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mercredi 16 mai 2018

La droite dans l'impasse de la récupération

Irrécupérable Ernest Martin,
rebelle constructif, 
passionné de la vie,
passionné de sa ville. 
La droite de Priollaud-Terlez peut toujours essayer de compenser son manque d'imagination en tentant de récupérer quelque chose des années prodigieuses de la gauche lovérienne. C'est peine perdue ! Dans les pratiques, dans l'histoire, dans l'attitude, dans les valeurs, tout oppose le comité d'action de gauche personnalisé par le Docteur Marin aux élus à la triste figure qui représentent la municipalité de Louviers.
Certes, inviter Hélène Hatzfeld à présenter son livre La politique à la ville n'est pas en soi condamnable, au même titre que la décision de Jean-Charles Houel[1] de faire donation à la ville de Louviers de ses riches archives de témoin de l'histoire locale. Mais quel besoin de se lancer dans une vaine et grossière tentative de récupération dans laquelle le maire de Louviers a emmené toute son équipe ?
Dérisoire Priollaud qui s'imagine pouvoir récupérer
quelque chose de l'oeuvre d'Ernest Martin. 
La municipalité actuelle est l'exact contraire de ce qu'a été la gauche lovérienne. Elle est la droite conservatrice des petits calculs, sans imagination et prétentieuse. Elle est l'héritière de ceux qui se sont violemment opposés à Ernest Martin et à ceux qui l'ont accompagné.
Grâce à eux, Louviers a été au centre de toutes les attentions d'une gauche nationale en recherche d'innovation. Le Cag pour se faire s'est aussi construit contre cette droite fermée que Priollaud-Terlez représentent.
Que ceux-ci, maintenant, tentent sans vergogne de se présenter comme attentif à cette période qu'ils ne se donnent même pas les moyens de comprendre a de quoi scandaliser. 
Christian Lafenêtre, qui fut un militant et un élu particulièrement actif a contré violemment Priollaud. Le maire de Louviers avait pompeusement introduit la cérémonie en parlant des lovériens comme des administrés. 
Bravo Christian d'avoir rappelé que pour le Cag il n'y avait que des citoyens, dont il fallait développer l'autonomie, le contraire d'administrés à la sauce Priollaud.
Après tout, l'incongruité de la cérémonie se révélait aussi dans la mobilisation de la droite chargée de rendre hommage au Cag. A part Hafidha Ouadah, il ne manquait pas grand monde de ce côté là, ce qui ne faisait qu'en rajouter au ridicule.
Anne Terlez, forcément s'est aussi cru obligée de mettre son grain de sel. Au bout d'une tirade assez longue elle se demandait ce que sa droite bien-pensant pouvait tirer de la formidable expérience de la gauche en terme de démocratie participative. 
La réponse est simple : RIEN ! 
Ce que la gauche lovérienne a légué à la ville c'est d'abord une mobilisation inouïe, une mobilisation historique dans un moment de débat, de passion de la vérité dans une époque passionnée avec tous les excès inhérents à la passion. 
Il y avait tout dans le comité d'action de gauche qui recueillait tout ce qui se pensait, vrai ou faux, juste ou injuste dans une période où toutes les idées se confrontées ... mais ce qu'il y avait d'original à Louviers, c'était leur mise en pratique.
Au delà de la figure de l'homme, j'ai évoqué à la suite de son décès, tout ce qu'Ernest Martin a légué à la ville. Il était le lien entre la sensibilité aux idées et la mise en pratique de celles-ci. 
La période dans laquelle le cag se construira dans l'opposition de 1969 à 1976, se situe non seulement dans le sillage de mai 68 mais aussi dans la période de libéralisation de la société française. En 1975, la loi sur l'avortement est adoptée à la suite d'un long combat féministe mené notamment par la gauche et que la droite giscardienne fera voter. 

Cela se traduit à Louviers par la création d'un centre d'orthogénie, où, derrière la pratique de l'avortement, Ernest Martin développera une démarche novatrice d'accueil et de pédagogie destinée tant aux femmes en difficulté qu'aux personnes chargées de les soutenir et de les accompagner. La pratique n'est pas unique, mais elle est rare. Elle amène une réflexion collective visant à l'épanouissement de l'individu alors qu'on sort à peine d'une période où la sexualité a été un tabou majeur dans la société. 
Bien sûr, Ernest Martin, en tant que médecin, sera l'homme des accouchements, et de l'accouchement sans violence. C'est un autre aspect de la personnalité du Docteur Martin et je ne puis m'empêcher de penser que pour démocratique que soit sa démarche, pointe toujours l'expert derrière l'individu... d'où sans doute une certaine défiance exprimée vis à vis de l'expression populaire qui ne saurait être une fin en soi surtout si elle s'oppose au projet du politique.
Ah ! Le politique, le noble politique qu'Ernest Martin opposait sans cesse à La politique, la vulgaire politique.
Or c'est bien la politique dans ce qu'elle a de plus vulgaire qui s'est chargé de cette tentative de récupération heureusement vouée à l'échec. 
Non, cet amour de la liberté, la politique comme passion collective, la confiance absolue en l'humain, l'espérance du lendemain comme fête, la référence à tout ce qui dans l'Histoire a construit l'émancipation des individus et des corps, toute cette modernité ne peut avoir aucune résonance chez les représentants lovériens de l'Udi, du modem et des Républicains. Ils n'ont rien à récupérer dans l'histoire prestigieuse de la gauche à Louviers. 





