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lundi 3 juillet 2017

Indispensables radicaux





Les radicaux, comme les socialistes, comme tous les partis politiques français ont traversé une déflagration sans précédent dans la vie politique française. Dans notre république, dans nos partis qui la fondent, plus rien ne sera comme avant. 
Bientôt, le comité directeur du parti radical de gauche aura à débattre de son présent, de son passé, de son avenir. 
Le café radical, qui a toujours prôné le débat comme essence même de l'identité radicale et républicaine, reproduit ici un texte qui lancera les débats. Il y est question bien entendu du rapprochement avec les radicaux valoisiens qui demandent à nous rejoindre, mais la question est bien entendu bien plus vaste. Il ne s'agit pas de reproduire à petite échelle les centre-gauche et centre-droit, ce que Macron a fait bien mieux que nous. Il s'agit bien plutôt de promouvoir ce dont la république aura toujours besoin et dont les radicaux sont porteurs : la créativité allié au réalisme politique, l'attachement farouche à la laïcité comme seul mode de résister aux conformismes conservateurs pour promouvoir la capacité de faire vivre ensemble tous les hommes, la promotion des valeurs républicaines indépassables de liberté, d'égalité et de fraternité, sur lesquels tous les nouveaux droits doivent s'asseoir, sur lesquels doivent se greffer les nécessités écologiques d'adaptation du monde à un environnement fini. Le radicalisme a un passé remarquable. Il a un avenir qui ne l'est pas moins. Ci-dessous le texte co-signé par des dirigeants radicaux. Le débat est lancé. 

Appel pour une formation progressiste au service de la République, du pacte social et de l’Europe fédérale.


De l’utilité politique du radicalisme au 21ème siècle


Ce texte posé comme une base de discussion, porte l'ambition de proposer une voie d'action nouvelle pour notre parti afin qu’il s’inscrive pleinement et rapidement  dans un  contexte politique singulier qui présente plus d'opportunités que d'obstacles au succès de ses  idées et au déploiement de son organisation.
Nous sommes les enfants de Georges Clemenceau, de Cécile Brunschvicg, de Léon Gambetta, d’Edouard Herriot, de Jean Zay ou de Michel Crépeau. Nous sommes les radicaux. Depuis 1972 nous sommes les radicaux de gauche.
La République, c'est les radicaux
D’illustres références en victoires politiques majeures, notre fierté s’appelle laïcité, impôt progressif, droit des femmes à disposer de leur corps et de leur maternité, droit de mourir dans la dignité, écologie responsable, progrès économique au service du progrès social.
Notre histoire est notre ferment, notre socle. Elle nous lie, nous oblige et  nous rassemble.
Pour autant, aussi forte et engageante soit-elle, cette histoire ne peut aliéner l’esprit créateur et audacieux des radicaux. La force de nos pères ne fût pas de s’ériger en  gardien d’un temple mais de le bâtir. Le radicalisme est avant tout un état d’esprit, une flamme républicaine et progressiste allumée dans les tourments d’un monde en mutation où les repères changent et parfois s’estompent voire disparaissent.
Nous sommes un parti politique, pas un musée, pas une faculté d’histoire ou de théologie. Ni combat des modernes face aux anciens, ni débat de puristes ne doivent se substituer à notre devoir d’agir dans une démocratie plus que jamais en quête d’un projet collectif garant  d’améliorations concrètes et porteur d’un espoir de justice, de liberté, d’égalité, de fraternité et de progrès partagés.  
Tirer les leçons du passé est notre devoir pour projeter le radicalisme dans le 21ème siècle.
La séquence présidentielle et législative que nous venons de vivre,
Belle citation, qui situe bien que notre culture politique n'est
pas celle de Macron
aussi courte fut-elle, marque un bouleversement profond et probablement pérenne de la pratique politique et institutionnelle de notre pays. Notre parti n’en sort pas indemne.
Nous ne méconnaissons rien des débats et affrontements de ligne et de stratégie qui ont traversé le PRG comme l’ensemble de la classe politique française. Chacun défendra sa part de vérité. Notre famille s’est trouvée écartelée entre proximité idéologique avec le projet porté par Emmanuel MACRON, cohérence politique au regard de son engagement sous le mandat HOLLANDE, préférence pour une logique de coalition respectueuse des identités, refus d’une dissolution dans un ensemble nouveau. 
Les Hommes sont libres, pas les organisations collectives. Chez les radicaux plus qu’ailleurs cela fait sens. Chacun, individuellement, aura donc pu, sans crainte, défendre ses convictions, défendre ce qu’il croyait être l’intérêt du radicalisme. Cette séquence aura, nous le savons, été difficile pour tous et ne peut satisfaire personne. Toutes les blessures ne sont pas refermées et les incompréhensions encore nombreuses. 
   
Pourtant nous avons survécu et conservé, même affaiblies, une autonomie et une indépendance. Ce n’était pas écrit. Pour y parvenir, de nombreux radicaux, faisant fi de leurs désaccords passés, sont partis ensemble au combat législatif sous nos couleurs pour que le radicalisme soit encore en question aujourd’hui. Par l’implication majeure des jeunes radicaux de gauche, une nouvelle génération s’est imposée, nous offrant ainsi une sérénité pour l’avenir. 
Photo reprise par l'extrême droite ... eh oui ! Nos ennemis
dessinent notre visage.
Grâce à tous ceux qui ont eu le courage de privilégier la survie de notre parti, nous avons en effet réussi à dépasser l'obligation légale de présenter plus de 50 candidats réalisant plus de 1% des voix au premier tour des législatives et respectant la parité. Cette condition était le préalable absolu à toute autre considération si nous voulions que notre organisation ne disparaisse pas purement et simplement du paysage politique. Dans le contexte impossible de cette élection, cette détermination radicale était vitale et doit être chaleureusement et respectueusement saluée. Elle nous oblige.
Nous devons ensemble écrire une nouvelle page du radicalisme plutôt que son oraison. Il y a urgence.
L’immobilisme de la pensée et de l’action comme la paralysie des débats internes nous condamnent à la disparition.
Comme chacun, nous déplorons amèrement aujourd’hui l’absence d’un groupe radical indépendant à  l’Assemblée nationale. Ensemble nous en avions pourtant les moyens. Le nouveau monde politique n’a, de ce point de vue, rien à envier à l’ancien. Nous voulons croire que cette situation n’est que temporaire et que, demain, chacun saura trouver  la force et l’envie de se retrouver et les mots pour le faire. Notre parti pourra à nouveau être fier de voir sa singularité portée en tant que telle au sein la représentation nationale. Notre parti doit se renforcer de son unité. Nous sommes persuadés que les radicaux ont encore un long chemin commun à parcourir et qu'ils doivent être au cœur d'un groupe singulier à l'Assemblée nationale.
La situation politique nouvelle nous interdit de nous perdre en psychodrames internes au risque de valider nous-même notre inutilité politique.
Le radicalisme a survécu. Il doit désormais se réinventer loin de toutes les hégémonies et au regard des nouveaux clivages politiques. 
Nous ne renions rien de notre passé au sein de la gauche depuis François MITTERRAND. Nous ne renions rien des accords de majorité passés avec le Parti socialiste d’hier. Nous ne sommes pas parlementaires ou ministres. Nous avons comme chacun porté les accords et stratégies au nom de l’intérêt collectif, de la perpétuation de notre idéologie. Nous avons toujours été fiers du travail accompli par chacun de nos représentants.
Chacun aura néanmoins mesuré les travers, les erreurs parfois, de ces alliances et la situation de domination toujours, que nous avons collectivement acceptée.
Il nous faut aujourd’hui admettre que l’agitation et la défense des victoires d’hier ne sera jamais une réponse en soi aux enjeux d’aujourd’hui et de demain. Il nous faut agir, reconstruire.

