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mercredi 14 mars 2018

Une soirée avec Poutine

 et une leçon de diplomatie


Une soirée au club D12, qui m'avait invité pour écouter
Claude Blanchemaison, debout sur la photo présenter
son livre sur Poutine. Un vrai ambassadeur, fin, précis, 
intelligent, et vif jusqu'à la truculence. 

Les ambassadeurs me fascinent. Je pense que c'est depuis ma lecture de Malaparte, je ne saurais dire si c'est La Peau ou Kaputt. Je les vois comme des inclassables qui classent tout, des cyniques humanistes,  acteurs élégants de l'atroce, ils nous livrent souvent des témoignages indispensables. Bien sûr, il y a ambassadeurs et ambassadeurs. Leurs qualités sont variables et l'on a même glosé sur la bêtise supposée des ambassadeurs. Enfin, disons-le, ce n'est pas le même métier que d'être ambassadeur à Monaco ou en Syrie. Il n'empêche : ils représentent pour moi la quintessence de la formule de Clausewitz : La guerre n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens, parce qu'ils sont précisément dans la politique et toujours en phase de préparation de la guerre si ce n'est au cœur de la guerre elle-même. 
L'ouvrage de Claude Blanchemaison, dont je
ne doute pas qu'il soit passionnant à l'image
de son auteur.
Je me suis donc rendu avec attente et intérêt à une rencontre organisée par le club D12 qui avait invité Claude Blanchemaison à présenter son ouvrage vivre avec Poutine qui retrace son expérience passée d'ambassadeur à Moscou. 
Ce type d'information est à ne pas louper, tant on a tendance à se laisser envahir par ce monde sous influence, et en particulier sous mauvaise influence tant on sait l'importance qu'accorde précisément la Russie au développement de l'emprise médiatique qu'elle peut avoir sur l'occident. Je vois cette compétence comme la conséquence directe du travail mené par l'Urss, prolongé par la Chine  et copié par les pires dictatures appliquant cyniquement le principe énoncé par l'ultra-gauche Guy Debord : dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux
Pour Claude Blanchemaison, que j'ai eu le plaisir de réentendre sur France inter dimanche matin (écouter le podcast après Ségolène Royal, minute 14), aucune illusion à se faire. Poutine est un mauvais chef d'Etat, compensant ses faiblesses par un cynisme absolu, détruisant pour longtemps l'effort mené autour de la Russie pour redresser l'Etat après son affaiblissement après les années de dictature communiste. 

La Russie vue de l'intérieur

Ainsi en arrive-t-on à une vision anecdotique de la Russie et du personnage à sa tête tout simplement parce que tout est fait pour écarter d'une vision à long terme de la situation mondiale. Claude Blanchemaison, bien qu'intervenant à une semaine de la plus que probable réélection de Poutine, parle peu de la situation interne en Russie. On peut dire, trop rapidement, que Poutine préfigure Trump, en plus puissant, en plus déterminé, en moins fou, et bénéficiant d'une faiblesse des institutions démocratiques dans son pays. 
Claude Blanchemaison rappelle cependant que la Russie de Poutine est loin d'être une dictature absolue. Il choisit certes ses opposants, il triche un peu sur les résultats, mais il y a des vrais partis, dont un parti communiste qui a d'ailleurs choisi un candidat qui n'est pas adhérent au parti communiste. Il parle aussi d'une candidate d'avenir Ksenia Sobtchak qui, bien que promise à un score anecdotique est la seule qui parle franchement de l'annexion de la Crimée et du respect des accords internationaux. 

Economie et diplomatie

En fait, pour Claude Blanchemaison, la politique de Poutine s'est assise essentiellement sur la richesse de son sous-sol, ce qui est toujours dangereux si l'on n'est pas capable de transformer cet atout en investissement économique. Cela est d'autant plus vrai dans une situation de baisse des coûts des matières premières. On comprend mieux à partir de là les attitudes vis à vis de l'Ukraine pour des questions d'approvisionnement en gaz et en pétrole. 
Mais il y a aussi un autre aspect de l'économie Russe, qui est rarement cité : le pays est le deuxième exportateur d'armes au monde.
Cela explique notamment l'implication de Poutine aux côtés de Bachar El Assad en Syrie, et ce quelles qu'en soient les conséquences pour le reste du monde. Ainsi, comme le note cyniquement Claude Blanchemaison, rien ne remplace une guerre pour démontrer l'efficacité de son matériel. De ce point de vue, la guerre en Syrie a sidéré le monde militaire par l'utilisation de nouveaux missiles tirés de très loin avec une précision inégalée. On peut voir d'ailleurs à quel point l'importance de la désinformation politique est essentielle à un marchand de canons et à quel point mener la confusion au maximum au sein des opinions publiques occidentales est indissolublement lié.
On notera aussi que l'apport des matières premières différencie la Russie de la Chine qui va développer au maximum ses investissements à l'extérieur, et en Afrique en particulier. 
A une question d'un participant sur la crainte de voir la Russie basculer de la Chine, Claude Blanchemaison fait remarquer que la Chine n'a jamais eu de politique coloniale et développe de ce fait une politique opposée à la Russie qui n'a de cesse que de retrouver ses anciennes colonies.

