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mardi 22 mars 2016

Sacré weekend

Je peux le confesser à présent, même si j'ai pris du temps, ce dernier weekend représentait un sacré enjeu avec au moins deux événements importants. Le café radical qui recevait Olivier Aubert et le pot de départ que j'avais organisé pour fêter joyeusement la fin de ma vie professionnelle ... précisément en dehors d'un cadre professionnel.
Olivier Aubert
On s'attendait à un succès. En fait, après ce qui lui était arrivé, Olivier Aubert avait besoin d'une reconnaissance, qui passait entre autre par un revanche médiatique et par un retour sur ses terres lovériennes. J'ai été flatté, qu'il accepte ma proposition de l'accueillir pour un café radical sur le thème de l'amélioration de la justice. 
Mais la vedette de la soirée, ce n'était pas la justice. C'était bien lui. Il arrivait avec son livre, qui sentait le neuf, l'encre à peine sèche et qu'il avait réservé pour les clients du café radical.
Avouons-le, Olivier Aubert, bien qu'affichant qu'il allait respecter le cahier des charges du café radical à savoir exposer le thème choisi, et parler dix minutes, n'a pas pu respecter le challenge ... Et c'est tant mieux. 
La salle un peut avant le début. Le  succès n'était pas
 inattendu, mais quand même ... avec plus de 70 clients, 
 le café radical a explosé son record de participation. 
Après avoir remercié les radicaux de leur invitation, rendu hommage à ceux qui l'ont soutenu pendant l'épreuve, Olivier Aubert a parlé de son expérience, catharsis nécessaire, et qui permettait à tout un chacun de comprendre par les faits à quel point il fallait améliorer la justice.
Comme il l'a dit dès le départ, l'éventail politique dans le public allait de l'extrême droite à l'extrême gauche. Un sacré concentré mais pas si inhabituel dans les cafés radicaux qui, depuis 8 ans qu'ils existent, se sont toujours affichés avec l'étiquette radicale de gauche et ont toujours amené au débat les personnalités les plus variées. 
Olivier Aubert a dédicacé ses premiers livres à l'occasion du 
café radical. A ses côtés, Olivier Taconet, président de la 
fédération de l'Eure du Prg et animateur du café radical.
Elle a menti l'ouvrage d'Olivier Aubert est disponible dans
de nombreux dépots de presse de la Région et peut être
commandé sur Amazon.
Olivier Aubert, ancien élu UMP, n'en a pas moins expliqué à quel point, dans l'épreuve, il avait été lâché par nombre de ceux qui le soutenaient alors. Rares sont les personnalités de droite qui lui ont apporté leur soutien, où tout au moins leurs sympathie. Rareté qui permet de souligner la présence dans l'assistance de Daniel Jubert, conseiller départemental de l'Union de la droite, et adjoint de Priollaud, qui avait lui, choisi d'empêcher Olivier Aubert de présenter son livre sur le marché de Louviers. Il fait partie des rares à l'avoir soutenu du début à la fin.
Bien entendu, l'essentiel des questions se sont concentrées sur l'expérience vécue par Olivier Aubert. Son arrestation fin août, à une période où son avocate en vacances, il est défendu par une avocate commise d'office à qui il annonce par honnêteté qu'il n'a pas l'intention de lui confier son dossier par la suite. Le fait que l'affaire est tout de suite prise en charge par un policier avec qui il est en conflit personnel. Dans le vide médiatique, Olivier Aubert fait tout de suite la une des journaux et de Paris-Normandie à qui l'intéressé vouera une rancune qui perdure. Olivier Aubert est pris dans un tourbillon qui l'entraîne et dont il ne se défera que quatre mois plus tard, en novembre, débarqué de la maison d'arrêt d'Evreux, en tenue d'été (il s'était fait arrêté en août) sans pouvoir prévenir personne pour venir le chercher. Le récit était passionnant. Je n'en ferais pas le détail ici. L'idée est de savoir à quel point il enrichissait le débat en montrant la réalité de l'incarcération, non seulement pour ceux qui s'en font une idée aussi fausse que surfaite, mais aussi parce qu'on a naturellement tendance à laisser de côté tout ce qui rend insupportable le confort du quotidien. 
Pour résumé le débat, disons quand même qu'il est très difficile d'améliorer la justice, quand on voit à quel point l'opinion fait pression pour une justice répressive, sans même que la réinsertion, qui devrait être au cœur du débat soit envisagée sérieusement. On à tendance à dire : 3 mois, c'est pas cher payé ! Mais quand Olivier Aubert raconte à quel point il ne s'est toujours pas remis de l'épisode qu'il a vécu il y a plus d'un an, malgré le secours d'un psychiatre, le soutien de sa famille et de ses fidèles amis, on voit que 4 mois de prison est une peine qui dure bien au-delà.
Bien entendue, la surenchère politique menée par la droite en faveur de la répression, en faisant un fond de commerce électoral, ne pousse pas à la sérénité.

