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mardi 12 juin 2018

Un coup de frein au populisme ?

Municipales partielles en Italie, 

des résultats encourageants 


Sans doute depuis quelques années la situation politique en Italie est aussi inquiétante que difficile à expliquer ... et était-elle jusqu'à ce week end de plus en plus inquiétante et de plus en plus difficile à expliquer. Mais ce dimanche avait lieu les premières élections organisées depuis la terrible alliance entre l'extrême droite de la Ligue du Nord et le mouvement 5 étoiles lancé par Beppe Grillo. Alors, comme la situation est délicate, je me permets de la décrire en marchant sur la pointe des pieds. 
Luigi di Maio, successeur de Beppe Grillo à la tête
du mouvement 5 étoiles. Il gère ce que jamais 
le fondateur de son mouvement n'a eu à envisager :
la réalité du pouvoir. 11 jours après son investiture
au gouvernement, son parti est marginalisé alors
qu'il représentait il y a encore quelques mois
1/3 de l'électorat.
Tout d'abord pour signaler que les municipales en question ne concernent pas toutes les villes d'Italie. Je ne me risquerais pas à expliquer pourquoi, mais ce qui est sûr c'est que de nombreuses communes ont été concernées par ce vote, mais pas toutes. En fait, des élections municipales ont lieu chaque année en Italie constituant autant de test pour l'équipe au pouvoir. En principe donc, du Nord au Sud de la péninsule, une commune sur 5 était concernée.
Tout le monde attendait ce premier test dans une situation tendue dont je rappelle les enjeux. 
Après plusieurs années de pouvoir du centre gauche Matteo Renzi, élu grâce au rejet de Berlusconi, une élection générale a eu lieu en mars qui a porté en tête la coalition de centre-droit menée par la Ligue du Nord avec plus du 1/3 des voix. Derrière, avec un peu moins d'1/3 des voix arrivait le mouvement 5 étoiles, que l'on a tendance à qualifier de populiste ... même si le problème, c'est qu'il y a des tas de sorte de populisme, et qu'on n'est pas bien avancé pour autant. Disons que ce mouvement amalgame des gens qui, s'ils étaient français, se reconnaîtraient dans Mélenchon, dans Macron, dans la droite comme dans le Front National .... voire un peu dans les Verts. Vous suivez ? 
Bon, si vous ne suivez pas, faites demi-tour, relisez le paragraphe précédent, je vous attends. 
Je reprends maintenant pour les retardataires. Donc, a fini par arriver ce qui apparaissait comme improbable, voire comme impossible : une alliance entre la droite les 5 étoiles et l'extrême-droite. 
Bien, que signifiait cette alliance, et sur quelle base politique se faisait-elle ? 
Tout d'abord, je précise pour tous ceux qui sont intéressés, que bien souvent les alliances entre la droite et la prépondérante ligue du Nord se réfèrent au centre-droit ... ce qui est hallucinant ! J'ai souvenir des réactions provoquées par un fait divers qui illustreront mon jugement mieux qu'un long discours. Ainsi, peu avant les élections de mars, à Macerata, un jeune homme a vidé deux chargeurs de son pistolet automatique sur un groupe de personnes de couleur. Il venait disait-il d'entendre à la radio qu'un Nigérian venait d'être arrêté à la suite d'un meurtre atroce d'une jeune habitante de sa commune. Pour en dire un peu plus l'assassin présumé est un dealer d'héroïne, visiblement lié à la mafia et la victime était une consommatrice. 
Luca Traini, le jeune homme qui avait tiré dans la foule après avoir sillonné la ville pendant deux heures à la recherche de victimes, avait le symbole des bataillons nazis tatoué sur sa tempe, et l'on a retrouvé à son domicile un exemplaire de "Mein Kampf", une bibliothèque à la gloire de Mussolini et des tenues paramilitaires. Il avait été candidat pour la ligue du Nord et gardait des photos où il serrait la main de Matteo Salvini, nouveau leader de la Ligue du Nord. 
Jusque là ces faits bien qu'inadmissibles restent compréhensibles. Après tout, chaque communauté humaine recèle ses timbrés, que l'on se retrouve aux Etats-Unis, en Italie et bien sûr en France. Mais ce qu'il y a eu d'original en Italie a été la lenteur de la réaction politique à deux mois de l'élection et la réaction encore plus ambiguë de Matteo Salvini, qui a bien sûr dit que la fusillade était l'acte d'un déséquilibré, mais qu'après tout c'était là la preuve qu'il y avait trop d'immigrés en Italie. Aucun mot de compassion pour ceux qui s'étaient fait tirer dessus, ni même pour tous ceux qui, en Italie, du fait qu'ils avaient une couleur de peau non conforme aux yeux de fous furieux risquaient de vivre dans la terreur les mois à venir. 
Or, c'est avec ce même Matteo Salvini que le mouvement des cinq étoiles et son leader Di Maio a décidé de faire alliance sur le programme incohérent que j'ai déjà évoqué : quitter l'Euro, appliquer le revenu universel, et ... baisser les impôts. 
La première réaction à ce programme délirant est venu du président de la République Italienne, qui a refusé l'investiture du nouveau gouvernement tant qu'il n'aurait pas l'assurance que l'Italie respecterait ses engagements internationaux et européens en particulier ... ouf !
On a alors craint une crise politique terrible, avant que la nouvelle coalition ne fasse une nouvelle proposition politique. 
Il n'empêche, au delà de l'assurance que l'Italie tiendrait ses engagements économiques, le point d'accord et la ligne politique majeure tenue par Matteo Salvini, devenu ministre de l'intérieur, tient dans le rejet et la stigmatisation des migrants. 
Voilà le contexte dans lequel il faut interpréter les résultats de l'élection qui vient de se produire. Le gouvernement qui vient de s'installer est déjà mis en quelque sorte au défi. La gauche qui s'est écroulée lors des dernières élections, garde la main sur de nombreuses communes. La droite s'impose dans de nombreuses autres. Et le mouvement des cinq étoiles traduit son incohérence et son impuissance politique en s'écroulant. Un résultat inattendu surtout à si peu de distance de l'investiture gouvernementale. 
L'opinion, de même que les militants consultés, semblaient pourtant favorables à une coalition entre les deux partis populistes arrivés en tête aux législatives. Cette opinion se trouvait renforcée selon les sondages  par l'attitude ferme du Président de la République qui rejetait cette alliance .....Mais les résultats des élections amènent ce premier jugement. 
1) La gauche n'est pas morte. Cela est valable en Italie comme en France. Ce n'est pas parce qu'elle n'a pas su s'imposer dans une situation de crise, ni parce qu'elle n'a pas su trouver un discours relevant les défis de la modernité, qu'elle est morte. On s'en rend compte dans les élections locales. La population a besoin des valeurs de solidarité que la droite ne peut pas porter. Elle a besoin d'espoir auxquelles les fantaisies populistes ne peuvent répondre.
2) Une fois au pouvoir, soit les populistes s'écroulent, soit ils finissent pas s'imposer par la force. Pour l'instant, le mouvement 5 étoiles qui a commencé à se fendre, plusieurs de ses cadres ayant refusé l'alliance avec l'extrême droite, tient encore un peu ... mais alors qu'il semblait en position de force, il se révèle incapable de faire le poids face à une extrême droite cohérente et structurée par la haine. 
3) Aucun danger n'est écarté. Si ce premier coup de semonce démocratique est à prendre en compte, il s'agit plus d'une défaite de la coalition au pouvoir qu'une victoire de la démocratie. Il nous prouve certes que le pire n'est jamais sur ... mais la route est longue avant que l'Italie et l'Europe ne retrouve la voie de la raison. Les mouvements démocratiques ont du pain sur la planche, mais dans un premier temps, ils ne doivent pas avoir peur de ce qu'ils sontvet  toujours affirmer leurs valeurs. 