De l'importance des accords internationaux

Aux attitudes compréhensives de participants vis à vis de l'attitude expansionniste de Poutine, rêvant d'un retour à la grande Russie des Tsars, Claude Blanchemaison rappelle que tous les états créés à la suite du démantèlement de l'Urss, ont fait l'objet de conventions internationales. C'est ce même type de conventions qui avaient amené notamment l'Onu a intervenir contre l'Irak à la suite de l'invasion du Koweit. Il faut enfin rappeler que ces règles internationales s'appuyaient sur un fait majeur : la renonciation par l'Ukraine de son programme nucléaire. On se rend compte à quel point le discours compatissant sur la pauvre Russie forcément amenée à récupérer ses territoires perdus correspond à un discours cynique véhiculé par le pouvoir dictatorial de Poutine. Il faut aussi mesurer que ces attitudes mettent directement en cause les accords fragiles tenus pour limiter la prolifération nucléaire et qu'il suffit de très peu pour que l'Inde, le Pakistan, Israël, l'Iran ne devienne des puissances nucléaires, autant d'allumettes supplémentaires sur notre monde fragile.
De fait, Poutine, même si ce n'est pas le même personnage a la même attitude que Hitler : prendre ce qui est à prendre en se basant sur le manque de réaction internationale. On sait où cela a mené le monde... même si une réaction d'urgence a empêché que la Géorgie ne redevienne un Etat de la Fédération Russe.  
Enfin, pour remettre les choses en perspective, la Chine est un état d'1,4 milliard d'habitants, soit 10 fois plus que la Russie.
Il y a bien sûr des points communs entre la Chine et la Russie. Le développement économique ne peut avoir lieu sur un réseau de corruption. La Chine y remédie comme elle peut, et nous sommes malheureusement bien placé, avec le boulanger de Pont de l'Arche pour savoir à quel point entreprendre en dictature va parfois bien au delà du risque pour l'entreprise.
Enfin, à une question sur les dangers de la politique de Poutine pour l'Union Européenne, Claude Blanchemaison rappelle que la Russie affirme toujours son besoin d'un Union Européenne forte. En 2002, soit au début de l'ère Poutine, les accords de Minsk prévoyaient un espace économique commun entre l'Europe et la Russie, accord rejeté par la Croatie et la Pologne. En matière politique, la Russie est essentiellement pro-européenne et pro-américaine. 
On doit noter cependant pour modérer ce qu'on peut dire sur le délabrement économique de la Russie que celle-ci a connu une réelle réussite dans le domaine agricole, avantage d'une faible démographie sur un territoire qui permis à la Russie de redevenir le premier exportateur de blé dans le monde. Je ne sais pas ce qu'en penserait Benoît Biteau en ce qui concerne l'usage des pesticides, mais mais la réussite est incontestable sur le plan économique mais ne compense pas le manque d'investissement économique sur le territoire même. 

Une mauvaise conclusion, 

mais intéressante quand même


Le lecteur m'en voudra du désordre du compte-rendu établi à partir de quelques notes d'autant plus prises à la volée, que je n'ai pu me défaire de l'intérêt du débat. Je conclurai en faisant référence à un propos qui n'a rien à voir avec la Russie, mais qui était un point de vue d'ambassadeur sur un sujet qui inquiète le monde entier : la Corée du Nord.
Le sujet inquiète parce qu'on n'y comprend rien. La guerre des fous, entre le plus petit Etat nucléarisé, et la plus grande démocratie du monde on craignait le pire lorsque Kim Jung Un annonçait fièrement qu'il venait de faire un nouvel essai face à un Trump qui annonçait qu'il allait frapper réellement la Corée du Nord enclenchant le feu nucléaire. Les plus perspicaces en étaient à courir aux abris en psalmodiant la célèbre formule d'Audiard.



