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mardi 12 juin 2018

Un coup de frein au populisme ?

Municipales partielles en Italie, 

des résultats encourageants 


Sans doute depuis quelques années la situation politique en Italie est aussi inquiétante que difficile à expliquer ... et était-elle jusqu'à ce week end de plus en plus inquiétante et de plus en plus difficile à expliquer. Mais ce dimanche avait lieu les premières élections organisées depuis la terrible alliance entre l'extrême droite de la Ligue du Nord et le mouvement 5 étoiles lancé par Beppe Grillo. Alors, comme la situation est délicate, je me permets de la décrire en marchant sur la pointe des pieds. 
Luigi di Maio, successeur de Beppe Grillo à la tête
du mouvement 5 étoiles. Il gère ce que jamais 
le fondateur de son mouvement n'a eu à envisager :
la réalité du pouvoir. 11 jours après son investiture
au gouvernement, son parti est marginalisé alors
qu'il représentait il y a encore quelques mois
1/3 de l'électorat.
Tout d'abord pour signaler que les municipales en question ne concernent pas toutes les villes d'Italie. Je ne me risquerais pas à expliquer pourquoi, mais ce qui est sûr c'est que de nombreuses communes ont été concernées par ce vote, mais pas toutes. En fait, des élections municipales ont lieu chaque année en Italie constituant autant de test pour l'équipe au pouvoir. En principe donc, du Nord au Sud de la péninsule, une commune sur 5 était concernée.
Tout le monde attendait ce premier test dans une situation tendue dont je rappelle les enjeux. 
Après plusieurs années de pouvoir du centre gauche Matteo Renzi, élu grâce au rejet de Berlusconi, une élection générale a eu lieu en mars qui a porté en tête la coalition de centre-droit menée par la Ligue du Nord avec plus du 1/3 des voix. Derrière, avec un peu moins d'1/3 des voix arrivait le mouvement 5 étoiles, que l'on a tendance à qualifier de populiste ... même si le problème, c'est qu'il y a des tas de sorte de populisme, et qu'on n'est pas bien avancé pour autant. Disons que ce mouvement amalgame des gens qui, s'ils étaient français, se reconnaîtraient dans Mélenchon, dans Macron, dans la droite comme dans le Front National .... voire un peu dans les Verts. Vous suivez ? 
Bon, si vous ne suivez pas, faites demi-tour, relisez le paragraphe précédent, je vous attends. 
Je reprends maintenant pour les retardataires. Donc, a fini par arriver ce qui apparaissait comme improbable, voire comme impossible : une alliance entre la droite les 5 étoiles et l'extrême-droite. 
Bien, que signifiait cette alliance, et sur quelle base politique se faisait-elle ? 
Tout d'abord, je précise pour tous ceux qui sont intéressés, que bien souvent les alliances entre la droite et la prépondérante ligue du Nord se réfèrent au centre-droit ... ce qui est hallucinant ! J'ai souvenir des réactions provoquées par un fait divers qui illustreront mon jugement mieux qu'un long discours. Ainsi, peu avant les élections de mars, à Macerata, un jeune homme a vidé deux chargeurs de son pistolet automatique sur un groupe de personnes de couleur. Il venait disait-il d'entendre à la radio qu'un Nigérian venait d'être arrêté à la suite d'un meurtre atroce d'une jeune habitante de sa commune. Pour en dire un peu plus l'assassin présumé est un dealer d'héroïne, visiblement lié à la mafia et la victime était une consommatrice. 
Luca Traini, le jeune homme qui avait tiré dans la foule après avoir sillonné la ville pendant deux heures à la recherche de victimes, avait le symbole des bataillons nazis tatoué sur sa tempe, et l'on a retrouvé à son domicile un exemplaire de "Mein Kampf", une bibliothèque à la gloire de Mussolini et des tenues paramilitaires. Il avait été candidat pour la ligue du Nord et gardait des photos où il serrait la main de Matteo Salvini, nouveau leader de la Ligue du Nord. 
Jusque là ces faits bien qu'inadmissibles restent compréhensibles. Après tout, chaque communauté humaine recèle ses timbrés, que l'on se retrouve aux Etats-Unis, en Italie et bien sûr en France. Mais ce qu'il y a eu d'original en Italie a été la lenteur de la réaction politique à deux mois de l'élection et la réaction encore plus ambiguë de Matteo Salvini, qui a bien sûr dit que la fusillade était l'acte d'un déséquilibré, mais qu'après tout c'était là la preuve qu'il y avait trop d'immigrés en Italie. Aucun mot de compassion pour ceux qui s'étaient fait tirer dessus, ni même pour tous ceux qui, en Italie, du fait qu'ils avaient une couleur de peau non conforme aux yeux de fous furieux risquaient de vivre dans la terreur les mois à venir. 
Or, c'est avec ce même Matteo Salvini que le mouvement des cinq étoiles et son leader Di Maio a décidé de faire alliance sur le programme incohérent que j'ai déjà évoqué : quitter l'Euro, appliquer le revenu universel, et ... baisser les impôts. 
La première réaction à ce programme délirant est venu du président de la République Italienne, qui a refusé l'investiture du nouveau gouvernement tant qu'il n'aurait pas l'assurance que l'Italie respecterait ses engagements internationaux et européens en particulier ... ouf !
On a alors craint une crise politique terrible, avant que la nouvelle coalition ne fasse une nouvelle proposition politique. 
Il n'empêche, au delà de l'assurance que l'Italie tiendrait ses engagements économiques, le point d'accord et la ligne politique majeure tenue par Matteo Salvini, devenu ministre de l'intérieur, tient dans le rejet et la stigmatisation des migrants. 
Voilà le contexte dans lequel il faut interpréter les résultats de l'élection qui vient de se produire. Le gouvernement qui vient de s'installer est déjà mis en quelque sorte au défi. La gauche qui s'est écroulée lors des dernières élections, garde la main sur de nombreuses communes. La droite s'impose dans de nombreuses autres. Et le mouvement des cinq étoiles traduit son incohérence et son impuissance politique en s'écroulant. Un résultat inattendu surtout à si peu de distance de l'investiture gouvernementale. 
L'opinion, de même que les militants consultés, semblaient pourtant favorables à une coalition entre les deux partis populistes arrivés en tête aux législatives. Cette opinion se trouvait renforcée selon les sondages  par l'attitude ferme du Président de la République qui rejetait cette alliance .....Mais les résultats des élections amènent ce premier jugement. 
1) La gauche n'est pas morte. Cela est valable en Italie comme en France. Ce n'est pas parce qu'elle n'a pas su s'imposer dans une situation de crise, ni parce qu'elle n'a pas su trouver un discours relevant les défis de la modernité, qu'elle est morte. On s'en rend compte dans les élections locales. La population a besoin des valeurs de solidarité que la droite ne peut pas porter. Elle a besoin d'espoir auxquelles les fantaisies populistes ne peuvent répondre.
2) Une fois au pouvoir, soit les populistes s'écroulent, soit ils finissent pas s'imposer par la force. Pour l'instant, le mouvement 5 étoiles qui a commencé à se fendre, plusieurs de ses cadres ayant refusé l'alliance avec l'extrême droite, tient encore un peu ... mais alors qu'il semblait en position de force, il se révèle incapable de faire le poids face à une extrême droite cohérente et structurée par la haine. 
3) Aucun danger n'est écarté. Si ce premier coup de semonce démocratique est à prendre en compte, il s'agit plus d'une défaite de la coalition au pouvoir qu'une victoire de la démocratie. Il nous prouve certes que le pire n'est jamais sur ... mais la route est longue avant que l'Italie et l'Europe ne retrouve la voie de la raison. Les mouvements démocratiques ont du pain sur la planche, mais dans un premier temps, ils ne doivent pas avoir peur de ce qu'ils sontvet  toujours affirmer leurs valeurs. 