mercredi 7 mars 2018

Un spectre hante le monde ...

Et ce spectre, c'est le spectre du populisme[1].


Coluche est l'image sympathique du populisme à la
française. Tellement sympathique qu'après avoir compris
qu'il pouvait nuire au renouvellement de la vie politique
en empêchant la victoire de la gauche a décidé de ne pas
se présenter à la présidence de la République malgré des
sondages très favorables. Il a continué son action citoyenne
autrement en créant "les restaurants du cœur". Reste que
Coluche était dans la tradition française de dérision absolue
du monde politique et social à l'image de Hara-kiri. Beppe
Grillo, comique italien devenu homme politique dit s'en être
inspiré.
L'avantage avec les élections en Italie, c'est qu'on ne peut pas faire comme si le danger populiste n'existait pas. Le mouvement 5 étoiles, initié, propulsé par Beppe Grillo a hissé son leader Di Maio largement en tête des élections italiennes. Cette élection, qui effraie l'Europe, fait suite au brexit, à la coalition droite-extrême droite en Autriche, sans parler de ce qui se passe en Hongrie, et, bien loin de l'Europe, aux Etats Unis,  au Venezuela et aux Philippines... Bien entendu, la liste n'est pas exhaustive. 


Reste que, justement, et à propos de spectre, c'est pas le tout, mais comme me dira ma petite fille dans pas longtemps : c'est quoi le populisme ?.. et, question bonus, en quoi c'est dangereux ?

Bon, pas facile tout ça. Dans populisme, il y a peuple. Or, depuis la naissance de la démocratie moderne, c'est bien le peuple qui est au cœur de tout, et qui motive la démocratie (d'ailleurs, démocratie, ça veut dicre : pouvoir du peuple). Alors, pourquoi la démocratie aurait-elle peur du peuple ? 
Chavez et Maduro ... y a pas qu'en Europe
Bonne question. Il n'y a pas de démocratie sans peuple. Les partis, qui sont nés avec la démocratie, font tous la cour au peuple. Normal, c'est le peuple qui élit ses représentants et que ceux-ci s'affichent avec des étiquettes qui aident les électeurs à se repérer.  
Sauf que ça ne marche pas toujours. Les partis, on sait ce que c'est, pas le peuple. C'est ce qui fait d'ailleurs que chacun peut parler en son nom. 
Sans doute se trouve ici l'essence du populisme lors même que le populisme a pu prendre de nombreuses formes au long de sa brève histoire ... une histoire cependant pas moins longue que celle de la démocratie moderne.

La Russie et les premiers populistes 

En fait, le populisme apparaît comme l'enfant ingrat de la démocratie ... même si le mot apparaît pour la première fois en Russie sous la dictature tsariste. Il s'agit d'un mouvement d'intellectuels, rejetant le conservatisme et persuadés que le peuple et en particulier la paysannerie très majoritaire doit être écouté et se constituer comme avenir de la Nation. L'idée généreuse se cassera les dents. Les paysans rejettent les intellectuels qui sont eux mêmes persécutés par le pouvoir tsariste. Il mourra mais ce premier mouvement aura joué son rôle dans le sens d'une opposition au pouvoir et se traduira par un développement du socialisme, de sa construction et de ses diverses formes d'organisation qui joueront un rôle majeur dans la révolution qui se déroulera en 1917. 

