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lundi 9 juillet 2012
vendredi 23 mars 2012
Hommage à Claude Duneton
Claude Duneton est décédé, ça s'est passé il y a deux jours, le mercredi 21 mars 2012, et j'ai entendu ça ce matin à la radio.
Pour moi, Claude Duneton, c'est la puce à l'oreille, comme pour beaucoup de gens du reste.
Dans cet ouvrage, Claude Duneton revenait sur les expressions les plus courantes de la langue française et en révélait le sens caché. Derrière chaque mot, un plaisir, une sensualité, un secret. Cela allait de l'expression poser un lapin, à "pauvre con", et bien sur à l'expression "la puce à l'oreille". En gros, une vision totalement nouvelle de notre langue, en opposition complète avec celle inculqué par les maîtres rigoureux qui avaient bercé notre enfance studieuse qui limitaient le bon français à un ensemble de règles, et le français classique en un instrument de pouvoir.
Mais voilà, Duneton était un amoureux de la langue, de notre langue. Et parce qu'il était génial, il avait vite compris que l'apprentissage du français classique était l'instrument de la reproduction du pouvoir ... alors que la langue est avant tout un outil de plaisir.
A la maison, en Corrèze, on parlait occitan. Le français a d'abord été pour lui une langue étrangère, et il l'a aimé comme telle, comme un outil magnifique qui permet de se comprendre soi-même, à l'image de toutes ces langues étrangères, porteuses des cultures et des façons d'être, de ces différences qui reflètent notre humanité. Avant d'être spécialiste de la langue française, Claude Duneton a été prof d'anglais, après avoir un obtenu à 14 ans un Cap qui lui désignait une voie toute tracée.
Ainsi Claude Duneton, s'il percevait toutes les faiblesses, tous les manques de l'École, savait aussi qu'elle était indispensable, puisqu'elle lui avait permis, à lui, comme à beaucoup d'autres de sortir d'un destin social pré-établi ... même si l'école ne permet pas d'aimer.
Claude Duneton s'est cogné à la langue comme à la vie.
Et de fait, les éléments de sa biographie sont passionnants. Il n'était pas seulement un penseur de la langue, mais il était aussi homme de théâtre, comédien, écrivain, historien après avoir été enseignant. Il nous a laissé une autre façon de voir la langue, un regard porteur de toute son humanité.
En hommage, sa dernière rubrique reprise dans le Figaro Littéraire tellement typique de sa façon de voir, d'écouter notre langue.
Vive le français !
Une question claire m'est posée par M. Andreu, de Toulouse : « Dans un article du Figaro, dit-il, en première page, un chroniqueur écrit “en vélo”. J'ai quatre-vingts ans, j'ai appris le français à la communale d'un village catalan où mes parents parlaient le catalan, mais où notre langue était interdite sous peine de sanctions.» Situation typique d'une majorité de Français nés quelque part dans l'entre-deux-guerres, avec lesquels s'acheva, non sans brutalité, la francisation de notre pays. «Alors, demande M. Andreu, doit-on dire à vélo ou en vélo? Mon redoutable instituteur tenait à ce qu'on emploie à vélo sous peine de recevoir un coup de pied au cul dont il avait le secret.»
C'est clair; cela décrit la tendance pédagogique un peu partout dans la France rurale au dernier volet de la IIIe République… Cette situation - très récente à l'échelle des mutations linguistiques - explique la fragilité du français dans la compétition internationale actuelle : la greffe n'a pas pris en profondeur. Mais revenons à nos pédales. D'abord vélo est l'apocope de vélocipède, ancêtre de la bicyclette, laquelle prit son essor dans les années 1890 avec l'invention de la chaîne et du pédalier ; ce nouveau moyen de transport connaît une explosion étonnante dans les milieux populaires - il révolutionne en particulier les distances entre les ateliers et les résidences ouvrières. La «petite reine» devient un phénomène national, et les ouvriers l'appellent plus volontiers vélo ; ils disent sans complexe qu'ils se déplacent en vélo, comme d'autres en train ou en calèche, c'est-à-dire «par le moyen du vélo». Le en n'est pas un descriptif intérieur-extérieur, il joue un rôle purement instrumental: on dira en pour tout nouveau moyen de locomotion, en tricycle si la machine a trois roues, en side-car, et aussi, par pure logique fonctionnelle, en tandem (et jamais à tandem). Cela montre bien que dans l'esprit du locuteur en n'a pas la connotation «dedans-dehors» mais seulement «par le moyen de»… On dit en traîneau, en tapis volant, s'il le faut - des véhicules dépourvus d'intérieur. Se rendre quelque part en vélo n'est donc pas une hérésie grammaticale comme le pensait le maître d'école de M. Andreu; c'est seulement une manière agréable, pratique et pas chère de se déplacer, en ville comme à la campagne.