Nous sommes des progressistes.   
Notre sens des responsabilités, de l’engagement et de la cohérence idéologique nous poussent aujourd’hui à accompagner le projet présidentiel, à lui apporter notre plus-value radicale. Refuser l’opposition de principe, participer à la conduite de la France au nom de nos valeurs est et a toujours été notre honneur.
Pour autant, reproduire avec La République en Marche les mêmes méthodes qu’avec le Parti Socialiste, serait commettre une erreur. Une association à la majorité présidentielle suppose d’asseoir et de justifier pour le PRG un statut de partenaire respecté et en situation d’apporter une plus-value singulière utile à la réussite de la France.  
A ce titre, nous considérons que la principale leçon à retenir de cette époque politique, est l’exigence d’indépendance que nous nous devons pour porter nous-même notre projet devant les Français à l’avenir.
C’est l’enjeu de notre utilité politique qui nous est posé aujourd’hui.
Porter la création d’un nouveau mouvement indépendant fondé sur la cohérence et nos valeurs est notre avenir.
Nous ne pensons pas que gauche et droite se valent pas plus que nous ne croyons à la disparition définitive des clivages. Nous constatons néanmoins sans regret qu’ils ont bougé, se sont étiolés parfois, se sont recomposés surtout face aux enjeux de la mondialisation, de la construction européenne et des nouveaux comportements humains. Nous l’avions souhaité.
L’enjeu n’est plus de s’inscrire dans une référence historique pour inventer l’avenir mais bien de créer une offre politique nouvelle fidèle à notre histoire, pour être utile  à notre pays.
De cet espace nouveau, nous permettrons une réorganisation politique capable d’offrir à la France une démocratie pluraliste et vivante qui n’enferme pas le débat entre un grand parti central et les extrêmes. Nous avons suffisamment lutté contre le bipartisme caricatural de la Vème République pour ne pas imaginer que l’ensemble du champ républicain soit accaparé par une seule formation politique.
L’enjeu aujourd’hui c’est la cohérence du projet que nous devons bâtir et de celles et ceux qui devront le conduire. Cette cohérence ce n’est pas celle d’un socialisme enfermé dans ses utopies et la contestation aujourd’hui. Le projet de  Benoit HAMON était respectable, il n’est pas pour autant le nôtre. S’ils ont des rêves, la tête dans les étoiles, les radicaux ont aussi les pieds sur terre. Nous ne pouvons enfermer le radicalisme dans un rôle de porte-voix d’un socialisme qui cherche encore et toujours à définir ce que sera la sienne.
Notre projet doit être rassembleur. Il doit s’adresser aux responsables politiques qui assument un rôle de gestion du pays, un sens de la réforme et partagent sincèrement un socle de valeurs audible et crédible pour les Français.
C’est le sens de l’accord que nous avons passé avec Génération écologie puis récemment l’avec l’Union des Démocrates et Ecologistes avec lesquels nous souhaitons réciproquement pouvoir approfondir les possibilités d’un rassemblement.
C’est aussi le sens  qui doit être donné à  la démarche de réunification avec les radicaux valoisiens. Ce projet n’est pas technique, pas plus qu’il n’est une fin en soi. Il ne s’agit pas là de confire le radicalisme dans un entre soi poussiéreux mais bien de jeter les bases d’une plateforme progressiste cohérente. Il devra se fonder sur des bases claires intégrant l’indépendance effective des radicaux valoisiens de toute autre formation politique. Sa traduction dans les collectivités territoriales ne pourra intervenir immédiatement afin de prendre le temps d’une véritable construction politique. Les discussions d’ores et déjà bien avancées au Sénat permettront sans nul doute d’être un premier jalon tangible de cette réunification.
C'est enfin ce que nous devrons offrir à tous les progressistes, aux "divers gauche" sans appartenance partisane, aux milliers d'élus locaux - ruraux notamment - qui cherchent une maison reconnaissante de leur engagement et de leur mérite. C’est ce que nous devons proposer aux (ex)socialistes qui demandent à exprimer leurs convictions dans un ensemble cohérent.
Si ce projet devra être débattu, faire l’objet de travaux de fond, d’échanges idéologiques avant d’être validé par l’ensemble des adhérents, il devra surtout être attaché à rassembler largement sur une base claire.
Rassembler sur un engagement républicain et laïque exigeant offrant à chaque citoyen une liberté absolue de conscience avérée et respectée plutôt qu’un modèle anglo-saxon multicultuel  propice à un apartheid culturel et social bien éloigné de notre tradition du vivre-ensemble.
Rassembler sur un attachement à la décentralisation, à la défense de l’égalité des territoires, à la ruralité qui ne peut se satisfaire de voir les collectivités territoriales revenues sous la coupe du ministre de l’Intérieur au détriment d’une politique de cohésion territoriale dont nous savons mieux que personne qu’elle sera menée avec force.
Rassembler sur le renforcement du pacte social, sur une liberté économique au service de la création de richesse, de la redistribution, d’une solidarité érigée comme corolaire des réussites individuelles.
Rassembler sur une écologie responsable, une redéfinition des circuits économiques et la création de nouveaux métiers au service d’une société de progrès.
Rassembler sur le renforcement des libertés individuelles gages d’une adhésion de chacun au destin collectif de la nation.
Rassembler sur une Europe fédérale, 1ère puissance mondiale, capable de protéger, de répondre aux enjeux climatiques, économiques ou sociaux, au devoir humanitaire que ne peut résumer à elle seule  une politique migratoire, au devoir de développement des pays en souffrance, à l’impératif de paix.
Ce socle cohérent, les radicaux le portent en eux. Leur réunification pourrait le renforcer et le mettre en lumière. Ce serait surtout la promesse que l’on peut rassembler les femmes et les hommes sur une idéologie humaniste, progressiste, solidaire, libérale et protectrice en laissant le soin aux historiens de déterminer demain si elle fut de la gauche ou de la droite en vigueur en 2017.
Ce nouveau mouvement devra enfin se choisir un nom en phase avec son temps. Si le radicalisme est notre fierté, sa modernisation est notre devoir.
****
Ce projet, nous l’avons mûri en maintenant le dialogue avec toutes les forces de progrès. Il  ne sera viable que s’il est enrichi, s’il permet de nous réunir à nouveau, s’il est porté demain par une grande majorité d’entre nous. Ce projet ne nous appartient pas et n’en faisons pas revendication. Il est le fruit des échanges que nous entretenons depuis des mois avec toutes les sensibilités du parti.
Ce projet est un appel résolu à l'action car le PRG peut et doit, sous la seule réserve qu'il se mette en mouvement, prendre une place importante dans la reconstruction d'un progressisme éclairé et responsable. Il pourrait trouver à se décliner lors des élections sénatoriales à venir.
Il ne s’agit pas là de faire une  synthèse, un aggiornamento ou une motion de la direction ou d’un camp. Il s’agit seulement d’une expression de notre attachement déterminé au devenir du radicalisme. Nous savons que cette volonté est partagée par tous.  Elle ne trouvera pas à se réaliser dans l’immobilisme ou l’aigreur mais dans l’élan que nous pourrons créer collectivement. Ce choix nous appartient.


