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mercredi 7 mars 2018

Un spectre hante le monde ...

Et ce spectre, c'est le spectre du populisme[1].


Coluche est l'image sympathique du populisme à la
française. Tellement sympathique qu'après avoir compris
qu'il pouvait nuire au renouvellement de la vie politique
en empêchant la victoire de la gauche a décidé de ne pas
se présenter à la présidence de la République malgré des
sondages très favorables. Il a continué son action citoyenne
autrement en créant "les restaurants du cœur". Reste que
Coluche était dans la tradition française de dérision absolue
du monde politique et social à l'image de Hara-kiri. Beppe
Grillo, comique italien devenu homme politique dit s'en être
inspiré.
L'avantage avec les élections en Italie, c'est qu'on ne peut pas faire comme si le danger populiste n'existait pas. Le mouvement 5 étoiles, initié, propulsé par Beppe Grillo a hissé son leader Di Maio largement en tête des élections italiennes. Cette élection, qui effraie l'Europe, fait suite au brexit, à la coalition droite-extrême droite en Autriche, sans parler de ce qui se passe en Hongrie, et, bien loin de l'Europe, aux Etats Unis,  au Venezuela et aux Philippines... Bien entendu, la liste n'est pas exhaustive. 


Reste que, justement, et à propos de spectre, c'est pas le tout, mais comme me dira ma petite fille dans pas longtemps : c'est quoi le populisme ?.. et, question bonus, en quoi c'est dangereux ?

Bon, pas facile tout ça. Dans populisme, il y a peuple. Or, depuis la naissance de la démocratie moderne, c'est bien le peuple qui est au cœur de tout, et qui motive la démocratie (d'ailleurs, démocratie, ça veut dicre : pouvoir du peuple). Alors, pourquoi la démocratie aurait-elle peur du peuple ? 
Chavez et Maduro ... y a pas qu'en Europe
Bonne question. Il n'y a pas de démocratie sans peuple. Les partis, qui sont nés avec la démocratie, font tous la cour au peuple. Normal, c'est le peuple qui élit ses représentants et que ceux-ci s'affichent avec des étiquettes qui aident les électeurs à se repérer.  
Sauf que ça ne marche pas toujours. Les partis, on sait ce que c'est, pas le peuple. C'est ce qui fait d'ailleurs que chacun peut parler en son nom. 
Sans doute se trouve ici l'essence du populisme lors même que le populisme a pu prendre de nombreuses formes au long de sa brève histoire ... une histoire cependant pas moins longue que celle de la démocratie moderne.

La Russie et les premiers populistes 

En fait, le populisme apparaît comme l'enfant ingrat de la démocratie ... même si le mot apparaît pour la première fois en Russie sous la dictature tsariste. Il s'agit d'un mouvement d'intellectuels, rejetant le conservatisme et persuadés que le peuple et en particulier la paysannerie très majoritaire doit être écouté et se constituer comme avenir de la Nation. L'idée généreuse se cassera les dents. Les paysans rejettent les intellectuels qui sont eux mêmes persécutés par le pouvoir tsariste. Il mourra mais ce premier mouvement aura joué son rôle dans le sens d'une opposition au pouvoir et se traduira par un développement du socialisme, de sa construction et de ses diverses formes d'organisation qui joueront un rôle majeur dans la révolution qui se déroulera en 1917. 