À vélo, sur le modèle de à bicyclette est hérité de à cheval sans nécessité, par une sorte de complaisance au code dominant. C'est par un phénomène d'hypercorrection dans les classes sociales aisées - relayées craintivement par les instituteurs publics - que la forme en vélo a été bannie sans aucune nécessité proprement linguistique au profit de à vélo - et la même remarque est valable pour en moto.
Si je puis résumer mon sentiment, je conseillerai à M. Andreu de continuer à dire en vélo puisqu'il s'agit du moyen de transport, et à vélo dans les cas où il est fait spécifiquement allusion à la notion d'équilibre, comme: «Cet enfant sait déjà se tenir à vélo.» Du moins, c'est mon sentiment.
Pour moi, Claude Duneton, c'est la puce à l'oreille, comme pour beaucoup de gens du reste.
Dans cet ouvrage, Claude Duneton revenait sur les expressions les plus courantes de la langue française et en révélait le sens caché. Derrière chaque mot, un plaisir, une sensualité, un secret. Cela allait de l'expression poser un lapin, à "pauvre con", et bien sur à l'expression "la puce à l'oreille". En gros, une vision totalement nouvelle de notre langue, en opposition complète avec celle inculqué par les maîtres rigoureux qui avaient bercé notre enfance studieuse qui limitaient le bon français à un ensemble de règles, et le français classique en un instrument de pouvoir.
Mais voilà, Duneton était un amoureux de la langue, de notre langue. Et parce qu'il était génial, il avait vite compris que l'apprentissage du français classique était l'instrument de la reproduction du pouvoir ... alors que la langue est avant tout un outil de plaisir.
A la maison, en Corrèze, on parlait occitan. Le français a d'abord été pour lui une langue étrangère, et il l'a aimé comme telle, comme un outil magnifique qui permet de se comprendre soi-même, à l'image de toutes ces langues étrangères, porteuses des cultures et des façons d'être, de ces différences qui reflètent notre humanité. Avant d'être spécialiste de la langue française, Claude Duneton a été prof d'anglais, après avoir un obtenu à 14 ans un Cap qui lui désignait une voie toute tracée.
Ainsi Claude Duneton, s'il percevait toutes les faiblesses, tous les manques de l'École, savait aussi qu'elle était indispensable, puisqu'elle lui avait permis, à lui, comme à beaucoup d'autres de sortir d'un destin social pré-établi ... même si l'école ne permet pas d'aimer.
Claude Duneton s'est cogné à la langue comme à la vie.
Et de fait, les éléments de sa biographie sont passionnants. Il n'était pas seulement un penseur de la langue, mais il était aussi homme de théâtre, comédien, écrivain, historien après avoir été enseignant. Il nous a laissé une autre façon de voir la langue, un regard porteur de toute son humanité.
En hommage, sa dernière rubrique reprise dans le Figaro Littéraire tellement typique de sa façon de voir, d'écouter notre langue.
Vive le français !
Une question claire m'est posée par M. Andreu, de Toulouse : « Dans un article du Figaro, dit-il, en première page, un chroniqueur écrit “en vélo”. J'ai quatre-vingts ans, j'ai appris le français à la communale d'un village catalan où mes parents parlaient le catalan, mais où notre langue était interdite sous peine de sanctions.» Situation typique d'une majorité de Français nés quelque part dans l'entre-deux-guerres, avec lesquels s'acheva, non sans brutalité, la francisation de notre pays. «Alors, demande M. Andreu, doit-on dire à vélo ou en vélo? Mon redoutable instituteur tenait à ce qu'on emploie à vélo sous peine de recevoir un coup de pied au cul dont il avait le secret.»
