mardi 28 mai 2013

Assistants sexuels ... des documents qui parlent

En guise d'introduction débat de vendredi 31 mai, avec Patricia Assouline, le café radical vous transmets quelques éléments vidéo intéressants autour des films The sessions, dont je transmets la bande annonce, et de Nationale 7.  
A noter donc, que la première vidéo est une interview de l'acteur Olivier Gourmet par des handicapés, qui mêle son travail d'acteur avec le point de vue des handicapés qui l'interrogent alors que la deuxième n'est qu'une bande annonce d'un film qui a souffert d'une mauvaise distribution, dont les critiques ont toutefois été bonnes et dont la sortie vidéo est prévue le 21 Août.
Pour passionnantes qu'elles soient les vidéos ne répondent pas aux questions basiques que nous nous posons : qu'est ce qu'un assistant sexuel exactement ? Comment ça marche ? Qu'est ce qu'on peut en attendre ? Quel rapport avec la prostitution ? ... Autant de questions et autant d'autres que l'on pourra poser vendredi soir.
Le 31 mai, nous vous attendons à 18h30 au Jardin de Bigards, 39, rue du Quai, au rez-de-chaussée. Une seule condition pour participer : prendre une consommation par respect pour l'établissement qui nous reçoit. il y aura possibilité par la suite pour ceux qui le désirent de rester dîner sur place avec l'intervenante.
 

Tout est bon pour la trahison ...

Règles rappelées en 2008 et oubliées en 2013 par les mêmes
organisateurs ! Seuls peuvent voter pour un problème relatif
à la gestion communale les électeurs de la commune.
Non, il ne s'agissait pas d'un maladresse, d'un simple oubli mais bien d'un acte prémédité. Les organisateurs ont piétiné sciemment les règles de leur propre parti.
 Les anciens secrétaires de fédérations l'ont rappelé (voir le compte rendu des discussions ici)  : le vote est illégal.
On savait par les fuites que Jean-Charles Houel avait justifié par des considérations alambiquées l'ouverture du vote aux extérieurs de la commune. C'est donc qu'il était parfaitement au courant.

Un deuxième rappel avait été fait en 2007, pour si des fois
certains n'avaient pas compris !
On a maintenant les documents qui prouvent qu'il s'agissait d'une démarche parfaitement orchestrée : lors de la préparation des élections de 2008, on avait bien prévenu tous les adhérents des règles intangibles permettant l'accès au vote : être à jour de ses cotisations et être inscrit sur les listes électorales de la circonscription électorale.  Or le secrétaire de section était le même qu'aujourd'hui !
Mais en 2013, Houel/Jamet tenaient à tel point à s'opposer à la liste de gauche qu'ils n'étaient pas à une contradiction près. Ils ont bafoué les règles de leur parti, dans l'esprit en prenant le risque d'une défaite de la gauche, et dans la lettre en ne respectant pas les statuts.
Voilà qui leur retire à jamais leur crédibilité !




lundi 27 mai 2013

La droite décomposée ...