Guillaume LACROIX, Bernard CASTAGNEDE, Patrick MOLINOZ, Mélanie FORTIER, Eddie AÏT, Jean-Bernard BROS, Frédérique PLAISANT, Paul DHAILLE, Frédéric NAUD... 
Pour ma part, je suis prêt à signer ...

mercredi 31 mai 2017

La politique en 2050 ... ce sera quoi ?

Pari fou de Rebecca Armstrong : envisager le monde en 2050. Tel est le sens de la démarche de son Atelier et de sa radio podcast : #2050 (prononcer hashtag 2050). 

J'ai répondu à la question : que sera la politique en 2050. Pas facile comme exercice ! Comme disait l'autre, rien n'est plus dur que la prévision, surtout quand elle concerne l'avenir. Serais-je encore de ce monde en 2050 pour vérifier la qualité de mes prédictions ? 
Et vous serez-vous là chers lecteurs ? Peu importe. D'autres seront là, et, ma foi, c'est aussi pour eux que nous faisons de la politique, que nous créons, que nous nous engageons. 
Il y est question de Louviers, du monde, du jardin de Bigards, et de tout ce qui nous concerne et de tout ce qui nous concernera.
En attendant, voici le lien ...si vous avez une demi-heure devant vous pour réfléchir avec moi.


Les commentaires sont les bienvenus. 





dimanche 16 avril 2017

Revenu universel, une idée d'avenir

On peut se demander si le revenu universel a un avenir, mais ce qui est sûr, c'est qu'il a un passé.
Angélique Chassy a rappelé toute la démarche qui a
Une assemblée passionnée autour
d'Angélique Chassy
amené à ce que le principe du revenu universel soit pour la première fois posé lors d'une élection présidentielle. Elle
 a utilisé tout le temps nécessaire et toutes ses qualités pédagogiques pour nous en exposer les bases sous les angles historiques, financiers, économiques, philosophiques et politiques. 
Thomas More reste connu pour avoir créé
le principe d'Utopie, titre d'une de ses
oeuvres. Humaniste, il n'en a pas moins été
canonisé. Il partageait avec Machiavel d'être
acteur et conseiller politique. Ses rapports
complexes avec le roi lui permirent d'être
décapité à la hache bien que condamné à
être éviscéré. Comme quoi le piston ne date
pas d'hier.