La France et le boulangisme

C'est en France que l'on trouve la première expression du populisme tel qu'on l'entend aujourd'hui. Passionnante l'histoire du boulangisme... Il faudrait que j'y retourne. Ce qu'on peut dire pour résumer, c'est que ledit général profite de son prestige et de sa notoriété pour emmener derrière lui un ensemble  agglomérant des représentants de l'extrême gauche à l'extrême droite. On est là dans l'essence du populisme où, dans la critique du système et de ses représentants, amalgame toutes les frustrations politiques et sociales dans un ensemble puissant. Ça se passe quelques années après Napoléon III, quelques années après la Commune. Le monde politique est incapable d'offrir une perspective à la Nation française. Ses représentants sont disqualifiés. Bref, on est à la recherche d'un héros, d'une grande gueule, et on est en train de définir le populisme. 
Caricature du général Boulanger avec
un discours qui se sera repris par
tous les populismes sous des formes
diverses : du balai !
Malgré tout, le Boulangisme s'éteint sans catastrophe, essentiellement parce que le Général Boulanger, malgré tous ses défauts reste Républicain et refuse de marcher sur l'Élysée à la suite d'un triomphe électoral. Les atouts du général ? Pour faire vite, il défendait un idéal républicain qui lui valut de nombreuses sympathies à gauche et y compris chez des personnalités telles que Clemenceau ... et d'autre part il était un général reconnu et estimé qui, dans le besoin de revanche à la suite de l'humiliation subie en 1870 lui assura le soutien de toutes les factions de droite, des royalistes au napoléoniens. L'histoire est bien sûr beaucoup plus compliquée et je suis preneur de toutes les corrections ou annotations. Ce qu'on doit retenir c'est que le général Boulanger n'a pas voulu du pouvoir malgré l'enthousiasme populaire qu'il avait lui-même suscité. Il mourut en exil, se suicida à la suite d'un dépit amoureux mais pas du tout à la suite de ses déboires politiques. Enfin, le général Boulanger, laissa à la France l'un de ses plus grands tubes populaires  que je vous donne le loisir d'entendre (ici exécuté par l'immortel Bourvil) :  
L'exemple du Boulangisme est éclairant sur le populisme à plus d'un titre. Il casse l'organisation politique qu'il critique. Il s'appuie sur une forte personnalité. Enfin, bien entendu sa puissance charismatique repose sur toutes les ambiguïtés, celles même qu'il reproche aux politiques traditionnels. On peut penser qu'il préfigure tous les populismes d'aujourd'hui, qu'on retrouve dans le poujadisme cette même logique nationaliste opposé au monde politique et qui se traduit par l'impuissance politique. On peut aussi penser qu'il peut avoir un prolongement dans le gaullisme en ce qu'il concerne une personnalité militaire voulant aller au delà des clivages politiques, dans le macronisme même mais Macron n'a jamais critiqué le système, il a juste bouleversé le jeu politique, et  dans le "coluchisme" (en ce Coluche a lui aussi renoncé au pouvoir). 
Et effectivement, ce qu'il y a de plus acceptable dans le Boulangisme c'est qu'il a échoué. Il n'était pas prêt au pouvoir, certes, mais le problème est quand les gens qui ne sont pas prêts au pouvoir, y parviennent et y prennent goût.

Différences entre fascisme, nazisme et populismes

Le fascisme est-il un populisme ? Il n'en est pas synonyme a priori, d'autant qu'entre Boulanger et Mussolini, le premier fasciste la filiation n'est pas évidente. Boulanger n'a pas laissé de trace politique écrite et Mussolini dispose lui, d'une profonde culture politique. Il a été socialiste internationaliste, anticolonialiste et antimilitariste jusqu'en 1914 avant d'effectuer un virage à 180° qui fera de ce dirigeant socialiste italien le créateur du parti fasciste et lui permettra de prendre le pouvoir pour longtemps cachant ses faiblesses politiques par une attitude expansionniste porteuse d'échec. Ainsi la grande Italie se mettra sous la coupe de l'Allemagne de Hitler après avoir semé horreur et désolation dans le monde entier. J'abrège parce que sinon, ça nous mènerait trop loin. 
Le peuple est au cœur des politiques nazies
et fascistes. Mais il y a une différence nette
avec les populismes, en ce qu'il y a une
mystique salvatrice du peuple chez Hitler
comme chez Mussolini, un peu aussi chez
Chavez. Dans le mouvement populiste des
pays développés, le peuple est juste un
enfant mal compris, méprisé, et qui a
besoin de soins et d'attentions.
Je ne pense pas qu'il faille considérer le fascisme puis le nazisme comme un populisme. Certes, on est dans l'exaltation du peuple...mais on lui donne une mission. Le peuple est idéalisé dans les régimes fascistes et nazis. Dans les démarches populistes, ce n'est pas ça. On est dans une démarche maternante. Le peuple n'est pas écouté, on ne fait pas assez attention à lui, il est méprisé. Sous les régimes de Mussolini comme de Hitler, il sait déjà qu'il devra se mettre au pas, qu'on en lui demandera pas son avis puisque son avis sera forcément celui du chef.
Il y a une chose cependant évidente dans le populisme, c'est que chaque mouvement populiste, à chaque période, dans chaque circonstance a sa personnalité et que cette personnalité est forcément liée à celui qui l'incarne. Il reste que le populisme est plus une manière d'être locale qui n'a ni idéologie ni élan. Peut-il alors être dangereux ?

L'exemple du poujadisme

Mis à part de s'opposer à une fiscalité trop
lourde et injuste, le seul credo politique
de Poujade est de s'attaquer aux juifs et
aux parlementaires. Pierre Mendès France
sera sa cible favorite.
Le poujadisme est un exemple très intéressant. On garde de Poujade le fait qu'il se soit opposé au nom du petit commerce à la fiscalité et par voie de conséquence à ceux qui la décidaient, les parlementaires et ceux qui la nécessité : les services publics. Il a renoncé lui aussi au pouvoir malgré son succès impressionnant aux élections législatives qui allaient faire entrer Jean-Marie Le Pen dans la vie politique française. Poujade s'attaquait à Mendès France parce qu'il était parlementaire et juif. Il avait toutes les audaces, mais il n'eut pas les moyens de traduire politiquement sa réussite électorale. Ce qui est intéressant dans la démarche de Poujade est aussi le lien sous-jacent entre racisme et populisme... ce qui n'a pas empêché Poujade par la suite de se fondre dans la vie politique traditionnelle. On remarque pour l'anecdote qu'il a toujours appelé à voter pour le vainqueur de l'élection présidentielle à venir, de Pompidou à Chirac, en passant par Giscard d'Estaing et Mitterrand. 
The economist situait Marine Le Pen entre
le hongrois Victor Orban et Donald Trump.
Des trois, elle est la seule à ne pas être
parvenue au pouvoir ... Victor Orban,
comme Trump rejettent la réalité et plongent
leur pays dans une rhétorique d'exclusion
et d'opposition aux institutions mondiales à
l'extérieur et ouvertement raciste à l'intérieur.
L'histoire donne des exemples terribles des
conséquences que pouvait engendrer cette  
attitude  et c'est précisément pour  les éviter
que ces institutions ont été créées.
C'est que, finalement, ce qui définit le populisme c'est l'incohérence. Or l'incohérence en situation de responsabilité, c'est à dire en confrontation avec le réel peut donner lieu à n'importe quoi, et plus précisément soit à l'acceptation de la réalité soit à son rejet et le déni de réalité peut mener aux pires catastrophes, et notamment aux dictatures et aux guerres qui, comme le disait Clausewitz ne sont jamais que la continuation de la politique par d'autres moyens. 