La France et le boulangisme

C'est en France que l'on trouve la première expression du populisme tel qu'on l'entend aujourd'hui. Passionnante l'histoire du boulangisme... Il faudrait que j'y retourne. Ce qu'on peut dire pour résumer, c'est que ledit général profite de son prestige et de sa notoriété pour emmener derrière lui un ensemble  agglomérant des représentants de l'extrême gauche à l'extrême droite. On est là dans l'essence du populisme où, dans la critique du système et de ses représentants, amalgame toutes les frustrations politiques et sociales dans un ensemble puissant. Ça se passe quelques années après Napoléon III, quelques années après la Commune. Le monde politique est incapable d'offrir une perspective à la Nation française. Ses représentants sont disqualifiés. Bref, on est à la recherche d'un héros, d'une grande gueule, et on est en train de définir le populisme. 
Caricature du général Boulanger avec
un discours qui se sera repris par
tous les populismes sous des formes
diverses : du balai !
Malgré tout, le Boulangisme s'éteint sans catastrophe, essentiellement parce que le Général Boulanger, malgré tous ses défauts reste Républicain et refuse de marcher sur l'Élysée à la suite d'un triomphe électoral. Les atouts du général ? Pour faire vite, il défendait un idéal républicain qui lui valut de nombreuses sympathies à gauche et y compris chez des personnalités telles que Clemenceau ... et d'autre part il était un général reconnu et estimé qui, dans le besoin de revanche à la suite de l'humiliation subie en 1870 lui assura le soutien de toutes les factions de droite, des royalistes au napoléoniens. L'histoire est bien sûr beaucoup plus compliquée et je suis preneur de toutes les corrections ou annotations. Ce qu'on doit retenir c'est que le général Boulanger n'a pas voulu du pouvoir malgré l'enthousiasme populaire qu'il avait lui-même suscité. Il mourut en exil, se suicida à la suite d'un dépit amoureux mais pas du tout à la suite de ses déboires politiques. Enfin, le général Boulanger, laissa à la France l'un de ses plus grands tubes populaires  que je vous donne le loisir d'entendre (ici exécuté par l'immortel Bourvil) :   
L'exemple du Boulangisme est éclairant sur le populisme à plus d'un titre. Il casse l'organisation politique qu'il critique. Il s'appuie sur une forte personnalité. Enfin, bien entendu sa puissance charismatique repose sur toutes les ambiguïtés, celles même qu'il reproche aux politiques traditionnels. On peut penser qu'il préfigure tous les populismes d'aujourd'hui, qu'on retrouve dans le poujadisme cette même logique nationaliste opposé au monde politique et qui se traduit par l'impuissance politique. On peut aussi penser qu'il peut avoir un prolongement dans le gaullisme en ce qu'il concerne une personnalité militaire voulant aller au delà des clivages politiques, dans le macronisme même mais Macron n'a jamais critiqué le système, il a juste bouleversé le jeu politique, et  dans le "coluchisme" (en ce Coluche a lui aussi renoncé au pouvoir). 
Et effectivement, ce qu'il y a de plus acceptable dans le Boulangisme c'est qu'il a échoué. Il n'était pas prêt au pouvoir, certes, mais le problème est quand les gens qui ne sont pas prêts au pouvoir, y parviennent et y prennent goût.

Différences entre fascisme, nazisme et populismes

Le fascisme est-il un populisme ? Il n'en est pas synonyme a priori, d'autant qu'entre Boulanger et Mussolini, le premier fasciste la filiation n'est pas évidente. Boulanger n'a pas laissé de trace politique écrite et Mussolini dispose lui, d'une profonde culture politique. Il a été socialiste internationaliste, anticolonialiste et antimilitariste jusqu'en 1914 avant d'effectuer un virage à 180° qui fera de ce dirigeant socialiste italien le créateur du parti fasciste et lui permettra de prendre le pouvoir pour longtemps cachant ses faiblesses politiques par une attitude expansionniste porteuse d'échec. Ainsi la grande Italie se mettra sous la coupe de l'Allemagne de Hitler après avoir semé horreur et désolation dans le monde entier. J'abrège parce que sinon, ça nous mènerait trop loin. 
Le peuple est au cœur des politiques nazies
et fascistes. Mais il y a une différence nette
avec les populismes, en ce qu'il y a une
mystique salvatrice du peuple chez Hitler
comme chez Mussolini, un peu aussi chez
Chavez. Dans le mouvement populiste des
pays développés, le peuple est juste un
enfant mal compris, méprisé, et qui a
besoin de soins et d'attentions.
Je ne pense pas qu'il faille considérer le fascisme puis le nazisme comme un populisme. Certes, on est dans l'exaltation du peuple...mais on lui donne une mission. Le peuple est idéalisé dans les régimes fascistes et nazis. Dans les démarches populistes, ce n'est pas ça. On est dans une démarche maternante. Le peuple n'est pas écouté, on ne fait pas assez attention à lui, il est méprisé. Sous les régimes de Mussolini comme de Hitler, il sait déjà qu'il devra se mettre au pas, qu'on en lui demandera pas son avis puisque son avis sera forcément celui du chef.
Il y a une chose cependant évidente dans le populisme, c'est que chaque mouvement populiste, à chaque période, dans chaque circonstance a sa personnalité et que cette personnalité est forcément liée à celui qui l'incarne. Il reste que le populisme est plus une manière d'être locale qui n'a ni idéologie ni élan. Peut-il alors être dangereux ?