C'est clair; cela décrit la tendance pédagogique un peu partout dans la France rurale au dernier volet de la IIIe République… Cette situation - très récente à l'échelle des mutations linguistiques - explique la fragilité du français dans la compétition internationale actuelle : la greffe n'a pas pris en profondeur. Mais revenons à nos pédales. D'abord vélo est l'apocope de vélocipède, ancêtre de la bicyclette, laquelle prit son essor dans les années 1890 avec l'invention de la chaîne et du pédalier ; ce nouveau moyen de transport connaît une explosion étonnante dans les milieux populaires - il révolutionne en particulier les distances entre les ateliers et les résidences ouvrières. La «petite reine» devient un phénomène national, et les ouvriers l'appellent plus volontiers vélo ; ils disent sans complexe qu'ils se déplacent en vélo, comme d'autres en train ou en calèche, c'est-à-dire «par le moyen du vélo». Le en n'est pas un descriptif intérieur-extérieur, il joue un rôle purement instrumental: on dira en pour tout nouveau moyen de locomotion, en tricycle si la machine a trois roues, en side-car, et aussi, par pure logique fonctionnelle, en tandem (et jamais à tandem). Cela montre bien que dans l'esprit du locuteur en n'a pas la connotation «dedans-dehors» mais seulement «par le moyen de»… On dit en traîneau, en tapis volant, s'il le faut - des véhicules dépourvus d'intérieur. Se rendre quelque part en vélo n'est donc pas une hérésie grammaticale comme le pensait le maître d'école de M. Andreu; c'est seulement une manière agréable, pratique et pas chère de se déplacer, en ville comme à la campagne.
À vélo, sur le modèle de à bicyclette est hérité de à cheval sans nécessité, par une sorte de complaisance au code dominant. C'est par un phénomène d'hypercorrection dans les classes sociales aisées - relayées craintivement par les instituteurs publics - que la forme en vélo a été bannie sans aucune nécessité proprement linguistique au profit de à vélo - et la même remarque est valable pour en moto.
Si je puis résumer mon sentiment, je conseillerai à M. Andreu de continuer à dire en vélo puisqu'il s'agit du moyen de transport, et à vélo dans les cas où il est fait spécifiquement allusion à la notion d'équilibre, comme: «Cet enfant sait déjà se tenir à vélo.» Du moins, c'est mon sentiment.
jeudi 1 mars 2012
Lucio Dalla ... ultima luna
Lucio Dalla vient de disparaître, victime d'une attaque cardiaque à la sortie d'un concert en Suisse.
Pas très connu en France, Lucio Dalla, purtroppo !
Mais c'est un tremblement de terre qui vient de secouer l'Italie, tant cet homme avait su cristalliser tous les espoirs et inquiétudes de son peuple et de sa génération bien au delà de la péninsule...
il reste quelques chansons qui ont été traduites en France, comme Caruso, hommage au plus grand chanteur de Bel Canto que la terre ait porté mais bien au delà, il y avait chez Lucio Dalla, toutes les angoisses qui ont amené l'Italie à se fracasser contre le mur de la terreur, en rejettant un monde politique sclérosé qui allait amener aussi l'explosion de la Démocratie Chrétienne et du Parti Communiste.
J'ai vécu un an dans cette Italie en plein boom, au moment où l'on entendait sur toutes les ondes "l'anno che verrà", l'année qui vient, à écouter en cliquant ici. "Cher ami, je t'écris pour me distraire un peu, mais comme tu es un peu loin, je t'écrirais un peu plus fort .."
Excusez-moi, chers lecteurs, comprenez bien que je sois bouleversé. C'est Lucio Dalla qui m'a fait découvrir l'Italie, c'était ma porte d'entrée. J'avais 25 ans. Je vous transmets trois liens pour ceux qui veulent le connaître mieux, ou mieux me connaître ou partager mon émotion ...
Lucio Dalla est mort hier, en Suisse, dans un concert dont j'avais entendu parler et je m'étais dit que j'aurais pu faire le déplacement... Je suis resté à la maison, et voilà ce qui arrive !
Voilà : l'ultima luna (les mains noires de charbon ...