En acceptant la réalité, en se conformant aux règles 
On dirait que le canard enchaîné lui-même
tombe dans le piège populiste en mettant
tous les démagogues dans le même sac.
Mais la démogagogie, défaut constitutif
de la démocratie, n'est pas la populisme.
du pouvoir démocratique, les populistes cessent d'être populistes et se comportent  précisément comme les pires des politiciens faisant le contraire de ce qu'ils avaient dénoncé hier. C'est cependant ce qui peut arriver de mieux. Le pire reste bien sûr le déni de réalité, la mise au pas de toute opposition y faisant référence ou risquant d'y faire référence. 
Reste maintenant, une fois dressé ce tableau, à l'actualité. 

et l'Italie 

Le comique tribun Beppe Grillo a laissé sa place... pour le
meilleur ou pour le pire. On est passé du "Vaffanculo" mets
toi le dans le cul à une logique plus sécuritaire ... Rien de
rassurant
Les élections Italiennes ont placé en tête le mouvement 5 étoiles, le parti créé par Beppe Grillo. Cas exceptionnel, le créateur d'un parti populiste a laissé la main à l'un de ses jeunes lieutenant, Luigi Di Maio. Il a, a priori, l'attrait du neuf, qui fait souvent la fortune des populismes. Sauf qu'on n'est jamais complètement neuf, en politique comme ailleurs. Issu d'un milieu politique pro-fasciste, il a fait sa carrière professionnelle dans la sécurité. Ça ne veut rien dire mais c'est une indication, lors même que l'on trouvait dans l'environnement protestataire de Grillo de nombreuses personnalités venant de l'extrême gauche ou de l'écologie ... ou des deux. On est là d'ailleurs dans le plus grand flou. De la dénonciation de l'Europe, des partis, des compromis comme image suprême de la nomenklatura, les 5 étoiles ont changé de discours. Ils sont arrivés en tête, largement en tête, mais il sont très loin de la majorité absolue. Leur expérience du pouvoir local est mauvaise, voire catastrophique, comme à Rome dont la maire, Virginia Raggi à peine élue s'est trouvée non seulement incapable de résoudre le problème de ramassage des ordures, sur lequel elle avait fait campagne, mais a eu de graves problèmes une fois révélés les liens de son proche entourage avec Mafia Capitale, scandale financier lié précisément au ramassage des ordures ménagères.
Bref, comme dirait l'autre, rien n'est simple et tout se complique. Le rapport de force issu des élections ne veut plus rien dire. Derrière les 32 % obtenu par les 5 étoiles, le parti démocrate, force de gauche est réduit à moins de 20 %. Il devance la Lega, parti d'extrême droite d'une courte tête lors même que Forza Italia, le parti de Berlusconi, plonge sous les 15 %. 
Petite aparté sur la Lega, que je qualifie comme tout le monde de parti d'extrême droite, avec comme seule ligne politique le refus de l'étranger .. au point qu'il a refusé de condamner ouvertement l'un de ses membres qui a tiré au hasard sur un groupe de gens qui avaient une couleur de peau qu'il jugeait trop sombre. Mais il faut dire aussi que cette Lega, qui a cessé de s'appeler Lega Nord et de se revendiquer sécessionniste. Cette démarche qu'on dit inspirée par Marine Le Pen en personne, lui a en tous les cas permis d'obtenir des voix sur toute l'Italie. Signalons aussi qu'il est répertorié dans le centre droit (!!) puisque non seulement il a revendiqué une alliance avec la droite de Berlusconi, non seulement il l'a déjà pratiqué, mais en plus ledit Berlusconi en déroute a proposé de s'allier avec lui, même minoritaire. Bref, un peu comme si Wauquiez passait un accord avec Marine Le Pen ... comparaison très délicate, Wauquiez étant bien évidemment un parangon de droiture en comparaison avec l'imbattable Berlusconi.
Nous n'en sommes pas là ... d'ailleurs nous n'en sommes nulle part. Et même serions nous plus avancés si cette alliance avait lieu ... même si cette annonce laisse supposer qu'elle agira en faveur d'une alliance entre le mouvement 5 étoiles et le parti du centre gauche entré en crise profonde ... un peu comme le parti social démocrate allemand à l'heure du choix entre l'alliance avec Merkel et un splendide isolement laissant le pays en danger. 
Sauf que là, Renzi, le bâtisseur de la stratégie mise à mal par le parti 5 étoiles refuse de s'allier avec ce dernier... Alors, alors, nous verrons bien ... les paris sont ouverts mais il faut rappeler que, quoi qu'il en coûte politiquement, le vrai adversaire du populisme, c'est l'esprit de responsabilité. 