L'exemple du poujadisme

Mis à part de s'opposer à une fiscalité trop
lourde et injuste, le seul credo politique
de Poujade est de s'attaquer aux juifs et
aux parlementaires. Pierre Mendès France
sera sa cible favorite.
Le poujadisme est un exemple très intéressant. On garde de Poujade le fait qu'il se soit opposé au nom du petit commerce à la fiscalité et par voie de conséquence à ceux qui la décidaient, les parlementaires et ceux qui la nécessité : les services publics. Il a renoncé lui aussi au pouvoir malgré son succès impressionnant aux élections législatives qui allaient faire entrer Jean-Marie Le Pen dans la vie politique française. Poujade s'attaquait à Mendès France parce qu'il était parlementaire et juif. Il avait toutes les audaces, mais il n'eut pas les moyens de traduire politiquement sa réussite électorale. Ce qui est intéressant dans la démarche de Poujade est aussi le lien sous-jacent entre racisme et populisme... ce qui n'a pas empêché Poujade par la suite de se fondre dans la vie politique traditionnelle. On remarque pour l'anecdote qu'il a toujours appelé à voter pour le vainqueur de l'élection présidentielle à venir, de Pompidou à Chirac, en passant par Giscard d'Estaing et Mitterrand. 
The economist situait Marine Le Pen entre
le hongrois Victor Orban et Donald Trump.
Des trois, elle est la seule à ne pas être
parvenue au pouvoir ... Victor Orban,
comme Trump rejettent la réalité et plongent
leur pays dans une rhétorique d'exclusion
et d'opposition aux institutions mondiales à
l'extérieur et ouvertement raciste à l'intérieur.
L'histoire donne des exemples terribles des
conséquences que pouvait engendrer cette  
attitude  et c'est précisément pour  les éviter
que ces institutions ont été créées.
C'est que, finalement, ce qui définit le populisme c'est l'incohérence. Or l'incohérence en situation de responsabilité, c'est à dire en confrontation avec le réel peut donner lieu à n'importe quoi, et plus précisément soit à l'acceptation de la réalité soit à son rejet et le déni de réalité peut mener aux pires catastrophes, et notamment aux dictatures et aux guerres qui, comme le disait Clausewitz ne sont jamais que la continuation de la politique par d'autres moyens. 

En acceptant la réalité, en se conformant aux règles 
On dirait que le canard enchaîné lui-même
tombe dans le piège populiste en mettant
tous les démagogues dans le même sac.
Mais la démogagogie, défaut constitutif
de la démocratie, n'est pas la populisme.
du pouvoir démocratique, les populistes cessent d'être populistes et se comportent  précisément comme les pires des politiciens faisant le contraire de ce qu'ils avaient dénoncé hier. C'est cependant ce qui peut arriver de mieux. Le pire reste bien sûr le déni de réalité, la mise au pas de toute opposition y faisant référence ou risquant d'y faire référence. 
Reste maintenant, une fois dressé ce tableau, à l'actualité. 

