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mercredi 27 janvier 2016

Ah Christiane ! Nous nous sommes tant aimés ...

Christiane Taubira à Evreux, lors de l'inauguration de la place
Aimé Césaire entre Michel Champredon et Franck Martin,
alors maires d'Evreux et de Louviers.
J'ai connu Christiane Taubira en 2002. Je m'étais précipité à Paris sitôt connue sa candidature. Je tenais à faire la campagne de la candidate du parti radical de gauche. 
 
Cette campagne a été bouleversante. Elle a été bouleversante dans son essence même, puisqu'elle a permis la confrontation de personnalités nouvelles, elle a été bouleversante par son résultat puisque pour la première fois dans l'histoire de la 5e République elle a amené l'extrême droite au deuxième tour. Enfin, c'est une période qui m'a marqué personnellement, puisque ma mère venait de subir une attaque et avait due être hospitalisée en avril 2002, juste au début de la campagne officielle.   
 
 
Je garderais à jamais le souvenir de la route qui me conduisait de l'hôpital de Grenoble où elle venait d'être hospitalisée, à la station de ski de La Plagne où je devais rejoindre ma nouvelle petite famille recomposée. La radio vomissait un flot insupportable de discours sécuritaires, portés  par l'ensemble des candidats. C'était la carte de la sécurité que Chirac avait sorti comme atout-maître et dans laquelle s'engouffraient les Le Pen, Chevènement, Jospin, Mégret dans un sinistre concours au prix du Père Tape-dur[1]
Seule dans ce concert d’appel à la remise en cause  des principes de la justice et de la protection des mineurs, Christiane Taubira appelait à la République du respect et à la citoyenneté.   
Seule dans ce concert d’appel à la remise en cause  des principes de la justice et de la protection des mineurs, Christiane Taubira appelait à la République du respect et à la citoyenneté. 
Quelques années après son passage à Louviers, Christiane
Taubira est devenue une figure emblématique de la gauche. Ici,
à l'assemblée Nationale, elle donne avec le sourire, la leçon aux
vieilles badernes ... Elle aussi capable de faire franchement la
gueule, mais ça, ce sera pour plus tard.
Elle était venue à Louviers[2], où une salle pleine l'avait accueillie, éberluée par ses qualités d'oratrice. Plus tard d’ailleurs, lorsque je l’avais ramenée chez elle en voiture, elle m’avait raconté, son goût pour les mots, la poésie, le plaisir qu’elle avait à apprendre des poésies par cœur, et à se les réciter ... ces mots qu’elle suçait avec gourmandise et sensualité, bref, tout ce qu’on a retrouvé magnifiquement lorsque la magnifique Christiane s’est opposée aux vieilles badernes réactionnaires au sujet du mariage pour tous.
Voilà, tout est dit. Peut-être mal dit, mais c’est dit. Cette campagne, je ne l’ai jamais regrettée. Elle m’a fait connaître une figure majeure de la politique, même si dans la suite immédiate de la campagne, personne n’aurait pu dire ça. Il faut voir ce que j’en,  ce que les radicaux ont entendu d’avoir soutenu Taubira. Les désaccords ont même sonné à l’intérieur du prg.
Plus tard, en dépit des désaccords avec elle sur l’Europe et sur ses accointances avec Montebourg, je n’ai jamais regretté cet engagement. Je continue toujours de penser que le pire dans ce type de situation est de ne pas s’engager.
 "Nous voulions changer la vie, mais la
 vie nous a changé",  phrase référente du film
d'Ettore Scola mort ce 19 janvier.
C'eravamo tanto amati, nous nous sommes
tant aimé en français.

 
Je pense qu’effectivement, elle a raison de démissionner. Question de respect des institutions. Comme l’avait dit avec délicatesse Chevènement : un ministre, ça démissionne ou ça ferme sa gueule. Or, Christiane avait déjà beaucoup parlé. Je considère pour ma part que je n’ai pas les éléments pour trancher sur le sujet de la déchéance de nationalité. Je persiste à penser qu’il s’agit d’un désaccord politique mineur, parce que, contrairement à la mousse faite autour de la sécurité en 2002, le risque est bien réel. Je persiste à penser que si l’on était d’accord avec le Président de la République au lendemain du 13 novembre, on ne peut pas le lâcher trois mois plus tard même si je comprends qu’il y ait débat.
N’empêche, je persiste : à la suite des catastrophiques Pascal Clément, Michel Mercier, Michèle Alliot-Marie, Rachida Dati, en dépit de certains autres qui ont fait le job, Christiane Taubira a été la meilleure ministre de la justice de la 5e République après Robert Badinter. Quoi qu’il advienne, j’aurais apprécié ses qualités humaines et ses capacités de travail et la nécessité d’une telle personnalité dans le monde politique. Et je reste content, d’avoir à mon faible niveau participé à son éclosion.
 
 




[1] La télévision relayait jusqu’à la nausée les images de Paul Voise, un retraité agressé à Orléans et qui démontrait que la France vivait en grand état d’insécurité. Les études menées par la suite, tant par la police que par la presse critique ont amené les plus grands doutes sur la réalité de l’agression


[2] Marrant d'ailleurs comme Louviers avait joué un rôle clef dans cette campagne puisque c'est là que Besancenot avait tenu à lancer la sienne, devant son vieux lycée avec Pierre Vandevoorde, son vieux prof d'allemand.  
 

 
 




vendredi 8 août 2014

Faut-il élire les juges ?

Forum républicain, suite ...

Quoi qu'on ait pu en dire, Christiane Taubira reste une
figure de proue de la gauche et du radicalisme. Elle animera
le débat sur la question délicate et fondamentale de l'élection
des juges. Je suis prêt à parier qu'il y aura beaucoup de monde
pour l'entendre.
Atelier samedi 18 octobre à 11h15,
Intervenants : Christiane TAUBIRA, Alain TOURRET, Béatrice PATRIE et Jean-François ARRUE

Les accusations d‘instrumentalisation politique de la justice sont aujourd’hui très fortes d’autant que les affaires liées à des élus font régulièrement la « une » des média. En effet c’est devenu une habitude pour certains hommes et femmes politiques, de remettre en cause l’impartialité des juges
dès que ceux-ci prennent des décisions qui ne leurs plaisent pas. Plus que ces comportements indignes d’élus républicains, c’est l’écho que trouve ces accusations dans l’opinion qui est
préoccupante.

L’organisation même du système judiciaire français porte-t-elle une part de responsabilité ? En effet, les magistrats du parquet étant nommés par la chancellerie il y a donc une potentielle asymétrie
entre les pouvoirs exécutif et judiciaire, un mélange des genres qui pourrait brouiller la perception que nos concitoyens ont de la justice. L’enjeu est donc de savoir comment faire disparaître toute
ambiguïté quant à l’origine des décisions de justice. Dès lors, faut-il élire les juges ?

L’élection des juges permettrait-elle de leur donner une véritable légitimité et indépendance tout en les rapprochant des citoyens ? Cependant n’y aurait-il pas un risque que les décisions prises par ces juges, scrutés par leur électorat, ne soient prises en fonction de choix politiques en vu d’une élection ou d’une réélection. Dès lors le juge qui prendrait une décision sera-t-il motivé par le fait qu’elle est juste et en accord avec la loi ou par le fait qu’elle plaira à ses électeurs ? 
Alain Tourret, député-maire de Moult, près de Caen, n'est
pas seulement un défenseur de la réunification Normande.
Le parlementaire radical est aussi un infatigable défenseur
des libertés qui s'est battu contre le principe de détention
provisoire.
Comment faire pour juger sereinement le personnel politique ? Comment redonner la certitude aux citoyens que les décisions prises n’ont pas été influencées par le pouvoir en place ? L’élection est une
réponse drastique, choisie d’ailleurs par de nombreux pays dont les Etats-Unis. Il existe également des mesures intermédiaires comme une plus forte séparation entre le parquet et la chancellerie ainsi qu’une condamnation systématique de la remise en cause d’une décision judiciaire (c’est un délit).

La procédure inquisitoire qui est celle de la procédure française doit-elle faire place à la procédure accusatoire où le juge joue un rôle plus passif ? Quid du secret de l’instruction devenu, notamment
dans les dossiers politiques, un leurre ?