[1] Jean-Charles Houel est un témoin majeur de la période qui a porté la gauche lovérienne des années 65 à 1983, sujet du livre d’Hélène Hatzfeld. Il a été rédacteur municipal pendant la municipalité Martin avant de devenir journaliste à La Dépêche de Louviers qui a accompagné l’aventure si particulière de la gauche lovérienne. Jean-Charles Houel a éprouvé le besoin de se doter du titre de Rédacteur en chef qu’il n’a jamais eu, mais cela ne retire rien à l’intérêt et à la qualité des archives militantes et professionnelles qu’il a laissé à la ville de Louviers et qui sont d’un intérêt majeur pour l’histoire de la ville.    

mercredi 11 octobre 2017

Acquigny, une gauche bien vivante

Les élections locales sont souvent passionnantes et riches de leçons. Ce qui vient de se passer à Acquigny en est l’illustration.
Une élection partielle y était organisée ce dimanche, trois ans et demi après la victoire de l’équipe de Stéphane Sauvan, qui avait soufflé la mairie à la gauche en 2014.
Une partie de l'équipe victorieuse.
Même si la commune a été gérée par une équipe de gauche pendant 6 ans, même si la commune a eu, jusqu’en 1983, eu un maire communiste respecté et respectable, Acquigny est, comme on dit sociologiquement de droite, et a ainsi placé Sarkozy devant Hollande en 2008 (56/44) et Marine Le Pen devant Fillon en 2017, Macron se traînant en troisième position, ce qui est encore plus caractéristique.
Bien sûr, il serait malhonnête de ne pas tenir compte des particularités locales à l’origine du résultat et qui sont a priori la conséquence d’un rejet de l’équipe municipale, plus que du maire d’ailleurs à qui il était simplement reproché son manque d’autorité en interne.
Comme un aveu, d’ailleurs, après sa défaite, il se reprochait d’avoir été trop gentil…envers l’opposition.  En fait, il a laissé se déchaîner au sein de la commune ses adjoints avides de pouvoir et d’autorité, le tout après une suite de démission au sein de sa propre équipe … le tout aboutissant à de nouvelles élections.
Il n’empêche. Trois leçons seront tirées de cette séquence électorales.
La première, c’est que la gauche et la droite existent.
C’est bien deux listes politiquement marquées qui se sont affrontées, la droite se présentant d’ailleurs classiquement sous l’appellation « sans étiquette » face à une liste de gauche qui avait changé sa tête de liste mais dont beaucoup de membre faisaient partie de l’ancienne équipe.
La deuxième, c’est que le chamboulement consécutif à l’élection présidentielle a touché, voire coulé les appareils traditionnels de la politique française, mais a laissé indemnes les clivages locaux. Dans notre département de l’Eure la droite après avoir été structurée avec et par Bruno Le Maire, assistée de Sébastien Lecornu a vu ses deux hérauts filer vers le macronisme. Mais les rancoeurs, inspirées par l’événement, si elles se ressentent au niveau des grandes villes, n’a pas laissé de trace à Acquigny. Aucune liste pour se référer au macronisme ou à un centre à trouver. On n’est pas dans l’ancienne ou la nouvelle politique, on en est à des références sociales classiques, à des visions du monde qui situent toute la prétention à vouloir se situer hors du temps dans les questions locales.
La troisième, c’est que la gauche existe, et qu’elle n’est pas un repoussoir. Loin de là ! La liste de gauche l’a emportée avec 60 % des voix dans le cadre d’une mobilisation plus que correcte en particulier pour une élection partielle. Le centre, au cœur de la vie politique nationale, s’est montré absent des enjeux locaux qui se sont joués autour des repères traditionnels de droite et de gauche qui ont démontré leur vitalité.  
Il ne faut pas chercher midi à 14 heures. C’est autour du projet que se déterminent les électeurs. Entre ceux qui à gauche cherchent le bien de la collectivité, et ceux qui à droite, veulent en faire le moins possible de façon à laisser les choses en l’état.
La droite Acquignycienne a échoué par son défaut congénital : la division, conséquence de son absence de projet. À  ce titre, elle est un reflet de ce qui se passe au sein de la droite départementale et locale. À Louviers et dans les nombreuses communes qui composent la Case les clivages se forment autour des individualités incapables de se mobiliser autour d’un projet collectif visant au bien commun.
En ce sens, avec deux ou trois ans d’avance, Acquigny démontre toute la nature de l’enjeu des municipales à venir. La gauche n’est pas morte. Elle a tout l’avenir devant elle si elle est dans la capacité de définir un projet au service des citoyens. Elle devra, par la suite faire partager l’évolution de ce projet, le mettre en scène travailler à l’épanouissement collectif et individuel, offrant une ville pour tous et pour chacun. C’est autour de ces principes que se feront les choix des prochaines municipales, et pas seulement dans les petites villes. On parie ?

Les résultats : 
Inscrits : 1.230
Nombre de votants : 636 (participation 51,70 %)
Suffrage exprimés : 609 (49,03 %)
Liste Collet (Cohésion pour Acquigny) : 370 voix (60,75 % des suffrages)
Liste Sauvant (Ensemble pour Acquigny) : 239 voix (39,24 %)
Une victoire éclatante et une défaite écrasante


Ti'Claude, le 3e à partir de la gauche, devant la mairie
de Saint Germain de Pasquier, à l'occasion d'un concours
dont il avait été lauréat.

Post scriptum : comme il est question d'Acquigny, commune très liée à Louviers par son histoire et par sa géographie, bref, par la géopolitique, qu'il me soit permis de rendre hommage à Claude Bellevin disparu dimanche dernier. Je l'ai rencontré pour la première fois à Acquigny, où il a longtemps habité avant de revenir à Louviers. Avec Claude, c'est un bout de l'histoire tourmentée de la gauche lovérienne qui s'en va. Ma pensée va à ses enfants, Nathalie et Jean-Philippe, à ses petits enfants, aux femmes qui ont partagé sa vie, à ceux qui l'ont côtoyé et aimé, à ceux nombreux à qui il était cher. J'ai titré ce post : une gauche bien vivante. Je le maintiens. Claude a su rendre cette gauche bien vivante. Il est de ceux dont elle aura toujours besoin



mardi 15 avril 2014

Allez Louviers !

Battus, mais pas abattus !


Au risque de décevoir Didier Juhel, nouveau
Autour de Franck Martin, la vieille garde et la jeune garde en 
conférence de presse préparent l'avenir . Allez Louviers !
conseiller municipal, qui jugeait déplacé de se trouver attaqué là où ça faisait mal, ce n'est pas parce que l'équipe de Franck Martin est battue qu'elle va se taire.

