Goncourt 2011, l'art Français de la guerre d'Alexis Jenni
Nous, les petits Français de moins de 65 ans, faisons partie de générations qui ont eu cet immense bonheur de ne pas avoir connu la guerre sur notre territoire … Nous sommes entourés de guerres et nous sommes tous heureux de ne pas avoir à la vivre.Plus personne même pour dire "il leur faudrait une bonne guerre". Les plus anciens ont vécu la guerre d’Algérie… Les plus jeunes n'ont même plus à faire le service militaire.
Pourtant, nous sommes entourés de guerres, nous vivons avec cette horreur culpabilisante et terrorisante. C’est au fond ce que raconte Alexis Jenni dans son livre « l’Art français de la guerre », qui vient d’avoir le prix Goncourt.
Alexis Jenni est un Lyonnais de 47 ans. C’est important parce que son livre est le livre d’une génération, ou plutôt un livre de générations, qui explique le monde d’où l’on vient, le monde où l’on vit et le monde où l’on va.
Le héros du livre est né en 1926 et s’engage à 17 ans en 1943, dans la Résistance tout d’abord puis dans la série de guerres qui vont scander la décolonisation de la France.
Le coup de génie de De Gaulle, que Jenni appelle son mensonge, au-delà du sauvetage de la Nation française, permet de masquer la série de défaites consécutive à l’inéluctable décolonisation, parallèle à la modernisation de notre monde.La guerre est en nous, et pourtant, elle ne nous apporte rien. C’est finalement ce que savent déjà ceux qui se sont engagés dans la Résistance et qui leur rend insupportable la soumission de leurs contemporains.
Le combat n’est pourtant plus celui-là. La réflexion sur la guerre est aussi une réflexion sur la force. Une force qui montre toute sa vanité aujourd’hui en Syrie, en Egypte, en Tunisie face à un monde qui s’écroule parce que son heure est venu, comme il s’est écroulé dans toute l’Urss. Tout ce qui s’appuie sur la force est au fond de l’ordre de la nostalgie et de la réaction.
Il empêche alors de comprendre le monde tel qu’il est et de tracer des perspectives d’avenir.
Au final, sans doute le livre de Jenni est un ouvrage dont on ne pouvait se passer. Il est la belle conclusion d’une période qui se noue, il est aussi l’introduction d’un monde en train de se créer, qui ne sait pas où il va et que nous avons à construire.