Manif à Evreux, à l'occasion de la venue du premier ministre.
Ils n'étaient qu'une petite cinquantaine dans ce combat dérisoire
 et scandaleux qui consistait à défendre l'image dépassée de la
  famille quand Jean-Marc Ayrault venait mettre en place un
système d'alerte pour femme battue.
La révolte contre une société plus ouverte est heureusement sans avenir.
Au fond d'eux mêmes, les dirigeants de droite sont d'accord avec la gauche et la majorité de la population française qui défend le droit à l'égalité pour tous dans le mariage.
Les politiques ne se grandissent jamais à envoyer leurs troupes se fourvoyer dans les combats qu'ils savent perdus.
Les hommen, bande de joyeux imbéciles fascinés par la lutte
anarcho-féministe des femen. Rien de neuf sous le soleil,
La jeunesse des quartiers chics s'encanaille en mimant les rites
de contestation. Au 19e siècle, on se formait à la bagarre pour
amener les ouvriers au respect de l'ordre social.
.
Leur attitude est  dérisoire lorsqu'ils mènent ce combat au nom de la vérité (un papa et une maman (slogan complétement décalé par rapport à l'évolution de la société), il est scandaleux quand il est mené au nom de l'efficacité politique. Comment pourront-ils, comment peuvent  être pris au sérieux.
Alors, bien sur, il y a les colères, il y a les révoltes et l'envie d'en découdre. Mais pour contredire le slogan maoïste qui disait qu'on a toujours raison d'être en colère, disons que  la colère est là précisément pour donner l'illusion de la raison...
Ainsi donc, le vote du mariage pour tous, a fait cruellement ébranler toutes les certitudes des catholiques intégristes. Plus la société évolue, et moins leurs mouvements, leur rites, n'ont de sens.
En fait, en prenant partie contre un monde qui s'ouvre au monde, contre un monde qui refuse de tenir compte de leur vision étroite, les manifestants s'enfoncent dans le discours infantile de ceux qui refusent de grandir. Là est sans doute le fond de leur désarroi et de leur slogan : un papa et une maman., nous voulons rester des enfants.
A cet égard, l'attitude de Fillon, de Bruno Lemaire, de Kosciusko Morizet et Juppé même est juste une attitude adulte et est à l'honneur de la politique.
Reste l'attitude de Copé et ses calculs à deux euros !
La droite a pris goût à la manifestation et au plaisir de masse. Une faible marge s'est encanaillée et a pris goût au combat de rues, s'attaquant au crs et aux journalistes. Cette faible marge va se construire en politique à la droite du front national ... et cela durera ce que cela durera. Comme dirait l'autre ça leur passera avant que ça me reprenne (enfin, je ne fais que faire un parallèle hardi entre la révolte gauchiste et celle des enfants des beaux quartiers).
Le 27 mai a été le baroud d'honneur d'un mouvement qui n'a pas de sens et qui a fait rêver une partie de la droite incapable d'admettre le jeu démocratique et le fait qu'elle est dans l'opposition. Maintenant, le rêve est fini. La droite va se rendre compte qu'elle a perdu beaucoup de temps là où elle pensait en gagner. Après le burlesque épisode de la guerre Copé/Fillon, elle a travaillé à augmenter le nombre de ses déçus, alors même qu'elle n'a pas commencé à élaborer le début d'un programme. Les plus lucides de ses représentants en mesurent déjà  le gâchis !
 

 


vendredi 24 mai 2013

Patricia Assouline best of ...

en attendant le débat ...

L'affiche du Théâtre d'Edgar
Patricia Assouline est une artiste. Ç'aurait été dommage de la faire venir en tant qu'animatrice du prochain café radical sans évoquer son spectacle, un one-woman-show,  produit en 2008, mis en scène par Clémentine Célarié : Ma vie d'extra-terrestre, qui a reçu des critiques élogieuses (la critique du journal du dimanche ici).


En cherchant sur Google, j'ai retrouvé cette vidéo sur you tube, qui donne un aperçu du spectacle et du talent de Patricia Assouline.   
À mon avis une excellente préparation au débat, et à ce que j'ai toujours voulu faire au café radical : parler de manière détendu des sujets les plus graves.
Avec Patricia Assouline, on aura a priori une bonne dose d'humour. N'oubliez pas de réserver votre première partie de soirée le 31 mai, c'est vendredi prochain. Le débat a lieu de 18h30 à 20 heures. Pour ceux qui le désirent, le débat qui a lieu autour d'un verre, pourra se poursuivre autour d'un repas. À vendredi prochain !


jeudi 23 mai 2013

Mitterrand, réveille-toi ...

Ils sont devenus fous !

Les socialistes lovériens ont décidé à 60 % de faire une liste d'union de la gauche sans la gauche !

Il y a des fondamentaux
en politique ...
sauf  à Louviers ?
Franck Martin, à la tête d'une municipalité de gauche, membre du parti radical de gauche partenaire du gouvernement de Jean-Marc Ayrault,  salué par François Hollande, membre de la majorité régionale d'Alain Le Vern, soutien de la majorité départementale de Jean-Louis Destans, est une nouvelle fois rejeté par des obsédés du règlement de compte personnel qui ont amené la section locale du parti socialiste à s'entêter dans une ligne politique mortifère. 