En effet, pour Angélique le revenu universel ne date pas d'hier. Elle en fait remonter le projet à Thomas More, le créateur de l'Utopie, humaniste, homme politique et homme de foi de la Renaissance, mais plus simplement elle rappelle que les indiens d'Amérique avaient posé le principe de répartition des terres en fonction des besoins de chacun en terme de survie. 
Plus près de nous, la création par Michel Rocard du RMI, devenu le RSA, de même que le principe de l'impôt négatif en Grande Bretagne ont relié au droit de l'homme la nécessité de doter chaque individu des moyens de subsistance. 
C'est pas le revenu universel, mais ça s'en rapproche. C'est pas le revenu universel, puisque dans le RMI, on l'a assez dit, il y a le I de l'insertion, et que le RSA, revenu de solidarité active s'appuie sur un système de droit et de devoir soit sur l'idée d'une contre partie en échange du revenu. 
L'impôt négatif ne s'éloigne pas tant que ça du principe du RSA. Il existe en Grande Bretagne depuis longtemps. Il permettait aux travailleurs gagnant en dessous d'un certain seuil d'avoir un complément payé par l'impôt, et à ceux en recherche d'emploi d'avoir le versement d'une aide correspondant au montant de leur loyer et de quelques livres permettant de tenir le choc.
Le système de l'impôt négatif a été notamment été défendu par Lionel Stoléru, qui a louvoyé dans les eaux du centre et a même été un temps radical de gauche. 
Bref, à la lumière de cet historique, Angélique a bien fait percevoir que le principe de revenu universel n'est pas si farfelu que la présentation qui a pu en être faite. Le système a déjà été expérimenté, même s'il ne l'a jamais été à l'échelle d'un État si petit soit-il. Parmi les expériences intéressantes, figure celle menée dans une vingtaine de communes du Madhya Pradesh en Inde. On constate que le principe de revenu universel ne concerne pas seulement les pays développés. Dans cet État du tiers monde, assurer les foyers les plus démunis d'un revenu de subsistance a permis d'améliorer la fréquentation scolaire, l'état de l'habitat... Eh oui, la certitude d'un revenu de subsistance permet un autre rapport à l'avenir. 
Reste, une fois développé l'intérêt du revenu universel, la conception de son application pratique. La Suisse en a rejeté le principe, et l'on peut constater que, que ce soit en Finlande, dans certains des États-Unis, le revenu universel n'a jamais été appliqué à l'échelle d'une Nation. Ceci démontre l'audace de la proposition de Benoît Hamon, on ne peut pas lui retirer ça ! On ne peut pas lui retirer non plus de se voir soutenu non seulement par Thomas Piketty, mais aussi par Daniel Cohen, économistes de renom. Reste que la mise en oeuvre pratique du revenu universel nécessite une réforme de fond de l'organisation de l'aide sociale ainsi que de la fiscalité. 
Voilà ce que j'aurai retenu de l'excellent exposé d'Angélique Chassy et que j'essaie de retransmettre sans avoir pris aucune note. Sans doute ai-je trahi sa pensée, mais je l'ai fait le moins possible. 
Reste le débat, raison fondamentale pour laquelle j'ai voulu que le café radical s'ouvre au revenu universel. Comme j'ai eu l'occasion de le rappeler à une amie facebook qui me demandait comment s'était passé le plaidoyer pour le revenu universel, quand je fais un plaidoyer, je fais une tribune, quand je fais un débat, je fais un débat. Je maintiens à la suite du débat précisément, que le revenu universel reviendra dans le débat politique,  quelque soit le score de Benoît Hamon. Il en est de même par exemple en Suisse, où les organisateurs du référendum lourdement perdu, étaient malgré tout contents du score (23,1%) parce qu'il pensait qu'il serait pire. Le fait de poser le débat est un premier pas.
Le débat s'est concentré sur les conséquences d'une
Diego Ortega regrette que le sujet, auquel
il était très hostile à l'origine n'ait pas été
suffisamment discuté pendant la campagne.
telle mesure, la façon dont les rapports entre salariat et activité en pourraient être repensés. Diego Ortega, lui, a regretté que la seule idée vraiment nouvelle  n'ait pu être discutée davantage pendant la campagne. La faute au candidat lui-même, qui ne l'avait peut-être pas assez finalisée ? La faute aux primaires qui n'a pas permis au vainqueur-surprise la finalisation d'un projet complexe ?  
Il n'empêche, le revenu universel continuera d'être promu et discuté. Ainsi, une application doit-elle être menée à l'échelon du département de la Gironde.
À suivre ... 









 .

mardi 14 février 2017

Pour en savoir plus sur la politique en 2050, veuillez attendre un petit mois.

Un selfie des familles avec Rebecca Armstrong. #2050
Un voyage dans le temps. Rien de moins ! Voilà ce que propose Rebecca Armstrong dans sa radio ... excusez-moi, je devrais peut-être pas dire radio, il faut dire podcast, je crois mais je suis une vieille cloche, pour ne pas dire mieux. Bref, voilà ce que définit Rebecca sur son site de l'Atelier .

#2050 – prononcez hashtag 2050 – c’est LE podcast qui arrive à vos oreilles dès janvier 2017. Chaque semaine, une rencontre pour imaginer 2050. Ils sont entrepreneurs, enseignants, associatifs, artistes, … leur point commun? L’envie de se poser une vingtaine de minutes pour voyager dans le temps. Écoutez, je vous explique !

Pour dire vrai, Rebecca a eu l'excellente idée d'interroger les acteurs d'aujourd'hui pour qu'ils se projettent en 2050. Elle a interrogé végétaliste, cultureux, économistes, et toutes personnes qui s'impliquent dans leur vie quotidienne ou leur action. C'est quelque chose qu'on ne fait pas assez, une belle occasion de sortir de son quotidien, de son petit monde. Pour ce que j'ai eu l'occasion d'écouter, c'est passionnant.
J'ai eu envie de me prêter à l'exercice, et Rebecca a accepté. 
Vous aurez l'occasion de voir ma façon de penser d'ici quelques jours ... quelques semaines. Je vous tiendrais au courant, bien sûr.

vendredi 10 février 2017

La lecture, cause municipale ? Priollaud n'a vraiment pas honte

Le maire  en posture de M. Rigolo, mais il ne devrait pas 
 plaisanter avec l'avenir de nos enfants. La série
  des Monsieur, Madame, de chez Hachette, est une 
 réussite commerciale, mais n'a rien à voir avec le projet 
culturel de la municipalité Martin, porté par Christine
Fillâtre
adjointe aux écoles.  Il s'agissait de permettre
 à tous les enfants 
d'accéder à une littérature de qualité 
 dès le plus jeune âge et quelque soit leur origine.
"C'est un gag ! L'année prochaine il va nous faire : la lumière, cause municipale de l'année ..."

À Louviers, ni les parents d'élèves, ni les enfants, ni les instituteurs, libraires et  éducateurs  n'ont oublié que Priollaud est celui qui a supprimé la distribution d'un livre aux écoliers à Noël.
Drôle de tactique du maire de Louviers, qui consiste à prendre une mesure idiote et de revenir dessus quelques mois plus tard sous les explications les plus embrouillées.
Il annonce la fin de l'extinction des feux, avec un plan lumière, qui contredit la mesure qu'il a prise six mois avant. C'est Monsieur Grosse Ficelle.
Il agit de la même manière avec le livre. Personne n'a oublié que devant les protestations des parents, Priollaud a décidé d'offrir un livre de la série des Madame, Monsieur, de chez Hachette. Une série bon marché, sans doute parce que les petits lovériens ne valent pas mieux. Toujours le mépris ... mais c'était mieux que quand il disait que les enfants n'avaient pas besoin de livre, puisqu'ils ne savaient pas lire. En tous les cas, en complète opposition avec les études et propositions des professionnels de l'éducation et de la culture
Mais de cela notre Priollaud se moque. Quand il s'engage dans une grande cause municipale, c'est sans projet, sans connaissance, dans le seul but que ça ne coûte rien !  