Elle se taira, en toute légitimité d'ailleurs, lorsqu'elle n'aura plus rien à dire ... ce qui n'est pas près d'arriver. Quel respect ce serait vis à vis des 42 % de lovériens qui ont voté pour elle que de n'avoir que des muets pour porte-parole.

L'opposition fera son devoir ... et même un peu plus.

L'opposition sera le porte parole d'un projet, celui qui a été exposé pendant la campagne municipale. Elle sera le porte-parole de ceux qui s'était attaché à une ville vivante, ouverte à tous et qui en voulaient encore plus. L'opposition pourra s'appuyer sur ceux qui l'ont soutenue, qui la soutiennent et qui ont considéré le travail municipal mené pendant 19 ans comme une évidence. Elle a déjà un nom : Allez Louviers, du nom de la première liste menée par Franck Martin.

L'opposition fera beaucoup plus

Dès maintenant, elle se constitue en association. Elle se structure. Elle interviendra sur les blogs et les réseaux sociaux. Elle rendra compte de ses projets et relaiera le travail de l'opposition au sein du conseil municipal. Elle travaille d'ores et déjà à la confection d'un journal à disposition de tous les lovériens. Son om ... Ben, il me semble tout trouvé : Allez Louviers ! Après tout, c'était un titre qui avait porté chance.
Joignez-vous à nous, par exemple en prenant contact à l'adresse suivante :
caferadical@gmail.com,
Nous ferons suivre ... toute aide sera bienvenue !
L'opposition fera beaucoup plus ! elle sera la majorité en 2020.

jeudi 6 février 2014

Tout sur Ernest ... la suite


 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfants d'Ernest ...

 
Renaud, Isabelle et Franck Martin ... ils sont trois à avoir parlé lundi matin. Trois parmi les sept. Trois parmi des milliers. J'espère qu'ils ne m'en voudront pas, mais depuis le 25 janvier 2014, nous sommes tous des enfants d'Ernest, en ce sens que sans lui, notre vie aurait été toute autre. Toute la ville est orpheline.
Suite et fin des hommages rendus au docteur Ernest Martin. Quelques couleurs de plus à l'arc en ciel laissé à jamais dans le ciel de Louviers. Lisez-bien ces textes, pour tous, il s'agit de visions différentes et majeures.
 
 
 

Renaud Martin, fils cadet d'Ernest Martin, né le 22 mars 1969



 
 
Papa, le souvenir de toi évoqué aujourd’hui est celui de ton action politique comme élu de Louviers, de ton action comme médecin. Moi, c’est comme enfant et comme fils que j’ai vécu en partie cette période.
Je dis en partie seulement parce que je suis né en 69, au moment même où tu as été mis en minorité au conseil municipal. J’étais enfant, mais je peux dire aujourd’hui combien ton action, avec celle des militants politiques qui t’ont accompagné, a compté et compte encore pour moi, pour nous, pour Louviers.

Certes, comme chacun, en te pleurant aujourd’hui c’est la perte d’une part de moi-même que je pleure, car avec toi s’envole pour de bon l’enfant que j’ai été. Mais si je peux publiquement parler de cette enfance, c’est justement parce qu’elle est indissociable de ton engagement politique et de ton action de médecin. J’ai eu la chance en effet d’avoir une famille très, très, très élargie dont les limites se confondaient presque avec celles de Louviers. Et c’est à ta stature que je dois cela. Mon enfance, c’est ainsi  toute une galaxie de figures lovériennes commensales de la rue Foch, militants politiques des vendredis soirs du chalet, auxquels se joignaient des âmes en souffrance que tu aidais en les socialisant rue Foch. Mon enfance, c’est Maman, qui les accueillaient tous et toutes, de toute heure du jour et de la nuit pour faire la ville comme on refait le monde et avec quelle humanité, quelle tendresse ! Mon enfance c’est ce bouillonnement militant, ces discussions fortes, ces tracts à plier, à distribuer, ces affiches et seaux de colle, c’est la transformation de la ville après la victoire de 76.

Mais mon enfance c’est aussi l’injustice de la maladie de Maman, qu’elle affrontait avec dignité mais qui nous laissait trop souvent sans voix et que, vaille que vaille, nous essayions de rendre moins cruelle. Crois-moi, Papa, c’était là, tout compte fait, un espace formidable de vie car ta stature et l’amour infini de Maman faisait tenir cet univers et m’ont fait tenir debout. Y sont inscrits en moi, l’amour de la vie, l’amour des autres et plus encore, ces valeurs, qui, je crois, étaient les tiennes : liberté, fraternité.

Fraternité, oui, mais fraternité de combat, car ils étaient nombreux les combats que tu menais pour l’émancipation, pour la résilience, pour la guérison, bref pour la ville. Une fraternité vivante, joyeuse, festive, mais qui n’excluait pas les ruptures, les échecs ou les douleurs, une fraternité dans laquelle, quel que soit son âge, sa condition sociale, sa filiation, son affiliation à toi ou au cag, chacun trouvait l’énergie de se construire soi-même dans une dynamique pour construire et changer la ville. Cette fraternité avait une adresse, le 20 rue du Maréchal Foch. Crois-moi, ceux qui l’ont approché, ne l’oublient pas et ils l’oublient d’autant moins que tu étais d’abord, Papa, un praticien et que tes actes ont marqué nos existences et la ville.

Car c’est bien dans l’acte que tu excellais. Entendu que tes actes et que les actes peuvent être aussi des paroles qui transforment les êtres et leurs façons de percevoir les choses. Tu n’as ainsi pas eu ton pareil pour insuffler une confiance et une dignité à tes semblables. Comme en médecine où le geste ouvre un espace de guérison, un espace pour que la ville reprenne le dessus et se libère de ce qui l’entrave, tes actes politiques visaient tous à libérer les individus en commençant par les enfants et, chose extraordinaire, avec les amis du cag (comité d’action de gauche), tu as multiplié ces actes émancipateurs, ici, à Louviers.  Liberté des enfants à parcourir la ville, ateliers d’expression libre pour fortifier en eux l’élan créateur, sans lequel disais tu, il n’y a pas d’identité solide. Il fallait que les naissances ne soient plus subies, mais désirées, que l’accueil des nouveaux nés inscrive ceux-ci, d’emblée, comme des personnes. Il allait que la ville donne à la politique culturelle une autre mission que l’érudition pour certains et le divertissement pour tous mais qu’au contraire elle multiplie les occasions pour chacun de se construire soi-même.