Voilà : il disperato erotico stomp (A Bologna non si perde neanche un bambino)
Voilà, quand même, ce que tout le monde connaît :Caruso .... te voglio bene assai....
Voilà, je n'en dis pas plus. Il y a des gens, qui, malgré toutes leurs bonnes volontés ne parviennent jamais à mourir. Lucio Dalla fait partie de ceux-là.
Pas très connu en France, Lucio Dalla, purtroppo !
Mais c'est un tremblement de terre qui vient de secouer l'Italie, tant cet homme avait su cristalliser tous les espoirs et inquiétudes de son peuple et de sa génération bien au delà de la péninsule...
il reste quelques chansons qui ont été traduites en France, comme Caruso, hommage au plus grand chanteur de Bel Canto que la terre ait porté mais bien au delà, il y avait chez Lucio Dalla, toutes les angoisses qui ont amené l'Italie à se fracasser contre le mur de la terreur, en rejettant un monde politique sclérosé qui allait amener aussi l'explosion de la Démocratie Chrétienne et du Parti Communiste.
J'ai vécu un an dans cette Italie en plein boom, au moment où l'on entendait sur toutes les ondes "l'anno che verrà", l'année qui vient, à écouter en cliquant ici. "Cher ami, je t'écris pour me distraire un peu, mais comme tu es un peu loin, je t'écrirais un peu plus fort .."
Excusez-moi, chers lecteurs, comprenez bien que je sois bouleversé. C'est Lucio Dalla qui m'a fait découvrir l'Italie, c'était ma porte d'entrée. J'avais 25 ans. Je vous transmets trois liens pour ceux qui veulent le connaître mieux, ou mieux me connaître ou partager mon émotion ...
Lucio Dalla est mort hier, en Suisse, dans un concert dont j'avais entendu parler et je m'étais dit que j'aurais pu faire le déplacement... Je suis resté à la maison, et voilà ce qui arrive !
Voilà : l'ultima luna (les mains noires de charbon ...
Voilà : il disperato erotico stomp (A Bologna non si perde neanche un bambino)
Voilà, quand même, ce que tout le monde connaît :Caruso .... te voglio bene assai....
Voilà, je n'en dis pas plus. Il y a des gens, qui, malgré toutes leurs bonnes volontés ne parviennent jamais à mourir. Lucio Dalla fait partie de ceux-là.
jeudi 20 octobre 2011
وإذا أراد الله له
Inch Allah !
Si Dieu le veut ... Il ne s'agit pas de s'apitoyer sur le dictateur déchu, ni même de faire du décryptage d'image, je laisse ce talent à Dominique Schneiderman (Arrêt sur image) et à Gérard Lefort (qui fait mon bonheur le samedi matin dans Libération) ... Je laisse cependant cette image, parce qu'elle aura été longtemps, ce qui en soi laisse un malaise terrible, un peu semblable à celle qui a marqué la fin des Ceaucescu.
Ce qui me restera de Khadhafi, au delà de sa dangerosité, de sa férocité, de son arrogance, de ses mensonges sur les infirmières Bulgares, sur le médecin Palestinien faussement accusés de d'avoir transmis le Sida, de l'attentat de Lockerbye, des caprices atroces de sa dynastie nous faisant revenir à l'époque des Borgia et des Pazzi, et de tous les attributs de la tyrannie, ce qui me restera et surtout ce qui restera à son peuple c'est cette volonté de poursuivre à tout prix une guerre qu'il avait déjà perdue.
Ce qui me restera de Khadhafi, au delà de sa dangerosité, de sa férocité, de son arrogance, de ses mensonges sur les infirmières Bulgares, sur le médecin Palestinien faussement accusés de d'avoir transmis le Sida, de l'attentat de Lockerbye, des caprices atroces de sa dynastie nous faisant revenir à l'époque des Borgia et des Pazzi, et de tous les attributs de la tyrannie, ce qui me restera et surtout ce qui restera à son peuple c'est cette volonté de poursuivre à tout prix une guerre qu'il avait déjà perdue. Je viens de voir sur facebook une réflexion qui m'a tourné le sang : "paix a son âme il a combattu jusqu a la mort pour son peuple."