Bien sûr, faire de la lecture une cause municipale, personne ne peut être contre ... mais il faudrait d'abord s'en donner les moyens.
Parce que profiter de l'opération échange de livres du Lyon's club, c'est pas mal ... réaliser après avoir méprisé les libraires qu'un texte de simplification des appels d'offres va permettre d'acheter chez les libraires de Louviers et d'en sortir deux communiqués de presse, c'est bien ... 
Si la lecture était une cause municipale, la municipalité 
devrait faire un travail d'abord au niveau des écoles !
 C'est tout le contraire. En fait, il en est de la lecture
 en 2017 comme de l'alimentation en 2016: de l'enfumage.
La récupération incohérente d'actions nationales ne
fait pas une politique. Elle ne saurait compenser le
sabotage de la politique culturelle et scolaire par
l'équipe Priollaud -Terlez.
Seulement voilà, pour commencer, la lecture, c'est d'abord l'école. C'est elle qui doit relier livre et plaisir. Or, non seulement la municipalité a supprimé la distribution de livres de qualité aux écoliers sitôt qu'il en a eu les moyens, mais en plus, il a commencé l'année en mettant les enfants dehors parce que le chauffage était défectueux. La municipalité ne parle que de mutualiser les services et les écoles, c'est à dire de réduire leur nombre. Cherchez l'erreur ... 

On me dira : d'accord, la lecture, c'est pas que l'école, il faut aussi réduire l'illettrisme chez les adultes. C'est vrai, mais avec la municipalité Priollaud, prête à tous les projets sans en comprendre le sens ... on se dit qu'ils sont capables de remplir toutes les boîtes à lettres avec les Madame Monsieur qu'ils auront reçu en surplus.  
  

lundi 23 novembre 2015

Retour à République

Terrible année 2015. Terrible 7 janvier, terrible 13 novembre ...
Terrible hiver, terrible automne.
 
Ludovic Mambas, jeune Congolais, mort parce que serveur et
  travaillant en terrasse le 13 Novembre 2015. Je suis Ludovic.
Vendredi dernier, je me suis rendu à Paris, retrouver un ami d'enfance ... miracle de Facebook. J'avais en tête d'aller jusqu'au Bataclan, me recueillir après le massacre. 
Partant de Louviers, je devais prendre une personne en covoiturage. Comme il pleuvait, qu'il faisait froid, j'ai fait le détour jusqu'à Val de Reuil pour cueillir ma passagère.
Bien sur, on a parlé des événements. En route, elle m'a expliqué qu'elle allait s'occuper des obsèques de son neveu Ludovic.
Je commence donc comme ça ma rubrique tragique. J'ai vite retrouvé sa photo, et cette rubrique lui est dédié, à ce jeune homme souriant malgré une vie difficile... Les balles des kalachnikov auront eu raison de sa volonté de vivre. Quelques heures avant, j'avais parcouru sur internet, les portraits affichés des victimes ... Tous si jeunes, tous si beaux ... Effectivement, j'étais un peu chacun d'eux. Depuis, je suis Ludovic. Orphelin congolais, serveur en terrasse, assassiné en gagnant sa vie.
La place de la République n'est plus ce qu'elle était.
Après avoir vu mon ami, mon cher ami d'enfance retrouvé via Facebook, Patrick Bismuth, un type génial, devenu notamment violoniste d'ailleurs ceux qui veulent l'écouter pourront cliquer ... Après donc avoir retrouvé mon ami bien vivant, j'ai voulu rendre visite aux fantômes. Je voulais à tout prix aller au Bataclan, m'incliner devant le temple de la musique et de la fête. Je voulais voir les terrasses, je voulais, je ne sais pas, revivre ce que je n'avais pas vécu, toucher l'inimaginable horreur. Je ne savais pas ce que je voulais faire. Marcher. Aller au Bataclan.
Je me suis arrêté Place de la République. Je ne l'ai d'ailleurs pas tout de suite reconnue. La dernière fois, elle était noire de monde. C'était la manifestation du 11 janvier qui faisait suite à l'attentat contre Charlie Hebdo. Là, la place était vide, tout, ou presque se passait autour de la statue centrale à laquelle on accédait facilement. 
 

Place de la République, dix mois après la manifestation monstre à la suite des premiers attentats. Cette fois-ci, une grande place vide, avec une statue au milieu, quelques tentes aussi, pour protéger des intempéries quelques journalistes internationaux et puis cette statue, recueil d'offrandes, d'émotions et de réflexions...
Je n'ai pas pu aller plus loin. J'ai fait trois fois le tour de la statue. Je croisais des gens qui faisaient comme moi. Je voyais des gens qui pleuraient. Qui essayaient de lire ce que d'autres avaient écrit. Des gens qui pleuraient doucement, qui priaient, qui essayaient de  rallumer les bougies éteintes par la pluie ... et tout le monde était aussi démuni que moi.
Formule idéale pour l'infinie tristesse. Oui, ça flotte à Paris,
mais on ne coule pas, jamais.
En face le tag royal : Fluctuat nec mergitur, la devise de la ville de Paris : pour dire que ça flotte à Paris, mais qu'on ne se laisse pas abattre. Un temps idéal pour une inhumation.
J'ai ainsi revécu ces moments difficiles que j'avais vécu l'avant-veille à Louviers. Ce sentiment de vide. Pourquoi donc, ces places vides, alors qu'elles étaient pleines après les attentats de janvier. les gens ont peur, ils sont trop malheureux ? Ou se sont-ils accoutumés au malheur ?  Les terroristes auraient gagné ? Les gens s'en foutent ?
 
Au moins en janvier, le choc avait amené une réaction à la hauteur de l'événement. Là, on est dans une situation plus dure encore. et rien ou presque ...  Pourquoi ?

Rassemblement citoyen cour de la mairie à Louviers. Elle était pleine comme jamais le 8 janvier. On est passé de
2.000  à 300 manifestants près de 10 mois plus tard. Absence totale et remarquée de la municipalité de droite qui a choisi de ne pas agir... A droite de la photo, les panneaux tenus du NPA, théoriciens de la récupération permanente en phase croque-morts. Ils n'aiment ni la République, ni la France. Que faisaient-ils là ?
 