Le Parti radical de gauche ose poser les questions
fondamentales qui sont constitutives d'une
réflexion constitutionnelle. Élire les juges, comme en
Amérique ... voilà qui changerait bien des choses  et
peut faire peur.  
Enfin, ne serait-ce pas aussi un problème de prise de conscience collective sur le rôle de la justice et sa légitimité à juger et condamner des citoyens que nous avons élus ? Et d’aller donc contre le choix
démocratique du peuple souverain. En effet la décision judiciaire est le seul cas ou la volonté populaire exprimée par le vote peut être remise en cause et qu’une personne élue peut être démise de son mandat















jeudi 17 juillet 2014

Peut on mettre la connerie en prison ?

Anne-Sophie Leclère, a fait du racisme et de la vulgarité son
 escalier vers la gloire. Elle paie cher son 1/4 d'heure de célébrité.
Quand on vous le dit que la prison n'est pas la solution !
C'est Christiane Taubira elle-même qui le dit. Et c'est même ce qui offense toute la droite réactionnaire. Tout ça parce qu'elle se rend victime de sa propre posture, en s'asseyant sur le besoin de vengeance de la population.
Bien sur, on ne peut pas s'empêcher de sourire quand on voit les tenants du tout répressif, ceux qui parlent de laxisme à tout bout de champ, s'estimer victime d'une justice trop sévère. Qu'il s'agisse de Sarkozy il y a quelques jours ou d'Anne Sophie Leclerc, candidate du Front National qui avait été afficher son racisme sur Facebook, oubliant que ce qu'elle disait en famille ou avec ses copains constituait un délit au point qu'elle s'est trouvée virée du Front National. Comparer Christiane Taubira à un singe lui suffisait comme argument politique. Elle avait oublié que l'apartheid a été rayé de la carte politique, qu'on est en République, et que, précisément, l'humanité a tellement été victime du racisme, qu'il existe dans l'arsenal législatif de quoi se prémunir contre la diffusion d'idées qui ont amené l'humanité au bord du gouffre.

Heureusement, il y a des lois

C'est donc pour ça que les propos de la Morano, tentant de rapprocher sa situation de celle de Christiane Taubira sont hors de propos. Ce n'est pas l'insulte en soir qui est répréhensible et qui a été condamnée, c'est son caractère raciste.
Cela dit, il y a quelque chose qui me dérange profondément dans la condamnation à 9 mois de prison de l'ex-candidate du Front National. Pas la sévérité de la peine, non. Parce qu'effectivement, il est inadmissible dans notre République moderne qu'un candidat à une élection fasse du dénigrement d'un individu pour sa couleur de peau un argument électoral. C'est un fait grave, aggravé encore par le fait qu'il s'attaque au troisième personnage de l'Etat, et qu'il a choisi une médiatisation de son comportement.
Non, c'est pas la sévérité de la peine. C'est le fait qu'elle soit complétement inadaptée. La prison est quelque chose de terrible, on l'oublie trop souvent. La droite a, c'est vrai, une lourde part de responsabilité dans cet oubli, elle qui a tendance à faire de la dénonciation des prisons 4 étoiles son fond de commerce. Il n'empêche, elle est souvent inadaptée à la réparation de la faute, qui est essentielle et à la réinsertion sociale, qui devrait être le but premier de la peine.
Etienne Noël, lors du café radical du 5 décembre 2008
Bien entendu qu'il faut punir ! Nous avons besoin de justice. Mais la punition n'est pas un but en soi. je n'oublierai jamais que l'un des plus horrible fait divers que j'ai eu à connaître dans mon existence est celle d'un homme qui s'est fait assassiner et manger par son compagnon de cellule à la prison Bonne Nouvelle à Rouen. Ce cas avait d'ailleurs été évoqué par l'avocat Noël Etienne, qui était venu à Louviers animer l'un des plus émouvants cafés radicaux que j'aie organisé. Or, pourquoi ce jeune homme avait il été enfermé dans la même cellule qu'un monstre psychotique qui l'avait assassiné ? Pour défaut de permis de conduire, suite à récidive de conduite alcoolisée. C'est peu dire que c'est cher payé ! Même si, c'est entendu, la conduite en état alcoolique fait beaucoup plus de mort que le vol de pavillon de banlieue. Mais, face à la bêtise raciste, face à la conduite alcoolique, la prison est-elle une solution adaptée, si grave soit la faute.
Je ne parle pas bien entendu de ce qu'est la détention préventive dont Olivier Aubert a démontré l'incohérence par les faits et par l'absurde. Sans doute notre société n'est pas à même de se passer de prison. Sa puissance symbolique est nécessaire. Mais tout ce qui peut amener à des peines alternatives sera nécessairement un progrès. 
Le fait que la démonstration en soit donnée par ceux qui se complaisent dans une posture d'aboyeur contre une justice laxiste est là toute l'ironie de l'histoire.
 

dimanche 27 avril 2014

12 years a slave

Nos ennemis dessinent notre visage. Avant son enlèvement,
Solomon Northup n'imagine pas pouvoir un jour être esclave,
tout juste s'il se vit comme noir... un peu à l'image de ce que
racontent ces rescapés des camps, qui avant l'antisémitisme
d'état ne se vivaient pas comme juifs.
C'est un film terrible.
On me pardonnera d'en parler de manière décalée, quelques mois après sa sortie.
Il se trouve que je ne me suis donné l'occasion de le voir que la semaine dernière. Après tout, pour un film fort, quelle importance. Il est appelé à rester une référence pendant longtemps.
Le film raconte une histoire terrible et vraie.  Un jeune père de famille, musicien, habitant New York, se voit proposer un projet de tournée par deux imprésarios. Au cours d'un passage à Washington,  les deux agents boivent avec lui, le soûlent,  et se révèlent être d'infectes escrocs, ce que notre héros ne comprend vraiment qu'en se réveillant enchaîné au fond d'une geôle et sa vie bascule ... pour douze ans. Le voilà transformé en esclave. Et là au delà du cauchemar, nous avons la peinture insupportable de ce qu'a été la vie quotidienne de millions de gens dans les états du sud des Etats Unis d'Amérique au XIXe siècle.
Avant ce film, je me suis souvent demandé comment ça se passait de devenir esclave, par quelle magie on pouvait passer du statut d'homme libre à celui d'esclave. Le film y répond en quelques secondes. Après une nuit de conditionnement physique, enchaîné, quelques coups douloureux à chaque velléité d'autonomie, on en arrive à accepter une identité nouvelle et tout dérape par le choix qu'on fait de vouloir survivre, choix d'autant plus évident qu'on ne comprend pas ce qui vous arrive. 
La réalité arrive rapidement, entre son achat par un grand propriétaire, qui n'accepte qu'à contre-cœur de posséder des esclaves, ce qui ne l'empêche nullement d'être un rouage d'un système forcément inhumain. Entre les enfants qu'on sépare de leur mère par calcul financier, ce calcul financier qui se trouve être la protection de chaque acteur dans l'abomination esclavagiste. 
Ce n'est pas tout. En fait, le premier travail consiste pour l'esclavagiste de couper "son bien" de son humanité et de son identité. Ainsi, l'esclave ne possédera rien, pour mieux être possédé, et ne devra faire preuve d'aucune compassion. Cela donne les scènes terribles où l'on passe à côté de supplices, pendaisons (punition réservée aux tentatives d'évasion ou aux rebellions), peines de fouet (punition réservée à ceux qui ne ramassent pas assez de coton), en devant ignorer la scène.
Les deux heures du film sont une suite d'horreurs, mais aucune d'entre elles n'est gratuite. Elles ont toutes un sens qui nous permet de comprendre l'abomination historique et l'horrible contrainte psychologique, sociale et physique qui nous permet finalement de comprendre que nul ne peut se sentir totalement étranger à ce phénomène. Sans doute les scènes que l'on retiendra sont celles où l'on voit le héros du film contraint de fouetter la femme qui est amoureuse de lui, conséquence d'un caprice de la propriétaire, de même que celle où pendant de longues minutes notre héros résiste à une pendaison en se tenant debout dans une terre boueuse avant que son sauveur de propriétaire ne vienne le tirer de là... et pendant ce temps là, autour du supplice, chacun s'indiffère. Parce que le plus fort est bien  cette terrible ambiance, cette lâcheté comme mode de survie, ces personnes torturées, pendues devant soi, et sur lesquelles toute compassion, toute question est impossible sous peine de mort... Alors on passe devant le paysage abominable, en digérant l'indigérable.
Mais rien n'échappe au désespoir, si ce n'est la certitude que cela se terminera bien. Puisqu'on sait qu'il s'agit d'un récit, c'est que le héros s'en est tiré ! Et puis on sait aussi que l'esclavage sera aboli aux Etats unis, mais il aura fallu plus de trois siècles, le héros lui est mort après1957, soit 4 ans après sa libération et douze ans avant l'abolition officielle de l'esclavage ...
Ce n'est que par l'intervention judiciaire qu'il parvient à être libéré, l'esclave ayant pu faire parvenir un message à sa famille et à ses proches par l'intermédiaire d'un travailleur libre. Rappelons qu'il s'agit d'un rapt. Le juge vient donc soustraire le propriétaire de son bien sous ses hurlements... et sous les regards de ses frères en esclavages pour lesquels la loi ne peut encore rien.
Christiane Taubira, descendante d'esclave, à l'origine de la
loi qui reconnait l'esclavage comme crime contre l'humanité.
Et voilà ! Après 12 ans, Solomon Northup retrouve son identité et sa famille. Sa petite fille est devenue mère de famille, il revoit sa femme, son gendre, ses enfants. Et que leur dit il après ces douze années d'enfer ? 
"Pardonnez-moi ..."
Dans cette demande sans doute réside toute la culpabilité, celle-là même sans doute qui lui a permis d'endurer et de supporter l'insupportable. Toute cette faute intégrée qui lui a permis d'écrire le livre à l'origine du film, qui l'a déterminé à se battre pour l'abolition de l'esclavage, mais qui ne l'a pas pour autant transformé en héros. 
Solomon Northup est mort incognito, on ne sait où et on ne sait pas exactement quand ... Il aura eu le temps d'écrire un livre, oublié repris 150 ans plus tard par le réalisateur britannique Steve Mac Queen (rien à voir avec l'homonyme célèbre).
Solomon Northup aura juste été indispensable à l'humanité.