  Et puis non. Kim Jung Un choisit de rencontrer Trump à la surprise générale. 
Claude Blanchemaison explique que le rapprochement entre la Corée du Nord et les Etats Unis témoignent simplement de la volonté de la Corée du Nord de marquer ses distances vis à vis de la Chine. La Chine en effet, pour des raisons politiques et géographiques, a besoin depuis longtemps de garder son influence sur la Corée du Nord, histoire d'éviter une réunification Coréenne qui serait pour elle un danger politique et économique. Sauf que la Corée du Nord n'est pas un allié tranquille et que la Chine ne veut pas non plus d'une nouvelle puissance nucléaire aux mains d'un dictateur imprévisible. C'est donc contrainte et forcée qu'elle a voté la résolution condamnant les provocations nucléaires de la Corée du Nord. 
C'est rencontre a donc pour premier objet de la contrarier, ainsi que le rapprochement entre les deux Corées. On le comprend, mais on sait aussi que la Corée du Nord a besoin de la Chine pour sa survie. À  suivre ... 










lundi 25 août 2014

Concordance des temps

J'ai eu 60 ans le 3 août. Jusque là, rien d'extraordinaire. A signaler d'ailleurs qu'il est arrivé la même chose, à quelques jours près à notre président normal.ça se passe au cœur de l'été, au moment où tout le monde est en vacances.
Cette date a pris cependant pour moi un relief particulier, bien au delà de la date de mon anniversaire. Après tout, au bout de 60 ans, on finit par être habitué à ce genre de célébration amicale, même si ça fait toujours plaisir. En fait, quasiment jour pour jour, cette date correspondait à un autre anniversaire : celui des cent ans de l'entrée en guerre de la France en 1914.
Des journalistes expliquaient cyniquement que le grand succès des commémorations du débarquement de juin 44 étaient précisément dû au fait que celui-ci avait eu lieu en juin, c'est à dire à un moment où les gens sont encore mobilisés par la vie sociale. Ainsi le débarquement de Normandie a toujours plus de succès que le débarquement de Provence. 
Le café du Croissant à Paris.  Jean Jaurès y fut assassiné
le 2 août 1914, à la veille de l'entrée en guerre de la France
Question de période ... sans doute un peu. Il n'empêche : plus je vieillis, plus je me sens proche de cette période dont je n'ai pas senti qu'elle m'appartenait jusqu'à une date récente. C'est le temps qui passe qui me démontre que je lui appartiens.

Je suis né 40 ans après la guerre. Ce qui, à 20 ans, me semblait une éternité me semble un temps relativement restreint. 40 ans, c'est rien du tout, même si, dans 40 ans, je ne serai peut être pas en état d'en parler. Après tout, mai 68, que j'ai vécu à l'âge de 14 ans a durablement marqué mon existence ... et je suis capable de retracer cette période comme si c'était hier, lors même que je n'ai rien compris lorsque je l'ai vécu ...
Mais tout cela n'explique pas pourquoi je me sens de plus en plus proche de ces guerres qui s'éloignent dans le temps. Comment je me sens proche de la guerre de 14, proche de ce qui a pu être vécu en 39/40 ... Et pourtant !
Je renie pas l'impact de la guerre d'Algérie, dont l'influence a considérablement modifié mon mode de vie. Mais tout cela n'a rien à voir avec ce que je ressens de plus en plus profondément vis à vis des guerres et notamment de celle de 14.
La guerre de 14, passée par armes et bagages, c'est à dire, classée, rangée, je n'en ai retenu longtemps que l'attrait qu'elle avait eu dans le déclenchement involontaire de la Révolution Russe, que je pensais avoir une influence déterminante sur mon existence.
En fait, j'étais de cette génération de la pierre qui roule. De celle qui pensait maîtriser son destin, simplement parce que de qui pesait sur ses épaules était infiniment moins lourd que ce qu'avait eu à supporter les générations précédentes.
Nous avons cru que le monde nous appartenait, lors même qu'il n'appartient à personne. Il y a 70 ans, le  découpage du monde entre les grandes puissances à la fin de la guerre a été porteur de cette paix que l'on a appelé guerre froide. Ce découpage s'est notamment appuyé sur l'étouffement des peuples en leur assurant la protections de grandes puissances qui se révèlent incapables d'assurer à présent cette charge, et  qui ne sont plus en mesure d'assurer un projet pour la planète. Seule l'Europe est un espace de paix et montre que celle-ci reste la solution moderne des conflits, malgré toute la difficulté que cela entraîne.
Cependant, la guerre est partout, Palestine, Syrie, Ukraine même, et notre modèle peine à s'imposer. La guerre de 14/18 pour être le contraire d'un modèle, n'en est pas moins le socle sur lequel notre monde s'est construit. Ainsi, non seulement il a établi des vainqueurs, des vaincus, et des constructions étatiques passant parfois au travers de l'histoire. Tous les modèles qu'il a construit sont à présent fragilisés, ce qui, au bout d'un siècle n'est finalement pas surprenant. 100 ans, c'est long pour tout le monde. Mais ce qui a finalement réussi à s'imposer au cours du siècle, c'est l'idée que la liberté, l'égalité, la fraternité au bout du compte, impliquaient le refus de la guerre, de l'oppression, de la colonisation. A ce titre, nous n'avons pas encore parachevé la mission de la grande guerre. Sans doute laisserons nous cette tâche aux générations à venir, sans jamais oublier ce que nous ont laissé les enfants de 14/18, qui ont connu avant 30 ans la souffrance extrême, l'humiliation, la soumission, la blessure et la mort sans savoir ce que tout cela allait apporter au monde.