  


[1] Périphrase naturellement inspirée de la première phrase du Manifeste de parti communiste de Karl Marx, dont j'offre aux gourmands  les premières lignes  pour apprécier à sa juste valeur, remplacer l'Europe par le Monde étant donné que l'Europe en 1948 représentait la pointe avancée du développement mondial :
Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et le tsar, Metternich et Guizot , les radicaux de France et les policiers d'Allemagne.
Quelle est l'opposition qui n'a pas été accusée de communisme par ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l'opposition qui, à son tour, n'a pas renvoyé à ses adversaires de droite ou de gauche l'épithète infamante de communiste ?
Il en résulte un double enseignement.
Déjà le communisme est reconnu comme une puissance par toutes les puissances d'Europe.




 






















mardi 20 février 2018

Italie, c'est grave docteur ?

- Mais, selon toi, Papa, les partisans de Grillo sont 
comme ceux de la Ligue du Nord ? 
- Ben, ils sont très proches, c'est sûr ...
...Certaines caractéristiques sont même superposables
- Alors, pourquoi vous ne faites pas plus de foin sur la question ? 
- Mais au contraire, il ne faut pas le dire, il faut la fermer ...
- notre chance à nous est qu'il ne s'en soient pas rendus compte 
et qu'il restent divisés
- ? 


Il y a encore peu de temps, on avait cru l'Italie sortie d'affaires avec l'éjection de  Berlusconi du pouvoir ... un vieillard qui avait réussi le tour de force de réunir toutes les forces allant du centre droit à l'extrême-droite il y a une dizaine d'années. 
Berlusconi avait l'image d'un vieux filou ayant baigné dans des tas d'affaires et ayant réussi à s'imposer face à une gauche impuissante, incapable de marquer une ligne claire entre une logique politique et une autre gestionnaire, façon Tony Blair pour parler comme dans le temps ou Emmanuel Macron pour parler nouveau monde.

Berlusconi avait créé un fort rejet dans le pays. Son comportement provocateur cachait mal une incapacité à agir, et, de fait, plus ça allait et moins, en évoquant le personnage, on  parlait politique. Ses frasques sexuelles ou ses liens avec la mafia prenaient le dessus. Bref ce qu'on peut appeler intérêt public sans parler de projet politique, était loin des préoccupations et on se demandait comment les italiens avaient pu porter un type pareil à leur tête.

Le rejet de Berlusconi

Il y avait une telle colère dans le pays qu'on s'expliquait sans peine la naissance d'un nouveau mouvement populiste, balançant entre l'extrême droite et l'extrême gauche, anti-tout en quelque sorte ... façon anarchistes de droite ou fasciste de gauche ... Le mouvement qui à coup de manifestations géantes organisées autour du très populaire comique Beppe Grillo, dont le mot d'ordre était « vaffanculo » que je ne me hasarde pas à traduire mais que les lecteurs auront fait d’eux-mêmes. 
Bref ! Une fois débarrassée de Berlusconi, la gauche italienne prit le pouvoir et au sein de la gauche italienne, après quelques remous, c'est Renzi, jeune personnalité, maire de la plus belle ville du monde (Florence), qui s'imposa et tâcha d'imposer une politique cohérente, surfant entre les attentes populaires et les démarches identitaires qui marquait un pays impatient.
Comment décrire Renzi, ce beau jeune homme ambitieux ? Ben voilà, je ne suis pas le premier à le dire, mais ce Renzi c'était simplement du Macron avant l'heure ou du Blair un peu après l'heure. C'est à dire pro-européen, moderniste, humaniste peu porté sur le social, persuadé que le bon sens était celui des affaires et qu'il finirait forcément par l'emporter.

Matteo Renzi, entre Blair et Macron


Bon, disons-le tout de suite, rien ne s'est passé comme prévu. 
Matteo Renzi
On ne sait pas jusqu'où ira Macron et le macronisme en France, mais il est sûr que le régime parlementaire italien, même dans le cadre de bouleversements politiques profonds, a empêché que Renzi ne s'impose au cœur de la vie politique italienne comme Macron a pu le faire en France. Ce n'est pas faute d'essayer. Renzi a balayé les vieilles barbes comme d'Alema, et même les barbes naissantes comme Letta, il a ensuite organisé un référendum constitutionnel visant à limiter le nombre de députés et le pouvoir du Sénat et là ... manque de pot, il a perdu les élections avec des conséquences terribles sur la politique italienne et la gauche en particulier. Je suis sur que cet exemple est bien présent dans la tête du président de la République française, mais c'est une autre histoire.   
Première conséquence, perte de crédibilité d'un leader déjà contesté, deuxième conséquence : éclatement de la gauche italienne en une multitudes de micro-partis, une maladie qu'on ne retrouve quasiment nulle part en Europe ... sauf en France... mais c'est une autre histoire ! Quoique ... quoique ce qui rapproche la France de l'Italie sur ce sujet, c'est la certitude qu'un grand parti permettrait de répondre aux grandes interrogations du pays. Rappelons-nous que le Parti Démocrate (celui dont Renzi, d'Alema et Letta notamment sont issus) est l'émanation du parti communiste italien ayant fait son auto-critique et décidant de se transformer en parti réaliste de centre gauche, s'alliant avec tous les démocrates progressistes du pays sur un modèle blairiste en quelque sorte. C'est une vision qui a marché ... un certain temps.
C'était jusqu'à ce que Berlusconi ne tente quelque chose qui, vu de France, semble jusqu'à présent abracadabrant :allier toute la droite du centre droit jusqu'à l'extrême droite. Alors, on me dira : "oui, mais en Italie, l'extrême droite n'a rien à voir avec l'extrême droite française ... " et on aura raison : elle est bien pire. D'abord, comme je ne cesse de le répéter, c'est l'Italie qui a inventé le fascisme, qui l'a diffusé à travers l'Europe, avec sa variante tragique en Allemagne, et qui l'a subi pendant plus de 20 ans, c'est à dire trois générations. 20 ans de pouvoir, ça laisse des traces, une culture, des références et en particulier dans les sphères les plus recluses du pouvoir, mais c'est une autre histoire. L'extrême-droite italienne n'est pas encore fasciste, au sens où elle n'organise pas de défilé comme du temps de Mussolini, mais elle a un discours violent, effrayant, effarant, qui arrive à prendre le dessus. Nous y reviendrons. Bref, en banalisant l'extrême-droite, la droite italienne sous l'emprise de Berlusconi a réalisé ce que la droite française n'a pas osé faire, Chirac y ayant mis un frein en 1997 puis en 2002. 
Les conséquences en sont terribles.