Comme le dit leur nouveau stratège , le but de la section socialiste est donc de constituer une liste d'union de la gauche dans laquelle les partis de gauche seraient représentés qu'il s'agisse du PS, du Front de gauche (PC-Parti de gauche) d'Europe-Ecologie les Verts si tous ces partis s'accordent sur un programme et sur une répartition des responsabilités... cela fait tellement de si que l'affaire est loin d'être réglée au delà de l'union incongrue avec le Front de gauche qui n'a de cesse de dénoncer l'odieuse politique du parti socialiste. Bonne chance ! 

Bonne chance aussi pour convaincre les Verts qui participent depuis près de 18 ans à la municipalité de Franck Martin.

Parce que la gauche, l'union, qu'on le veuille ou non, est du coté de Franck Martin et de son équipe ! C'est cette union qui a permis à Louviers de ce débarrasser de la droite depuis 18 ans. La nouvelle erreur des socialistes lovériens est bien sur de considérer ce fait comme un acquis ! Ce n'est pas parce que la droite lovérienne est la plus bête du département que la direction de la cité doit lui échapper. Il n'y a pas de loi à ce sujet.
On est là dans le même type de calcul délirant qui avait poussé Jean-Charles Houel à se maintenir contre Franck Martin au deuxième tour des cantonales, amenant la victoire de du représentant de la droite, alors que la gauche avait 65 % des voix.
Espérons juste que ce repli sectaire politiquement inexplicable ne se traduira pas par une catastrophe du même type.
La gauche, la municipalité ont un bilan extraordinaire à défendre à Louviers. Tous les amoureux de leur ville, tous ceux qui ont les valeurs républicaines, les valeurs de gauche ancrées au corps se réuniront derrière Franck Martin.






mercredi 22 mai 2013

L'assistance sexuelle et la politique

les petites bulles apparaissent en surface ...

Un sondage effectué en 2006 révélait que 61% des français pensaient que les handicapés n'avaient pas de sexualité...



Jean-François Chossy, est à l'origine de la loi de 2005 pour
l'égalité des droits et des chances, la participation et la
 citoyenneté des personnes handicapées. Chrétien-démocrate,
comme Christine Boutin, il a été le premier à poser la question
des assistants sexuels à l'assemblée nationale en janvier 2001.
  

J'en reviens toujours à ce sondage, parce qu'il me semble tellement parlant sur une société restant dans le déni absolu.
 
En novembre 2010, Jean-François Chossy, député UMP, connu des seuls spécialistes pour être à l'origine de la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des handicapés confiait à ELLE.fr avoir conscience que le sujet restait tabou, et qu’il faudrait « trouver les mots » pour en parler. De nombreuses associations, dont l'APF (l'Association des Paralysés de France) et le CNCPH (Conseil national consultatif des personnes handicapées), planchent également sur la question

Roselyne Bachelot, toujours brute de décoffrage, a rejeté sans
ambiguïté la question de l'assistanat sexuel alors qu'elle était
ministre de la santé ... en invoquant les droits de la femme.
janvier 2011 :  Roselyne Bachelot, alors Ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale répond brutalement à la question du parlementaire : "J'y suis rigoureusement, formellement, totalement opposée. Vous pensez que la ministre en charge du droit des femmes va soutenir un truc pareil ?"

Octobre 2012 : le Comité national d'éthique, répond à Roselyne Bachelot, qui l'avait saisi en 2011. Il  rend un avis défavorable à la prise en charge par la société de l'organisation d'une assistance sexuelle aux handicapés. Celui-ci ne sera rendu public qu'en mars 2013, provoquant la colère des associations, de membres éminents de la société civile et de quelques politiques. Cette prise de position a lieu quelques mois après l'annonce de Najat Vallaud Belkacem, Ministre des droits des femmes, de se donner les moyens de mettre fin à la prostitution.

Jérôme Guedj, président du conseil général de l'Essonne, issu
de l'aile gauche du parti socialiste. Avant de faire marche arrière,
il a clairement posé la question de l'assistance sexuelle. Cette
attitude est importante, venant de la part d'un président de
conseil général, chef de file de l'action sociale et de l'aide aux
handicapés.
 