Or c'est précisément sur ce point que l'on peut, que l'on doit en vouloir à un dirigeant : le fait de poursuivre un combat perdu et d'y entraîner tout son peuple. Khadafi aurait pu tout faire : négocier avec les rebelles, organiser l'avenir du pays, préparer son départ, se faire sauter le caisson même ... il aurait pu tout faire sans précipiter son peuple dans une guerre absurde et cruelle dont il aura le plus grand mal à se remettre.
Non Khadafi, n'était pas un héros, quand même il a pu commettre quelques actes militaires héroïques (je ne me donne pas la peine de vérifier ... mais je crois que son seul acte héroïque a été le coup d'Etat de 1969). Sa fin est aussi atroce que ridicule. Elle n'a pas de sens, et en tout cas pas le sens de l'Etat, elle est l'image de cette déformation du pouvoir où celui-ci n'existe plus que pour lui-même, dans le cadre d'une atroce hystérie, et où tout projet collectif a disparu. Ce n'est pas l'image d'un révolutionnaire qui se bat jusqu'à la mort pour défendre ses idées mais celle d'un malade qui sème la contagion...
Alors, comment se remet-t-on d'une telle maladie ? Comment se remet-on d'une dictature ? Comment se remet on d'une guerre ?
En France, on a mis 50 ans pour reconnaître la mort de plus de 200 algériens sur les boulevards parisiens, on a mis 50 ans pour admettre le rôle de l'Etat dans la déportation des juifs, en Espagne, on n'a pas les plaies de la guerre civile de 36 continuent à suppurer, En Italie, le fascisme continue d'être dans les têtes. Combien de temps mettra-t-on de temps à se remettre au Rwanda de la volonté délibérée d'un allumé de déclencher le massacre d'une partie de son peuple par une autre ?
Le printemps arabe est un mouvement formidable. Quoi qu'il arrive, il laissera des traces positives, même si cela se fait après de brutaux retours en arrière... Plus rien ne sera comme avant.
Le printemps arabe met fin à ce que porte en soi le terrible وإذا أراد الله له , Inch Allah , comme formule de la soumission.
En même temps, curieusement, alors que les peuples ont leurs destins en mains, plus personne ne maîtrise plus rien. Les Tunisiens votent, mais en Egypte les diverses fractions de l'armée règlent leurs querelles en se réconciliant sur le dos des minorités religieuses, en instrumentalisant l'Islamisme. Je ne parle pas de la Syrie...
Oui, la politique est un jeu dangereux, parfois mortel. Mais le plus grand crime serait de se désinteresser de son avenir au Maghreb. Pour deux raisons.
La première, c'est pour solidarité élémentaire que nous avons avec tout ce qui est humain.
La deuxième est beaucoup plus égoïste. Notre avenir est aussi directement concerné par l'avenir des printemps arabes.
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lundi 29 août 2011
In memoriam Paul YONNET
Je n'aurais pas voulu le laisser partir comme ça ! J'ai appris ce dimanche le décès de Paul Yonnet à 63 ans, un sociologue qui m'a profondément marqué.
Je n'ai pourtant lu de lui qu'un seul ouvrage : "jeux, modes et masses", qui traitait de l'évolution de la société française de 1945 à 1985 . Un ouvrage magistral en ce qu'il reprenait les inventions ou innovations techniques et montrait leur rôle dans l'évolution des sociétés et comportements humains..
Ainsi était il question du tiercé, de l'attitude vis à vis du sport et de ses équipements, des animaux domestiques (qu'il dénommait "des enfants parfaits") et autres phénomènes marquants qui, d'ailleurs, n'ont fait que se renforcer depuis ... tant en ce qui concerne la prolifération des jeux à bon marché, l''introduction de la pratique sportive dans la vie sociale ou l'investissement affectif vis à vis de "nos amies les bêtes" ... mais ce qui caractérise l'ensemble de ces comportements était leur naissance à la suite de la deuxième guerre mondiale.
Chevaux, chats, chiens, sports, poids de la jeunesse, sont autant de marqueurs d'une montée en force des individus, le tout accompagnant une baisse de la fécondité ... dont les effets, les méfaits et les bienfaits continuent de se faire sentir ... indifférents à toute démarche nostalgique. Cette montée et cette reconnaissance de l'individu se traduit logiquement par le succès des inventions liées à la télécommunication devenus les outils indispensables de l'actualité quotidienne de l'homme moderne.