lundi 27 mai 2013

La droite décomposée ...

Manif à Evreux, à l'occasion de la venue du premier ministre.
Ils n'étaient qu'une petite cinquantaine dans ce combat dérisoire
 et scandaleux qui consistait à défendre l'image dépassée de la
  famille quand Jean-Marc Ayrault venait mettre en place un
système d'alerte pour femme battue.
La révolte contre une société plus ouverte est heureusement sans avenir.
Au fond d'eux mêmes, les dirigeants de droite sont d'accord avec la gauche et la majorité de la population française qui défend le droit à l'égalité pour tous dans le mariage.
Les politiques ne se grandissent jamais à envoyer leurs troupes se fourvoyer dans les combats qu'ils savent perdus.
Les hommen, bande de joyeux imbéciles fascinés par la lutte
anarcho-féministe des femen. Rien de neuf sous le soleil,
La jeunesse des quartiers chics s'encanaille en mimant les rites
de contestation. Au 19e siècle, on se formait à la bagarre pour
amener les ouvriers au respect de l'ordre social.
.
Leur attitude est  dérisoire lorsqu'ils mènent ce combat au nom de la vérité (un papa et une maman (slogan complétement décalé par rapport à l'évolution de la société), il est scandaleux quand il est mené au nom de l'efficacité politique. Comment pourront-ils, comment peuvent  être pris au sérieux.
Alors, bien sur, il y a les colères, il y a les révoltes et l'envie d'en découdre. Mais pour contredire le slogan maoïste qui disait qu'on a toujours raison d'être en colère, disons que  la colère est là précisément pour donner l'illusion de la raison...
Ainsi donc, le vote du mariage pour tous, a fait cruellement ébranler toutes les certitudes des catholiques intégristes. Plus la société évolue, et moins leurs mouvements, leur rites, n'ont de sens.
En fait, en prenant partie contre un monde qui s'ouvre au monde, contre un monde qui refuse de tenir compte de leur vision étroite, les manifestants s'enfoncent dans le discours infantile de ceux qui refusent de grandir. Là est sans doute le fond de leur désarroi et de leur slogan : un papa et une maman., nous voulons rester des enfants.
A cet égard, l'attitude de Fillon, de Bruno Lemaire, de Kosciusko Morizet et Juppé même est juste une attitude adulte et est à l'honneur de la politique.
Reste l'attitude de Copé et ses calculs à deux euros !
La droite a pris goût à la manifestation et au plaisir de masse. Une faible marge s'est encanaillée et a pris goût au combat de rues, s'attaquant au crs et aux journalistes. Cette faible marge va se construire en politique à la droite du front national ... et cela durera ce que cela durera. Comme dirait l'autre ça leur passera avant que ça me reprenne (enfin, je ne fais que faire un parallèle hardi entre la révolte gauchiste et celle des enfants des beaux quartiers).
Le 27 mai a été le baroud d'honneur d'un mouvement qui n'a pas de sens et qui a fait rêver une partie de la droite incapable d'admettre le jeu démocratique et le fait qu'elle est dans l'opposition. Maintenant, le rêve est fini. La droite va se rendre compte qu'elle a perdu beaucoup de temps là où elle pensait en gagner. Après le burlesque épisode de la guerre Copé/Fillon, elle a travaillé à augmenter le nombre de ses déçus, alors même qu'elle n'a pas commencé à élaborer le début d'un programme. Les plus lucides de ses représentants en mesurent déjà  le gâchis !
 

 


jeudi 21 février 2013

Cohn Bendit : fin de parti ?

Cohn Bendit a beau annoncer sa retraite
de la vie politique, il sait aussi ce qu'il
lui doit  ! l'important n'est pas tant dans
 le titre que dans la ponctuation qui suit.
Cohn-Bendit,  notre enfant gâté de la politique, vient enrichir les rayons des libraires de son dernier brûlot : Pour supprimer les partis politiques !? 
Malgré tout l'admiration que j'ai pour le personnage, je ne suis pas prêt de rendre ma carte du parti radical de gauche.
Nous pouvons faire avec Daniel Cohn-Bendit, la liste de tous les défauts des partis politiques. Il privilégie l'action face à la réflexion, ils sont d'abord groupes de pression avant d'être porteurs d'un projet. Ils privilégient les ambitions personnelles quand il faudrait définir un projet collectif...

Pas faut que tout cela ! Après tout, les partis politiques sont les enfants de la démocratie, et la démocratie est bien, pour reprendre la formule de Churchill : le pire des systèmes à l'exception de tous les autres.
La vie politique, celle qui frustre notre ami Cohn-Bendit, est régie par les partis... quand les choses se passent pour le mieux.

Jeune à jamais, Cohn-Bendit est toujours
resté  l'anarchiste utile de la République
et de l'Europe. Depuis qu'il s'est mis à agir
politiquement, tout lui a toujours réussi.

Lorsqu'elles ne sont pas régies par les partis, la vie politique est régie par les administrations, par des gens qui ne demandent rien à personne, ou par des militaires. Bien sur, il y a beaucoup d'ambitions personnelles dans les partis, comme partout d'ailleurs.
Au risque de surprendre, je puis affirmer que les partis parlent un indispensable langage de vérité vis à vis du pouvoir que l'on ne retrouve ni dans les lobbies, ni dans les associations, ni dans aucun groupe de pression. Si les partis structurés ne s'occupent pas de politique, qui s'en occupe alors ? Le pire est à craindre .... d'autant que les luttes de pouvoir se manifestent dans toutes les organisations humaines, au moins au sein des partis, existent-il des règles.  

une erreur manifeste

Édition originale du Manifeste du
parti communiste. Il s'est aussi
appelé manifeste communiste, mais
qu'importe ! Le terme de parti n'a pas
le sens qu'on lui donne aujourd'hui. 
Je voudrais revenir sur la notion de parti. Il nous semble évident, en ce 21e siècle, à l'aune de notre expérience de la vie démocratique que les partis ont existé de tout temps. C'est bien sur une erreur. Nous avons fêté en 2001 le centenaire du plus vieux parti politique de France, le parti radical, dont est issu le parti radical de gauche. Il est né avec la loi sur les associations de 1901, qui ont institué la République moderne. Ce n'est après tout pas si vieux.
Lorsque les sans-culottes se battent pour la République et contre les tyrans, il y a des clubs, des associations, mais pas de parti, ou alors la notion de parti a un tout autre sens;
Je citerai pour exemple l'un des ouvrages qui a marqué l'Histoire de la vie politique mondiale : le manifeste du parti communiste. Voilà un titre qui sonne carré ! ... surtout à la lumière de ce qu'est devenu le communisme, et même l'histoire des partis communistes ...
sauf qu'à l'époque le communisme n'existe pas, et le parti au sens moderne du terme existe encore moins.
Il faut comprendre le parti au sens de parti pris, ou collectif humain. jamais dans le sens d'un parti avec un président, des vice-présidents, structure qui ne naîtra que quelques décennies plus tard. Il ne s'agit en tous les cas pas de jeter les bases d'un parti léniniste, outil de conquête du pouvoir, qui  est complètement absente.
L'ouvrage a d'ailleurs fait l'objet d'un complet contresens auprès des générations de militants communistes. Cela pourrait n'apparaître à présent que comme un détail touchant...
 