Pot de départ

Je m'en voudrais de ne pas évoquer ce qui s'est passé le lendemain de ce café radical qui fera date : mon pot de départ. 
Une partie de l'assistance lors du discours de Franck Martin
dans la magnifique salle de la Grange à Incarville
Je savais là aussi que ce serait riche d'émotions et effectivement, je ne me suis pas loupé. De nombreux amis ont défilé tout l'après-midi, dans ce lieu magnifique qu'est la Grange d'Incarville, sans doute l'une des plus belle salle du territoire de l'agglomération et au-delà. 
Moi ado, vu de photomaton.
Toujours émouvant. 
Des militants, des maires, des conseillers départementaux, de la famille et des amis, oui, surtout et toujours des amis se sont manifesté. Il y avait même des copains d'école, Patrick Bismuth, devenu violoniste de renom, et dont j'ai déjà parlé dans mon blog, et Marie-Paule Borissof qui a fait agrandir une photomaton qu'elle avait conservé dans ses archives. 
Discours rythmé de Franck Martin. Il n'y avait que lui qui
pouvait parler de moi comme ça. 
Le discours de Franck Martin a marqué notre histoire tout à fait particulière, le rôle qu'elle a pu jouer dans l'histoire de Louviers ... et qu'elle entend continuer à jouer. Mais surtout, je tiens à afficher toute ma reconnaissance envers tous ceux qui sont passé ce samedi, tous ceux qui se sont manifesté en s'excusant de n'avoir pas pu venir, avec une pensée tout à fait particulière pour Ida à qui je pense beaucoup en ce moment ... et je ne suis pas le seul.
Et de fait, à dire la vérité, qu'aurait pu être la carrière ou la
vie professionnelle de l'un sans celle de l'autre.
Bien sur, il a été question de mon projet de voyage en Sicile, mais ça, j'en reparlerai. 
J'en reparlerai dans mon blog, et même dans un blog que je ne manquerais pas de tenir tout exprès.
Merci les amis, 
Merci encore. 