Il fallait donc que chaque exposition soit assortie d’atelier de création pour les gosses comme tu disais. Et même si cette vision de la ville émancipatrice appartient au mouvement pré et post 68, visionnaire, tu as eu le courage, l’immense courage, et le talent charismatique de l’incarner et de la mettre en acte, ici à Louviers.

Ce qui a été réalisé alors, et je veux en témoigner, c’est bien un immense espace de liberté et d’épanouissement. Ils sont nombreux, je crois, les lovériens de ma génération qui gardent en mémoire cette liberté qui leur a été donnée de s’instruire, de créer, de faire du sport, de la musique, de se déplacer, comme si la ville était faite pour eux, comme si enfin, leur était reconnu un droit à l’habiter pleinement. Le droit à la ville, pour se construire comme adulte et comme citoyen.

Pour finir Papa, je veux t’assurer, même si les temps ont bien changé, que tes actes politiques demeurent vivants, que les brèches ouvertes alors, ne se sont que partiellement refermées. Ces actes demeureront en tous cas pour moi, et à jamais, un antidote contre la résignation et tu le sais, ils sont à l’origine de mes propres engagements associatifs et politiques.

Le monde est à nous. Il nous revient à toutes et tous de le rendre meilleur, plus libre et plus fraternel comme tu le voulais.
 
 
 
 
 :
 

Isabelle Martin, fille aînée d'Ernest Martin

« Maintenant que la jeunesse … » L’interprétation émouvante par Monique Morelli de ce poème d’Aragon vient, évidemment, aussi, pour sa famille comme une plaisanterie privée … Car Ernest Martin  notre père, aimait chanter, chanter en se rasant, chanter sous la douche et surtout à pleine voix en transformant joyeusement les paroles …selon la vieille tradition des carabins !

Évoquer donc ce qu’il a été comme père… au nom de mes frères et sœurs, bien sûr, Franck, Sophie, Stéphane, Antoine, Emmanuelle et Renaud, j’y ajoute évidemment Pauline, notre grande sœur de cœur,  et Jean et Nadette qui sont aussi notre famille, au nom de ses petits enfants aussi, pour qui il a beaucoup compté, Julia, Diane, Angèle, Alice et Victor, Joséphine et Léonie, Théo et Louise, Ethel, Baptiste, Céleste et Candice…

            Notre père a été un père de la seconde moitié du XXème siècle… Il faisait une confiance absolue à notre mère pour s’occuper de notre éducation et certes, n’était pas homme à s’occuper quotidiennement des biberons, des devoirs ou des promenades au square … quoique la tradition des promenades en forêt du dimanche après-midi quand ses occupations lui en laissaient la liberté, il y participait…

            Il faut dire aussi que nous n’avons pas eu le même père, évidemment, de l’étudiant en médecine des années 50 au médecin et à l’homme politique des années 60-70, il y a quelques différences, autant sans doute que celles qui vont de la 4 chevaux à la Clio, en passant par les dauphines, R8, R16 et autres 4L … Remarquons, au passage, sa fidélité aux Renault …Et c’est tant mieux, de ces changements dans la continuité, nous tenons aussi nos différences…

Certes, il n’était pas souvent là, certes, comme certains d’entre vous, nous l’avons beaucoup, beaucoup attendu…avant de passer à table !

            Bien sûr, avec toutes ses activités passionnément menées, les interventions paternelles étaient rares… mais elles comptaient d’autant plus et pour chacun d’entre nous, il a su être là à un moment nécessaire, à une croisée des chemins, jamais assez bien sûr, sans doute juste quand il le fallait…

            Parce que tous, nous l’admirions, c’est sûr,  tous, nous l’écoutions parler du monde comme il était et de ses projets pour le changer, de ses espoirs et de ses indignations, de ses colères et surtout, malgré tout, de sa profonde confiance dans l’homme. 

            Ce que disait « Devenir », le titre du journal qu’il a initié, « deviens ce que tu es », une injonction paternelle pas si facile certainement à mettre en œuvre…, exigeante pour ses enfants, mais aussi marque de confiance absolue sans doute…

Car fondamentalement, à nous tous, il a transmis non seulement des valeurs essentielles d’humanisme, de solidarité, de partage, mais aussi sa passion, ses passions et chacun de nous, dans ce que nous sommes devenus, peut trouver la trace, le germe de ce qui nous vient de lui… Son profond intérêt pour l’autre, sa générosité, qu’ils s’expriment à travers sa foi indéfectible dans l’action politique, sa volonté de rendre le monde meilleur aujourd’hui, son engagement de médecin, soignant des corps mais surtout des personnes, son attention permanente aux conditions d’émergence de la vie humaine, l’importance qu’il accordait à la culture, à l’art, à l’architecture,  aux multiples voies d’expression de l’âme humaine…

            Bien sûr, parfois son exigence le rendait parfois moins tolérant envers nous, qui, selon lui, avions la chance d’être ses enfants, qu’envers les autres qu’il accueillait avec tant d’ouverture et de bienveillance… Mais justement, c’était bien là la marque de son amour pour nous, tous nous savons combien il nous aimait et combien sa tendresse pouvait jaillir quand il le fallait… Fondamentalement, c’est la vitalité, les élans de la passion et un profond goût de la vie que nous lui devons.

Franck Martin, né le 3 juillet 1955, maire de Louviers


Isabelle, Sophie, Stéphane, Antoine, Emmanuelle, Renaud. Nous avons perdu notre père.

Il y a cinq ans, dès que la médecine a posé son diagnostic, nous avons bien essayé de nous y préparer. On n’est jamais prêt à affronter, ça, la mort du père.