et l'Italie 

Le comique tribun Beppe Grillo a laissé sa place... pour le
meilleur ou pour le pire. On est passé du "Vaffanculo" mets
toi le dans le cul à une logique plus sécuritaire ... Rien de
rassurant
Les élections Italiennes ont placé en tête le mouvement 5 étoiles, le parti créé par Beppe Grillo. Cas exceptionnel, le créateur d'un parti populiste a laissé la main à l'un de ses jeunes lieutenant, Luigi Di Maio. Il a, a priori, l'attrait du neuf, qui fait souvent la fortune des populismes. Sauf qu'on n'est jamais complètement neuf, en politique comme ailleurs. Issu d'un milieu politique pro-fasciste, il a fait sa carrière professionnelle dans la sécurité. Ça ne veut rien dire mais c'est une indication, lors même que l'on trouvait dans l'environnement protestataire de Grillo de nombreuses personnalités venant de l'extrême gauche ou de l'écologie ... ou des deux. On est là d'ailleurs dans le plus grand flou. De la dénonciation de l'Europe, des partis, des compromis comme image suprême de la nomenklatura, les 5 étoiles ont changé de discours. Ils sont arrivés en tête, largement en tête, mais il sont très loin de la majorité absolue. Leur expérience du pouvoir local est mauvaise, voire catastrophique, comme à Rome dont la maire, Virginia Raggi à peine élue s'est trouvée non seulement incapable de résoudre le problème de ramassage des ordures, sur lequel elle avait fait campagne, mais a eu de graves problèmes une fois révélés les liens de son proche entourage avec Mafia Capitale, scandale financier lié précisément au ramassage des ordures ménagères.
Bref, comme dirait l'autre, rien n'est simple et tout se complique. Le rapport de force issu des élections ne veut plus rien dire. Derrière les 32 % obtenu par les 5 étoiles, le parti démocrate, force de gauche est réduit à moins de 20 %. Il devance la Lega, parti d'extrême droite d'une courte tête lors même que Forza Italia, le parti de Berlusconi, plonge sous les 15 %. 
Petite aparté sur la Lega, que je qualifie comme tout le monde de parti d'extrême droite, avec comme seule ligne politique le refus de l'étranger .. au point qu'il a refusé de condamner ouvertement l'un de ses membres qui a tiré au hasard sur un groupe de gens qui avaient une couleur de peau qu'il jugeait trop sombre. Mais il faut dire aussi que cette Lega, qui a cessé de s'appeler Lega Nord et de se revendiquer sécessionniste. Cette démarche qu'on dit inspirée par Marine Le Pen en personne, lui a en tous les cas permis d'obtenir des voix sur toute l'Italie. Signalons aussi qu'il est répertorié dans le centre droit (!!) puisque non seulement il a revendiqué une alliance avec la droite de Berlusconi, non seulement il l'a déjà pratiqué, mais en plus ledit Berlusconi en déroute a proposé de s'allier avec lui, même minoritaire. Bref, un peu comme si Wauquiez passait un accord avec Marine Le Pen ... comparaison très délicate, Wauquiez étant bien évidemment un parangon de droiture en comparaison avec l'imbattable Berlusconi.
Nous n'en sommes pas là ... d'ailleurs nous n'en sommes nulle part. Et même serions nous plus avancés si cette alliance avait lieu ... même si cette annonce laisse supposer qu'elle agira en faveur d'une alliance entre le mouvement 5 étoiles et le parti du centre gauche entré en crise profonde ... un peu comme le parti social démocrate allemand à l'heure du choix entre l'alliance avec Merkel et un splendide isolement laissant le pays en danger. 
Sauf que là, Renzi, le bâtisseur de la stratégie mise à mal par le parti 5 étoiles refuse de s'allier avec ce dernier... Alors, alors, nous verrons bien ... les paris sont ouverts mais il faut rappeler que, quoi qu'il en coûte politiquement, le vrai adversaire du populisme, c'est l'esprit de responsabilité. 



  


[1] Périphrase naturellement inspirée de la première phrase du Manifeste de parti communiste de Karl Marx, dont j'offre aux gourmands  les premières lignes  pour apprécier à sa juste valeur, remplacer l'Europe par le Monde étant donné que l'Europe en 1948 représentait la pointe avancée du développement mondial :
Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et le tsar, Metternich et Guizot , les radicaux de France et les policiers d'Allemagne.
Quelle est l'opposition qui n'a pas été accusée de communisme par ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l'opposition qui, à son tour, n'a pas renvoyé à ses adversaires de droite ou de gauche l'épithète infamante de communiste ?
Il en résulte un double enseignement.
Déjà le communisme est reconnu comme une puissance par toutes les puissances d'Europe.




 






















vendredi 25 novembre 2016

Prochain café radical : peut on bloquer Marine Le Pen ?

L'avantage des primaires de la droite, c'est qu'on n'aura guère parlé de Marine Le Pen pendant quelques semaines. Mais ni la crainte, ni l'absence de crainte n'évite le danger. 

Fillon sera très probablement le candidat de la droite dimanche soir. Il aura non seulement à affronter la gauche, ou les gauches, mais il aura aussi à affronter l'extrême droite, mauvaise surprise de presque toutes les élections depuis 2002. La victoire de Trump aux Etats Unis a d'ailleurs remis en selle le cauchemar de l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite. 
Comme l'a presque dit Beaumarchais "il faut se dépêcher de parler de tout de peur d'être obligé d'en pleurer". 
Le café radical, pour sa reprise après de trop longs mois d'absence, a décidé de porter le débat. 