mardi 8 mars 2016

Olivier Aubert - première critique

Il faut lire le livre d'Olivier Aubert. 
Une couverture qui parle et est, plus
que tout une excellente synthèse de
l'ouvrage. Puisse celui-ci permettre à
Olivier Aubert de se reconstruire.
Il faut le lire, surtout si on est son ami (et il a beaucoup d'amis même si, au début de son histoire, il en a eu beaucoup moins), surtout si on le connait ... et il y a beaucoup de gens qui connaissent Olivier Aubert. Olivier Aubert, rappelons-le, est un lovérien pur jus. Il a passé son enfance à Louviers et ses environs. Il a été journaliste au "courrier de l'Eure", hebdomadaire de droite, pendant de la Dépêche. Il est  devenu par la suite directeur de la communication d'Odile Proust avec qui il s'est un peu brouillé, et il s'est finalement lancé en politique au point d'être candidat Ump aux cantonales et tête de liste aux municipales en 2008. Tout cela vous amène à côtoyer beaucoup de monde auxquels on peut ajouter les personnes qu'il a eu l'occasion de rencontrer dans ses activités professionnelles de formateur. 
J'ai réalisé cela notamment lorsqu'à la suite de son incarcération, lorsqu'il a vécu probablement le plus grand moment de solitude de son existence, j'ai posé la question tout azimut autour de moi : vous le voyez comment Olivier Aubert ?
Je dois confesser avoir posé la question surtout à des femmes, des collègues, des amies, ou tout simplement des personnes qui avaient été amenées à le croiser. Forcément, Olivier Aubert étant accusé d'un crime sexuel, un peu à la manière d'un Strauss Kahn, je me disais que ma vision à moi n'avait que peu d'intérêt. Pour moi, Olivier Aubert était un ami. J'avais passé plusieurs heures avec lui, au bord des pelouses à prendre des notes pour commenter les matchs du dimanche, je l'avais eu comme voisin, mais de là à conclure que son tempérament lui interdisait de commettre un crime sexuel, je dois dire, je ne m'en sentais pas apte ... Alors que je ressentais le besoin de savoir. 
Il n'y a qu'auprès des femmes que je pouvais obtenir ce type de renseignement. Savoir comment un homme est perçu, comme intriguant, dragueur, macho,  sympa ou respectueux. Je n'ai eu aucun retour négatif, à l'exception de femmes qui ne l'avaient jamais rencontré et qui ne pouvaient se fier qu'à ce qu'elles avaient lu dans les journaux. Cela ne prouve sans doute rien, mais je suis bien sûr que je n'aurais pas eu ce genre de retour en  réflexion si j'avais enquêté dans l'entourage de Dominique Strauss-Kahn.
   
Ainsi, au delà de l'idée qu'on a pu se faire de l'individu et de ce qu'il a vécu, en tant que proche, au delà du fait de partager par le livre l'épreuve que peut avoir subi quelqu'un que l'on a eu l'occasion de côtoyer quotidiennement, il y a toujours une leçon de vie à tirer de l'expérience des uns ou des autres. Et là, Olivier Aubert nous livre une sacrée expérience. 
Cela commence comme un accident ! De fait, peut-être comme un signe du destin, la veille de son incarcération, Olivier Aubert assiste à un terrible carambolage sur l'autoroute A 13, et assiste à la mort d'un homme. 
Il se rend au commissariat pour des affaires courantes, et puis, et puis, très vite, il se retrouve incarcéré. Cela fait penser à petite échelle à l'expérience relatée dans le film 12 years a slave
Mais, à tout prendre, Olivier Aubert parle peu de lui-même. Il relate l'ensemble de son expérience en fonction de son adversaire, d'où le titre : 