Le populisme de Beppe Grillo

La première c’est que, comme il était prévisible, le démarche berlusconienne a porté la vulgarité au pouvoir. Le projet politique étant limité à la dénonciation de la gauche, toutes les dérives imaginables et celles qu’on n’osait imaginer se sont produites. Les soirées bonga-bonga du président (partouzes géantes) n’en sont qu’un épiphénomène même si en terre catholique on peut être surpris qu’elles aient été admises par l’électorat. Il y avait beaucoup plus grave, corruptions généralisées, dénonciations des juges et de la presse, liens accrus avec la mafia etc. Heureusement, l’Italie a gardé un cadre démocratique … mais face à ce pouvoir corrompu de la droite, l’opposition qui s’est développée d’une manière généralisée a été le développement d’un populisme de bric et de broc s’appuyant sur la personnalité de Beppe Grillo, comique de la veine politique proche de Coluche mais allant beaucoup plus loin que celui-ci.
Il a créé son propre parti, le mouvement 5 étoiles, et celui-ci s’est développé au point d’être une référence politique majeure, raflant plusieurs villes dont Rome, Parme et Turin.
Le parti s’est appuyé sur une idéologie écologiste (rappelons l’aspect crucial de l’environnement en Italie, et du rôle de la mafia dans tous ce qui concernait traitement des déchets et de l’eau), s’opposant à tous les grands projets, dénonçant une classe politique corrompue (et c’est vrai qu’en Italie, et en particulier sous Berlusconi il y avait de quoi faire) et le rôle de l’Europe. Reste que, ce qui, dans la dénonciation cimentait un parti reliant toutes les sensibilités de l’échiquier politique s’est trouvé fort dépourvu quand l’heure des responsabilités est venue. Ainsi, par exemple, la nouvelle maire de Rome, donc ville éternel au pouvoir intérimaire, dont le dernier maire avait été salué main tendue par les fascistes, après avoir aussi été une ville de gauche ... bref, je suis déjà trop long … disons simplement que la maire 5 étoiles de Rome n’a pas mis trois mois a être mise en cause pour incompétence, favoritisme et affairisme … ce qui a certes affaibli le parti 5 étoiles, mais ne l’a pas dissous. On notera d’ailleurs que c’est sur le sujet très sensible du ramassage des ordures ménagères que la nouvelle maire a montré son incompétence après s’être fait élire sur ce thème.
On aura presque tout dit sur la mouvement 5 étoiles quand on aura signalé que Beppe Grillo a décidé de s’en démettre et  a laissé la place à un jeune successeur Luigi di Maio.

Une extrême-droite qui ferait passer le Front National pour un parti de gauche (je plaisante)


Vous trouvez ça compliqué ? Vous avez raison. Les italiens aussi trouvent ça compliqué. Mais ils doivent choisir.
Ce qu’il y a de terrible dans la situation italienne, c’est que, en l’absence de projet économique, politique, tout le monde déteste tout le monde et en particulier au sein de la classe politique. On se plaint certes de cette situation en France mais, comme on dit, chez nous, c’est de la petite bière. Bien entendu aussi, lorsqu’on n’a pas de projet, ce sont les questions liées à la sécurité et l’immigration qui dominent. On entend en ce moment en Italie des choses incroyables. Ainsi, lors d’un fait divers Luca Traini a tiré sur un groupe de réfugiés faisant plusieurs blessés et a fait le salut fasciste italien avant de se faire arrêter. L’assassin avait été candidat pour la Ligue du Nord, un parti plus ouvertement raciste que le Front National et dont le dirigeant, Salvini  considère l’Euro comme un crime contre l’humanité. Bref, tout ça pour dire que ledit Salvini a osé déclaré que s’il y avait ce genre de geste qu’il a à peine condamné, c’était de la faute des réfugiés qui étaient trop nombreux.  

La note radicale et les "vignette"

C’est ce qu’illustre magnifiquement la vignette que je vous reproduis et qui est issu du quotidien La Stampa. Dans le dessin, l’italien typique, face à ses doutes, ses terribles doutes, est représenté par un personnage inspiré d’Umberto Eco, le grand et sympathique intellectuel italien, auteur notamment du Nom de la rose, best seller et grand succès cinématographique. Il répond ainsi aux interrogations de sa jeune adolescente de fille, alors qu’il est dans un doute encore plus profond.
- Ils détestent tous Renzi
- Non, non, ils détestent tous D'alema
- Non, non ! Le plus détesté, c'est Di Maio
- Pour moi, le plus détesté,reste Berlusconi
- On peut tourner dans tous les sens, la seule qui ne soit
pas trop détestée est Emma Bonino
- Et alors, qu'est ce qu'on y fait dans ces élections
Ce sont ces quelques images qui m’ont inspiré les lignes qui précèdent, avant que je me rende compte que, pour que le lecteur français les comprenne, il fallait donner au moins quelques explications. Le but n’était pas d’expliquer la situation politique italienne, je n’ai pas ces ambitions, mais au moins de pouvoir sourire à ces quelques « vignette »,  nom donné à ce type de bandes dessinées italiennes. Elles sont l’œuvre de Giorgio Staino, un vieux de la vielle, qui a vécu toutes les évolutions politiques de ces dernières décennies. 
Enfin, je me permets de terminer sur une note optimiste. Il y a dans ces élections à venir (le 4 mars) une note radicale, avec Emma Bonino, personnalité de dimension internationale, image de la ténacité et de l'intégrité. Je me permets de lui souhaiter toute la réussite ... même si, je l'admets, les sondages même s'ils ne sont pas mauvais, ne lui permettent pas d'espérer une victoire. 
Nous le saurons bientôt.



jeudi 15 mai 2014

Au secours la droite revient ... Au secours, l'Europe s'en va !