Paul Yonnet à donc contribué à me donner, ainsi qu'à de nombreux autres, une clef du monde que je n'ai jamais perdue et dont j'ai souvent passé le double autour de moi, en omettant parfois de mentionner la provenance de l'original.
La circonstance tragique du décès de l'auteur, à 63 ans, et dont je découvre la photo, me permet de réparer cette faute. Il demeure un invité permanent du café radical.
Olivier Taconet
jeudi 25 juin 2009
le café a un goût amer ...

Saïd BOUZIRI est décédé
Il avait animé avec Romuald Dzongo il y a quelques mois un café sur la France de la diversité.
Trésorier de la ligue des droits de l'homme, il était venu à Louviers en tant qu'animateur de la lutte pour la votation citoyenne.
C'était un homme de générosité et de culture, qui s'était engagé pour la défense des droits des immigrés dès les années 70... alors qu'il était jeune étudiant tunisien.
Nous savons que c'est en continuant notre combat pour la liberté et pour les droits de l'homme que nous lui rendrons le plus bel hommage, celui de la vie qui se poursuit.
Notre amitié, notre sympathie à son épouse, à ses enfants qu'il admirait et à tous ceux qu'il a aimé et défendu... et nous savons que ça fait du monde.
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samedi 14 mars 2009
Hommage au résistant inconnu

Mercredi soir une émission bouleversante sur la milice, sur Arte.
L'émission a déjà été diffusée en 1997. On y voie dans une objectivité saisissante un mélange de subjectivités sur cette période troublée de notre histoire. Ainsi parole est elle donnée à des miliciens, incapables de digérer leurs erreurs et défaites de jeunesse.
Mais la douleur est tout aussi difficile à digérer, même si l'on a gagné ... au prix fort. Ainsi, un homme expliquait qu'arrêté depuis un certain temps dans un camp tenu par la milice, il avait finalement compris qu'il n'avait la vie sauve que parce qu'il n'était pas juif.
Il fait part d'un souvenir terrible. Est arrivé au camp un jeune homme qui, prenant connaissance du sort qui l'attendait se lance dans le chant d'un air fameux de la Tosca : E lucevan le stelle ... les étoiles scintillaient...
L'émission a déjà été diffusée en 1997. On y voie dans une objectivité saisissante un mélange de subjectivités sur cette période troublée de notre histoire. Ainsi parole est elle donnée à des miliciens, incapables de digérer leurs erreurs et défaites de jeunesse.
Mais la douleur est tout aussi difficile à digérer, même si l'on a gagné ... au prix fort. Ainsi, un homme expliquait qu'arrêté depuis un certain temps dans un camp tenu par la milice, il avait finalement compris qu'il n'avait la vie sauve que parce qu'il n'était pas juif.
Il fait part d'un souvenir terrible. Est arrivé au camp un jeune homme qui, prenant connaissance du sort qui l'attendait se lance dans le chant d'un air fameux de la Tosca : E lucevan le stelle ... les étoiles scintillaient...
Dans cet air Caravadossi, amant de la Tosca se sait condamné à mort et évoque ses récentes émotions sensuelles et dit " je vais mourir alors que je n'ai jamais autant aimé la vie. Je vous en conseille l'interprétation par Pavarotti en cliquant ici.
Le souvenir a hanté la mémoire du survivant. Il a suivi l'arrestation de Touvier quelques années plus tard. Il voulait juste connaître le nom du ténor d'un soir. Touvier, méticuleux, a toujours maintenues classées ses terribles archives, en dépit de ses nombreuses planques ... Or Touvier n'a jamais voulu livrer l'identité de ce jeune homme.
Le résistant l'a dit : en refusant de le nommer, Touvier l'a tué une seconde fois.
Alors, ce soir, le café radical veut lui donner une autre vie. Il veut croire qu'a chaque fois qu'on entendra ce chant de la Tosca : "e luccevan le stelle", on le fera vivre une autre fois, pour que la vie soit plus forte que la mort, que la culture l'emporte sur la grossièreté, que le plaisir soit plus fort que la perversion. Et nous pouvons le dire, ce jeune homme, nous le connaissons. Il est notre frère, il est nous même, il a notre nom. Nous le connaissons beaucoup mieux que Touvier, qui nous est à jamais étranger.