ELLE A MENTI

Et qui est "elle" ? Elle, c'est elle, celle qui lui a fait tant de mal et qu'il s'interdit de nommer. Elle est au cœur de l'histoire d'Olivier, alors, il en parle tout le temps, forcément. Il ne veut pas lui faire de publicité, mais au fond, il ne parle que d'elle et on peut penser qu'au delà d'un désir de vengeance, d'un besoin de justice, il est obligé de passer par là, sans barguigner pour se remettre de sa propre histoire. Sans ce livre, sans l'écriture, il ne pourra jamais cicatriser. C'est une étape. 
Mais pas seulement. On peut facilement imaginer qu'au cœur d'une lutte impitoyable d'une ennemie qui ne l'a pas lâché, qui y a entraîné son entourage, son compagnon et même ses enfants, il lui a fallu, non seulement pour lui-même, mais aussi pour la justice, reconstituer tous les événements qui ont conduit à la catastrophe.
Le combat pour lui-même, il le mène avec son psy, dont il parle avec franchise, et avec ses proches. Mais le combat qu'il doit mener, y compris tout simplement dans le cadre de la recherche de la vérité que la société exige de lui, il le doit à la justice. Il n'a pas les moyens d'être au-dessus de ça. Il ne peut se reconstruire qu'en démontant le terrible échafaudage construit par son adversaire. 
D'où le titre.
On pourra regretter, mais s'il s'était davantage épanché, peut être le livre n'aurait pas fait 200 mais 500 à 1.000 pages, on pourra regretter la faible part de réflexion menée sur la justice et son organisation et les terribles conséquences d'un système broyeur d'individus, lors même que la fonction première de la justice devrait être de réinsérer ceux qui ont purgé leur peine ... Olivier Aubert montre, par l'exemple, à quel point l'individu est broyé avant même d'être jugé, tant pis pour lui s'il est innocent.
Telles sont les premières réflexions qui nous saisissent à la lecture du terrible récit. Il y en a d'autres. 
Elles seront livrées au public par Olivier Aubert lui-même, lors du café radical qu'il animera lui-même vendredi 18 mars 2016, à 18h30, au premier étage du Pèlerin, 2 rue Pierre Mendès France à Louviers.
PS : à la fin des débats, Olivier Aubert dédicacera son ouvrage. 


mardi 29 novembre 2011

Les sales gosses

Froid dans le dos



On sait que l'UMP veut, à l'occasion de la campagne électorale, faire oublier sa désastreuse politique en instrumentalisant le sentiment d'insécurité.


Le parti gouvernemental en vient à proposer l'élaboration d'un code pénal spécifique pour les mineurs, chargé de s'adapter au nouveaux phénomènes de délinquance.



Il y a de là quoi glacer tout ceux qui gardent en mémoire les terribles bagnes pour enfants qui ont notamment inspiré à Jacques Prévert son fameux poème : la chasse à l'enfant. En 1935, à Belle-Ile, des gardiens avaient en effet tabassé un petit bagnard avant que l'individu dangereux ne s'échappe et avait proposé une récompense de 20 francs à qui le récupérerait. Dans l'île, habitants et touristes s'étaient mêlés à cette sordide activité ... A tel point que la presse s'en était émue et qu'une campagne avait alors été lancée aboutissant quelques années plus tard à la fermeture des maisons de correction. C'était en 1935, et ça a amené l'ordonnance de février 45, la création d'un juge des enfants et d'une politique judiciaire spécifique en direction de l'enfance.


La mesure proposée par l'UMP est doublement inadaptée. D'abord parce qu'elle regarde vers le passé et amène inéluctablement à la nostalgie des colonies pénitentiaires et de leurs abominations, notamment décrite par Marie Rouanet...


Mais surtout, l'enfance, plus que jamais, est fragile. Les enfants d'aujourd'hui sont beaucoup plus en difficulté et déresponsabilisés qu'il y a 60 ans alors qu'on leur demande d'avoir un comportement d'adulte ... simplement parce que la cellule familiale est beaucoup plus faible, que l'accès au travail et à l'insertion qu'il procure est beaucoup plus tardif, que la confrontation aux réalités se fait de manière bien plus violente.


Bien entendu, nos jeunes font alors peur et cette peur permet d'appuyer toutes les démarches auritaristes. Pourtant, la solution du problème n'est pas là. Elle coûte plus cher à court terme, puisqu'il s'agit pour la société de jouer son rôle d'adulte. De prouver par les faits que la violence ne résout pas les problèmes et que la sanction chez l'enfant n'a aucune valeur si elle n'est d'abord éducative.


Ce rôle d'adulte, incombe d'autant plus à la société que celle-ci produit des parents faibles et immatures, qui d'ailleurs ne supportent plus les enfants ... l'exemple récent de ce père de famille qui a cru bon de punir son enfant de 3 ans en le passant dans la machine à laver en est bien sur la pire illustration.