Pour un parti moderne

... mais, il y a quelque chose, je pense, qui reste de cette notion de parti-là.
Ce parti porteur de message, porteur d'espoir. Ce parti qui doit aussi d'ailleurs trouver son prolongement dans des partis au sens d'associations structurées pour peser sur les décisions publiques, un parti pouvant prendre le pouvoir.
Je ne puis m'empêcher précisément de penser que Daniel Cohn-Bendit a été et reste encore le parti de sa génération, celle qui, au delà des exigences républicaines absolues de liberté, d'égalité et de fraternité, travaillait à l'épanouissement de l'individu dans le respect de son environnement, au rejet des pudibonderies dans un projet universel.
Ce parti, c'est vrai, a été porté par les Verts, mais il est actuellement porté par les radicaux. Peu importe le nombre, toujours insuffisant, forcément de membres encartés. 
Le parti radical de gauche a montré qu'il était déterminant dans les grands choix de la gauche. Les derniers exemples sont flagrants : défense du fédéralisme européen, primaires à gauche, mariage homosexuel, politique menée par Christiane Taubira au ministère de la justice et demain : droite de vote des étrangers aux élections locales, légalisation du cannabis ...
C'est qu'effectivement, là où Daniel Cohn Bendit à raison, les partis doivent  être autre chose qu'un agrégat d'ambitions personnelles ou pire un syndicat de défense des prébendes.
Notre parti, c'est le projet Républicain.
 
 
 
 







mercredi 6 février 2013

Christiane Taubira, plus grand ministre de la Justice depuis Badinter ?

Le choix de Christiane
J'aime Christiane Taubira depuis le premier jour. C'était en 2002, elle était parfaitement inconnue du monde politique et sa candidature avait fini par s'imposer à la suite d'une série de hasard et d'hésitations. J'avais décidé de déployer toute mon énergie à défendre la candidature de la première femme de couleur à la présidence de la République.
La candidature radicale avait fini par s'imposer à la suite d'une erreur stratégique de Lionel Jospin. Celui-ci, souhaitant garder un réservoir de voix important pour le deuxième tour, avait laissé s'imposer une candidature verte (Noël Mamère), une candidature communiste (Robert Hue) et la candidature de Chevènement. Il ne restait pas d'autre choix pour les radicaux que de présenter leur propre candidat.
Ce fut une candidate. Elle était députée, elle était connue des parlementaires, mais à part ça, personne ne la connaissait.Elle avait été députée européenne, élue sur une liste radicale, mais n'avait pas sa carte. Le choix Christiane avait fini par s'imposer à la suite de nombreuses hésitations. Je me souviens encore de l'article de Thierry Jeantet paru dans "Le Monde" à quelques jours du dépôt officiel des 500 signatures : il faut sauver le soldat Taubira et mon ami Gery Brasseur, me rappelait la semaine dernière le dépôt de ces 500 signatures au Conseil Constitutionnel, sous les crachats et les insultes des militants mégrétistes venant déposer les signatures de leur candidat, et accueillant la première candidature d'une femme de couleur à la présidence de la République Française. A ce demander dans quel pays nous vivions !
Et d'ailleurs, après une si sale campagne, où justement Christiane avait su défendre la voix de la liberté face à tant de candidats ayant peur de leur ombre et de celle de l'intolérrance, la France a  connu le plus grand cataclysme électoral de l'histoire de la 5e république, avec un duel entre Chirac et Le Pen, la gauche étant éliminée au 2e tour... (Que n'y eût il les primaires à l'époque !). C'était le 21 avril 2002.
Or, une grande partie de la gauche a eu tendance depuis lors à faire porter le chapeau de cette catastrophe aux radicaux en général et à Christiane en particulier.
Photo souvenir lors de l'inauguration de la rue Aimé Césaire
Christiane Taubira avec Franck Martin et Michel Champredon,
les maires radicaux de Louviers et d'Evreux
Comme cette histoire peut sembler lointaine. Comme elle m'est proche encore. Je me souviens de sa venue à Louviers, dans la salle du Moulin qui venait d'être restaurée, de l’enthousiasme créé par sa candidature et des quelques fois où j'ai eu l'occasion de la revoir lors des congrès radicaux et lorsqu'elle a inauguré la rue Aimé Césaire à Evreux.
Lorsque Jean-Marc Ayrault l'a nommée ministre de la Justice, il s'est sans doute agi de la plus grosse prise de risque dans la composition du gouvernement et bien peu, même ceux à qui cette nomination faisaient plaisir, ne s'attendaient à ce choix. Christiane Taubira est radicale dans l'esprit, mais sa totale indépendance a fait que même au parti radical de gauche,  parti recordman de la largesse d'esprit, on n'a pas pu la garder. Elle a donc été nommée ministre sans pression, sans le filet d'un parti pour la défendre, juste dit-on par la confiance de Jean-Marc Ayrault qui a pris ce risque.
Le débat sur le mariage pour tous a permis de rappeler la
classe phénoménale de Christiane Taubira. Sans doute un
effet inattendu de l'argumentation lamentable de la droite.

Certes, après les terribles choix de la droite en matière de garde des sceaux dont on aurait dit qu'on les choisissait tout exprès pour qu'ils s'effacent devant toute chose et en particulier devant les choix sécuritaires ... (exception faite de Rachida Dati envers qui tout le monde a pu tout reprocher mais pas de passer inaperçue). Entre Pascal Clément, Michel Mercier, et même Michèle Alliot-Marie, autant de ministres insipides ... ou ne prenant pas leur mission au sérieux.
Or depuis sa nomination, Christiane Taubira travaille, défend les libertés, pèse son poids face à personnalité très forte et populaire qu'est Manuel Valls, et défend avec intelligence tous ses dossiers.
Le domaine de la justice est l'un de ceux qui a le plus progressé depuis le changement de gouvernement, même si Christiane Taubira, du fait qu'elle n'était soutenue par aucun parti ni aucun courant semblait la plus menacée du gouvernement.
Et puis, nous avons eu le débat parlementaire sur l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe, un projet de loi contre laquelle la droite avait décidé de faire un tir de barrage, déposant plus de 5.000 amendements et contraignant les parlementaires à un débat interminable de plusieurs jours et de plusieurs nuits.
Or, sans doute grâce à la bêtise de la droite, grâce à son acharnement à défendre une cause perdue d'avance, grâce à sa mauvaise foi, grâce à sa technique d'harcèlement, grâce à la vulgarité de l'opposition, Christiane Taubira a pu faire éclore ses extraordinaires qualités humaines, son intelligence, sa culture, son humour, son talent, sa grâce. Christiane Taubira s'est envolée.
Amoureuse des mots et de la poésie, le ministre de la justice s'est appuyé sur les muses pour démontrer la petitesse des argumentations et donner à la République et à la défense de la Justice la grandeur de sa mission.  Descendante d'esclaves, fille d'une femme de ménage, ministre de la justice et enfant de la République.Elle fait découvrir des auteurs à la France entière. Elle est celle qui porte, celle qui diffuse en la coloriant, la République universelle du savoir et de la liberté.

En cadeau, après cet article louangeur, l'un des moments les plus beaux de ses interventions : le fou rire plein de grâce et d'humanité de la Ministre au parlement ... de la couleur dans la vie politique.




jeudi 24 mai 2012

Nos ennemis dessinent notre visage

Nous avons besoin de Justice
Christiane Taubira n'était pas encore arrivée au gouvernement que déjà elle faisait l'objet des pires attaques de la part de l'UMP. Rappelons-nous, on l'accusait d'avoir justifié le fait que des drapeaux français aient été brûlés lors de la fête de la victoire de la Bastille. Sauf qu'elle n'avait jamais dit ça et sauf qu'il n'y avait pas eu de drapeaux français brûlés ce soir là...
M'enfin c'est dire qu'elle était attendue au tournant.
Après ces attaques grossières, on aurait pu espérer, non pas des excuses (faut pas exagérer !) mais au moins que la droite se calme !