C’est petit à petit que l’enfant sort de l’état de fusion avec ses parents. À la naissance, ils sont nous, nous sommes eux. Aujourd’hui, sans eux, nous ne sommes plus tout à fait nous-même.

Perdre son papa, sa maman, c’est perdre une part irremplaçable de soi-même. Vous me reprocherez la banalité du propos car ce drame inexorable est imposé à tous par notre condition humaine. Chacun d’entre nous a été, est, sera confronté à ce choc douloureux qu’est la perte d’un parent. Sur ce lit de braises, nous passons tous, mais personne ne peut s’y préparer, ni éviter la brulure.

 Vous me pardonnerez, mes frères et sœurs, les mots que j’ai trouvés sont bien pauvres pour exprimer l’inexprimable chagrin que nous partageons. Mais nous le partageons, et cela fait chaud au cœur, nous le partageons avec tous ceux qui sont venus ici ce matin. Ceux qui nous ont adressé tant de messages, ceux qui se souviennent d’avoir croisé le chemin d’un médecin exceptionnel, d’un maire aux si belles idées, d’un homme au si grand cœur.


ICI, la tâche devient redoutable. Comment dire ce qu’a été un homme ? On ne compte pas les romanciers qui y ont brisé leur plume.


Nous avons tous une image de lui qui nous est propre. Où trouver le dénominateur commun devant les multiples facettes d’une vie, unique comme elles le sont toutes, mais si originale par les chemins empruntés et par l’influence qu’elle a encore sur la destinée de tant d’autres.


Et même si je ne parle que de l’homme public, il n’est pas simple de trouver les points cardinaux qui ont orienté sa boussole.


Ernest Martin n’était pas un intellectuel, mais un homme d’action, guidé par ses propres valeurs et son action reste inclassable dans le champ balisé de la politique contemporaine.


Dire qu’il n’était pas un intellectuel peut choquer ceux qui, dans le souvenir de tant de soirées passées en compagnie d’un auditoire fasciné, composaient son cher comité d’action de gauche à admirer les arabesques d’une intelligence scintillante, capable d’expliquer en une phrase les ressorts de l’évolution du monde moderne, puis de passer à une visite des tréfonds de la conscience humaine, avec un détour par l’inconscient, avant d’expliquer sans transition la formation génétique de la mâchoire d’un bouledogue et la critique de l’urbanisme de Le Corbusier.


Il était capable, en humant l’air du temps, de prendre bien des longueurs d’avance sur son époque. Ainsi, maire de Louviers, de 65 à 69, les valeurs et les principes de sa gestion municipale préfiguraient le bouillonnement d’idées, l’élan libertaire de mai 68.


Mais sa pensée était libre, originale et irréductible à tous les dogmes, ces mots en « isme » qui empoussiéraient l’air du temps : marxisme, anarchisme, gauchisme ou autogestion …



On ne peut pas comprendre le chemin emprunté par mon père si on n’en voit pas le point de départ : la médecine. Sa vocation pour la médecine ne l’a pas amené vers elle comme une profession mais comme une mission, un engagement total au service de la vie.


Un médecin avant tout. Un médecin accoucheur qui aurait lu Jean Jacques Rousseau pour réinventer l’idéal humaniste par l’action politique.

Avait-il lu Jean Jacques Rousseau ? Pas plus que la plupart d’entre nous, je crois. Mais l’intuition fondamentale de Rousseau l’a certainement guidé. L’homme nait bon, la société l’abîme et si on délivre l’homme des souffrances sociales, la société sera meilleure et les hommes seront heureux.


Mais mon père était accoucheur, fasciné par la naissance des petits d’homme. Il faut l’avoir vu, avec des gestes et une voix d’une douceur irréelle, parler oui, parler à un nouveau-né pour comprendre.


Comprendre qu’il remplaçait le mythe du bon sauvage de Rousseau par la mise au monde de bébés considérés, dès la naissance comme des personnes.


Je crois que nous tenons le fil rouge de son action publique : si la naissance se passe sans violence, si le bébé et sa mère tissent une relation où se construit la confiance en soi, la certitude d’être aimé et d’être capable d’amour, alors l’enfant exprimera tout son potentiel et sera capable de s’ouvrir au monde et de s’ouvrir aux autres.


Quant à l’organisation sociale, la société, son rôle essentiel est de donner à chaque enfant le cadre de vie qui lui permette de tenir les promesses de sa naissance.

Si l’enfant tient les promesses de sa naissance, d’individu il se transformera, se construira en citoyen libre, capable d’autonomie de pensée et d’action. Et le citoyen trouvera son épanouissement dans la responsabilité sociale et la solidarité, la fraternité républicaine. Tel est, me semble-t-il, le chemin tracé par mon père, de la naissance à l’idéal humaniste. Celui de l’épanouissement de la vie. C’est là mon héritage, c’est là où j’ai mis mes pas dans les pas de mon père.


De là tout peut s’expliquer : son combat pour l’enfant ne naisse que désiré, que pour désirer l’enfant, la femme dispose librement de son corps. Sa conviction inébranlable que l’enfant est capable, comme l’adulte, d’auto-régulation et que l’éducation doit donner toute sa place à cette faculté. Sa haine de l’argent comme barrière à l’accès à la culture, voie royale de l’ouverture au monde et aux services publics, son combat pour libérer les malades de l’alcool ou de la drogue.

Ernest Martin a mis au monde des centaines de bébés. Il a soigné des milliers de patients. Sa réussite de médecin ne se mesure pas aux statistiques de la Sécu. Médecin des pauvres, des exclus, des toxicomanes, il était fréquent qu’il soigne gratuitement. Sa réussite se mesure au fait que, dans une salle d’attente toujours bondée, des malades acceptaient d’attendre 2, 3, 6 heures avant de voir s’ouvrir la porte de la consultation. Le docteur Martin prenait son temps. Intéressé très tôt à la psychosomatique, il disait qu’on ne peut soigner le corps sans soulager la tête, que l’écoute bienveillante était le meilleur médicament et que la souffrance psychique est plus destructrice que la souffrance physique. Il savait soulager les deux. Il savait aussi éveiller les consciences.