En se cantonnant au domaine punitif, la société développe l'irresponsabilité, sans se donner les moyens de corriger les dérives qu'elle engendre.

jeudi 11 août 2011

London's burning ? mais pas seulement ... l'anarchy vue par des britaniques...





Un peu d'humour dans une actualité qui en manque cruellement !


Ci-dessus, une image très traditionnellement british de la violence qui a envahi l'Outre Manche, quelques 5 années après les cités en France.

vendredi 13 novembre 2009

Prisons, l'Etat condamné

Le café radical avait invité il y a un an l'avocat Etienne Noël pour qu'il nous parle de son combat contre l'état des prisons.
Lorsque nous l'avons reçu, il avait réussi à faire condamner l'Etat Français pour une plainte déposée par trois détenus de la prison Bonne Nouvelle. La cour d'appel administrative de Douai a confirmé le premier jugement qui condamnait à verser des indemnités à trois détenus qui dénonçait leurs conditions de détention.
C'est une victoire pour l'avocat qui nous avait fait la gentillesse de venir au café radical que nous avons organisé il y a un an, mais c'est avant tout une victoire pour tous les humanistes et pour tous ceux qui croient en la réinsertion des condamnés, et que celle-ci ne saurait passer par une mise à l'écart de l'humanité durant la peine de réclusion.
Robert Badinter, interrogé sur France Inter a déclaré à quel point ce jugement est aussi la reconnaissance du droit Européen et ouvre la voie à une politique pénitenciaire cohérente, allant au delà de l'idéologie de la répression.
"La cour ne pouvait pas contester que mes clients avaient été détenus dans des conditions contraires à la dignité humaine", s'est félicité leur avocat, Etienne Noël, affirmant être sur le point d'engager des procédures identiques pour des dizaines de détenus de Rouen. "Ca risque de coûter très cher" à l'Etat.
, a annoncé l'avocat rouennais, invité, jeudi soir, sur le plateau de France 3 Haute-Normandie.
Pour voir la vidéo et l'interview d'Etienne Noël qui explique que le combat continue, cliquer ici... et aller à partir de 4'30"




mercredi 14 octobre 2009

Surpopulation carcérale ....Il faut un plan d'urgence !

Jacques MEZARD, Sénateur PRG du Cantal, est intervenu mardi 13 octobre en séance publique sur le texte du projet de loi pénitentiaire, issu des travaux de la commission mixte paritaire, sur lequel l'ensemble des Sénateurs Radicaux de gauche se sont abstenus. Le café radical reproduit le texte de son intervention qui reprend les thèmes hélas toujours d'actualité qui ont été repris lors de la venue d'Etienne Noël, invité il y a un an pour parler des problèmes de la prison en France.
Le débat parlementaire donne l'occasion de rappeler à quel point le discours sécuritaire allié à l'irresponsabilité de l'Etat vis à vis de son système pénitencière a contribué à mettre la France au ban de l'Europe. Retrouver l'article précédent du café radical et son commentaire en cliquant .





Monsieur le président, madame le ministre d'État, mes chers collègues, l'essentiel des principes fondamentaux que le Sénat avait initialement inspirés ont été conservés dans ce projet de loi pénitentiaire. Disons-le clairement, M. le rapporteur, avec sa parfaite connaissance du dossier et son souci humaniste de préserver des valeurs telles que la dignité ou le respect de la personne, a permis d'endiguer en grande partie la vague sécuritaire qui a partiellement marqué les débats qui se sont tenus à l'Assemblée nationale, même si en subsiste un peu d'écume…



Nous nous devons également de saluer le travail réalisé depuis de nombreuses années, au sein du Sénat, par nombre de nos collègues, notamment le président de la commission des lois. Cette loi, dont les objectifs fondamentaux sont largement partagés, n'aura de sens que si son application est effectivement assurée, dans l'intérêt des détenus, des personnels et des victimes. La situation que nous connaissons aujourd'hui dans nos prisons est inacceptable ; elle résulte non point de la responsabilité d'un seul gouvernement, mais de tous ceux qui se sont succédé depuis de nombreuses années, qu'ils soient de droite ou de gauche. En effet,ce problème fut souvent éludé, car il ne constituait pas, il faut le dire,une priorité vis-à-vis de l'opinion publique. Il faut avoir le courage de le dire, parce que c'est la réalité : la prison française favorise non pas la réinsertion, mais la récidive.