jeudi 1 mars 2018

Ce que je dois à Pierre Milza

Pierre Milza ne s'en offusquera plus, je l'aurai traité de son
vivant que comme un simple et passionnant auteur. Je
découvre à sa mort qu'il était bien plus.
Je n'aurais jamais pensé à vrai dire que Pierre Milza aurait droit à une telle pluie d'éloges à son décès. Je ne savais même pas qu'il était un illustre universitaire, un maître ceint d'une aura tissée par nombre de ses disciples. Je n'étais pas de ses disciples.
Je le prenais simplement pour un auteur rigoureux, un historien amoureux de l'Italie. J'ai lu bien peu d'ouvrages de cet auteur prolixe, mais ce que je sais c'est que ce que j'en ai lu m'aura notablement marqué.
Comme lui, j'étais attaché à l'Italie, à sa culture, à son histoire et à sa géographie complètement dingues ! Il était inévitable que dans ma démarche européenne et italienne, j'en vienne à suivre quelques uns des chemins qu'il a défrichés.
Une géographie, une culture, une histoire dingues ...
L'Italie est de ces richesses insondables où, plus l'on creuse plus on trouve à découvrir, et Pierre Milza aura été de mes compagnons de pioche. 
Je ne dirais que quelques mots qui se perdront au milieu de tous ceux qui vont être jetés, entre articles de presse, souvenirs précis ou édulcorés touchés par le savoir ou l'affect ... témoignages sans doute élaborés et plus émouvants que les miens.
Cependant, au vu de ce que je dois à l'auteur, et
dans la perspective d'un vote aussi déterminant pour l'Italie que pour l'Europe, je me sens le devoir très personnel d'en tirer quelque chose, issu de ce que j'ai lu et digéré de son indispensable Histoire de l'Italie, de ses ouvrages sur le fascisme et Mussolini, enfin de son oeuvre exaltante sur Garibaldi que j'ai d'ailleurs évoqué dans ce blog.
Confessions d'un Italien, et il est
vrai qu'en prenant le parti d'un
octogénaire qui raconte sa vie,
Nievo défend le principe d'une
jeune Nation
Je me limiterai à son Histoire de l'Italie et au rôle que l'ouvrage a eu dans mon existence à cause de l'éclairage qu'il lui donne. Pour lui, l'Histoire de l'Italie commence bien avant l'Italie, dont je venais d'aborder la vision par l'ouvrage majeur d'Ippolito Nievo "Confessions d'un Italien". Ippolito Nievo avait pris le parti faire parler un octogénaire italien racontant la naissance de sa Nation.
Milza avait pris le parti inverse dans son histoire de l'Italie, allant chercher la réalité de la Nation bien avant la naissance d'une Histoire propre, allant chercher bien avant Rome ce qui faisait l'identité de cette terre, et sa résonance européenne. 
L'ouvrage majeur de Pierre Milza.
Pour ce faire Milza s'était appuyé sur ce qu'avait été l'Italie à la renaissance. Ainsi de cette terre peuplée de cités- État, qui se menaient une guerre permanente, était née une culture qui avait dominé l'Europe entière[1].  
Par cette vision Milza démontrait que l’influence culturelle dépasse les états politiques et alors que Rome avait imposé au monde le plus centralisé des États centralisé.
Par l’exemple et la Renaissance, l’Italie montrait l’intérêt d’une organisation fédérale au moment même où à Florence naissait la base d’une démocratie moderne.
Je limiterai mon hommage à cette seule vision, certes riche et donnant voie à de nombreux chemins. Si les lecteurs en ont l'occasion, qu'il se nourrissent du Garibaldi et des ouvrages sur le fascisme et Mussolini dont Pierre Milza a donné un éclairage déterminant. 
Encore merci au maître et tous mes voeux pour l'Italie. 


[1] L’exemple le plus probant se trouve dans les œuvres de Shakespeare, qui , bien que n’y ayant jamais mis les pieds situe les ¾ de son théâtre non historique dans l’actuelle Italie (Roméo et Juliette, le marchand de Venise, la tempête, Othello ..)













mardi 20 février 2018

Italie, c'est grave docteur ?