Merci à tous ceux qui ont dit et fort bien dit,  que la rencontre avec mon père avait changé leur vie. Le charisme d’Ernest tenait, je crois, à son inguérissable optimisme, à la joie de vivre qu’il trouvait dans l’action. Je crois surtout qu’il dégageait une l’exceptionnelle chaleur d’un homme qui aimait les gens autant qu’il aimait la vie, la force de la vie, son épanouissement en lui-même comme chez les autres. Un homme bon, un homme bienveillant, aussi tendre envers les faibles qu’il savait être dur envers les méchants, combattif contre les puissants. Un meneur d’hommes.

Ernest était un matérialiste militant, un athée. Il était convaincu qu’une fois que la vie quitte l’enveloppe charnelle abritant la conscience, il ne reste absolument rien que des cendres. Sauf que… mon cher papa, il reste la mémoire, la mémoire des vivants. Sauf que chacun de nous, mesdames et messieurs porte sa part de souvenir, petite ou grande, une part unique et subjective, partielle et partiale de l’homme qu’il a été et qu’il ne sera plus que dans nos mémoires et dans la mémoire de Louviers, la mémoire collective. Tout à l’heure, le maître des cérémonies vous appellera à vous recueillir un instant devant son cercueil et vous ferez revivre ce fragment de son existence que vous portez dans votre esprit et je l’espère, dans votre cœur. Et tant qu’une seule, un seul d’entre nous portera la mémoire d’Ernest Martin dans son cœur, il sera encore vivant. Et c’est pourquoi, du fond du cœur et au nom de notre famille, je vous remercie si fort, si chaleureusement, d’avoir pris un peu de temps pour faire reculer encore un peu la mort. Un peu de temps pour ce qu’il faut bien appeler une communion laïque, à la mémoire et en hommage à la vie du docteur Martin.
 

Jeune à jamais

En conclusion, s'il est possible de conclure, je me permets juste de transmettre indécemment ma contribution à la compassion collective. Forever Young, jeune à jamais, mon dernier hommage à Ernest, un titre qui m'obsède depuis samedi 25 janvier 2014.
 
 
 

mercredi 5 février 2014

Tout sur Ernest Martin

Encore une danse, Ernest !
Pas question, bien sûr, de tout dire sur Ernest Martin. Chacun d'entre nous garde en lui sa part de l'immense personnage et, bien qu'il fût le plus ouvert des hommes que j'aie rencontré, Ernest a heureusement emporté avec lui sa part de mystères.
J'ai cependant tenu à reproduire intégralement les hommages qui lui ont été rendu, lors de la cérémonie du 3 février 2014.
Un député, un médecin, deux militants de la première heure, et trois de ses enfants s'y sont exprimés, délivrant tour à tour une part du personnage, une couleur de son arc en ciel.
Je n'ai pas su trouver sur internet la version a cappella du Temps des Cerises par Yves Montand, qui fut diffusée avant les discours. Je vous en livre une version musicalisée. Les chants ont su colorer la cérémonie.

 




Hommage de François LONCLE à Ernest MARTIN

3 Février 2014

 

Mme la Sous-Préfète, cher Franck, chers amis,

 

Tout est presque dit dans cette séquence si émouvante qui vient de se dérouler : la magnifique interprétation a cappella du Temps des cerises par l’ami Yves MONTAND. Le célèbre chanteur – acteur était d’ailleurs notre voisin et Ernest m’avait demandé d’aller le voir pour sauver les cinémas de Louviers, ce que MONTAND avait fait.

 Chers amis, les enfants et les petits-enfants d’Ernest MARTIN savaient qu’ils avaient un père et un grand-père exceptionnel. Nous savons quant à nous que le Docteur MARTIN et l’élu de Louviers, maire puis adjoint d’Henri FROMENTIN, a marqué à jamais les esprits de son empreinte. La générosité, l’innovation, l’attention aux autres et singulièrement aux plus faibles ont constamment guidé ses pas.
 

Permettez-moi de relater deux moments dont Ernest MARTIN a été l’acteur et dont j’ai été témoin, deux rencontres privilégiées, à trente-cinq ans de distance.

 

En 1978, dans la propriété des Monts, la maison de Pierre MENDÈS FRANCE, il y a eu ce rendez-vous à quelques-uns,  Henri FROMENTIN, Ernest bien sûr, le président MENDÈS FRANCE et moi-même. Quelques amis nous entouraient. Il y a eu chez lui et dans le jardin, plus d’une heure de conversation. Rien n’était plus dissemblable, vous l’imaginez, que la personnalité de Pierre MENDÈS FRANCE et celle d’Ernest. Et pourtant, il y eût entre eux, je dirai, presque une communion, une approche commune, en tous les cas, extraordinaire. Une compréhension, un sens du bien commun et de la rigueur qui les rapprochaient. Une conversation magnifique et évidemment, elle a marqué ceux qui en ont été témoins.

 

35 ans plus tard, en Janvier 2013, au Musée de Louviers, pour l’exposition d’hommage à Pierre MENDÈS France, Ernest MARTIN pourtant très affaibli, a livré en quelque sorte au Président de la République François HOLLANDE son dernier message, profondément humaniste, en évoquant l’action et la méthode du Président MENDÈS FRANCE. Le dialogue fût encore une fois splendide et émouvant. Franck s’en souvient à coup sûr.

 

Chers amis, face aux vents mauvais, aux forces sombres qui menacent la société française, les saines intuitions, les coups de gueule, la capacité d’Ernest MARTIN à mener le combat républicain et citoyen nous manquent déjà.

 

Mais c’est Ernest MARTIN qui nous manque tout simplement. Le salut que j’adresse à Ernest MARTIN n’est pas un salut de familiarité, c’est le salut du respect.

 

Salut Ernest



Marie-Hélène Gâteau, adjointe au maire de Louviers, médecin.