Jean-Paul Michel
Eh bien non ! La voilà accusée de laxisme parce qu'elle a annoncé que la droite devait se soumettre aux principes du droit européen en maintenant une juridiction spéciale pour les mineurs délinquants ... sidérant que la droite l'attaque d'angélisme alors qu'elle ne fait que son travail de ministre de la justice ! Qui se souvient du dernier ministre de la justice ? De l'avant dernier ... allez, je vous aide, c'était Rachida Dati ... de l'avant-avant dernier ? Ne cherchez plus, c'était Pascal Clément sous Chirac et Michel Mercier ... qui étaient à l'image de ce que la droite espère de la justice ... qu'elle se taise ! En procédant à cette série d'attaques ciblées, la droite ne fait que dessiner en creux le visage de Christiane : une femme indépendante, humaniste, amoureuse de la République et de Justice.
C'est cette Christiane là à qui le parti radical de gauche a permis de se présenter à la Présidence de la République française ! C'est cette Christiane, descendante d'esclaves, fille d'une femme de ménage, qui est devenue l'une des personnalités les plus fortes de l'Assemblée Nationale, c'est Christiane qui est venue amicalement inaugurer une rue Aimé Césaire à Evreux ... c'est cette Christiane qui est devenue Madame Taubira Ministre de la Justice ... je comprends que ça emm... tous les racistes, tous les machos, toute l'extrême droite et toute la droite extrême... Ca emm... ceux qui s'opposent à la séparation des pouvoirs !
c'est à Christiane que je dédie cette phrase de mon ami Jean Paul Michel : Nos ennemis dessinent notre visage.
Allez Christiane, tiens bon ! c'est pour la République !

à lire aussi, sur ce sujet le blog de mon ami Hervé Causse et son article

jeudi 16 juin 2011

Tous à Strasbourg ...

Quel avenir pour le pays ? Comment faire reculer le chômage ? Comment réduire le pouvoir de la finance ? Faut-il sortir du nucléaire ? Faut-il instaurer un salaire maximal ? Faut-il un revenu universel ? Devons-nous quitter l'euro ? Quel avenir pour la laïcité ? Comment réformer l'éducation ? Quelle politique d'immigration ? Quelle lutte contre les délocalisations ?

Il n'y a pas de mauvaises questions ... contrairement à ce que pensent les malheureux qui viennent d'être soumis aux épreuves du bac philo.
Ce week-end, Terra nova, think-tank de gauche, qui inspire souvent l'auteur de ces lignes organise un séminaire de cogitations sur l'avenir de la France.

Un beau sujet, 100 beaux sujets à débattre à moins d'un an des présidentielles et à l'aube des primaires de la gauche.

On y parlera des questions que l'actualité nous oblige à repenser : la sécurité énergétique, les nouveaux rapports avec les pays méditerranéens, l'avenir de l'Europe, l'avenir de nos institutions ...

C'est un lieu de débat largement ouvert par la gauche, dans la logique même qu'à sa petite échelle le café radical s'acharne à réaliser. Participeront à ce débat des personnalités aussi variées que Jean-Michel Aulas, Xavier Bertrand, Jean-Marie Cavada, Yves Cochet, Gérard Collomb, François de Closets, Harlem Désir, Michel Destot, Vikash Dhorasoo, Alain Duhamel, François Durpaire, Jean-Paul Fitoussi, Caroline Fourest, Elisabeth Guigou, Benoît Hamon, Martin Hirsch, François Hollande, Eva Joly, Jean-François Kahn, Jack Lang, Jean Lassalle, Corinne Lepage, Arnaud Montebourg, Hervé Morin, Pierre Moscovici, Dominique Paillé, Laurence Parisot, Valérie Pécresse, Jean Peyrelevade,Thomas Piketty, Jean-Vincent Placé, François Rebsamen, Roland Ries, Michel Rocard, Alain-Gérard Slama, Catherine Trautmann, André Vallini, Manuel Valls, Hubert Védrine, Jean Viard, Patrick Weil Christiane Taubira, Dominique de Villepin, François Hollande, Valéry Pécresse, Gabriel Cohn Bendit, et bien sur les organisateurs Olivier Ferrand et Laurent Joffrin...


Et de ces 100 idées, je suis sûr, jailliront mille idées. Le vieux monde ébranle nos certitudes. Ce qui est en débat, c'est le nouveau monde que nous devons construire.

Pour ceux qui le peuvent, allez à Strasbourg ! Inscrivez vous sur le site de terra nova ou du nouvel observateur

Pour ceux qui ne le peuvent pas (comme moi du reste), suivez ça de près !

Voici venu le temps des radicaux !

lundi 6 septembre 2010

Un discours remarquable





Nous aurons l'occasion de revenir sur l'université d'été du prg à Seignosse... et en particulier sur ce qui fait tourner le nez à beaucoup ... c'est à dire le projet d'une candidature Tapie à la présidentielle.



Soulignons au passage la prouesse de communication de Jean Michel Baylet. Grâce à lui, et à l'instrumentalisation de cette candidature, la presse a enfin parlé du parti radical de gauche ... ce qui a rarement été le cas lors des précédentes universités.



Soyons simples et clairs, comme l'a été le président sur un sujet acrobatique.



Quelle est la position du parti radical de gauche sur les présidentielles ?

Si la gauche veut les gagner, elle doit permettre l'expression de chacun en son sein et c'est pourquoi elle défend l'organisation de primaires au sein de la gauche. C'est aussi la manière d'éviter un 21 avril bis ... dont nous ne sommes pas à l'abri.

Maintenant que faire si le parti socialiste conçoit juste l'organisation des primaires comme un débat interne visant à départager les différents leaders socialistes sans laisser le débat ouvert à toute la gauche ?

C'est simple. Nous ne pouvons rentrer dans ce jeu là. Il faut présenter une candidature !

Mais c'est un pis-aller. Le but est bien de pousser le PS a organiser des primaires dignes de ce non. Or de quel poids dispose le prg pour que le projet d'une candidature pousse le PS à organiser des primaires ? Seule la candidature de Bernard Tapie peut avoir cette force.

Curieux paradoxe parce que, en cas de primaires, le nom de Bernard Tapie ne sera jamais proposé.
Voilà pourquoi Jean-Michel Baylet en fin tacticien a martelé à la presse de toute sa force cette éventualité. Sujet d'autant plus facile que ledit Bernard n'était pas à Seignosse. Le prétexte est à mourir de rire. Bernard Tapie n'était pas là parce qu'il venait de perdre son toutou.

Certes cet épisode montre le poids limité de notre parti dans le débat... Mais l'essentiel n'est pas là... D'ailleurs, la stratégie du parti est remarquablement exprimée dans le discours de clôture de ces université d'été. Un discours remarquable une fois le nom de Bernard Tapie n'a qu'à peine été prononcé... Tant il est vrai qu'il n'est quand même pas attendu comme le messie...

Ci dessous, le discours ..



Mes très chers amis radicaux


... Commençons, si vous le voulez bien puisque vous savez où vont toujours mes préoccupations, par la situation internationale.

Pendant que nous parlons -aucun sujet, bien sûr, n’est méprisable- d’élections cantonales ou de querelles fédérales, de Martine Aubry et de Bernard Tapie, une partie diplomatique capitale se déroule à Washington, même si les 63 dernières années ne nous ont pas donné beaucoup de motifs d’optimisme.

J’ai dit qu’il fallait donner à la France, au sein d’une Europe unie, une voix audible dans les relations internationales. Fort bien, mais qu’y peuvent les radicaux ? Vous pensez peut-être que ces questions nous dépassent. Et bien non !

Chacun peut voir que le nœud du problème posé au Moyen-Orient est le défaut de laïcité. Chacun sait aussi, quoi que nous en pensions par ailleurs, que ces problèmes sont actuellement insolubles car la ville symbole de toutes ces haines enchevêtrées, je veux dire Jérusalem, est sacrée pour toutes les religions dites du livre. Pour les radicaux, la laïcité n’est pas une pensée de combat anti-religieux ; c’est au contraire la garantie de la neutralité publique pour tous les choix de conscience. Et je propose (l’a-t-on déjà imaginé ?) un statut d’extra-territorialité pour Jérusalem qui serait administrée par l’ONU, d’une part pour garantir les libertés de chacun et, d’autre part pour montrer que cette ville appartient à notre histoire commune, au patrimoine de l’humanité.