M. le rapporteur a dit qu'il fallait faire du temps passé en prison un temps utile. Quel vaste programme par rapport à la situation actuelle ! Lorsqu'il évoque les centres de détention de Casabianda ou de Mauzac, on voit bien que des efforts considérables allant dans le bon sens pourraient être fournis. Madame le ministre d'État, vous avez parlé tout à l'heure de l'« état lamentable » de nos prisons. Ce constat correspond bien à la réalité. Ce texte sera-t-il un texte fondateur ? Oui, dans sa rédaction, mais il y a loin de la coupe aux lèvres, de la parole aux actes, de la loi à son application. Ce peut être une grande loi, mais il vous appartient de la faire vivre, mais en cohérence avec la politique pénale, et c'est là que réside toute la difficulté de l'exercice.Notre collègue Pierre Fauchon a posé le problème de l'incarcération, qualifiée d'échec, et non pas de mal nécessaire. Comment faire de la prison un lieu d'espérance et non de désespérance, si ce n'est en ayant le sens de l'humain ? Lors de l'examen de ce projet de loi en première lecture, j'ai rappelé cette phrase de Sénèque : « Quant aux mœurs publiques, on les corrige mieux en étant sobre de punitions. »



Le vrai débat, c'est celui qui porte sur la politique pénale de notre pays. Cette politique ne saurait être un moyen de communication destiné à masquer la réalité, car la situation de nos prisons est catastrophique et la justice française, considérée en Europe comme l'un des mauvais exemples. N'oublions pas la réalité de l'univers carcéral. Qui sont les détenus ? Quelles sont leurs origines ? De quels milieux sont-ils issus ? On compte 95 % d'hommes et 50 % d'illettrés ! Telle est la réalité. La réalité, c'est encore, en juin 2009, la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'homme, et la nécessité, comme l'a rappelé notre collègue Alain Anziani, de respecter les règles pénitentiaires européennes.



La responsabilité est collective, mais le choix politique est fondamental. Mettre à la disposition de la justice les budgets nécessaires, telle est la condition préalable à toute amélioration de la situation et tel est le moyen de respecter les règles pénitentiaires européennes adoptées le 11 février2006. Je n'épiloguerai pas sur les constats dressés par les uns et les autres, qu'il s'agisse du bâtonnier de Paris ou du contrôleur général des lieux de privation de liberté : surpopulation carcérale, nombreux lieux de non-droit où toutes les violences se propagent, taux de suicide en progression,désarroi des personnels, dont la tâche devient impossible. J'ai visité récemment la maison d'arrêt de ma ville.



Pratiquement tous les jours, on jette de la drogue par-dessus les murs ! Alors, on finit par laisser faire parce qu'on n'a pas les moyens de faire autrement. La réalité, c'est aussi cela. Concilier la protection de la société, l'application d'une sanction pour des actes délictueux ou criminels avec l'impératif d'un travail de réinsertion sociale et des conditions satisfaisantes d'exercice professionnel des personnels, tel est l'objectif de toute politique générale pénitentiaire équilibrée et raisonnable.



