre ces insignes.

Franck MARTIN, au nom du gouvernement de la République, nous vous faisons Chevalier du Mérite Maritime.

























dimanche 6 janvier 2013

Merci Monsieur le Président ...

vous revenez quand vous voulez  !


Un vrai bonheur que de recevoir le plus haut représentant de l'Etat à Louviers. Je vous livre ci-dessous quelques photos transmises par Ghislaine Baudet. Il y en aura d'autres que j'afficherai au fur et à mesure.
François Hollande aux cotés de Franck Martin échange avec
les élus présents dans la salle Pierre Mendès-France
Nous avons déjà commenté et analysé le fait politique, voici quelques images transmises à chaud, à compléter par l'interview du président dans la cour de la mairie de Louviers aux cotés de Franck Martin, que l'on peut consulter en cliquant  .
Je n'ai jamais vécu de toute ma carrière de visite présidentielle. Juste quelques visites ministérielles, qui ont été des moments importants... mais il faut le dire, n'ont rien à voir avec celle d'un président de la République. 
Jamais effectivement Louviers n'avait reçu de Président de la République depuis la visite dans notre ville du Général de Gaulle, accueilli précisément par Pierre Mendès France
Ernest et Franck Martin entourent François Hollande à
l'écoute de Daniel Marinier ancien directeur des services
 techniques de la commune de Louviers
Encore faut-il préciser, même si cette rencontre était encore plus exceptionnelle, et encore plus historique, que l'Etat était en train de se reconstruire et que le Président de la République n'avait pas le statut qu'il a actuellement, précisément assis par le Général de Gaulle mais dans d'autres circonstances.
En fait, outre la rareté de l’évènement, il y a aussi tout ce que peut représenter une telle visite sur le plan de la logistique. 
J'ai regardé Diego  Ortega, le directeur de cabinet du maire gérer cette situation avec brio, assurant et le bon déroulement de la rencontre, et la satisfaction des participants, ménageant au passage susceptibilités et exigences, le tout dans le concert des compétences entre services de l'Etat, services municipaux, attentes de la presse et de la population. Le tout dans la terrible urgence d'un évènement qui devait se dérouler dans la semaine... car la confirmation de la visite présidentielle a été très tardive. 
Un président qui prend plaisir à l'écoute
du peuple
Pour donner une idée du poids de l’évènement, au delà de la présence de cars de CRS stationnant dans la ville, des policiers s'affairant un peu partout cependant que les services de sécurité de l'Elysée coordonnaient leur action épaulés par les services préfectoraux, ce qui n'était pas sans provoquer quelques perturbations dans la cité ... je voudrais citer le nombre de journalistes qui suit un tel évènement. Effectivement, quand un ministre se déplace, nous avons la presse locale et régionale, mais cela n'intéresse pas grand monde.
La Présidence de la République, c'est forcément autre chose  C'est l'alpha et l’oméga de la politique française. C'est bien ce que les lovériens, et bien au delà, tous ceux qui ont voulu assister à l’évènement ont ressenti.
Michel Natier, directeur du Musée de Louviers,
voit son travail couronné par la visite du
Président de la République à l'occasion de
l’exposition Pierre Mendès France.
Au total, je n'ai entendu que des satisfactions. Entre ceux qui ont pu se mêler aux élus à l'intérieur de la cour de la mairie, et ceux un peu frustrés qui sont restés à l'extérieur mais ont connu des moments d'échange avec François Hollande. Sans doute, puisqu'il faut parler aussi de ce qui n'a pas été, faut-il évoquer les nombreux usagers du marché de Louviers qui ont attendu vainement le président, lors même que celui-ci était retenu à Val de Reuil, par un échange avec les salariés de Pétroplus... 
Mis à part ce léger décalage, prévisible mais pas souhaitable, tout le monde a été heureux. Même la trentaine de vieilles badernes conservatrices du Npa ont pu faire leur concert de revendication sur la place du Parvis, parfois couverts par les cloches de l'église. Ils ont pu même se vanter d'avoir fait reculer l'état français comme si le président avait besoin d'eux pour être en retard... mdr !
Non, au delà du bain de foule, de l'hommage rendu à Louviers et à Mendès France, reste à jamais à Louviers ce souvenir d'une journée particulière, où chacun mesurait qu'au delà de la dimension politique exceptionnelle que véhicule un chef d'Etat en France, François Hollande dégageait une chaleur humaine, une simplicité exceptionnelle.
Transmise par Françoise Martin, cette photo où l'on aperçoit
François Hollande en face des radicaux ébroïciens Michel
Champredon (maire d'Evreux) , Françoise Martin
et Didi Boketsu
.
On sent que c'est au contact du peuple que François Hollande tire l'énergie indispensable à l'action politique au plus haut niveau. Est-ce cela qui permet de se maintenir sainement dans une situation où tout un chacun perdrait pied, dans cette fameuse constitution qui donne tant de pouvoir au Président de la République, est-ce cela qui fut offert au public lovérien : le spectacle d'un homme d'exception endossant les habits d'un président normal ? 
Merci encore Monsieur le Président, et recevez tous les encouragements des radicaux, des lovériens, et au delà pour votre personnalité et pour votre action. 