Le 25 mars 2013, le conseil général de l'Essonne, présidé par Jérôme Guedj, vote le lancement d'une «réflexion sur la formation des professionnels», idée controversée au sein même de la majorité départementale. Ce vote, dans le cadre du schéma départemental en faveur des personnes handicapées, porte sur le lancement d'une «réflexion sur la formation des professionnels (...) aux enjeux de l'éveil et de l'accompagnement dans la sexualité des personnes lourdement handicapées». L'amendement voté précise que ces notions doivent «être définies et posées dans un cadre éthiquement et juridiquement acceptable, ce qui exclut d'emblée toute forme de prostitution et de marchandisation du corps».

 

Le 28 mars 2013, publication de la tribune "Je veux faire l'amour" de Patricia Assouline dans Libération. Elle est interviewée le lendemain par France Inter.
Le 31 mai, à 18h30 Patricia Assouline anime le café radical à Louviers (brasserie Le jardin de Bigards, 39 rue du Quai) ...
Que penser de tout cela ? de toutes ces vérités contradictoires, ces petites bulles qui remontent à la surface, sans permettre toutefois de faire bouillir la marmite de la réflexion.
Je me souviens d'un débat que j'ai eu lors de la campagne présidentielle, il ne s'agissait pas de cela, non, mais du fait que le prg avait mis en avant les questions de société lors du débat. Et l'on m'avait dit alors, mais est-ce le rôle du politique de s'emparer de ces débats ... et alors, bien sur que oui ! bien sur que la politique doit s'emparer de ces débats société, ces débats qui touchent à l'intime mais qui révèlent au delà de nos comportements sociaux, nos cultures et les rapports de force. et bien sur, tout cela révèle nos hésitations, nos remises en question. Et sur ce sujet, la question de l'assistance sexuelle est plus qu'emblématique.
Moi-même, sans l'intervention de Patricia Assouline sur France inter et sur Libération, aurais-je sans doute fuit ce problème. Et pourtant, rien n'est plus passionnant que cette agitation, que ce trouble.
Ainsi donc, le premier combat est mené par un démocrate chrétien, du parti même de la furia homophobe Christine Boutin, celle qui brandit la bible contre le pacs et voue le gouvernement aux gémonies pour avoir promulgué le mariage homosexuel. Certes ce démocrate chrétien n'est plus député, il ne s'est jamais mis en avant dans ces combats d'arrière-garde, il ne fait pas partie de l'organigramme du parti, mais quand même. Il a défendu une loi majeure de la présidence Chirac. Et c'est étrange de le voir défendre le principe d'une existence sociétale de l'assistance sociale face à Roselyne Bachelot, qui passe plutôt pour une moderne.
et la gauche dans tout cela ? Eh bien, elle n'intervient que plus tard, très tard même, en tant que telle. Le parti radical de gauche, toujours en pointe sur les sujets de société, cherche sa voie. Ça peut se comprendre, d'ailleurs. J'y reviendrais. Il y a bien quelques personnalités, tel Jean-Luc Romero, pour soutenir l'idée. Mais pas de prise en charge politique en tant que telle. C'est normal. il faut de la réflexion. Et là dessus, rendons hommage à Jérôme Guedj, président du conseil général de l'Essonne, proche de l'aile gauche du Ps, qui a fait débattre sur ce sujet le département qu'il préside.
Parce que bien sur, l'assistance sexuelle ne nous contraint pas seulement à repenser notre rapport au handicap, à la sexualité, mais aussi à la prostitution. La prostitution est bien sur de l'assistance sexuelle, rémunérée par définition. et c'est d'ailleurs ce qui complique tout.
Quand Roselyne Bachelot pense avoir claqué définitivement le baigneur à un député démocrate chrétien, en sous-entendant qu'il souhaite le retour de la prostitution à la papa, ce qu'une large partie de la France profonde, celle des clochers, n'a pas digéré... Elle met en avant son rôle de ministre de la condition féminine !
Sauf que la condition féminine a bien changé à l'heure des sex-toys en vente libre, des sites de rencontre et du mariage homosexuel. ce n'est plus l'homme qui a en main la sexualité. Même si c'est encore majoritairement le cas, la tendance est nette. L'émancipation féminine est une réalité.
C'est une femme, Patricia Assouline, qui hurle de ne pas être entendue, alors que, c'est vrai, les films et ouvrages qui traitent du sujet (comme Toutes les femmes s'appellent Marie, de Régine Desforges) parlent d'une réponse féminine à une détresse masculine ... mais on peut remarquer que dans les pays qui pratiquent l'assistance sexuelle, les femmes sont tout autant sollicitées que les hommes dans cette tâche. Bien sur, au delà du rapport au handicap, à la sexualité, on voit mal comment l'approche française du sujet ne nous contraindrait pas à repenser notre rapport à la prostitution ... même si c'est un autre débat.
Probable aussi que dans ce débat, comme dans tous ceux qui ont bouleversé notre rapport à la sexualité, la pilule, l'avortement, la majorité à 18 ans, l'union libre, le pacs, et, in fine l'ouverture du mariage aux couples homosexuels, on va nous faire le portrait d'une société bouleversée, décadente, infernale en un mot ... mais il faut s'y faire, nous sommes dans un monde qui bouge, qui reconnait les individus et les identités, un monde qui sait aussi être attentionné et où l'on peut arriver à poser les sujets calmement quitte à provoquer des réactions aussi épidermiques que disproportionnées.
Oui, sans doute, il y aura des questions sur la prostitution au prochain café radical. De toute façon, aucune question ne sera éludée. ce n'est pas le genre de la maison.