- Mais, selon toi, Papa, les partisans de Grillo sont 
comme ceux de la Ligue du Nord ? 
- Ben, ils sont très proches, c'est sûr ...
...Certaines caractéristiques sont même superposables
- Alors, pourquoi vous ne faites pas plus de foin sur la question ? 
- Mais au contraire, il ne faut pas le dire, il faut la fermer ...
- notre chance à nous est qu'il ne s'en soient pas rendus compte 
et qu'il restent divisés
- ? 


Il y a encore peu de temps, on avait cru l'Italie sortie d'affaires avec l'éjection de  Berlusconi du pouvoir ... un vieillard qui avait réussi le tour de force de réunir toutes les forces allant du centre droit à l'extrême-droite il y a une dizaine d'années. 
Berlusconi avait l'image d'un vieux filou ayant baigné dans des tas d'affaires et ayant réussi à s'imposer face à une gauche impuissante, incapable de marquer une ligne claire entre une logique politique et une autre gestionnaire, façon Tony Blair pour parler comme dans le temps ou Emmanuel Macron pour parler nouveau monde.

Berlusconi avait créé un fort rejet dans le pays. Son comportement provocateur cachait mal une incapacité à agir, et, de fait, plus ça allait et moins, en évoquant le personnage, on  parlait politique. Ses frasques sexuelles ou ses liens avec la mafia prenaient le dessus. Bref ce qu'on peut appeler intérêt public sans parler de projet politique, était loin des préoccupations et on se demandait comment les italiens avaient pu porter un type pareil à leur tête.

Le rejet de Berlusconi

Il y avait une telle colère dans le pays qu'on s'expliquait sans peine la naissance d'un nouveau mouvement populiste, balançant entre l'extrême droite et l'extrême gauche, anti-tout en quelque sorte ... façon anarchistes de droite ou fasciste de gauche ... Le mouvement qui à coup de manifestations géantes organisées autour du très populaire comique Beppe Grillo, dont le mot d'ordre était « vaffanculo » que je ne me hasarde pas à traduire mais que les lecteurs auront fait d’eux-mêmes. 
Bref ! Une fois débarrassée de Berlusconi, la gauche italienne prit le pouvoir et au sein de la gauche italienne, après quelques remous, c'est Renzi, jeune personnalité, maire de la plus belle ville du monde (Florence), qui s'imposa et tâcha d'imposer une politique cohérente, surfant entre les attentes populaires et les démarches identitaires qui marquait un pays impatient.
Comment décrire Renzi, ce beau jeune homme ambitieux ? Ben voilà, je ne suis pas le premier à le dire, mais ce Renzi c'était simplement du Macron avant l'heure ou du Blair un peu après l'heure. C'est à dire pro-européen, moderniste, humaniste peu porté sur le social, persuadé que le bon sens était celui des affaires et qu'il finirait forcément par l'emporter.

Matteo Renzi, entre Blair et Macron


Bon, disons-le tout de suite, rien ne s'est passé comme prévu. 
Matteo Renzi
On ne sait pas jusqu'où ira Macron et le macronisme en France, mais il est sûr que le régime parlementaire italien, même dans le cadre de bouleversements politiques profonds, a empêché que Renzi ne s'impose au cœur de la vie politique italienne comme Macron a pu le faire en France. Ce n'est pas faute d'essayer. Renzi a balayé les vieilles barbes comme d'Alema, et même les barbes naissantes comme Letta, il a ensuite organisé un référendum constitutionnel visant à limiter le nombre de députés et le pouvoir du Sénat et là ... manque de pot, il a perdu les élections avec des conséquences terribles sur la politique italienne et la gauche en particulier. Je suis sur que cet exemple est bien présent dans la tête du président de la République française, mais c'est une autre histoire.   
Première conséquence, perte de crédibilité d'un leader déjà contesté, deuxième conséquence : éclatement de la gauche italienne en une multitudes de micro-partis, une maladie qu'on ne retrouve quasiment nulle part en Europe ... sauf en France... mais c'est une autre histoire ! Quoique ... quoique ce qui rapproche la France de l'Italie sur ce sujet, c'est la certitude qu'un grand parti permettrait de répondre aux grandes interrogations du pays. Rappelons-nous que le Parti Démocrate (celui dont Renzi, d'Alema et Letta notamment sont issus) est l'émanation du parti communiste italien ayant fait son auto-critique et décidant de se transformer en parti réaliste de centre gauche, s'alliant avec tous les démocrates progressistes du pays sur un modèle blairiste en quelque sorte. C'est une vision qui a marché ... un certain temps.
C'était jusqu'à ce que Berlusconi ne tente quelque chose qui, vu de France, semble jusqu'à présent abracadabrant :allier toute la droite du centre droit jusqu'à l'extrême droite. Alors, on me dira : "oui, mais en Italie, l'extrême droite n'a rien à voir avec l'extrême droite française ... " et on aura raison : elle est bien pire. D'abord, comme je ne cesse de le répéter, c'est l'Italie qui a inventé le fascisme, qui l'a diffusé à travers l'Europe, avec sa variante tragique en Allemagne, et qui l'a subi pendant plus de 20 ans, c'est à dire trois générations. 20 ans de pouvoir, ça laisse des traces, une culture, des références et en particulier dans les sphères les plus recluses du pouvoir, mais c'est une autre histoire. L'extrême-droite italienne n'est pas encore fasciste, au sens où elle n'organise pas de défilé comme du temps de Mussolini, mais elle a un discours violent, effrayant, effarant, qui arrive à prendre le dessus. Nous y reviendrons. Bref, en banalisant l'extrême-droite, la droite italienne sous l'emprise de Berlusconi a réalisé ce que la droite française n'a pas osé faire, Chirac y ayant mis un frein en 1997 puis en 2002. 
Les conséquences en sont terribles.