PS : pour dire les choses, et les dire clairement, une personne n'a pas été citée dans l'article ou à peine, et c'est bien dommage. Je me permets donc de réparer. Cette visite présidentielle est certes liée à l’évènement que représente la magnifique exposition réalisée par le musée de Louviers à l'occasion du 30e anniversaire de la mort de Mendès France... mais cette visite n'aurait pas eu lieu sans la demande du député François Loncle qui a ainsi rendu hommage parallèlement à la figure du grand homme d'Etat, à l'action menée par la municipalité de Louviers et de son maire Franck Martin. Qu'il en soit chaleureusement remercié.






mercredi 2 janvier 2013

Une année 13 active ...

13 attaché à la personnalité de Pierre Mendès France,
Franck Martin  commence son année sur les chapeaux
de roue.
C'est une année qui commence très fort : depuis le 1er janvier à 0 heure, la nouvelle communauté d'agglomération Seine-Eure existe.
Elle est le résultat de la fusion des communautés Seine-Eure et Seine-Bord, seul exemple de ce type dans toute la Normandie. Elle est surtout la concrétisation du combat mené par Franck Martin et ses amis pour créer un territoire cohérent et attractif au sud de Rouen, dépassant les logiques de clocher et les égoïsmes partisans.
Lundi l'élection du nouveau président aura lieu. Chacun s'attend à ce que Franck Martin, le principal artisan de cette réussite soit logiquement réélu.
Entre temps, samedi, le maire de Louviers aura reçu le président de la République, venant rendre hommage à Pierre Mendès France à l'occasion de l'exposition éponyme qui se tient au musée de Louviers. Il s'agit d'un hommage exceptionnelle, la dernière visite présidentielle Louviers avait été organisée par ... Mendès France lui-même qui avait fait venir dans sa ville le chef de l'État en 1945.
Au delà de la ville elle-même, de son maire, et du grand homme d'État que fut Pierre Mendès France, il faut y voir la reconnaissance de la doctrine mendésienne, incarnée par les radicaux. Il s'agit juste de s'appuyer sur les principes humanistes pour promouvoir une vision du monde moderne et Républicaine, débarrassée des fatras idéologiques mortifères ressassés par la faction la plus conservatrice de la gauche.
Voilà une année qui commence sur les chapeaux de roue. Après, il s'agira de tenir le rythme !
Je souhaite à tous les radicaux, à tous les lovériens, à tous les Eurois
Une année 13 en forme,
Une année 13 active,
Une année 13 heureuse,
Une année 13 humaniste,


Olivier Taconet
président de la fédération de l'Eure
du parti radical de gauche