 
Doit-on répondre à la détresse sexuelle des handicapés ?
La question des assistants sexuels
Débat animé par Patricia Assouline

vendredi 31 mai, 18h30
café radical au "Jardin de Bigards"
39 rue du Quai, 27400 Louviers  









 




mardi 21 mai 2013

L'Italie réagit à la proposition française

"L'Europe fédérale, c'est maintenant ou jamais "

interview d'Emma Bonino, ministre radicale des affaires étrangères en Italie.  A méditer pour tous els amoureux de l'Europe, pour tous ceux qui souhaitent entendre une voix ouvertement fédéraliste aux prochaines élections européennes.


L'article est passionnant parce qu'il tombe à pic. Il permet de fixer le but et l'audace que représenterait un gouvernement fédéraliste européen, seule voie pour sortir de l'impasse. Pour ceux qui veulent le lire en version originale (eh oui, c'est une traduction maison, j'ai fait du mieux que j'ai pu et je me suis peut-être emballé !) cliquez ici. Pour les autres, en avant pour la lecture et accrochez votre ceinture.


Paru le 19 mai 2013 Interview par Paolo Valentino
 

 

Par Paolo Valentino

 

ROME – « Je prends très au sérieux l’ouverture de François Hollande. Quelles que soient les raisons qui l’ont inspirées, pour la première fois Paris signale sa disponibilité à une reconsidération de l’Europe qui me fait très plaisir, puisque jusqu’à il y a peu de temps, il était même tabou de parler de modifications des  traités.  Il est évident que les choses hypothéquées par le président français présupposent pour le moins une révision des pactes existantes. Mais s’il on admet le besoin d’une reconsidération en profondeur des institutions et des politiques, alors s’ouvre l’espace pour discuter de notre volonté d’une Europe des gouvernements, comme je crains que Hollande l’ait encore en tête, ou d’une Europe fédérale.

Même en tant que ministre des affaires étrangères, Emma Bonino ne dissimule pas son code génétique : radicale, spinellienne et fédéraliste », reprenant cette position qu’elle a maintenu obstinément lorsqu’elle était minoritaire, suivie par un groupe minuscule de visionnaires de l’Europe : « c’est ma position historique – dit-elle dans son premier interview accordée depuis son investiture – mais c’est aussi celle de l’Italie, reprise par le président Enrico Letta qui a parlé des états unis d’Europe lors du vote de confiance. » 

 

Giuliano Amato vous dit affectueusement que vous êtes « toujours trop en avance sur le temps ». La relance de l’Europe fédérale a été le thème conducteur de son préambule au guide de la diplomatie. Au parlement et ensuite à l’Université de l’Europe, vous avez parlé de la nécessité d’une nouvelle partition indiquant le fédéralisme comme un des thèmes centraux de la prochaine présidence italienne de l’Union Européenne dans la seconde moitié de 2014. Cela ne risque-t-il pas d’être une fuite en avant ?