 Peut-on bloquer Marine Le Pen ?  

Paul Dhaille, délégué général du parti radical de gauche sera l'invité du café et présentera les données et les perspectives du moment à l'aube d'une année qui se révèle d'ores et déjà très politique.
Venez nombreux, avec vos certitudes, vos interrogations, et votre écoute. Le café radical est ouvert à tous.
café radical au Big Arts
vendredi 9 décembre, 
de 18h30 à 20 h
39 rue du quai
27400 Louviers





samedi 19 novembre 2016

Primaires : le boomerang de sarkozy


Seul phénomène de campagne : l'attaque contre Bayrou,
traité comme un horrible gauchiste par Nicolas Sarkozy.
A mes yeux, pas de quoi casser trois pattes à un canard.
Je me trompais. C'était une vraie stratégie de Sarko, sauf
qu'elle risque de se retourner contre lui.
En politique, j'ai un vrai problème : je n'arrive pas à comprendre ce qui se passe dans la tête de quelqu'un de droite. Sans doute du fait que je suis de gauche. Bien à gauche. C'est culturel. Je vois très bien ce que pense un radical (de gauche), un écolo, un communiste, un socialiste, avec toutes ses mouvances (de Valls à Filoche, ce vieux Filoche, que j'ai connu quand j'étais gamin et qu'il était un grand étudiant de l'après 68), un gauchiste (avec toutes ses nuances des post-trotskystes aux récupérateurs des Nuits debout, un anarchiste, un ultra-gauche même, et parfois j'arrive jusqu'à comprendre des macroniens même si c'est un peu plus difficile. J'ai mon point de vue, je ne suis pas d'accord avec tout le monde, c'est rien de le dire. Mais je suis les débats...