Si l’on veut bien se rapprocher de nos frontières européennes, je crois de la même façon que la France et l’Allemagne auraient beaucoup fait avancer la construction de l’Europe fédérale et lui auraient donné une capitale incontestée si, renonçant à leurs souverainetés nationales respectives, elles avaient constitué un district européen Strasbourg-Kehl qui serait à l’Europe ce que Washington D.C. est aux Etats-Unis fédérés.



Ces deux exemples, mais je pourrais les multiplier, ne sont avancés que pour vous montrer, si vous en doutiez, que la philosophie politique des radicaux trouve et trouvera longtemps à s’employer de façon utile. Ayons l’humilité que nos forces actuelles nous imposent mais gardons la plus grande fierté de nos idées.

Je vous ai dit aussi que l’identité républicaine valait mieux que le lamentable débat xénophobe, discriminatoire, bêtement électoraliste dans lequel la droite avait voulu enfermer ce qu’elle appelle l’identité nationale. Voilà dix mois, en Comité Directeur, j’avais demandé à Jean-François Hory, aidé de tous les radicaux que le sujet passionne, de réfléchir à une définition actuelle et radicale de l’identité républicaine.

Mais la droite s’est tellement enlisée dans ce débat tronqué, elle a tellement fait le lit électoral de l’extrême-droite, elle avait si évidemment l’intention de nous enfermer dans ses postulats, elle donnait de notre pays une image si lamentable, que je n’ai pas souhaité l’aider, même très indirectement, à sortir de cette impasse en réalimentant le débat par le haut. Quand la nationalité dépend, selon l’impayable Madame Morano, du sens de la casquette, aller lui parler de Miranda, de Garibaldi ou de Renan c’est littéralement donner de la confiture à des cochons. Pour autant nous n’avons pas renoncé à exprimer, dans un contexte différent, ce qu’est l’idée élevée, l’exigence permanente qu’ont les radicaux de l’identité républicaine. Et j’ai décidé de vous adresser, avec Jean-François, dans un délai d’un mois, un document livré à vos amendements, à votre liberté de pensée, document organisé autour de cinq idées principales :

  • L’histoire de notre pays n’est pas qu’une mémoire et n’est pas une nostalgie. C’est une communauté de références sans cesse réalimentée. Ce n’est pas « le grand Cimetière » de Barrès. C’est le creuset de toutes nos explications pour l’avenir.


  • La France n’est pas qu’un territoire et, en aucun cas, il ne sera fermé. La France du Siècle des Lumières ne s’est pas arrêtée avec ce siècle-là. Elle a encore, et plus que jamais, à porter le message de l’universalisme et de la fraternité.


  • Devant l’Histoire, la France est comptable de la liberté et elle se doit, en tant que telle, de donner un exemple irréprochable. Nous ne voulons pas d’une France querelleuse, batailleuse, matraqueuse. Nous sommes d’une France généreuse, ouverte et ambitieuse.


  • La France a inventé la laïcité. A mille lieues des discours de Latran, de Dakar ou de Grenoble, notre pays doit porter le message de la tolérance active qui est l’exact contraire du plus petit dénominateur commun entre les ethnies, les religions, les factions, les communautés.


  • La République, enfin, est un projet toujours inachevé. Elle ne se confond pas avec une forme de gouvernement qui n’est-ce n’est certes pas rien que la démocratie. Elle est la quête exigeante et constante d’un avenir commun où chaque citoyen trouverait sa place, sa liberté et toutes ses responsabilités.
    Car je vous ai dit encore que nous devrions trouver, inventer un nouvel équilibre entre liberté et responsabilité. Comment mieux illustrer que par les problèmes de financement de notre Sécurité sociale, et singulièrement celui des retraites, l’impasse où nous a conduits un système déresponsabilisant pour les citoyens ? Pour les radicaux, le solidarisme n’est pas l’institution de droits de tirage sur la collectivité au profit d’usagers que le matérialisme et le consumérisme ont précipité dans l’individualisme le plus irresponsable.


Nous devons traiter sans angélisme et sans violence des questions que la gauche feint d’ignorer parce qu’elles sont dérangeantes pour tous les dogmes :

  • oui, il existe un lien entre la démission de certaines cellules familiales et la révolte d’une partie de la jeunesse contre toutes les institutions détentrices de ce que j’appellerai l’autorité légitime. On ne peut pas parler, au moins si l’on respecte l’individu libre, responsable et solidaire, seulement de déterminismes économiques et sociaux quand des adolescents mettent le feu à des écoles ou à des dispensaires.


  • oui, il existe une crise d’identité liée non pas à l’immigration elle-même mais à la situation incertaine des générations qui en sont issues. Lisez le rôle d’audience de n’importe quel tribunal correctionnel et cessez de vous aveugler. Bien sûr, les problèmes nés des ghettos suburbains n’appellent pas que la répression. La difficulté n’est pas dans l’origine (maghrébine ou africaine) de la dernière vague d’immigration, elle est dans son caractère massif et dans la faillite de toutes les politiques publiques, de gauche comme de droite, qui n’ont pas su proposer les nouvelles voies de l’identité républicaine à une jeunesse écartelée entre deux désespoirs, celui d’une tradition souvent familiale qu’elle récuse et celui de la rue, des bandes, de la délinquance dont on l’accuse.


  • oui encore notre système de solidarité doit être profondément réformé. Oui, par exemple, la sacro-sainte répartition comme seule légitimité de notre système de retraites a vécu. Elle était efficace à la libération dans d’autres conditions économiques et démographiques. Elle est vouée aujourd’hui à l’échec et le lien exclusif entre travail-cotisations-prestations n’est plus pertinent et ne sert plus que les syndicats, ouvriers et patronaux, qui le cogèrent dans la plus grande opacité. Je reviens, pour ma part, sur une proposition souvent avancée par les radicaux et qui a le grand défaut de prendre à rebrousse-poil tous les catéchismes sociaux. Le financement des retraites ne sera possible demain que si nous pouvons concevoir un système à trois étages. Financé par l’impôt, un étage de sécurité égal au SMIC. Financé par la répartition, un étage de solidarité jusqu’à 2,5 ou 2,8 fois le SMIC. Et financé par l’assurance, un étage de responsabilité pour toutes les retraites situées au-delà et qui n’ont, selon moi, aucun rapport avec l’impératif de solidarité.


Ce ne sont que trois exemples de sujets pour lesquels la gauche devra bien sortir de ses dogmes intangibles si elle veut redevenir crédible et retrouver la confiance du pays par d’autres voies que celles, mécaniques et négatives, du rejet d’un pouvoir chaque jour plus détestable.



C’est, en tout cas, autour de nos propositions sur l’identité républicaine, sur le rôle nouveau des services publics et sur cet équilibre difficile à trouver que je prolongerai, en votre nom, les discussions entamées avec nos partenaires pour montrer aux Français qu’il ne sont pas condamnés à subir un pouvoir dont toutes les actions sont aussi contraires à l’image de la France.

Sur ce dernier point, j’ai à peine besoin d’insister tant vos délibérations ont produit depuis avant-hier un constat unanime : la droite n’est pas digne du pouvoir qu’elle exerce.



J’en prendrai quatre exemples.

Le premier est emprunté à une célébrité du moment, de l’instant, vedette de l’été mais pas pour beaucoup plus longtemps. Je veux parler d’Eric Woerth. Oh ! rassurez-vous, je ne reviendrai pas sur les péripéties policières et bientôt judiciaires que lui valent, soyons justes, les fonctions bien délicates d’argentier du parti de l’argent et des puissants. Je veux seulement évoquer le discours qu’il tenait en remettant à un descendant direct de Joseph de Maistre, théoricien de la réaction, une Légion d’Honneur très controversée. M. Woerth déclarait à peu près : « Ma conception de la République, c’est la réconciliation entre l’Ancien Régime et la Révolution… Et vous incarnez cette réconciliation. » Non, Monsieur Woerth, la République n’a rien à voir avec cette impossible union. La République est fille de la Révolution. La République a aboli les privilèges que vous tentez de rétablir. La République, c’est la liberté pour tous, c’est l’égalité des droits, c’est l’école publique, c’est le service public, c’est le respect du bien public. Non, M. Woerth, sur notre drapeau le blanc n’est pas celui des rois de France, le rouge n’est pas celui du sang des communards que M. Thiers faisait couler et le bleu n’est pas celui du sang des aristocrates que vous protégez. Notre drapeau tricolore signifie simplement : liberté, égalité, fraternité.