« Non si l’on reconnait que l’Europe est dans une situation insoutenable. Prenons l’exemple de l’Union bancaire, décidée il y a plus d’un an. Nous n’y sommes pas encore parce que la gouvernance ne fonctionne pas et donc les politiques ne peuvent pas y agir. Le temps n’est pas un élément marginal : ce qui va bien aujourd’hui peut ne pas fonctionner dans 5 ans quand le monde aura pris une autre direction. Les thèses selon lesquelles l’austérité et les coupes budgétaires auraient à elles seules apporté la croissance à traité constant sont démenties de toute part. Avoir les comptes équilibrés  est important et nous l’avons fait en Italie, grâce notamment au gouvernement Monti. Mais les coûts économiques sont élevés (pour tous y compris prochainement pour l’Allemagne) et à ceux-ci s’ajoutent les coûts politiques puisque nous assistons à la montée des populismes et euroscepticismes qui atteignent une dimension préoccupante, se transformant par la suite en nationalisme et racisme, dont notre propre Histoire nous met en garde.

 

Mais pourquoi l’option intergouvernementale ne fonctionnerait-elle pas ?

«Parce qu’à force d’avancer sur la route de l’Europe, les patries elles-mêmes se détruisent. On ne réussit même pas à contrôler une crise relativement petite comme celle de Chypre. Je suis fédéraliste par conviction et je ne connais d’autre système institutionnel au monde en mesure de faire vivre ensemble démocratie, état de droit, et respect des différences  pour 500 millions de  personnes de lingues et d’histoires différentes. Et ce n’est pas une chose exotique, nous avons cela en Allemagne où cela fonctionne. Il n’est pas possible de céder des compétences ultérieurs sans une responsabilisation démocratique, sans que le Président soit élu, sans que le Parlement européen, voire le parlement européen émanent des parlements nationaux, puisse voter la confiance. Il n’existe pas de capacité de budget et de fiscalité européenne sans un volet de contrôle, qui, entre autres, ne se limite pas seulement à l’aspect économique ».

 

Que voulez-vous dire ?

«Qu’il existe même dans l’Europe actuelle un écart sur les droits civils. Par exemple, sur le thème des prisons et de la justice en Italie ou de la démocratie constitutionnelle en Hongrie. Des instruments de corrections sérieux n’existent pas. Nous avons des critères économiques forts pour entrer dans l’Union européenne, des mécanismes efficaces de suivi: procédures d'infraction, des amendes et ainsi de suite. Alors que du côté démocratique, il y a de forts critères d'entrée, mais une fois à l'intérieur d'un pays peut changer la Constitution en éliminant le partage des pouvoirs sans que rien se passe comme c'est le cas à Budapest. Ou vous pouvez être comme l'Italie, où il semble que le droit à la défense n'existe plus, car se délitant dans un processus qui dure depuis des années. »

 

Où a dérapé le projet d’intégration ?

«Il s’est fossilisé sur la monnaie unique. Nous nous sommes arrêté aidé du fait que l’Euro quoiqu’on en ait dit, a été un succès retentissant, jusqu’en ce système imparfait, au point qu’on a oublié d’aller de l’avant sur les autres aspects jusqu’à ce que nous soyons enfoncés dans la crise. La monnaie avait une gouvernance de beau temps, avec la tempête, cela ne marche plus.

 

Mais on a perdu le principe de solidarité, la raison pour laquelle nous sommes ensemble

«En réalité, non n’avons jamais eu à le pratiquer sérieusement, parce que nous n’avons jamais été véritablement mis à l’épreuve : les fonds de cohésion sociale et les autres postes budgétaires. Ceci est la première grande crise et l’incapacité d’y donner des réponses fait passer le refus de la solidarité des gouvernants aux citoyens. Popper nous a enseigné qu’en cas de crise, chacun s’adresse à l’autorité la plus proche pour trouver une solution. Pendant trois ans, nous avons pris des mesures à peine suffisante pour ne pas exploser : trop peu et trop tard. La vérité est que seul un grand projet de relance à tous les niveaux peut intéresser quelqu’un. Je ne crois pas qu’il soit possible de refaire l’Europe des petits pas. La bizarrerie fantastique est que l’Europe continue a exercer un pouvoir magnétique attractif pour tous les  peuples non européens. »

 

 

Quel est aujourd’hui l’argument fort du besoin d’Europe ?