Le populisme de Beppe Grillo

La première c’est que, comme il était prévisible, le démarche berlusconienne a porté la vulgarité au pouvoir. Le projet politique étant limité à la dénonciation de la gauche, toutes les dérives imaginables et celles qu’on n’osait imaginer se sont produites. Les soirées bonga-bonga du président (partouzes géantes) n’en sont qu’un épiphénomène même si en terre catholique on peut être surpris qu’elles aient été admises par l’électorat. Il y avait beaucoup plus grave, corruptions généralisées, dénonciations des juges et de la presse, liens accrus avec la mafia etc. Heureusement, l’Italie a gardé un cadre démocratique … mais face à ce pouvoir corrompu de la droite, l’opposition qui s’est développée d’une manière généralisée a été le développement d’un populisme de bric et de broc s’appuyant sur la personnalité de Beppe Grillo, comique de la veine politique proche de Coluche mais allant beaucoup plus loin que celui-ci.
Il a créé son propre parti, le mouvement 5 étoiles, et celui-ci s’est développé au point d’être une référence politique majeure, raflant plusieurs villes dont Rome, Parme et Turin.
Le parti s’est appuyé sur une idéologie écologiste (rappelons l’aspect crucial de l’environnement en Italie, et du rôle de la mafia dans tous ce qui concernait traitement des déchets et de l’eau), s’opposant à tous les grands projets, dénonçant une classe politique corrompue (et c’est vrai qu’en Italie, et en particulier sous Berlusconi il y avait de quoi faire) et le rôle de l’Europe. Reste que, ce qui, dans la dénonciation cimentait un parti reliant toutes les sensibilités de l’échiquier politique s’est trouvé fort dépourvu quand l’heure des responsabilités est venue. Ainsi, par exemple, la nouvelle maire de Rome, donc ville éternel au pouvoir intérimaire, dont le dernier maire avait été salué main tendue par les fascistes, après avoir aussi été une ville de gauche ... bref, je suis déjà trop long … disons simplement que la maire 5 étoiles de Rome n’a pas mis trois mois a être mise en cause pour incompétence, favoritisme et affairisme … ce qui a certes affaibli le parti 5 étoiles, mais ne l’a pas dissous. On notera d’ailleurs que c’est sur le sujet très sensible du ramassage des ordures ménagères que la nouvelle maire a montré son incompétence après s’être fait élire sur ce thème.
On aura presque tout dit sur la mouvement 5 étoiles quand on aura signalé que Beppe Grillo a décidé de s’en démettre et  a laissé la place à un jeune successeur Luigi di Maio.

Une extrême-droite qui ferait passer le Front National pour un parti de gauche (je plaisante)


Vous trouvez ça compliqué ? Vous avez raison. Les italiens aussi trouvent ça compliqué. Mais ils doivent choisir.
Ce qu’il y a de terrible dans la situation italienne, c’est que, en l’absence de projet économique, politique, tout le monde déteste tout le monde et en particulier au sein de la classe politique. On se plaint certes de cette situation en France mais, comme on dit, chez nous, c’est de la petite bière. Bien entendu aussi, lorsqu’on n’a pas de projet, ce sont les questions liées à la sécurité et l’immigration qui dominent. On entend en ce moment en Italie des choses incroyables. Ainsi, lors d’un fait divers Luca Traini a tiré sur un groupe de réfugiés faisant plusieurs blessés et a fait le salut fasciste italien avant de se faire arrêter. L’assassin avait été candidat pour la Ligue du Nord, un parti plus ouvertement raciste que le Front National et dont le dirigeant, Salvini  considère l’Euro comme un crime contre l’humanité. Bref, tout ça pour dire que ledit Salvini a osé déclaré que s’il y avait ce genre de geste qu’il a à peine condamné, c’était de la faute des réfugiés qui étaient trop nombreux.  

La note radicale et les "vignette"

C’est ce qu’illustre magnifiquement la vignette que je vous reproduis et qui est issu du quotidien La Stampa. Dans le dessin, l’italien typique, face à ses doutes, ses terribles doutes, est représenté par un personnage inspiré d’Umberto Eco, le grand et sympathique intellectuel italien, auteur notamment du Nom de la rose, best seller et grand succès cinématographique. Il répond ainsi aux interrogations de sa jeune adolescente de fille, alors qu’il est dans un doute encore plus profond.
- Ils détestent tous Renzi
- Non, non, ils détestent tous D'alema
- Non, non ! Le plus détesté, c'est Di Maio
- Pour moi, le plus détesté,reste Berlusconi
- On peut tourner dans tous les sens, la seule qui ne soit
pas trop détestée est Emma Bonino
- Et alors, qu'est ce qu'on y fait dans ces élections
Ce sont ces quelques images qui m’ont inspiré les lignes qui précèdent, avant que je me rende compte que, pour que le lecteur français les comprenne, il fallait donner au moins quelques explications. Le but n’était pas d’expliquer la situation politique italienne, je n’ai pas ces ambitions, mais au moins de pouvoir sourire à ces quelques « vignette »,  nom donné à ce type de bandes dessinées italiennes. Elles sont l’œuvre de Giorgio Staino, un vieux de la vielle, qui a vécu toutes les évolutions politiques de ces dernières décennies. 
Enfin, je me permets de terminer sur une note optimiste. Il y a dans ces élections à venir (le 4 mars) une note radicale, avec Emma Bonino, personnalité de dimension internationale, image de la ténacité et de l'intégrité. Je me permets de lui souhaiter toute la réussite ... même si, je l'admets, les sondages même s'ils ne sont pas mauvais, ne lui permettent pas d'espérer une victoire. 
Nous le saurons bientôt.



lundi 17 juin 2013

Bonnes nouvelles des partielles ...

Ignazio Marino, le nouveau maire de Rome savoure sa victoire.
La gauche prise en étau entre le poids des populistes du
mouvement de Beppe Grillo, et la pression de la puissance
financière et politique de Berlusconi, a réussi à s'imposer
comme seule issue crédible à la crise

Une leçon d'italiens !

La gauche au pouvoir se trouve renforcée par les urnes, malgré une situation difficile. Elle a vaincu les élections partielles, remporté une victoire décisive contre la droite et les populistes de tous poils et de tous les extrêmes.  