 
J'ai des débuts d'explications, que je ne suis peut-être pas encore en état de supporter. J'ai remarqué que les gens interviewés parlaient de colère. Colère pour quoi ? Colère contre qui ? Un vieux slogan post soixante-huitard disait qu'on a toujours raison d'être en colère. Ce n'était en fait que de la récupération maoïste[1]. La colère a pour objet de rationaliser les frustrations ... pour autant, elle ne donne pas raison, ce serait trop facile. Elle donne juste, le temps que ça dure, le sentiment d'avoir raison.

Un tagger a laissé passer la pluie place de la
  République et occupe l'espace. Nous n'avons
rien à faire d'autre.
 
Colère, peur, repli sur soi ... toutes ces réactions bien compréhensibles donnent involontairement raison aux Djihadistes. Il est cependant vital d'en sortir. Il faut danser, bien sur, être gai, aller aux terrasses, bien sûr, discuter, faire de la musique pour ceux qui le peuvent, chanter au moins, même si c'est faux, aller au foot, exister quoi ! Bien sûr aussi, plus que jamais, il faut aller voter. Il faut faire tout ce qui s'oppose à la terreur, surtout le faire tant que c'est facile ... sinon, après, si ça devient difficile, il sera peut-être trop tard.  Il faut suivre la voie tracée par ces  joyeux taggers qui ornent la place de la République à Paris.
J'ai renoncé à mon objectif. Trop de choses, trop d'émotions. J'ai réussi à écrire quand même ces quelques lignes et malgré tout, je fais cette promesse : la prochaine fois, je vais au Bataclan, à Charonne, partout, saluer mes frères. 
 




[1] J'ai des débuts d'explications, que je ne suis peut-être pas encore en état de supporter. J'ai remarqué que les gens interviewé parlaient de colère. Colère pour quoi ? Colère contre qui ? Un vieux slogan post soixante-huitard disait qu'on a toujours raison d'être en colère. Ce n'était en fait que de la récupération maoïste. La colère a pour objet de rationaliser les frustrations ... pour autant, elle ne donne pas raison, ce serait trop facile. Elle donne juste le temps que ça dure le sentiment d'avoir raison.

Il y en  a en tous les cas qui ont historiquement tort et qui s'entêtent. Si les maoïstes ont heureusement disparu, la rémanence trotskyste est toujours là. Si à Louviers, l'appel lancé il y a dix mois avait réuni plus de 2.000 personnes cour de la mairie, celui lancé dans les mêmes conditions n'avait réuni que 300 personnes ... au point que les croque-morts du Npa ont sortir leurs pancartes, assurant leur œuvre de récupération permanente.

La récupération en fait n'est sans doute pas ce qu'il y a de plus grave. Ni même l'erreur historique. Ces panneaux, réapparaissent chaque 11 Novembre. Ils font partie du folklore et n'ont guère de sens historique. Ils sont même une insulte à Lénine qu'ils prétendent honorer puisque Lénine prônait le défaitisme révolutionnaire, qui pensait qu'en se battant contre la guerre, on préparait la révolution ... et sur ce point, l'Histoire lui a donné raison la guerre ayant malheureusement débouché sur l'horrible dictature soviétique, préalablement au fascisme Italien et au Nazisme avant d'en arriver notamment à la dictature militaire franquiste.

Dans ma jeunesse, l'extrême gauche valorisait le combat antifranquiste. Personne dans ce courant de pensée politique n'a soutenu le mouvement populaire de ceux qui se battaient contre la dictature de Bachar El Assad en Syrie. Aucune protestation contre les massacres, les tortures, les gazages de populations. Tout juste a-t-on entendu les gauchistes alliés au front de gauche juste commencé à protester lorsque la France pour éviter ces massacres a cherché le soutien Onusien pour y mettre fin. Les trotskystes passent ainsi au soutien ouvert aux massacreurs, qui eux-mêmes ont contribué au développement du djihadisme. On passe du pacifisme révolutionnaire au défaitisme réactionnaire.

 
 

 
 
 
 
 






vendredi 17 avril 2015

Les apports de Mohammed Chirani

Les confidences de Mohammed Chirani

Je ne remercierai jamais assez Mohammed Chirani, non seulement pour sa venue, loin d'être évidente pour un personnage si sollicité médiatiquement, mais essentiellement pour la qualité de sa prestation. D'une manière inattendue, il surtout parlé de l'islam, lors même qu'on aurait pu s'attendre, vu le sujet "la réconciliation nationale" à ce qui divisait la société française. Mais, visiblement Mohammed Chirani souhaite mieux faire connaître sa religion non seulement aux tenants de la culture judéo-chrétienne, mais surtout à ceux qui recherchent racine et famille dans une religion dont ils ne connaissent que ce qu'on veut bien leur en dire. Mohammed Chirani a, au passage, rappelé son souhait de créer des cours sur la religion dans le cadre de l'enseignement scolaire. Ça m'a bien plu, parce que, dans mon parti radical, je me sens un peu seul à défendre ce point de vue. Mohammed Chirani se bat pour que les musulmans connaissent mieux l'islam et souhaite éviter que non seulement on évite de raconter n'importe quoi mais surtout qu'on en arrive à imposer des horreurs en son nom. Je pense pour ma part qu'on retrouve ce manque de culture religieuse chez les chrétiens eux-mêmes, et qu'il est impossible de comprendre la construction politique et culturelle de la France sans connaissance de la religion chrétienne. Je pense aussi qu'il est dommage de laisser ces domaines aux religieux, précisément, parce qu'ils n'ont pas vocation à aborder ces sujets de manière critique.
Bref, et Mohammed Chirani s'en est expliqué par la suite, l'un des sujets majeurs pour lui était la représentation de leur religion transmise aux musulmans.