«Aucun de nous n’a seulement les ressources et l’économie d’échelle pour se garantir un futur pour ses propres générations. La vision opposée est autocratique et nationaliste, la tentation de se fermer à tout qui devient par la suite raciste et fomente les guerres. Ensemble, nous serons plus forts sur le plan économique et démocratique. »

 

Schäuble, le ministre des finances allemand, dit qu’il faut modifier les traités ne serait-ce  que pour l’union bancaire. Êtes-vous d’accord ?

 «Selon moi, cela n’en vaut pas la peine. Il n’est pas vrai que les petites réformes soient mieux digérées par un certain type de pays. De toute façon beaucoup d’entre eux sont obligés à les soumettre à référendum. Et on ne rendra pas les gens amoureux de l’Europe en leur faisant le coup de l’union bancaire. Déjà qu’il est difficile de tomber amoureux d’une monnaie. Mais il y a des choses qui touchent beaucoup plus l’imagination populaire. Je ne me lasse pas de demander ce que nous en faisons de ces 27 armées nationales ? Cela coûte 250 milliards d’euros. Nous avons deux millions de personnes sous les armes, nues, c'est-à-dire pas équipées. C’est si vrai que chaque opération de maintien de la paix devient un drame : équipements, normes différentes, système d’armes différents, en Lybie, après dix jours, nous étions sans munitions. Ou bien les infrastructures, la recherche … »

 

 

Et votre idée de la Fédération légère ?

 «Oui, avec un budget d’à peine 5% du pib européen : mettre en commun4 ou 5 secteurs rien à voir avec un Super Etat. Le reste, nous le laissons à la subsidiarité. Nous n’avons pas vocation à devenir absolument homogènes. A la différence de mon amie Ulrike Guérot, selon laquelle l’Europe ne se fait pas parce qu’on n’arrive pas à se mettre d’accord sur le vin ou la bière à prendre pendant les repas, je pense que notre richesse soit proprement la bière et le vin dans chacun de nos pays. Ensemble, nous ne devons faire que les choses qui importent : les affaires étrangères, la défense, la sureté, la fiscalité, le trésor, la recherche, les infrastructures et j’y mets aussi l’immigration. Les chiffres les plus prudents indiquent que l’Europe aura besoin de 50 millions d’immigrants d’ici 2050.

 

De quelle manière le gouvernement italien devra-t-il se mouvoir pour faire en sorte que l’ouverture française ne tombe pas à l’eau ?

 

 «Le sujet est de comprendre quelle est la disponibilité. Est-ce une boutade à usage interne ou plutôt comme l’a dit quelqu’un, je pense qu’il s’agit d’une graine lancée et qui une fois au sol assumera sa vie propre. A nous d'en prendre soin, de l’arroser, un peu d’engrais. S’il y a un accord maximal, même avec des résistances bien compréhensibles, ceci devra devenir l’agenda de voyage du président du Conseil, du ministère des affaires étrangères, et de celui du Trésor. Nous devrons nous activer dans toutes les conférences. Ainsi nous préparerons un nouveau type d’élections européennes, avec les grandes familles politiques qui désigneront leur candidat à la présidence de la commission, des commissaires et du président du conseil, avoir un débat différent, en mesure d’impliquer et d’enthousiasmer les gens. »

 

 

Et l’Allemagne sera en mesure de sortir de la prudence imposée par les élections ?
 «Je comprends que la campagne électorale aient sa propre dynamique et impose ses règles. Mais ceci mis à  part, Berlin a toujours dit qu’il y aura jamais mutualisation de la dette s’il n’y a pas transfert de souveraineté. Prenons l’Allemagne au mot. Nous verrons bien si c’est du bluff.