Elle a gagné dans toutes les villes ... les bastions traditionnels de la gauche, bien sur, alors qu’on y craignait le pire, mais surtout toutes ces villes qui ont fait trembler de honte nos amis démocrates humaniste outre-Alpins. À Trévise par exemple, la Ligue du Nord est éliminée des responsabilités, cette ville dont le  maire avait pris des arrêtés anti-roms, et n’avait pas hésité à tenir des propos qui feraient pâlir le Front National. A Rome, dont la victoire de l'ancien maire Alemano avait été saluée par bras levés comme au temps du fascisme ... le candidat de gauche fait près de 65 % des voix.
 Enfin, le mouvement de Giuseppe Grillo est puni. Après avoir fait la surprise des élections générales il y a un an, en frôlant le score des partis traditionnels, le mouvement des 5 étoiles voit son score réduit de moitié. 
Le Mouvement des 5 étoiles, nom que lui avait donné Giuseppe Grillo, après avoir surfé sur le tous-pourris avait obtenu un score inespéré il y a trois mois. Depuis, il a vu son comportement sanctionné par les électeurs.
Ceux-ci ne lui ont pas pardonné de vouloir empêcher les institutions de fonctionner dans un pays en crise, mais surtout de ne pas faire de différence entre le régime de Berlusconi et la volonté de changement.
Bref, on assiste à la défaite du Berlusconisme, ce système qui avait vu un homme prêt à toutes les compromissions pour s'accrocher au pouvoir dans lequel il a cru trouver le moyen de se protéger des affaires les plus glauques dont il était accusé (détournement de mineures, corruption de magistrats, malversations diverses).
Il est bien sur trop tôt pour crier victoire et se rassurer durablement de la sortie d’un long cauchemar.
Il n’empêche, ces élections partielles,  remettent les pieds sur terre et donnent du sens à la démocratie et à la politique. Cela fait d'autant plus de bien que la situation italienne est autrement plus dangereuse que ce que nous connaissons en France. 
Il me semblait indispensable de commenter ce fait majeur de la vie politique italienne, parce que cela concerne tous les européens, et en particulier les Français.

Cahuzac, ou comment s'en débarrasser ...
En France donc, il y a eu ce dimanche une nouvelle élection partielle pour remplacer Jérôme Cahuzac, notre grand escroc  politique.
Le Front National et l'Ump sont arrivés en tête éliminant le PS.
Ces résultats ne sont pas une surprise. Ils ressemblent d'ailleurs à ce message que les Italiens ont martelé à leur classe politique pendant des années, avant de se raviser il y a une semaine.
Les électeurs ne sont pas contents. Ils voudraient que le monde aille mieux. Ils le disent. Et ce, de la plus brutale des manières.
Notons à ce sujet que les tenants d'une gauche alternative devraient se tenir à quelques modestie. Ceux qui réclament une politique plus à gauche ne sont pas plus suivis ici qu'en Italie. 
Les électeurs votent Front National parce qu'ils votent pour ce qui dérange le plus les acteurs politiques. De ce point de vue, ils visent juste. Aussi juste que les Italiens qui ont voté pour le mouvement des 5 étoiles de Giuseppe Grillo. 
Mais nous ne pouvons en France crier au loup à chaque élection partielle, nous faire peur à chaque montée du Front National ... ce petit jeu me fatigue.
Je refuse tout bêtement que le Front National soit l'alpha et l'omega de la politique française. Bien entendu, le Front National représente ce qu'on peut faire de pire dans la politique française actuellement. Ils sont porteurs de la peur et de l'exclusion, tout le contraire de ce que les progressistes représentent. Ils sont le contraire de ce pourquoi je me suis engagé en politique, mais ils n'ont d'autre perspective qu'une contestation permanente ... du moins en dehors d'un contexte politique particulier. 
En bref, s'il faut bien sur voter contre le Front National, le catastrophisme n'aura aucun poids sur un électorat bien plus mûr que ceux qui tentent de l'infantiliser. 

mardi 21 mai 2013

L'Italie réagit à la proposition française

"L'Europe fédérale, c'est maintenant ou jamais "

interview d'Emma Bonino, ministre radicale des affaires étrangères en Italie.  A méditer pour tous els amoureux de l'Europe, pour tous ceux qui souhaitent entendre une voix ouvertement fédéraliste aux prochaines élections européennes.


L'article est passionnant parce qu'il tombe à pic. Il permet de fixer le but et l'audace que représenterait un gouvernement fédéraliste européen, seule voie pour sortir de l'impasse. Pour ceux qui veulent le lire en version originale (eh oui, c'est une traduction maison, j'ai fait du mieux que j'ai pu et je me suis peut-être emballé !) cliquez ici. Pour les autres, en avant pour la lecture et accrochez votre ceinture.


Paru le 19 mai 2013 Interview par Paolo Valentino
 

 

Par Paolo Valentino

 

ROME – « Je prends très au sérieux l’ouverture de François Hollande. Quelles que soient les raisons qui l’ont inspirées, pour la première fois Paris signale sa disponibilité à une reconsidération de l’Europe qui me fait très plaisir, puisque jusqu’à il y a peu de temps, il était même tabou de parler de modifications des  traités.  Il est évident que les choses hypothéquées par le président français présupposent pour le moins une révision des pactes existantes. Mais s’il on admet le besoin d’une reconsidération en profondeur des institutions et des politiques, alors s’ouvre l’espace pour discuter de notre volonté d’une Europe des gouvernements, comme je crains que Hollande l’ait encore en tête, ou d’une Europe fédérale.

Même en tant que ministre des affaires étrangères, Emma Bonino ne dissimule pas son code génétique : radicale, spinellienne et fédéraliste », reprenant cette position qu’elle a maintenu obstinément lorsqu’elle était minoritaire, suivie par un groupe minuscule de visionnaires de l’Europe : « c’est ma position historique – dit-elle dans son premier interview accordée depuis son investiture – mais c’est aussi celle de l’Italie, reprise par le président Enrico Letta qui a parlé des états unis d’Europe lors du vote de confiance. » 

 

Giuliano Amato vous dit affectueusement que vous êtes « toujours trop en avance sur le temps ». La relance de l’Europe fédérale a été le thème conducteur de son préambule au guide de la diplomatie. Au parlement et ensuite à l’Université de l’Europe, vous avez parlé de la nécessité d’une nouvelle partition indiquant le fédéralisme comme un des thèmes centraux de la prochaine présidence italienne de l’Union Européenne dans la seconde moitié de 2014. Cela ne risque-t-il pas d’être une fuite en avant ?