Même si Mohammed Chirani a essentiellement parlé de l'Islam, et des questions qui lui sont liées, ses propos avaient toute leur place, y compris dans un café radical, lieu porteur de la laïcité. 
Et que leur en dit-on ?
Mohammed m'a raconté une anecdote lorsque je l'ai ramené chez lui après la réunion. Il m'a expliqué qu'ayant décidé de mener une liste aux élections municipales de Sevran, le soir de son premier meeting, il a appris la mort de son père, en Algérie.
C'est toujours un choc d'apprendre la mort d'un père. Ceux qui ont lu son livre Réconciliation Française, comprendront à quel point c'était un choc tout simplement parce que dans son parcours, la présence réelle ou symbolique du père est toujours déterminante. Bref, il apprend la mort du père le soir du meeting, avant même de prendre la parole et à partir de ce moment-là, désespéré, il passe son temps entre prise de parole publique et téléphone avec les proches pour l'organisation de l'enterrement. Il apprend là cette chose terrible que l'enterrement aura lieu le jour même et qu'on n'attendra pas le retour de Mohammed ... et le tout au nom de l'islam.
Sauf que ce n'est pas l'islam. C'est juste la vision salafiste de l'islam qui reprend un propos du prophète tenu en des circonstances bien particulières. C'était la guerre, il fallait enterrer rapidement les morts. Mais en ces circonstances, Mohammed déchiré n'avait ni le poids ni l'énergie pour éviter l'inéluctable. Pas moyen de donner par téléphone des leçons de théologie ... Mais il n'y avait pas meilleure occasion de mesurer impuissant la montée de l'influence salafiste dans l'islam en Algérie dans un climat général d'ignorance. La seule vengeance qu'il ait obtenu est celle d'avoir fait pour son père, la plus belle tombe du cimetière en opposition à la volonté affichée des salafistes qui ont imposé au nom d'un islam dévoyé la sobriété des tombeaux.
Mohammed Chirani a dédicacé son ouvrage à la fin des débats.
C'est pourquoi Mohammed Chirani a décidé de faire de la connaissance de l'islam la priorité. Il prépare un ouvrage à paraitre sur ce thème. Il intervient aussi dans le cadre de la prévention de l'engagement djihadiste.
Il veut faire de l'islam un débat ouvert, seul remède à une lourde tendance qui vise à des replis sur soi communautaires, où l'ignorance entretient une fausse sécurité.
Pour Mohammed Chirani, la religion ne doit pas être un moyen de se protéger du monde, un refus du réel, un instrument paranoïde qui amène à concevoir la réalité comme le lieu du complot.
C'est une banalité de le dire, mais les plus grands assassins, les plus grands oppresseurs de musulmans sont des musulmans. Pour Mohammed Chirani, il n'est pas question de régler des affaires en famille, de couvrir les monstruosités comme a pu le faire l'église catholique avec ses prêtres pédophiles. Les comportements communautaristes empêchent de regarder ses problèmes en face. C'est en parlant de ses propres problèmes devant tout le monde, que le monde musulman deviendra adulte, sans chercher à rendre responsable de ses malheurs tel ou tel lobby.
Nous entrons dans une période dangereuse. La France, le Maghreb, l'Afrique, l'humanité ne s'en tirera par son intelligence et par l'intelligence d'une démarche ouverte et humaniste.   



jeudi 25 septembre 2014

Les partis politiques sont ils encore utiles ? premier café radical au Havre

Organisé par le cercle du Havre, Mickael Baron a animé le premier café
radical à la Caza de Wael. Un débat bon niveau qui en appelle d'autres.
J'ai eu l'honneur de parrainer le premier café radical organisé au Havre. Le thème " les partis politiques sont ils encore utiles ?" sera repris le samedi 18 octobre, lors du forum républicain organisé par le parti radical de gauche.
Je vous livre le texte de mon intervention qui a servi d'ouverture au débat.  
 