Pour nous, le déséquilibre intervient lorsque l'on privilégie le volet sécuritaire par volonté de communication médiatique, ce que je qualifierai, comme je l'ai déjà fait, de « populisme pénal ». (Très bien ! sur les travées du groupe socialiste.) Ce texte apporte des améliorations tant sur le plan des principes que sur celui des droits reconnus au détenu, droits inhérents à la personne humaine : dispositif de l'article 2bis, garantie donnée à tout détenu par l'administration pénitentiaire du respect de ses droits ; affirmation du caractère subsidiaire de l'emprisonnement ferme ; nécessité de prévoir son aménagement, mise en exergue dans le texte lui-même. L'inscription dans la loi des principes du régime disciplinaire relève aussi du retour à la voie de droit, mais ne nous hisse pas au niveau européen.



Aujourd'hui, nous avons tous dans la tête les images de la réalité. Nous sommes en effet un certain nombre à savoir ce qu'est une prison, pour y être allés souvent et avoir vu les conditions de détention. Ce qui existe, c'est le droit, lorsque l'on est en cellule collective, à être transféré, souvent après plusieurs mois de procédure, dans une cellule individuelle, n'importe où en France, comme cela vient d'être rappelé.



Conforter le principe du droit à l'encellulement individuel, c'est mettre l'État devant ses responsabilités, même si ce n'est pas facile, et c'est aussi nous mettre tous devant nos responsabilités.



Sans plan d'urgence pour en finir avec la surpopulation carcérale, cette future loi pénitentiaire ne sera qu'une déclaration d'intention. En effet,l'objectif n'est pas d'augmenter le nombre des détenus ; il est de faire ensorte que ces derniers puissent sortir de prison en bénéficiant d'unevéritable réinsertion. Or, aujourd'hui, c'est l'entassement des prévenus et des condamnés en cellule collective, dans des conditions que nous savons tous humiliantes,dégradantes : la promiscuité, la loi du plus fort, l'arbitraire qui découle de cette surpopulation, l'insuffisance des moyens d'une politique de réinsertion.



Dans ce texte, nous avons posé un cadre positif : l'affirmation du principe de l'encellulement individuel, le rapporteur et notre commission ayant fait preuve d'une grande ténacité pour aller dans ce sens. Mais comment ne pas noter la contradiction existant entre la politique d'affichage sécuritaire, qui aboutit à l'augmentation du nombre des détenus– peines plancher, rétention de sûreté, « carcéralisation » du soin psychiatrique – et le projet de loi qui nous est soumis







...Aujourd'hui, la justice est incompatible avec le suivisme de la médiatisation, avec le développement de la notion d'insécurité, insécurité que la recherche du chiffre, disons-le, accentue plus qu'elle ne la diminue.Nous ne sommes pas montrés du doigt en raison du nombre de détenus proportionnellement à la population ; d'ailleurs, il suffit de voir ce quise passe aux États-Unis pour comprendre que, parfois, nous ne sommes pas forcément les plus mauvais. Nous sommes montrés du doigt en raison des déplorables conditions de détention, inacceptables pour le pays des droits de l'homme !



Nous le sommes aussi pour les inégalités dans l'exécution des peines. Sans aller jusqu'à dire que la non-exécution des peines devient un aménagement de peine, je constate néanmoins que l'inégalité qui existe à cet égard pose un problème considérable par rapport aux droits fondamentaux, madame le ministre d'État.



L'utilisation du populisme médiatique sur la récidive et les aménagements de peine est tout de même l'illustration d'un débat qui, malheureusement, n'est pas vraiment allé dans le bon sens. Tant que l'on n'affirmera pas, avec une traduction dans les faits, que la prison ne doit être qu'une sanction de privation de liberté et non une dégradation de l'être humain, tant que l'on considérera que l'entassement et la promiscuité peuvent cohabiter avec la réinsertion, au lieu de reconnaître qu'ils nourrissent la récidive, tant que l'on acceptera que la prison soit un lieu où la violence a libre cours, ce qui est aujourd'hui le cas, il nous restera, mes chers collègues, beaucoup de chemin à parcourir. Nous avons une loi, faites-en bon usage ! !