« Non si l’on reconnait que l’Europe est dans une situation insoutenable. Prenons l’exemple de l’Union bancaire, décidée il y a plus d’un an. Nous n’y sommes pas encore parce que la gouvernance ne fonctionne pas et donc les politiques ne peuvent pas y agir. Le temps n’est pas un élément marginal : ce qui va bien aujourd’hui peut ne pas fonctionner dans 5 ans quand le monde aura pris une autre direction. Les thèses selon lesquelles l’austérité et les coupes budgétaires auraient à elles seules apporté la croissance à traité constant sont démenties de toute part. Avoir les comptes équilibrés  est important et nous l’avons fait en Italie, grâce notamment au gouvernement Monti. Mais les coûts économiques sont élevés (pour tous y compris prochainement pour l’Allemagne) et à ceux-ci s’ajoutent les coûts politiques puisque nous assistons à la montée des populismes et euroscepticismes qui atteignent une dimension préoccupante, se transformant par la suite en nationalisme et racisme, dont notre propre Histoire nous met en garde.

 

Mais pourquoi l’option intergouvernementale ne fonctionnerait-elle pas ?

«Parce qu’à force d’avancer sur la route de l’Europe, les patries elles-mêmes se détruisent. On ne réussit même pas à contrôler une crise relativement petite comme celle de Chypre. Je suis fédéraliste par conviction et je ne connais d’autre système institutionnel au monde en mesure de faire vivre ensemble démocratie, état de droit, et respect des différences  pour 500 millions de  personnes de lingues et d’histoires différentes. Et ce n’est pas une chose exotique, nous avons cela en Allemagne où cela fonctionne. Il n’est pas possible de céder des compétences ultérieurs sans une responsabilisation démocratique, sans que le Président soit élu, sans que le Parlement européen, voire le parlement européen émanent des parlements nationaux, puisse voter la confiance. Il n’existe pas de capacité de budget et de fiscalité européenne sans un volet de contrôle, qui, entre autres, ne se limite pas seulement à l’aspect économique ».

 

Que voulez-vous dire ?

«Qu’il existe même dans l’Europe actuelle un écart sur les droits civils. Par exemple, sur le thème des prisons et de la justice en Italie ou de la démocratie constitutionnelle en Hongrie. Des instruments de corrections sérieux n’existent pas. Nous avons des critères économiques forts pour entrer dans l’Union européenne, des mécanismes efficaces de suivi: procédures d'infraction, des amendes et ainsi de suite. Alors que du côté démocratique, il y a de forts critères d'entrée, mais une fois à l'intérieur d'un pays peut changer la Constitution en éliminant le partage des pouvoirs sans que rien se passe comme c'est le cas à Budapest. Ou vous pouvez être comme l'Italie, où il semble que le droit à la défense n'existe plus, car se délitant dans un processus qui dure depuis des années. »

 

Où a dérapé le projet d’intégration ?

«Il s’est fossilisé sur la monnaie unique. Nous nous sommes arrêté aidé du fait que l’Euro quoiqu’on en ait dit, a été un succès retentissant, jusqu’en ce système imparfait, au point qu’on a oublié d’aller de l’avant sur les autres aspects jusqu’à ce que nous soyons enfoncés dans la crise. La monnaie avait une gouvernance de beau temps, avec la tempête, cela ne marche plus.

 

Mais on a perdu le principe de solidarité, la raison pour laquelle nous sommes ensemble

«En réalité, non n’avons jamais eu à le pratiquer sérieusement, parce que nous n’avons jamais été véritablement mis à l’épreuve : les fonds de cohésion sociale et les autres postes budgétaires. Ceci est la première grande crise et l’incapacité d’y donner des réponses fait passer le refus de la solidarité des gouvernants aux citoyens. Popper nous a enseigné qu’en cas de crise, chacun s’adresse à l’autorité la plus proche pour trouver une solution. Pendant trois ans, nous avons pris des mesures à peine suffisante pour ne pas exploser : trop peu et trop tard. La vérité est que seul un grand projet de relance à tous les niveaux peut intéresser quelqu’un. Je ne crois pas qu’il soit possible de refaire l’Europe des petits pas. La bizarrerie fantastique est que l’Europe continue a exercer un pouvoir magnétique attractif pour tous les  peuples non européens. »

 

 

Quel est aujourd’hui l’argument fort du besoin d’Europe ?

«Aucun de nous n’a seulement les ressources et l’économie d’échelle pour se garantir un futur pour ses propres générations. La vision opposée est autocratique et nationaliste, la tentation de se fermer à tout qui devient par la suite raciste et fomente les guerres. Ensemble, nous serons plus forts sur le plan économique et démocratique. »

 

Schäuble, le ministre des finances allemand, dit qu’il faut modifier les traités ne serait-ce  que pour l’union bancaire. Êtes-vous d’accord ?

 «Selon moi, cela n’en vaut pas la peine. Il n’est pas vrai que les petites réformes soient mieux digérées par un certain type de pays. De toute façon beaucoup d’entre eux sont obligés à les soumettre à référendum. Et on ne rendra pas les gens amoureux de l’Europe en leur faisant le coup de l’union bancaire. Déjà qu’il est difficile de tomber amoureux d’une monnaie. Mais il y a des choses qui touchent beaucoup plus l’imagination populaire. Je ne me lasse pas de demander ce que nous en faisons de ces 27 armées nationales ? Cela coûte 250 milliards d’euros. Nous avons deux millions de personnes sous les armes, nues, c'est-à-dire pas équipées. C’est si vrai que chaque opération de maintien de la paix devient un drame : équipements, normes différentes, système d’armes différents, en Lybie, après dix jours, nous étions sans munitions. Ou bien les infrastructures, la recherche … »

 

 

Et votre idée de la Fédération légère ?