Mon discours pour les Européennes

A la demande de certains participants et de ceux qui n'ont pu assister au grand meeting du 14 mai, je reproduis le discours que j'y ai prononcé devant une assemblée nombreuse et attentive.





Ceci est un appel au secours




La droite revient, l’Europe s’en va ... Il s’agit de la plus mauvaise droite et il s’agit de la plus belle Europe !
Qu’il s’agisse de la plus mauvaise droite, tout le monde ici s’en rend compte. C’est la droite de Jean François  Copé  qui glisse à chaque fois que Marine Le Pen laisse traîner une savonnette. Un coup de Marseillaise, un coup de pain au chocolat. Une droite qui s’appuie sur tout ce qui sent mauvais, sans discernement. Une droite inspirée par le tea-party américain, qui n’a toujours pas digéré le poison de Buisson, cette droite qui met en avant des valeurs  que plus personne n’osait  défendre, qui s’est lancée sans nuance derrière les réseaux catholiques intégristes, prête à lancer et à relayer les rumeurs et les pensées les plus malsaines.  Une droite qui permet au Front National de se faire passer pour un parti acceptable, non seulement parce que les positions s’en rapprochent dangereusement, mais en plus parce que sur certains points, le Front National a une attitude plus modérée.
Le Front national est certes un danger d’une autre trempe. Malheureusement, pour contredire un auteur célèbre, s’il est un spectre qui hante l’Europe, c’est le spectre du populisme. Celui qui des néo-nazis de l’aube dorée en Grèce, à l’anarchisme identitaire de Grillo en Italie, en passant par la haine de l’Europe de l’Ukip en Grande Bretagne et les nostalgiques du parti Jobbik hongrois  ... qui allient la nostalgie de l’empire d’avant 1914 à la haine des tsiganes, des juifs et finalement de tous ceux qui refusent l'intolérance ...
Alors, oui, l’Europe ne montre pas son plus beau visage. Au lendemain d’une nouvelle noyade de masse au large de la Sicile, dont on a à peine entendu parler en France, on ne peut que reprendre la phrase de Matteo Renzi, le nouveau président du Conseil Italien, qui a dit hier “ L'Europe ne peut pas s’occuper de sauver les Etats et les banques et laisser mourir des mères avec leurs enfants”.
Alors quand je parle de l’Europe qui s’en va, je ne parle pas de ça, de tout ce qui fait horreur en Europe, mais qui n’a rien à voir avec ce que fait l’Europe ... Ce qui fait horreur en Europe, c’est ce que l’Europe ne fait pas. C’est ça, l’Europe qui s’en va, c’est celle de l’ambition politique. C’est ce manque d’ambition qui nous paralyse. Un vieux copain me le disait encore la semaine dernière : “oui, les élections européennes, bof ...”, ce à quoi je lui ai répondu : “ne pas voter, c’est voter Le Pen !” ...  Avouez que c’était bien vu, c’était juste avant que j’apprenne qu’elle était tête de liste chez nous ...
N’empêche, mon copain m’a répondu : non, on m’aura pas encore ce coup-là !
Ah bon ? Mais c’est quoi, alors, se faire avoir ?  C’est quoi cette confusion qui traine un peu partout dans l’opinion ? Celle qui consiste à dire : je veux m’opposer à l’Europe des banquiers. C’est bien ! Ca sonne beau, propre et généreux ... Ca sonne de de gauche, même si c’est repris par Dupont Aignan et le Front National.  Seulement si, pour s’oposer à l’Europe des banquiers, on refuse de voter, alors là, on a vraiment tout faux. Ne pas voter, c’est affaiblir la démocratie et affaiblir l’Europe. Affaiblir la démocratie, parce que, finalement, l’Europe des banques se passe très bien d’un parlement européen, avec des parlementaires exigeants et pointilleux qui passent leur temps à emmerder les Etats et les Banques au nom des principes qui les ont fait élire. Affaiblir l’Europe, c’est affaiblir l’action, la volonté politique. C’est revenir à des Etats plus faibles dans un monde économique et politique de plus en plus intégré. Bref, affaiblir l’Europe, c’est affaiblir la France, c’est donner tout pouvoir aux banquiers, à la finance, qui ne demande que ça d’avoir affaire à des Etats affaiblis.
Il faut sauver l’Europe. Pour les radicaux de gauche, fédéralistes et viscéralement attachés au projet Européen, c’est la question centrale. Les radicaux de gauche ont choisi l’alliance avec les socialistes, dans le gouvernement comme dans la bataille des européennes. C’est un choix cohérent qui concilie loyauté et indépendance. Il ne s’agit pas pour nous rendre l’Europe, le monstre bruxellois responsable du  nécessaire redressement de nos finances publiques. Nous pensons même que c’est  l’absence d’Europe, l’absence de politique européenne, qui rend plus brutal encore la réponse  de l’Etat à la difficulté économique. En tenir l’Europe pour responsable est un mensonge. Pour les radicaux, l’Europe n’est pas le problème, c’est la solution. Tout ce qui pousse au repli sur soi, à la peur, au rejet de l’autre ne peut nous entraîner que sur la mauvaise pente qui rend si fort le front de l’intolérance, le rejet des valeurs que la France a offert au monde, et qui menace  l’Europe à ses portes, en Ukraine, en Syrie et ailleurs.
 
Le message radical est simple : plus il y aura d’Europe et mieux le monde se portera. Le 25 mai, il faut voter, il faut voter pour parce que nous sommes concernés par l’Europe, dans notre vie quotidienne, comme dans la défense des valeurs qui nous constituent. Il faut voter pour l’Europe, il faut voter à gauche, il faut voter pour les listes socialistes et radicales ...
 