J'admets cependant que tout ce qui se situe à la droite de Bayrou à tendance à dépasser mon entendement. C'est pas faute d'essayer. Je reprends toujours ce principe humaniste : "rien de ce qui est humain ne m'est étranger" ... mais j'ai du mal. Voilà pourquoi, notamment, je me suis bien gardé d'intervenir  jusqu'à présent sur les primaires de la droite et du centre.
Je ne partage pas le point de vue de certains amis de gauche qui sont prêts à aller déposer un bulletin pour Juppé. Je comprends cependant qu'on veuille éviter d'avoir  à voter Sarkozy en cas de deuxième tour face à Marine Le Pen ce qui risque de se produire d'ici quelques mois ... et qui sera le sujet du prochain café radical. 
Je comprends aussi qu'on s'intéresse à ce qui se passe lors des débats des primaires même si j'ai du mal à en saisir toutes les subtilités. Pour moi, d'ailleurs, comme pour beaucoup de Français, les choses étaient pliées : On aurait un duel Juppé/Sarkozy, et n'en parlons plus... Les deux premiers débats n'avaient pas réussi à différencier les candidats. Chacun avait fait des efforts, ses surenchères, chacun avait eu sa part de maladresses, et puis voilà. Il n'y avait pas de surprises à attendre.
Erreur ! 
Erreur, disent les sondages. Erreur, il y a le phénomène Fillon, le troisième homme. Celui qui était à égalité avec Le Maire, voire même légèrement derrière, serait le phénomène de fin de campagne.
Bon, là aussi, j'admets, je ne suis un lecteur régulier, voire occasionnel ni du Figaro, ni de Valeurs Actuelles. Pas étonnant que je n'ai pas vu venir le phénomène et je dois dire, qu'à suivre Fillon, je n'ai rien vu de changé dans son comportement de clown terne, pas encore remis de son quinquennat masochiste au service de Nicolas Sarkozy. Bref, je ne comprenais pas et c'est là que, croisant un ami de droite, je lui ai posé cette question qui me turlupine depuis plusieurs jours : " Comment expliques-tu la remontée dans l'opinion de François Fillon ? Est-ce qu'à ton avis ce sont les sondages qui se trompent ?"
Je vous livre sa réponse en tout point intéressante. 
Tout d'abord, selon lui, les sondages ne se trompent pas. Il y a bien un effet Fillon qui date d'il y a quelques jours. Reste à savoir pourquoi.
Fillon, n'est pas Trump. Pas de propos choquants ou inattendus. C'est un être tristement constant, dont on pourrait penser qu'il a directement inspiré l'auteur de la formule "il sourit quand il se prend les doigts dans une porte". Alors, pourquoi Fillon ? 
En fait, me dit mon ami : "on ne peut expliquer cela que par l'effet Sarkozy ... 
- ? 
- Oui, Sarkozy, quand il a attaqué Bayrou. 
- ... C'est vrai que l'attaque anti-Bayrou qui ne participe pas aux primaires, est le seul élément marquant de la campagne de ces quinze derniers jours. Et alors ? 
- Alors voilà. Bien sûr, il ne visait pas Bayrou. Il visait Juppé. Et ce n'était peut-être pas si mal calculé : ça a amené à droite une défiance anti-Juppé. Et c'est Fillon qui en a profité ..."
Lumière ! J'avais subitement tout compris. À supposer que les résultats des sondages soient confirmés par le vote de demain cela voudrait dire plusieurs choses.
La première c'est que l'activisme de Sarkozy ne passe pas inaperçue et à des conséquences sur l'électorat. 
La deuxième c'est que, quoi qu'il dise et quoi qu'il fasse, Sarkozy ne peut pas remonter dans les sondages. Parce que sa stratégie clivante a atteint ses limites, ce dont tout le monde s'était d'ailleurs rendu compte autour de lui. 
La troisième, c'est que dans la tête de l'électeur de droite, Fillon, avec tous ses défauts, était celui qui devait profiter du doute instillé par Sarkozy sur Juppé. D'abord il n'est pas Juppé, ensuite, il n'est pas Sarkozy, enfin, non seulement, il était le troisième de la course, puisqu'il venait de dépasser Le Maire, mais surtout, il était le seul du troupeau des prétendants à représenter quelque chose... 
Bon, demain, on verra bien si je me suis trompé. N'empêche, quel bonheur ce serait que de voir Juppé et Fillon qualifiés pour le deuxième tour. Un bonheur supplémentaire puisque je n'y serais pour rien... et que le seul responsable serait bien notre Nicolas qui devrait pourtant s'y connaître en matière de boomerang... Mais il en est qui ont vraiment du mal à apprendre de leurs échecs. Dommage ;)