 «Oui, avec un budget d’à peine 5% du pib européen : mettre en commun4 ou 5 secteurs rien à voir avec un Super Etat. Le reste, nous le laissons à la subsidiarité. Nous n’avons pas vocation à devenir absolument homogènes. A la différence de mon amie Ulrike Guérot, selon laquelle l’Europe ne se fait pas parce qu’on n’arrive pas à se mettre d’accord sur le vin ou la bière à prendre pendant les repas, je pense que notre richesse soit proprement la bière et le vin dans chacun de nos pays. Ensemble, nous ne devons faire que les choses qui importent : les affaires étrangères, la défense, la sureté, la fiscalité, le trésor, la recherche, les infrastructures et j’y mets aussi l’immigration. Les chiffres les plus prudents indiquent que l’Europe aura besoin de 50 millions d’immigrants d’ici 2050.

 

De quelle manière le gouvernement italien devra-t-il se mouvoir pour faire en sorte que l’ouverture française ne tombe pas à l’eau ?

 

 «Le sujet est de comprendre quelle est la disponibilité. Est-ce une boutade à usage interne ou plutôt comme l’a dit quelqu’un, je pense qu’il s’agit d’une graine lancée et qui une fois au sol assumera sa vie propre. A nous d'en prendre soin, de l’arroser, un peu d’engrais. S’il y a un accord maximal, même avec des résistances bien compréhensibles, ceci devra devenir l’agenda de voyage du président du Conseil, du ministère des affaires étrangères, et de celui du Trésor. Nous devrons nous activer dans toutes les conférences. Ainsi nous préparerons un nouveau type d’élections européennes, avec les grandes familles politiques qui désigneront leur candidat à la présidence de la commission, des commissaires et du président du conseil, avoir un débat différent, en mesure d’impliquer et d’enthousiasmer les gens. »

 

 

Et l’Allemagne sera en mesure de sortir de la prudence imposée par les élections ?
 «Je comprends que la campagne électorale aient sa propre dynamique et impose ses règles. Mais ceci mis à  part, Berlin a toujours dit qu’il y aura jamais mutualisation de la dette s’il n’y a pas transfert de souveraineté. Prenons l’Allemagne au mot. Nous verrons bien si c’est du bluff. 


 

lundi 20 mai 2013

La prière d'Alfred

Alfredo Passante, sur son profil facebook ... Professeur à
la retraite, il met à présent son savoir au service de
l'alphabétisation des migrants.
Alfredo Passante est un ami, rencontré lors d'un jumelage à San Vito, il était alors conseiller municipal, membre du parti démocratique, parti structurant de la gauche italienne, issu de l'auto-dissolution du parti communiste italien. Il m'a fait part d'un texte qu'il a transmis à une revue internet de Brindisi, que j'ai décidé de traduire et de publier. De ce texte, arrive un bout d'Italie, d'Italie du Sud en proie à l'arrivée et à l'accueil de migrants, ce qui est d'ailleurs un problème sensiblement nouveau pour l'Italie qui a été pendant des siècles terre d'émigration plutôt que d'immigration. Mais la description intime de cette réalité, n'est pas le seul intérêt du texte. Alfredo est confronté par son action, à l'approche chrétienne de la réalité, tant il est vrai qu'on ne peut nier que l'engagement des chrétiens s'est souvent montré fondamental dans l'action humanitaire... Et Alfredo dans tout cela ? Eh bien voilà ! Alfredo, n'est pas chrétien, il a déjà eu du mal à s'en sortir ... mais forcément, l'action, la confrontation à des situations difficiles, l'oblige à se poser à nouveau des questions fondamentales. C'est ce qui fait la beauté de ce texte. Le fait que je vous le livre un lundi de Pentecôte est un pur hasard. 

Alfredo Passante,  
Pour que Dieu existe

Depuis quelques années, j’enseigne aux migrants  dans la paroisse de San Vito à Brindisi. Je le fais avec d’autres personnes de grande générosité qui aident leur prochain, animées d’une foi qui illumine durablement leur regard et leur sourire. Moi, en manière de foi, je n’ai pas leurs certitudes . Je ne les ai plus. Par de nombreux cotés, je me sentirais le Joseph d’Arimathie de la situation. 