Ernest Martin, le Docteur Ernest Martin, oui c'est du médecin que je veux parler.
Cet homme qui a su tout au long de sa carrière médicale si bien incarner le serment d'Hippocrate, trop souvent bafoué aujourd'hui.
Sa générosité d'âme et de cœur lui ont permis de mener des combats trop souvent étiquetés comme perdus d'avance
  • combat contre l'alcool
  • combat contre la drogue
  • combat pour une naissance sans violence
  • combat pour le choix des femmes à désirer ou non leur grossesse et tant d'autres combats si bien menés.

Ce médecin complètement désintéressé par le matériel mais tout à la souffrance de ses patients s'est efforcé de transmettre ces valeurs qui lui étaient chères, aux étudiants en médecine qu'il a accueilli dans son service à l'hôpital ou comme remplaçants dans son cabinet.
Ces étudiants dont j'ai fait partie
Pour tout cela, je vous dis "merci Ernest".



Denis Laheye

                                                            
Salut Ness !


Depuis Samedi matin nous sommes  sous le choc !

Notre ville que nous aimons tous  a perdu un homme qui aimait passionnément sa ville

Mais Ernest Martin aimait plus que tout servir et défendre les hommes, les femmes et les enfants.

Tout au long de sa vie Ernest Martin a agi avec une priorité :

Tout faire pour que chaque individu puisse dès son enfance  et pendant toute sa vie exercer son libre arbitre.

Ses engagements, politiques, professionnels associatifs étaient des outils au service de cet objectif.

C’est en cela qu’il était un homme immense.

Immense par son intelligence, 

Ses capacités d’analyse et de diagnostic lui donnaient  une longueur d’avance dans   les multiples actions qu’il menait. 

Immense car c’était un grand visionnaire.


Avant tout les autres il avait créé à Louviers :

Un atelier d’urbanisme pour penser la ville et prévoir son avenir

Un service de transport en commun

Un service culturel

Un service d ‘éducation permanente 

Un service famille car il avait compris l’importance de la famille dans la construction de notre personnalité

Un service de planification familiale pionnier dans la défense des droits des femmes.


Immense par son charisme et sa capacité à entrainer avec lui des hommes et des femmes venus d’horizons très différents mais tous unis pour transformer notre société et notre ville. Le comité d’action de gauche incarnait cette union.

A cette occasion je voudrai ici saluer la mémoire d’Henri Fromentin (un homme extraordinaire) ami, complice des moments difficiles qui vint lui proposer son aide en 1969 pour reconquérir la mairie. Ce qu’ils firent en 1976.


 Immense pour la naissance non violente qu’ont vécu des centaines d’enfants et de parents grâce à  Ernest Martin  qui avait compris l’importance des premiers instants de la vie d’un enfant pour la qualité de sa relation à sa famille et au monde qui l’entoure.


Immense car si Ernest Martin était dur avec les puissants, il défendait les droits des plus faibles et surtout leur dignité.


Immense car Ernest Martin fuyait les honneurs, méprisait l’argent, d’ailleurs son total désintérêt forçait l’admiration de ses adversaires.

Nous gardons en mémoire les nombreuses joutes verbales  qu’Ernest Martin a menées dans ses combats pour défendre une certaine idée de la politique, une certaine idée de la vie dans notre ville.

Si nous sommes tristes depuis samedi, nous n’avons pas perdu espoir car d’autres « Ernest Martin » se sont levés et se lèveront pour agir dans leur quête d’une société plus juste.

Maintenant j’ai une pensée Pour Nicole Sa femme qui a rendu tout cela possible.

Depuis samedi chacun de nous a retrouvé dans sa mémoire un moment, une rencontre avec Ernest Martin qui nous a marqué et peut être changé notre vie.

Si chacun de nous essayait de défendre ou de reprendre un combat (ils furent nombreux)  qu’il a mené, ce serait une belle manière d’honorer sa mémoire.

Enfin à titre personnel j’adresse à  Ernest Martin un dernier «  Salut Ness « tu nous a tant donné !


François Bureau, militant du cag, ex-adjoint de la municipalité Fromentin-Martin


 
 

Mon cher Ernest, c’est en forme de dédicace que j’ai écrit ces quelques mots. Une immense reconnaissance tant je m’aperçois  aujourd’hui encore combien tu as influencé le cours de ma vie, ma relation au monde et aux autres et ma carrière professionnelle, dans la culture surtout. Et, je crois qu’en portant ce témoignage, beaucoup reconnaitront cette incontournable influence.

Entre nous, ça commence en 63. Je parcourais alors les salles de Louviers avec mes appareils à projeter les films. Et Nicole, ta femme, venait me chercher pour me conduire au « Chalet ». Le fameux « Chalet » qui allait devenir le lieu du Comité d’Action de Gauche plus tard. Et là, tu avais créé la magnifique communauté des buveurs guéris « La Croix d’Or ». Je venais régulièrement projeter des films dans ce lieu magique où tu animais des discussions. J’y ai senti un bien-être, une joie de vivre, un lien très fort entre eux. Et j’ai vu les 1ères étincelles dans les yeux des hommes. C’est ainsi que je t’ai connu Ernest. Je me suis dit alors qu’il ne fallait pas que je m’éloigne de cet homme-là.

            Très vite, tu es devenu maire de Louviers. Là encore, j’ai été amené à accompagner ton action culturelle. J’assurais les projections Salle de la Rotonde au Musée. J’ai alors assisté à une véritable révolution culturelle. Tu accordais une très grande importance au Musée de la ville et à sa bibliothèque. Tout le monde se souvient des magnifiques expositions occupant le lieu : L’Exposition Mondiale de la Photographie, Les Estampes Japonaises, l’Exposition sur le Verre où, chaque soir, un souffleur de verre enchantait le public. Joyeux, les enfants repartaient avec leur petit objet en verre. Sans oublier le magnifique concert des structures sonores de verre Lasry et Baschet au cinéma l’Eden. Et puis, il y a eu cette idée absolument géniale de créer une exposition qui mettait en vis-à-vis des peintres professionnels et des peintures d’enfants. Ca en disait long sur ta démarche Ernest. Le sillon était tracé. Il suffisait de se rendre au Manoir de Bigards pour voir le merveilleux monde de la création que tu avais mis en place et l’enchantement des enfants. A nouveau, j’ai vu des étincelles plein leurs yeux. « Susciter les envies à chaque instant de la vie, se réaliser, tenter des expériences, provoquer la curiosité pour tout et partout », selon tes propres mots.