Trois autres exemples dans trois autres discours que j’évoquais hier, des discours énoncés, j’allais dire proférés, par le Président de la République lui-même.

A Latran, tout d’abord. Voulant s’attirer les faveurs on disait autrefois les indulgences de Monsieur Ratzinger, Nicolas Sarkozy ose dire en notre nom que la France s’est construite dans un équilibre entre les figures tutélaires de l’instituteur et du curé. Le micro-climat italien lui aura-t-il inspiré cette mauvaise caricature d’un dialogue entre Peppone et don Camillo ? La laïcité, selon M. Sarkozy, serait l’équilibre entre la religion qui capte les consciences et l’école qui les libère. On n’a pas le droit de parler ainsi de la France qui vit sur le modèle exemplaire de la séparation des églises et de l’Etat. La République de Ledru-Rollin, de Gambetta, de Combes, de Waldeck-Rousseau, de Clemenceau ne se tient pas à égale distance de l’école et de la sacristie, de l’instruction et du goupillon.



M. Sarkozy s’en-va-t-il à Dakar ? C’est pour y déplorer que « l’homme africain hésite à entrer dans l’Histoire » !... A Dakar, entre une visite à Kadhafi et un saut chez le défunt Omar Bongo. A Dakar, chez Blaise Ndiagne, chez Abdou Diouf, chez Léopold Sedar Senghor. A l’Université de Dakar comme si l’insulte était d’autant plus assurée que l’audience était plus élevée. Par de tels propos, Nicolas Sarkozy renie ce qui est au cœur même de notre conception de l’universalisme, c’est-à-dire la croyance irréductible en l’unité fondamentale de la condition humaine. Il ouvre le chemin de tous les relativismes. Il fait le lit de tous les communautarismes. Il renie le plus beau de l’histoire commune entre la France et l’Afrique, cette longue histoire d’épreuves partagées qui nous impose, pour demain, une communauté de destins.



Et puis, il me faut bien parler du trop fameux discours de Grenoble. Voilà donc un Président de la République, partagé entre la panique des affaires, l’échec économique et social et les soucis de pure et vaine tactique électorale, un président ne présidant plus rien que son caprice, qui ose déclarer la guerre à propos de la délinquance. Et il le dit bien fort, il s’agit d’une « guerre nationale » alors même qu’il est en train de proclamer la guerre civile. Car l’instant d’après il désigne l’ennemi : l’insécurité serait, d’après lui, le symptôme de l’échec de notre politique d’immigration d’où il déduit, ce que Le Pen n’avait pas encore osé, que la répression de la délinquance devrait s’accompagner de la déchéance de la nationalité. Que les voyous ayant depuis longtemps pignon sur rue dans les Hauts-de-Seine, que les voleurs en col blanc qui sont de surcroît protégés par le bouclier fiscal ne s’inquiètent pas. M. Sarkozy ne les vise pas. C’est Mohamed et Boubakar qu’il faut déchoir, chasser, expulser, expurger de la nation pour la rendre plus pure. Dans ce qui n’est, je l’espère, qu’un très mauvais calcul électoral, M. Sarkozy oublie les leçons de l’Histoire et surtout ses leçons les plus tragiques. Le XIXème et le XXème siècles européens ont été mis à feu et à sang par cette conception de la nationalité fondée sur la race, la religion, le territoire, la langue. A l’opposé de cette vision, la France a proposé une idée, la plus simple et la plus belle : une nation est formée des volontés librement assemblées et tendues vers un avenir commun. Menacer une seule personne de lui retirer sa nationalité à raison de son origine c’est s’attaquer au principe vertébral de l’identité républicaine.


Je n’ai cité que ces quatre exemples de l’illégitimité dont est désormais frappée la droite dans l’exercice du pouvoir. J’avais évoqué hier d’autres exemples de son échec patent. Lors de nos débats, vous les avez approfondis et vous en avez abordé beaucoup d’autres. Inutile donc d’y insister : il est urgent, il est de salubrité républicaine de proposer d’autres voies au pays.



Je dis bien salubrité car ce qui me frappe le plus dans cette façon de gouverner c’est la volonté délibérée, assumée, théorisée de dresser des catégories de Français contre les autres. Les Français qui travaillent, qui entreprennent et ceux qui se complaisent dans l’inactivité. Comme si on était chômeur par plaisir et surtout comme si les seconds volaient l’argent des premiers lorsqu’ils perçoivent leurs indemnités. En vérité, il s’agit de leur argent puisqu’ils ont cotisé et que ces cotisations, dont il faudra bien repenser le principe, constituent le plus injuste des impôts.



Et on oppose encore les Français soucieux de leur droit à la retraite dès 60 ans à tous les autres, ces Français dignes d’estime car ils sont tellement à l’aise dans leurs privilèges, dans leur satisfaction de nantis qu’ils n’envisagent pas, eux, de s’arrêter d’en profiter. Eh bien moi, je dis à M. Sarkozy, protecteur de ceux qui n’ont pas besoin de protection que la retraite est le seul patrimoine des gens qui n’ont pas de patrimoine.



Salubrité publique donc. Il faut chasser cette droite-là.

Et quand nous aurons tous dressé ce constat, l’essentiel restera à accomplir. Et l’essentiel est bien d’unir la gauche pour que l’espérance se lève à nouveau. J’avais dessiné devant vous hier les options stratégiques ouvertes aux radicaux pour contribuer à ces victoires électorales synonymes de renaissance. J’ai été très attentif à vos réflexions, à tous vos débats, et j’étais heureux, en vous entendant, de constater que nul n’envisageait que le radicalisme soit absent de ce combat où même qu’il y soit à la traîne de qui voudrait s’attribuer nos idées, accaparer nos valeurs, mobiliser nos électeurs sans traiter le Parti Radical de Gauche comme un véritable partenaire.

J’ai noté, sans en être étonné, que les opinions exprimées étaient à peu près partagées et donc que le débat restait ouvert.



Il m’a semblé qu’une majorité d’entre vous -majorité légère et respectueuse de l’opinion inverse ce dont je tiens à vous remercier et à vous féliciter- était plutôt favorable à une participation de notre parti à des primaires de la gauche de gouvernement destinées à désigner le meilleur candidat, celui ou celle derrière qui tous devront, le moment venu, être unis. Cette option est, je le répète, parfaitement respectable et tout à fait logique. Je vous rappelle toutefois qu’elle implique pour vous tous des efforts particuliers.

D’abord, vous devrez très rapidement faire avec le siège national le point de vos espérances et celui, nécessairement plus bas, de vos exigences pour les élections cantonales. Ce premier test sera très déterminant pour la suite puisque, d’une part, il sera situé avant le déclenchement du processus de primaire présidentielle et que, d’autre part, il sera un excellent révélateur de la bonne volonté de nos amis socialistes. Je ne me laisserai pas payer de mots ou de grandes déclarations d’affection. Comme vous tous, je crois à l’amour et à l’amitié mais j’y crois encore plus lorsque j’en reçois des preuves tangibles. Or, permettez-moi d’y insister, il ne nous sera pas possible à Paris d’établir ce lien d’évidence entre un équilibre aux élections cantonales et la dynamique de la primaire présidentielle si vous ne nous donnez pas les moyens de mettre les discours du PS à l’épreuve des faits.



Dites-nous, d’urgence, quelles sont les conditions locales de cette vérification. Mais vous ne devrez pas négliger la préparation des élections sénatoriales qui, je le répète mais vous l’avez compris, pourraient être capitales pour la gauche et pour les radicaux.



Ensuite, je l’ai dit, il nous faudra nous mettre d’accord entre nous puis avec nos alliés sur les modalités de notre participation à ces primaires. Je crois, pour ma part, que le calendrier de nos décisions est essentiel et je veux que les socialistes ne tiennent rien pour trop facilement acquis. Puisque nous allons évaluer les prémisses du partenariat lors du prochain scrutin, je vous propose de réunir à la fin du mois avril la Convention nationale des radicaux qui devra prendre les décisions suivantes :





  • oui ou non, participerons-nous à l’organisation des primaires ?