jeudi 17 décembre 2015

Mémoire d’un conseiller régional

Lol comme on dit ... J’aurais été conseiller régional une petite heure. Le temps qu’Antenne 2 , en cette terrible soirée d’élections de dimanche dernier annonce que la liste de Mayer Rossignol allait l’emporter d’une courte tête face à la droite.
J’ai tout de suite dit à mes amis qu’il fallait sortir le champagne rapidement... avant que la télé n’annonce le contraire. Et, comme de fait ! (j’adore l’expression) plus le temps passait avec l’apport du décompte officiel de la préfecture, plus je me disais qu’il y avait quelque chose qui ne collait pas dans l’estimation hasardeuse de France 2. Un peu avant 22 heures, le verdict tombait en plein débat : les vainqueurs devenaient vaincus et vice-versa. Et moi, le 9e de liste, je n’avais plus qu’à remercier ceux qui m’avaient déjà félicité en leur expliquant que, non, ce n’était pas pour cette fois.
Mais passons sur mes déboires personnels. Au-delà de ce que cela signifie et du profond changement que mon élection aurait eu sur mon propre sort, de mes capacités d’engagement et du soutien que cela m’aurait procuré je me dois de fixer quelques éléments d’analyses et des perspectives offertes par ce scrutin.
Le grand vainqueur des élections a été le Front National, même s’il en a aussi été le grand perdant.
Il en est vainqueur, parce que non seulement on n’a parlé que de lui, j’allais dire comme d’habitude, mais en plus il a augmenté partout ou presque son score en pourcentage et en nombre de voix, a réussi à se maintenir au deuxième tour et a réussi le rêve fasciste de troisième voie.
Il en est le grand perdant parce qu’il n’a pas réussi à engranger et à devenir une force capable de s’imposer à la tête d’une Région. En gros, si une grande partie du corps électoral a donné quitus aux thèses frontistes, une plus grande partie encore a fait savoir que si elle ne savait pas ce qu’elle voulait, elle savait ce qu’elle ne voulait pas.
Bref, pour moi, mais pour beaucoup d’autres qui disions, qui pensions que le Front National ne devait pas constituer l’alpha et l’omega de notre pensée politique, il faut reconnaître qu’il est temps de changer de discours. 
Le Front National n’est plus ce qu’il était. C'est-à-dire que sa permanence et son renfort sur le plan électoral changent durablement le paysage politique français. On serait tenté de dire, à l’instar de la formule de Mitterrand sur le chômage  : « contre le front national, on a tout essayé ». Ce n’est heureusement pas vrai. Ce qui est sûr, cependant c’est que les vieilles recettes n’ont pas produit leurs effets. Voilà pourquoi il me semble impératif d’analyser et le phénomène, et les méthodes pour l’endiguer sous peine de se trouver confronter à une passivité coupable dont les conséquences seraient terribles.
1)      L’analyse du phénomène.
Elle me semble indispensable, et en particulier il faut se détacher du prêt à penser qui permet de se dédouaner de ses propres responsabilités. Qu’est-ce que le front national en premier lieu ? Ce n’est pas un parti fasciste au sens où il n’a pas de projet de société, mais son histoire le relie à l’extrême droite et il a de nombreux fascistes dans ses rangs. Ces éléments lui donnent notamment une puissance militante, c'est-à-dire une capacité à mettre en œuvre une stratégie et des tactiques dont sont incapables les partis traditionnels. Pour ceux-ci, la seule perspective est d’exister de scrutin électoral en scrutin électoral, se structurant en fonction d’objectifs différenciés (municipales, départementales, régionales, présidentielles, législatives et sénatoriales). Une fois élus, les candidats se focalisent sur le travail local, sur la gestion, sur l’écoute citoyenne. Ils délaissent le discours strictement politique, pourtant indispensable. Quand ils ne sont pas élus, ils gèrent leur déception et  pensent à préparer les prochaines élections. Le travail militant qui a fait la force du parti communiste jusqu’en 1980 a progressivement disparu. Les engagements sur des thèmes ou situations locales restent marginales. 
Deux éléments nouveaux sont manifestes depuis le weekend dernier : La qualité des cadres, le renforcement de la puissance militante.
a.      La puissance militante
Pour l’anecdote, je rappelle ce qui s’est passé à Louviers durant le mois de novembre avec « l’affaire Mandela ». La municipalité de Franck MARTIN avait fait voter à l’unanimité d’accorder le nom de  Nelson Mandela à la place du parvis de la grande église de Louviers. Comme il fallait attendre deux mois avant la validation de la délibération, il avait été décidé de pratiquer l’inauguration à la suite des élections afin d’éviter toute récupération.
Mon ami Achard de Préville a été  voir le nouveau maire pour inaugurer dignement  la place... ce qui n’a posé aucun problème... Jusqu’à ce que l’annonce soit en faite le 11 novembre dernier lors de la cérémonie patriotique. C’est seulement à cette occasion que des voix se sont élevées contre ce projet. Des voix qui se sont répercutées auprès de la municipalité de centre droit qui, une fois réunie sous des prétextes incroyables a renoncé à l’inauguration ce qui nous a donné l’occasion d’un sursaut militant. Tout ça pour dire : oui, le Front National était et est présent aux cérémonies patriotiques. Il y est de manière active et militante et cela s’inscrit dans une démarche déterminée qui se manifeste dans de nombreux autres domaines. Le FN n’est pas qu’une machine électorale. Les militants sont là, actifs et leur efficacité est d’autant plus forte qu’ils peuvent s’appuyer sur terrain favorable et médiatiser.
b.     La qualité des cadres
Nous avons connu un Front National représenté par de pauvres gugusses, incapables d’aligner deux mots ou deux idées dans des communes de tailler réduite et même importante ... où se percevait la difficulté pour eux de constituer des listes. Cela s’expliquait par les circonstances, le manque de cadre et le refus de personnalités locales de se mouiller sauf exception. Il faut se faire à l’idée que ce temps là est derrière nous.  La prochaine échéance verra de vrais cadres se présenter dans des communes y compris de taille réduite, capables de mener une campagne locale et cohérente. 