Une image sèche des Pouilles, talon de la péninsule italienne
Ici, la mer n'est jamais loin. La difficulté d'y vivre a poussé
de nombreux Italiens du Sud loin de leurs terres, elle est
aujourd'hui terre d'immigration. 
Depuis quelques années, j’enseigne aux migrants  dans la paroisse de San Vito à Brindisi. Je le fais avec d’autres personens de grande générosité qui aident le prochain animé d’une fois qui illumine durablement leur regard et leur sourire. Moi, en manière de foi, je n’ai pas leurs certitudes. Je ne les ai plus. Par de nombreux cotés, je me sentirai le Joseph d’Arimathie de la situation. J’opère à la marge de leurs activités. Je fais ce que je peux et je le fais pour l’amour que j’éprouve à la confrontation de me semblables. Mais ce que je peux et toujours peu à la mesure de ce qu’exige  la situation dramatique de nombreux migrants et ceci crée en mon être une lutte continuelle entre les poussées de mon émotion et les freins de ma raison. Raison et émotion , c’est bien connu, poussent rarement dans la même direction. L’émotion me pousse à ne pas me limiter à la conjugaison des verbes ou à faire apprendre des mots. L’émotion me porte à m’attarder sur un regard particulièrement trite et à me perdre dans des histoires toujours chargées de douleur et de poignantes nostalgies. Des histoires qui vous impliquent. Qui interrogent la conscience et sèment les irrépressibles inquiétudes de l’âme. Il m’est arrivé de demander : “où dors tu ? “ et de m’entendre répondre “dans la rue”. A ce moment, entre moi et, dans ce cas, le jeune garçon iranien enfui de son pays pour raisons politiques, tombe la distance que permet de ne pas se sentir concerné. Peut-on rester indifférent ? Faire semblant de rien ? Rentrer à la maison et s’enfermer dans son propre confort ? La pensée que ce garçon n’a pas d’endroit où dormir ne me permet pas d’être en paix avec moi-même. Je dois faire quelque chose. Je le cherche, je le retrouve, et je l’emmène à la maison. Je lui assure un gite. Et puis la raison intervient. Je ne puis prendre la charge du garçon pour toujours, et je commence à me demander comment lui faire comprendre que mon hospitalité est, hélas, arrivé à son terme.
La charité de proximité crée toujours des problèmes de ce genre. Le garçon iranien, avant même que j’ai trouvé le moyen de lui en parler quite ma maison. Il encore la possibilité de rester hôte d’une structure de ce type dans le centre de I’Italie, structure de laquelle il s’est éloigné pour se soustraire des violences sexuelles de la part d’autres réfugiés, restés impunis, après même qu’il ait dénoncés les faits. Une fois les deux mois écoulés, il n’a nul endroit ou aller ni de quoi se nourrir. Il n’a même pas la possibilité d’être aidé par les siens, puisque sa famille a utilisé toutes ses ressources pour financer sa fuite d’Iran. On s’est joint par téléphone une autre fois, et puis plus rien. Il m’a demandé toujours de lui trouver un travail mais en fait,  je n’ai obtenu que des promesses qui ne se sont pas confirmées. Des mois sont passés. Souvent son visage s’est affiché dans ma mémoire et m’a profondément inquiété. Où est il maintenant ? Que fait il ? Pouvais-je ou devais faire davantage ?
Mais le jeune iranien n’est qu’un des nombreux cas dans lequel je me suis impliqué. Parfois, j’ai réussi à épouver la joie de trouver un travail pour l’un d’entre eux. Joie vite dissolue face au sentiment d’impuissance que l’on éprouve quand on constate que le sort du plus grand nombre ne semble laisser beaucoup d’espace à l’espérance.
Pouvons-nous nous contenter de ce que nous réussissons à faire pour un seul ?
Don Milani penchait pour une réponse affirmative, convaincu que l'on en pouvait aimer vraiment qu'un petit nombre d'individus. Alexander Langer pensait au contraire que l'on devait être tout pour tous. Mais quand il en a senti l'impossibilité, il a fini par se suicider.  L'amour pour le prochain peut donc porter à ces gestes extrêmes et paradoxalement nous éloigner même de Dieu, qui est amour.
Pour une bonne partie de ma vie, j’ai été croyant. Ou au moins, je me suis pensé comme tel. C’est à la suite d’une profonde réflexion sur le pourquoi de la souffrance et du sort des pauvres m’a mis en crise. Aime ton prochain comme toi-même dit le commandement qui est semblable au premier. Il arrive toutefois que si l’on est pris par cet amour, l’on en arrive à demander, par exemple en apprenant que des centaines d’êtres humains ont été fini comme nourriture aux poissons dans l’indifférence générale, “où est Dieu ?” et de s’éloigner de Lui parce qu’on a du mal à saisir la fin dans laquelle oeuvre la Providence. 
Giorgio Caproni, poète emblématique de
l'Italie résistante. 
Les croyants, comme les amies et amis qui enseignent dans la paroisse de San Vito, pensent probablement que la souffrance de nos migrants seront compensées dans la vie éternelle. Comme si la vie était une part de temps fini qui se déroule dans l’en-deça, et un autre infini qui se déroule dans l’au-delà. Il en est peut-être ainsi, mais je n’ai pas cette certitude. Mais je l’espère. Fortement, et de tout mon coeur. Je l’espère pour tous ces gens qui risque chaque jour de rester écrasé sous le poids de la pauvreté et des injustices pour tous ceux qui traversent déserts, montagnes ou mers au risque d’un voyage sans retour, pour tous les migrants que j’ai vu dans le refuge sur la grand’route de San Vito, pour tous les migrants au pied des grandes surfaces qui attendent pour ramasser nos miettes, pour tous les enfants qui, enveloppés par un nuage d’insectes, ne connaîtront pas la vie parce que destinés à mourir accrochés au sein des mères qui n’ont plus de lait. Mes amis oeuvrent et prient parce que, pour eux, Dieu existe. Moi, à l’inverse, à cause de tout cela, je prie comme le petit prêtre dérisoire de G. Caproni, “pour que Dieu existe”.

  
Alfredo Passante

mardi 26 février 2013

Italie, résultats définitifs ... un cauchemar ?

Bersani, probable futur premier ministre italien, face à
une situation impossible
Dernières modifications en date de ce jour 26 février à midi
La gauche est majoritaire à la chambre et est en tête au Sénat ... mais que les résultats sont serrés !

  • Parti démocratique Bersani : 29,5 % 340 sièges
  • P d l Berlusconi : 29,1 % 124 sièges
  • Mouvement ***** 25,5 % 104 sièges
  • Mouvement de Mario Monti : 10,5 % , 45 sièges


Bizarrement, pour les élections sénatoriales, la gauche est plus nettement en tête mais arrive en 2e position en terme de sièges :


  • Bersani : 31,6 % : 120 sièges
  • Berlusconi : 30,7% : 117 sièges
  • Grillo : 23,8 % : 54 sièges
  • Monti : 9,1 % : 18 sièges


Où l'on voit qu'il n'y a pas de majorité au Sénat, et que les alliances pour impossibles qu'elles soient sont indispensables ....
La question essentielle, à mon avis : que va faire Grillo, le comique enthousiaste qui est tout sauf un chef de parti. Va-t-il favoriser la gauche institutionnelle qu'il a tant tourné en dérision, ou faire alliance avec la droite de Berlusconi, contre qui Grillo s'est forgé en créant le vaffanculo day (la journée va te faire foutre !)
Ou va-t-il rester dans une situation de critique absolue mettant sous pression la majorité du Sénat, au risque de voir progressivement se déliter ses troupes... et qui sont ses troupes, fraîches et récentes ?
Ci-après, le lien avec la Repubblica 

Pour ma part, bien que passionné par ce qui va se faire pour se sortir dans une crise où elles'est elle-même plongée, je veux justemetn revenir sur ce qui s'est passé ce week-end. On a toujrous tendance en politique à oublier très vite les comportemetns de l'électorat ... et pourtant, c'est là la matière essentielle quand on a le bonheur de vivre en démocratie.
Pourvu que ça dure !