  • oui ou non, ces primaires doivent-elles, comme je le souhaite en ce qui me concerne, être ouvertes à tous les électeurs de gauche ou simplement républicains qui souscrivant un engagement écrit minimal sur l’alternance et sur les principaux axes d’un programme de gouvernement ?


  • oui ou non, les radicaux de gauche doivent-ils, comme je le pense aussi, avoir un candidat ou une candidate lors de ces primaires avec tous les risques de cette entreprise ? Ces risques sur lesquels il me faut insister sont principalement les deux suivants. D’abord le risque de la surenchère, naturelle dans une telle compétition qui rend difficile voire impossible la réconciliation qui devant suivre la confrontation comme on l’a vu après la primaire interne au parti socialiste en 2006. Ensuite et surtout, le risque pour les radicaux, par une insuffisante mobilisation de nos militants et de nos sympathisants, d’un résultat qui par lui-même affaiblirait nos revendications ultérieures pour les législatives.


  • enfin, en cas de réponse affirmative à la précédente question, qui d’entre nous aura à porter les couleurs radicales ? J’ai entendu celles et ceux qui pensent qu’il appartient au président d’endosser cette responsabilité. Je les remercie de leur confiance même si je devine, dans un ou deux cas isolés, qu’elle n’est pas dépourvue d’arrière-pensées. Puisque j’ai compris, en écoutant vos interventions hier matin, que je devais être Président du parti, candidat aux primaires, Président du Sénat et, pourquoi pas, Président de la République. Merci, c’est trop d’honneur mais je le dis tout net : si vous me confiez cette mission, je ne me déroberai pas. Mais je pense aussi que notre parti est riche de nombreux talents et je souhaite que tous ceux qui voudraient être désignés pour cette primaire m’adressent leur candidature avant la fin du mois de mars. Dans l’intervalle, je réunirai notre Comité Directeur aussi souvent qu’il faudra, pour l’informer et l’écouter.


Telle est donc la première voie. Je veux cependant vous rappeler que rien n’est acquis. J’ai d’abord le souvenir d’un congrès socialiste, celui de Liévin je crois, où nos amis se partageaient déjà les postes dans un gouvernement à nommer par Jacques Delors. Nous connaissons la suite. Surtout, je me méfie des déclarations faites la main sur le cœur, des pactes de non-agression d’autant plus éloquents que l’élection est lointaine et qui seront d’autant mieux déchirés qu’elle paraîtra certaine. Il serait ridiculement exagéré de dire que le PRG ne veut être ni Dantzig ni la Tchécoslovaquie mais je persiste à penser que le principal danger pour la gauche est dans son sein. Les germes de la division ne sont jamais définitivement morts. Nous avons dû les succès de 1981 et 1988 au fait que François Mitterrand avait établi sur la gauche un leadership quelquefois contesté mais au fond incontestable. Rien de tel aujourd’hui et je vous répète que je refuse de voir les radicaux faire les frais des querelles entre leurs alliés.

C’est pourquoi j’ai également écouté avec attention ceux qui estiment que, dans tous les cas, le PRG devra avoir un candidat. Je les remercie, eux aussi, de leur pondération et du respect manifesté aux tenants de l’opinion inverse. Pour être franc, je suis toujours ému lorsque s’exprime ce qu’on pourrait appeler une sorte de « patriotisme de parti ». Et depuis mes trop lointaines premières armes aux Jeunesses Radicales, j’ai presque toujours soutenu cette option-là. Elle est la plus simple, elle est la plus claire et la plus mobilisatrice. Je manquerais quand même à mes responsabilités si je ne mettais pas en garde les tenants de l’indépendance radicale contre les difficultés qu’une telle stratégie ne manquerait pas de rencontrer

D’abord, il nous faudrait expliquer à un électorat de gauche qui attend, qui exige l’union que nous allons nous entre-déchirer, y compris si, par improbable, les socialistes ne nous en avaient pas fourni le moindre prétexte.



  • Ensuite, nous aurions à choisir celui ou celle d’entre nous qui affronterait cette épreuve difficile et le combat qui suppose une totale mobilisation commencerait mécaniquement par des divisions internes.


  • Ultérieurement et même si ce n’est pas l’essentiel, il faudrait réunir les conditions politiques (spécialement les signatures d’élus) et matérielles pour participer à une campagne nationale très couteuse.


  • Enfin, nous avons l’expérience de cette élection. Entre le score de Michel Crépeau et celui de Christiane Taubira, nous avons la fourchette étroite et basse dans laquelle nous devrions ensuite situer nos espérances pour les législatives.


Rien n’est facile mais, je le répète, cette porte reste ouverte et je vous remercie de ne m’avoir, lors de vos différentes interventions, privé d’aucun des moyens de négociation qui vont m’être nécessaires dans les prochains mois. Vous m’avez fait confiance, je ne vous décevrai pas.

Mais vous savez bien que, dans toutes les hypothèses, votre avenir est d’abord entre vos mains.

J’entends dire, ici ou là que je viendrais trop souvent à la tribune de nos réunions pour admonester les radicaux en raison de l’insuffisance de leurs efforts. C’est vrai que j’ai eu à le faire. Je n’y trouve, soyez-en bien certains, aucune délectation. Je crois que, si le débat d’idées est légitime, la politique est aussi un rapport de forces et qu’il ne nous servira à rien de nous lamenter sur les mauvaises manières de nos partenaires si nous ne sommes capables que de solliciter leur mansuétude. Ils n’en manifesteront aucune pas plus que nous ne le ferions dans leur situation. On ne peut pas espérer exister en en demandant l’autorisation à d’autres.

C’est dire que les mois qui s’annoncent seront difficiles et vous demanderont beaucoup de courage.Je veux voir nos fédérations et nos militants mobilisés pour l’action et pas seulement pour la réflexion et les discussions  voire les divisions internes. Je veux voir les candidatures se multiplier aux élections cantonales et je vous assure que, si elles sont déposées dans un esprit de responsabilité, l’aide du parti ne sera pas mesurée à nos candidats.



Si nous décidons de participer aux primaires, je souhaite là aussi qu’à tous les échelons du Parti radical de Gauche, chacun ait à cœur non pas de figurer mais d’agir pour se faire respecter, ce qui à la fin, signifie toujours se faire compter pour peser.



Si vous choisissez au contraire d’avancer une candidature radicale à l’élection présidentielle, elle n’aura de sens que si notre candidat est adossé à un parti parfaitement uni, où nos parlementaires prendront le risque d’être en compétition avec leurs partenaires habituels, où tous les militants participeront à l’effort programmatique nécessaire pour nous faire identifier et à l’effort politique quotidien auquel nous serons astreints pour transformer une simple candidature en une grande aventure commune.



En résumé et comme toujours, j’en appelle à l’unité des radicaux. Je sens comme vous que la possibilité d’une nouvelle ère politique est enfin ouverte.



J’entends comme vous l’impatience du peuple qui gronde devant l’injustice et les inégalités.



J’espère comme vous que la gauche saura répondre à cette attente. Je sais comme vous que, bientôt, s’ils le veulent, les radicaux seront à nouveau en charge des espérances de notre pays.



Nos travaux ont été marqués par un mot que je veux reprendre comme un slogan : demain s’ouvre à nous, ayons CONFIANCE.



Confiance dans la France qui sait, dans les moments les plus difficiles, du moulin de Valmy au maquis du Vercors, aller chercher au fond d’elle-même les moyens de se dépasser et même quelquefois d’étonner le monde.



Confiance dans la gauche, cette gauche qui est si belle lorsqu’elle est unie, lorsqu’elle incarne l’espérance au point de porter le pays au-delà de ce dont il se croyait capable. Comment une gauche qui, hier, abolissait la peine de mort ne donnerait pas, demain, un merveilleux rendez-vous à la vie ?


Confiance dans le radicalisme aussi. Nos valeurs de tolérance, de laïcité, de solidarisme, de justice ne sont pas qu’un héritage. Elles sont encore, pour nous, un devoir, une exigence. Quand tout le monde, à la fin, aurait renoncé à changer la vie pour la rendre plus belle, plus généreuse, plus chaleureuse, les radicaux n’auraient pas le droit à un tel renoncement.



Car c’est la République qui vous regarde comme ses enfants préférés. Au diable les frayeurs, au diable les peurs, au diable les manœuvres, au diable les sondages, au diable les calculs ! Relevons la tête sous les yeux de Marianne, la très belle et soyons dignes de son affection !