2)      Organiser la riposte
Une fois dit cela, il ne s’agit pas de rester les bras ballants. Il ne s’agit pas d’analyser les forces de l’adversaire et de se dire qu’on n’a plus qu’à attendre que notre République, que nos valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité soit ensevelies par la vague fasciste. Il faut à présent  contrer de manière organisée un adversaire lui aussi organisé. Tout le monde constate que la société française évolue dans le mauvais sens. On entend des propos frontistes dans un bistro ? On change de bistro. Chez le coiffeur, on change de coiffeur. Dans la rue ? On fait comme si on n’était pas sûr d’avoir bien entendu. 
Il faut inverser la pente fatale et donner un argumentaire de la vie quotidienne. Mais pas seulement. De nombreux maires de petites communes voient depuis des années augmenter le score du front national. Ils savent que ça vient de tel lotissement, d’untel qui est influent. Il faut écouter les maires. Nous avons à apprendre d’eux, en même temps qu’ils attendent de nous. Les élus locaux, comme tous les élus sont vilipendés. C’est la mode, on cherche des coupables. Les élus ne font rien. Ils sont payés à ne rien foutre.  Si le front national monte, c’est  la faute au gouvernement (bien sûr, c’est surtout pas la faute des électeurs !) ... Il faut en finir avec ces arguments mortifères. Pourtant, soyons clairs : si dans les trois mois le gouvernement mettait fin au chômage, cela n’endiguerait en rien la montée du Front National. Je n’ai pas de baguette magique. Je ne peux dire qu’une chose c’est que nous entrons dans une phase politique particulièrement difficile. Il faut s’y préparer. Il faut nous mobiliser et mobiliser des gens qui ne le sont pas et qui ne demandent qu’à l’être. Les politiques sont, avec l’étranger, le bouc émissaire de toutes les frustrations et la frustration entraîne la frustration. Le discours nationaliste le plus terrible est d’ailleurs celui-là : « c’est de la faute au politique s’il y a tant d’étranger. »
3)      Engagement politique et citoyen
Ce discours s’impose malicieusement dans notre vie quotidienne.  On se rend compte que ce qui au départ nous laissait sans voix, car idiot et caricatural, et devenu une vérité urbaine, un bon sens paradoxal, parce que nous n’avons pas pu y répondre.
La critique systématique du  pouvoir est une liberté fondamentale. Cet anarchisme bon enfant est même au cœur de l’esprit français, tel qu’il a notamment été visé par Daech, le 7 janvier puis le 13 novembre. Mais le Front National s’incruste dans cette attitude, y trouve des forces, fabrique un ennemi sans nom, qu’il appelle le système et lui permet d’attaquer toutes nos institutions en les amalgamant. Ainsi, la paresse politique, la dénonciation de l’autre, trouvent une place confortable dans les discussions dénonçant l’étranger, l’élu, le fonctionnaire, la télé, la presse et tout ce qui dépasse en évitant surtout de faire des nuances.
Pourtant, la vie est faite de nuances. Pourtant, ce discours malsain, qui tourne sur lui-même doit trouver une riposte. La République a beaucoup, a trop reculé jusqu’à présent. La tactique frontiste est de l’amener au bord du ravin où elle ne pourra reculer qu'en tombant dans le précipice. Nous ne devons pas nous mettre sous leur dépendance.
De fait, nous avons beaucoup à défendre de ce monde. Et bien souvent ceux qui critiquent ses insuffisances auraient beaucoup à perdre de sa disparition. Les libertés acquises, l’égalité entre la femme et l’homme qui a fait tant de progrès en un demi-siècle, le droit de la femme à disposer de son propre corps et qui indispose tant le front national, les droits sociaux, et le fait que le vivre-ensemble repose sur ces valeurs fondamentales.Pour tous ceux qui ont a supporter au quotidien le discours médisant et malsain, il est temps de rétablir la réalité d'un monde complexe face aux amalgames mortifères des populistes.

4)      Il faut agir vite
Bientôt les fêtes que je souhaite bonnes à tous. Ne brisons pas la trêve des confiseurs qui nous fera du bien à tous. Mais je m'engage dès janvier à prendre une initiative contre le mal de l'exclusion qui gangrène la société française. J'en reparlerai prochainement. Que tous ceux qui sont intéressés prennent contact avec moi.
caferadical@gmail.com