            Ce qui a été affiché sur les murs de la ville dès 69 est une profession de foi permanente : EDUCATION PERMANENTE, CULTURE POUR TOUS, EXPRESSION LIBRE… et ce mot si fort donné au journal du Comité d’Action de Gauche : DEVENIR… A tes côtés Ernest, il y avait cette irréductible exigence, cette conviction profonde : comprendre le Monde c’est aussi comprendre des choses de soi. DEVENIR implique un travail permanent sur soi. Tu nous dictais alors les bases d’une éthique personnelle pour devenir et rester libre.  Tu répétais sans cesse « Il n’y a pas de vie, d’action politique et d’engagement sans une transformation de soi, il nous faut tout faire pour faire sauter chaque jour un petit verrou ». En aucun cas, nous devions prendre un quelconque pouvoir si nous n’étions pas conscients de cela. Pour toi Ernest, la CONSCIENCE DE SOI était une chose capitale. Tu nous creusais là un sacré sillon…

            Et si j’osais confondre ton engagement politique et ton statut de médecin, je dirais que tu étais très attentif à LA PERTE DE CONNAISSANCE, qu’il faut en permanence se créer des ANTICORPS pour affronter le monde. Et surtout, il y a un endroit du corps qui pour toi est le plus exposé à la pathologie : LE NOMBRIL. Ne pas être tenté de le regarder pour garder la faculté de regard devant soi, vers le MONDE et les HOMMES… Je vois encore les multiples sourires quand tu tenais ce discours.

            Homme de culture tu étais et tu l’es resté toute ta vie. Sans aucun doute, avec LA FAMILLE et L’URBANISME, la CULTURE était pour toi d’une importance capitale. Domaine du questionnement, de l’enrichissement et du rayonnement de soi, d’une prise de risque aussi. Toujours pour le DEVENIR d’un Être libre. Des mots que nous avons entendus et qui résonnent encore très fort en nous. C’est une question de SURvie comme tu nous disais.

Homme de culture tu étais ; avec une vie intellectuelle hors du commun et une pensée sans cesse en mouvement. Tu n’affichais jamais ton domaine de connaissance en public. Mais alors, lorsque nous allions à ton cabinet pour nos petits tracas et que tu nous retrouvions dans l’intimité, Il nous suffisait d’exprimer quelques points de vue, quelques pensées personnelles et tu nous citais des œuvres majeures, dans tous les domaines artistiques. C’était un vrai plaisir et nous sortions guéris mais surtout moins bêtes, ce qui participait à la guérison de soi.

            Il y a eu les Heures Chaudes de St Germain des Prés, les Heures Chaudes de Montparnasse et, lorsqu’on se penche sur cette magnifique et folle époque que tu as su si bien amener, on se dit qu’il y a eu les Heures Chaudes de Louviers. ERNEST, ton nom était JOIE. Je reprends là le titre d’une œuvre d’Armand GATTI, un homme que tu as connu et soutenu. Il a toujours pour toi une profonde admiration pour ce que tu as initié. On se souvient d’un merveilleux article sur Louviers et ton action  dans un Nouvel Obs de mai 69, il était écrit par Hélène Chatelain, la compagne de Gatti.

Ce que tu as ouvert en grand pour nous tous est sans mesures. N’oublions jamais qu’à coté de ton activité de médecin, de ton engagement politique, de tes multiples passions et de ta disponibilité sans limites pour l’autre tu as aussi, aux cotés de Nicole, ouvert toutes tes maisons.

Et, s’il y a eu une Maison Bleue à San Francisco, il y a eu des maisons de toutes les couleurs Rue du Mal Foch, à Vironvay, à Pinterville, au Chalet. Il y a eu aussi, j’en suis sûr, de la couleur dans toutes les maisons où sont nés les « Enfants d’Ernest ». Ils sont nés sans violence dans tes mains Ernest. Ils sont nombreux à grandir aujourd’hui avec eux aussi plein d’étincelles dans leurs yeux.


Tu sais Ernest, je vais te faire une confidence, tu peux partir en paix. Vendredi dernier je suis allé au Moulin assister à la Fête des Vœux. Et combien j’ai été touché de voir la population heureuse d’être là avec, eux aussi, des étincelles dans leurs yeux. Il se passe donc toujours quelque chose de magique dans ta ville…


Va mon Cher Ernest, poursuis ton chemin, sans doute vers le Pays de l’ultime Utopie.

Je sais, il y a encore des combats à mener, difficile aussi de retenir sa colère face aux injustices de ce monde, mais juste un moment je ne garderai pas mon poing fermé, juste un moment ma main restera ouverte, juste pour tenir la tienne et te retenir, juste un moment pour me faire pardonner d’avoir parlé à l’imparfait face à toi, d’avoir empreint ce texte de tant de nostalgie. Mais comment ne pas être nostalgique après avoir vécu de si forts moments à tes cotés. Et te retenir encore un peu tant il est vrai que tu as connu de grands moments de solitude. Et c’est le prix de cette nostalgie, nous ressentons nous aussi aujourd’hui une certaine solitude, comme un petit vertige. Alors pour tout ça, je finirai par quelques mots magnifiques de Michèle Lesbre. Ils sont extraits  d’un livre qu’elle a écrit Un lac immense et blanc. Ce livre parle avec une grande délicatesse de l’époque que nous avons vécue. Des mots que tu aurais pu prononcer toi aussi, des mots en forme de promesse que nous te faisons tous aujourd’hui :

« Et la nostalgie se mue en joie. En cette journée particulière, la solitude aura moins que jamais le goût des renoncements. »



 
 
 
A suivre, demain, les discours de Renaud, Isabelle et Franck MARTIN