 

 

lundi 25 février 2013

Anarchie en Italie ...

Dernières nouvelles pour le Sénat en nombre de sièges, projection à presque minuit : 
Berlusconi : 114
Bersani : 113
Grillo : 58
Monti : 13
En gros, Grillo a le pouvoir ... soit il se tire des flutes, soit il soutient Bersani, soit il soutient Berlusconi et à quel prix pour l'un ou pour l'autre .... et à quel prix pour l'Italie ?


 et à minuit pour la chambre. en attendant, voici l'annonce à la une de
 ....
derniers chiffres sur la chambre, repris sur  la Repubblica à 23 heures 45 :

Bersani  : 29,6 %.
Berlusconi : 29 %,
Grillo  : 25,5 %,
Monti :10,6 %.

Il reste encore 2.520 bureaux à dépouiller sur 61.446 ! Les sondages accordent la victoire à la Chambre pour Bersani ... mais il vaut mieux être prudent ... 
Qui peut dire vers où va l'Italie ? J'en reparlerai très bientôt

Ci dessous, mes propos de 17 heures ...

Les sondages sorties des urnes s'avèrent faux, il en est finalement des voix de Giuseppe Grillo, comme de celles du Front National en France... c'est un vote honteux et le dépouillement laisse apparaître un score bien supérieur pour celui qui aime à se faire appeler le Coluche italien et qui pourtant n'a pas grand chose à voir avec lui.
On s'achemine vers le vote le plus inquiétant dans l'Europe démocratique de l'après guerre...
Le comique fait un carton ! Il aurait plus de 25 % des voix et du coup place en tête le parti de Berlusconi ... Nous voilà vers une Italie ingouvernable !
Un cauchemar pour l'Italie, pour l'Europe et pour tout le monde ...


dimanche 24 février 2013

Où va l'Italie, où va l'Europe ?

Berlusconi, ou comment s'en débarrasser !
Il rigole et  l'Italie pleure. C'était déjà le slogan  en 2008 ... 
Curieux comme en Italie, les comiques font trembler. 
Je ne parle pas seulement de Beppe Grillo, qui prend plaisir à se comparer à Coluche, mais aussi de Silvio Berlusconi, le vieillard libidineux, qui colmate ses vacuités politiques à coups de blagues à deux euros.
L'Italie tremble et l'Europe retient son souffle.
Demain, sans doute, nous en saurons un peu plus sur l'avenir de l'Italie, mais nous ne serons peut-être pas fixé entre cauchemar, incertitude prolongée et le soulagement ...
Le cauchemar absolu, ce serait le retour de Berlusconi.Ce serait un peu comme dans le film  alien, ce monstre embarqué dont on espère s'être débarrassé définitivement et qui revient de nulle part. Avec Berlusconi, l'homme qui a plombé l'Italie au point que l'on a dû s'en débarrasser, le pays risque de connaître bien au delà d'un retour en arrière. Au delà de l'attitude répugnante de l'individu, se profile une immense incertitude qui serait déjà bien inquiétante dans une situation stabilisée, mais l'Italie dont j'ai déjà beaucoup parlé n'a pour l'instant réussi à résister aux mafias et aux faiblesses du pouvoir politique sous Berlusconi que grâce à ses institutions et notamment à ses juges, ennemis jurés de l'ancien chef du gouvernement. Pour l'instant, Berlusconi est mal placé dans les sondages, à quelques points de Bersani, le candidat du centre gauche, auquel toute la gauche ou presque s'est ralliée. Mais Berlusconi est parti d'un retard terrible qu'il semblait pouvoir être en mesure de combler. Catastrophe !  

Beppe Grillo, inventeur du Vaffanculo
day ... de moins en moins drôle
Hélas, si le pire n'est jamais sûr,  le moins pire ne serait pas complètement rassurant. 
C'est qu'en embuscade, derrière les deux premiers candidats, arrive Beppe Grillo, créateur du mouvement des 5 étoiles. Grillo a fait rigoler l'Italie pendant plusieurs années, éclaboussant de ses critiques acerbes, la droite berlusconienne et la gauche qu'il trouvait trop timide. Effectivement, le pays a été heureuse de rire à ses saillies, mais beaucoup se mettent à rire de plus en plus jaune. L'apôtre de la dérision a pris la ville de Parme lors des dernières municipales. Certes le maire s'éloigne de Beppe Grillo ..., comme de nombreux cadres du parti, mais notre comique national s'en fout. Il est dans la dérision, et ... ça marche ! Les foules se déplacent à ses spectacles transformés en meetings électoraux. Beppe Grillo est en mesure de faire les rois, et d'empêcher la stabilité du pouvoir à venir. Il prône la fin des institutions, la sortie de l'Europe et de l'Euro, façon Berlusconi et Front National ... et personne ne sait quelle va être son attitude à la suite des résultats, quels que soient les résultats !
Reste Mario Monti, l'anti-Grillo, triste sire, sérieux comme un pape, qui a appliqué à l'Italie, les recettes de la banque centrale européenne avec rigueur. L'Europe et même l'Italie a encensé son travail à la tête de l'Italie, dont il a pris la tête à la suite d'un consensus national à la recherche d'un technicien de génie. 
Partant de ce constat, Mario Monti, après avoir remis l'Italie sur pieds, a considéré qu'il pouvait démissionner. Il l'a fait, et, dans la foulée, poussé par le centre-droit, il s'est présenté aux élections et s'est révélé un très mauvais candidat. 
Reste Bersani, que je ne connais pas, mais au vu de ce que j'ai pu lire, a la réputation d'un politique sérieux et triste, porteur de la gauche de responsabilité...
Alors, que va devenir l'Italie, pays fondateur de l'Europe, l'une de ses puissances financières et industrielles majeures ? Nous en saurons plus demain après-midi, à l'heure des premiers sondages sortie des urnes. L'Italie a peur, l'Europe tremble. En cas de catastrophe, la France ne pourra en sortir indemne.