Et pour finir, les paroles et une tentative de traduction :
Le souvenir a hanté la mémoire du survivant. Il a suivi l'arrestation de Touvier quelques années plus tard. Il voulait juste connaître le nom du ténor d'un soir. Touvier, méticuleux, a toujours maintenues classées ses terribles archives, en dépit de ses nombreuses planques ... Or Touvier n'a jamais voulu livrer l'identité de ce jeune homme.
Le résistant l'a dit : en refusant de le nommer, Touvier l'a tué une seconde fois.
Alors, ce soir, le café radical veut lui donner une autre vie. Il veut croire qu'a chaque fois qu'on entendra ce chant de la Tosca : "e luccevan le stelle", on le fera vivre une autre fois, pour que la vie soit plus forte que la mort, que la culture l'emporte sur la grossièreté, que le plaisir soit plus fort que la perversion. Et nous pouvons le dire, ce jeune homme, nous le connaissons. Il est notre frère, il est nous même, il a notre nom. Nous le connaissons beaucoup mieux que Touvier, qui nous est à jamais étranger.
Et pour finir, les paroles et une tentative de traduction :
E lucevan le stelle...ed olezzava la terra...stridea l'uscio dell'orto...e un passo sfiorava l arena...Entrava ella, fragrante,mi cadea fra le braccia...Oh! dolci baci, o languide carezze,mentr'io frementele belle forme disciogliea dai veli!Svanì per sempre il sogno mio d'amore...L'ora è fuggita...E muoio disperato!E non ho amato mai tanto la vita!...
Et les étoiles scintillaient, et l'odeur de la terre imprégnait, la porte du jardin a crissé et un pas s'est posé sur le sable, Elle est entrée dans son parfum, et est tombée entre mes bras, o doux baisers, et caresses langoureuses.
Quand en tremblant j'ai dévoilé ses formes, mon rêve d'amour s'est évanoui à jamais, l'heure est enfuie, et je meurs désespéré, et je n'ai jamais autant aimé la vie.
Voilà, c'est triste, ça fait pleurer, mais vraiment, ça fait aimer la vie.
Olivier Taconet
lundi 15 décembre 2008
Mort de l'homme parano


Claude Olivenstein est mort.
Claude Olivenstein est né en 1933 à Berlin. On ne saurait imaginer pire pour un jeune juif. Il racontait ainsi cet épisode qu'il avait vécu enfant dans le ghetto
où, fasciné, il voyait passer les jeunes hitlériens en uniforme qui se livraient à des ravages organisés ... avant que sa famille ne lui fassent comprendre le danger que ceux-ci représentaient pour lui-même.
C'est extrait d'un grand ouvrage, bien que tout petit par la taille : l'homme parano. Il y a des livres qui marquent. Parce qu'ils révèlent un homme, ou qu'ils vous révèlent à leur tour.
L'homme parano est de ceux-là.
Je n'avais jusqu'à sa lecture il y a une dizaine d'années, que la vision d'un Claude Olivenstein sympathique, s'occupant de petits jeunes paumés, et mis en scène régulièrement à chaque fois qu'on parlait des ravages réels ou supposés de la drogue sur la jeunesse.
Il s'agissait en fait d'un grand psychiatre, créateur du centre de Marmottant qui allait être l'alpha et l'oméga du traitement de la toxicomanie en France.
Même si certains contestent le bilan de son action, on peut découvrir le petit bijou qu'il a écrit au détour des années 80 et qui aident à découvrir le monde.
Il y fait part de la dimension paranoïaque de tout être humain et en particulier de tous les membres des minorités maltraitées ou méprisées. Ce qui d'ailleurs fait penser ironiquement à la fameuse formule de Nixon : "même les paranoïaques ont de vrais ennemis".
Les images qu'il y laisse, sa sagesse sont au rang de ce que nous lègue Claude Olivenstein, au delà de son image sympathique qui nous a permis de découvrir le monde des drogués à l'heure où la drogue allait prendre toute son importance dans nos sociétés modernes.
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