Les partis politiques sont-ils encore utiles ?
Il s’agit là d’une question provocatrice. Les partis politiques, quand bien même ils ont de plus en plus tendance à constituer l’exutoire de nos difficultés, font partie de notre vie politique et sociale. Ils sont inscrits dans notre constitution. J’en rappelle l’article 4 :
Les partis et groupements politiques concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie.
Ils contribuent à la mise en œuvre du principe énoncé au second alinéa de l'article 1er (La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales.) dans les conditions déterminées par la loi.
La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation.
La question posée de leur utilité, voire de leur existence, n’est donc pas anodin. En un an, deux ouvrages sont parus au sein de la gauche française. Celui de Robert Hue « les partis politiques vont mourir, mais ils ne le savent pas », ainsi que celui de Daniel Cohn-Bendit : pour supprimer les partis politiques ?!
Ils relaient le malaise dont sont victimes les partis politiques, répercussion d’un malaise qui touche la vie politique dans son ensemble. A mon avis on ne peut répondre à la question de l’utilité des partis qu’en reprenant leur histoire.
Elle n’est pas si ancienne. Elle est en tous les cas beaucoup moins ancienne que l’histoire de la politique. Elle correspond précisément à l’organisation d’un système politique républicain et démocratique.
Entre la révolution française de 1789 et la création parti radical en 1901, le premier parti politique en France, il se passe quand même plus de cent ans. Pendant ces cent années, il se passe beaucoup de choses. Citons en vrac la révolution, la terreur, les guerres, les guerres napoléoniennes, la restauration, la naissance de la 3e république, le second empire, bref, une période très agitée sur le plan des idées et de l’action politique à laquelle j’ajouterais un sujet qui me parait fondamental : la naissance de l’idéologie communiste.
De ce point de vue, l’une des premières apparitions du mot parti arrive en 1844 avec le manifeste du parti communiste écrit par Karl Marx. C’est un événement qui va bouleverser la politique même si la conception et du mot communiste et du mot parti vont considérablement évoluer.
Le mot parti  n’a rien à voir avec ce qu’il est devenu actuellement, et en particulier avec la vision la plus achevée qui correspond à celle que le parti communiste a précisément porté au cours des décennies. Le parti est alors une vision, une idée qui portée par le monde en marche. Il n’est pas question d’un parti avec des cellules, des dirigeants, des militants ou d’écurie visant à promouvoir des champions électoraux. Il s’agit juste pour les auteurs du manifestes comprendre et de s’intégrer dans un processus révolutionnaire jugé inéluctable.
Le vrai parti communiste, je veux dire celui qui va marquer la vie politique française pendant 70 ans, n’existera réellement qu’à la suite de la première guerre mondiale en s’inscrivant en rupture avec le parti socialiste au congrès de Tours en 1920, et en adhérant à la 3e internationale créée par les nouveaux détenteurs du pouvoir en Russie.
Pourquoi s’attarder sur l’histoire du parti communiste, aujourd’hui devenu marginal dans la vie politique française, et pourquoi ne pas accorder plus d’importance par exemple au parti radical de gauche ou aux autres structures politiques françaises ?
Pour deux raisons essentielles.
·      La première est que c’est sans doute ce mouvement qui a été le plus loin dans la notion même de parti. Il a même été tellement loin qu’il est mort de ses excès.
·      La seconde est que sans doute, de par cet excès même, de par l’importance qu’il a donné à la politique et à l’espoir que l’on pouvait mettre en elle, il a sans doute une large part dans la désillusion qui marque la vie politique française.
Il ne s’agit pour moi de distinguer les bons et mauvais aspects liés au poids du parti communiste dans notre société. Le modèle n’en est plus un. Il a correspondu à une époque dont il a en même temps modelé et imprégné les motivations. Ce qui est sûr toutefois c’est qu’il a largement contribué à une passion française pour la politique, cette passion qui n’a guère eu d’équivalent qu’en Italie, qui a été le pays d’Europe occidentale ou le parti communiste a été le plus fort.
Je ne pense pas que ce soit un hasard. En donnant à la lutte des classes la clef de l’évolution de la société, il a fait fausse route, mais il a créé dans les quartiers, dans les communes, dans les lieux de travail, un clivage et une adhésion solidaire qui n’a pas d’équivalent. Il a aussi, et j’en ai connu de multiples exemples, ouvert au monde et donné à de nombreux militants une ouverture au monde une soif de savoir, un désir d’apprendre et un dévouement sans équivalent. 
Parallèlement, par son comportement, par son invasion dans le monde politique, par son omniprésence dans la société française, il a créé et un mouvement de critique qu’il n’a pas su assimiler et surtout un rejet profond qui s’est traduit par une déchéance électorale qui n’est en fait que la conséquence d’une inadéquation entre la doctrine communiste et le monde réel.
Alors, voilà ! Les gens sont déçus. Ils sont déçus par la politique et ils sont déçus par les partis politiques. En fait, de mon point de vue, ils sont forcément déçus par eux-mêmes. Quand on s’est illusionné, on a naturellement tendance à rechercher un responsable.
Le corps électoral, la société, a admis qu’on ne pouvait pas changer le monde d’un coup, quelle que soit l’importance de la colère que l’on porte en soi. Ça n’empêche pas d’être en colère quand il faut, mais les scores du parti communiste et de Mélenchon sont la marque de cette désillusion.
En politique aussi, le noir et blanc n’intéresse plus. Le monde est coloré, la zapette nous ouvre un choix démultiplié d’images, reflet de la complexité du monde et l’individu a du mal à s’y faire entendre. Mais peut-on pour autant se passer des partis politiques ?
Je ne le crois pas. J’adhère aux radicaux de gauche depuis près de vingt ans et je milite depuis plus longtemps encore. La politique, l’action publique m’a apporté une qualité de relations, une réflexion, des échanges, une générosité et des vues sur le monde que je ne trouverais nulle part ailleurs. Bon c’est un point de vue personnel, voire égoïste, mais je ne vois rien dans ce qui se passe autour de moi et jusque dans l’éreintement permanent des partis et de l’action politique qui pourraient me faire changer d’avis. Je me réfère à la fameuse phrase de Churchill : « la démocratie est le pire des systèmes à l’exception de tous les autres ». C’est la démocratie moderne qui a créé les partis tels qu’on les connaît actuellement. Si l’on veut se passer des partis politiques, il faut se préparer à être gouvernés par des ordinateurs ou par des militaires. Les ordinateurs génèrent les plus graves erreurs de gestion s’ils ne bénéficient pas de la critique des hommes. C’est le cas Kerviel et la panique économique de 2008. Les dictatures militaires génèrent non seulement des abominations en terme rapports humains, mais en plus, elles renforcent précisément les pires défauts des systèmes politiques, telle la corruption par exemple.
Les partis sont des affaires humaines, ils font voisiner ambition et générosité, vision collective et ambitions personnelles, soif de pouvoir et besoin d’empathie, trahison et confiance. Cette dimension n’a rien d’original. On la retrouve dans toute œuvre collective et humaine, dans les associations, les entreprises et même les familles. Mais les partis sont indispensables. Grâce à eux la vie démocratique existe, les problèmes sont mis à jour, et on se confronte à la réalité de l’action publique, bien loin du rêve.
On peut se dire qu’à cause de cela la vie politique est de plus en plus complexe. C’est pas faux. Il était toujours plus simple de s’illusionner. Mais qui peut s’occuper de nous, qui peut s’occuper du sort de la planète, de nos enfants et de nos petits-enfants ? À chaque fois que nous faisons cela, nous faisons de la politique. Et n’est-il pas mieux de le faire à l’intérieur des partis ? De confronter nos désirs et nos contradictions à celles des autres ? Un parti politique n’est rien d’autre au fond. Gramsci, une grande figure politique italienne à qui son engagement a valu des années de prison sous le fascisme, parlait du parti comme d’un intellectuel collectif. Encore faut-il le construire ce collectif. Je finirais en vous racontant une anecdote. A un collègue de travail qui critiquait les syndicats, j’avais demandé s’il était lui-même syndiqué. Il m’avait répondu que non. Je lui ai alors dit qu’il ne pouvait se permettre de critiquer les syndicats. S’ils ont tous ces défauts, c’est précisément à cause de leur faiblesse, du fait qu’ils aient de moins en moins d’adhérents et qu’ils sont de moins en moins représentatifs. Il en est de même pour les partis politiques. Si les partis politiques sont éloignés du peuple, c’est qu’ils n’ont pas assez d’adhérents. Plus ils seront faibles, plus ils seront éloignés de la réalité et plus ils seront critiquables en s’ouvrant à toutes les dérives, type Guérini ou Bygmalion... Qu’on ne compte pas sur moi pour les affaiblir encore en stigmatisant les dérives individuelles, et me mettre à côté d’une presse en difficulté, prête à scier la branche sur laquelle elle est assise en se lançant dans le bashing de la politique et des institutions.
La politique a besoin de critique, elle a besoin de pensées mais la politique ne doit jamais se défausser de l’esprit de responsabilité. C’est ce que nous devons à nos contemporains et aux générations futures.