jeudi 5 juin 2014

70 après .... Les traces que nos pères ont laissées.

la promenade des descendants au cœur des alignements stricts
des corps ramassés des jeunes combattants. Ce ne sont qu'une
part des traces laissés par les pères de notre histoire. Les souvenirs,
les blessures, les fantômes de la guerre continuent de leur survivre.
Laurent Giesbert est un ami. Ancien président de la fédération de l'Eure du parti radical de gauche, il est aussi le frère du grand journaliste Franz-Olivier Giesbert, dont la notoriété dépasse nettement celle de notre région.


J'ai toujours senti Laurent particulièrement attaché aux cérémonies du souvenir de la libération de la France et du débarquement en particulier. J'ai mieux compris pourquoi en lisant le livre de son frère "L'américain", qui raconte l'histoire de leur père, un jeune homme venu des Amériques, libérer la France et y rencontrant l'amour.
Oui, mais on ne se remet pas comme ça des scènes de guerre. J'ai notamment traité de ce sujet, lorsque j'avais reçu lors d'un café radical mémorable, mon amie Marlène Peyrutie, revenue sur ses terres natales, parler de son expérience de mère de soldat.

La couverture poche du livre
de F-O Giesbert. Un
 témoignage personnel, romancé
des suites laissées par la vie qui
continue après le feu.
Je vous propose aujourd'hui, en avant première, la version courte paru à la télévision allemande du film "die Spur der Väter", que je traduis audacieusement par "les traces que nos pères ont laissé. Il s'agit de rencontres croisées entre les enfants des protagonistes du débarquement. Il y a du français, de l'allemand, de l'américain, un peu tout ce qu'était le père de Laurent Giesbert qui apparait dans le reportage. Frederick-Julius Giesbert, américain fils d'immigré allemand, a débarqué sur le sol Normand pour libérer la France et y est resté jusqu'à sa mort. Il s'agit avant tout d'un récit poignant, déchirant, bien loin d'une vision idyllique et héroïque de l'Histoire. Et pourtant, si l'héroïsme, l'amour, c'était d'abord cela, ce quotidien parfois difficile que nous ont laissé nos pères. Pour en savoir plus, cliquer ici.
Ci-dessous, la traduction du texte de présentation du documentaire et qui figure sur le site :
Le débarquement des forces alliées le 6 Juin 1944 sur les plages normandes,  a correspondu le début du cauchemar pour la Wehrmacht qui a connu alors la guerre sur deux fronts face à un adversaire numériquement supérieur , disposant d'une armée moderne et équipée. Beaucoup de soldats allemands ont aussi soudainement réalisé que l'Allemagne ne pouvait pas gagner cette guerre . Cependant , avec la conquête des plages , la bataille est loin d'être finie. Elle s'est maintenue pendant des semaines dans l'arrière-pays du nord de la France.L'opération d'atterrissage a fait l'objet de nombreux documentaires notamment cinématographiques. Ce film rassemble des points de vue très personnels sur des opérations décisives de la guerre . Les fils de deux anciens ennemis se lancent sur ​​les traces de leurs pères . Le fils de soldats américains origine allemande Frederick Giesbert et le fils du lieutenant allemand Heinze . Ensemble, ils vont sur ​​les plages, les champs de bataille , les tombes .Saint Lô , capitale des RuinesVisite de la ville de Saint- Lô , devenue " City of Ruins". Voici le lieutenant Heinze qui reconnait devoir sa vie au capitaine américain d'un réservoir "Sherman" et le GI Giesbert qui a dû sa survie au fait qu'il était fils d'immigrants allemands. Il a ainsi réussi à s'échapper lors qu'il s'est retrouvé face à une troupe de soldats de la Wehrmacht grâce à connaissance de l'allemand. On en connaît très peu cependant sur ce germano-américain, qui est resté en France , y a fondé une famille et a raconté ses souvenirs dans les dessins poignants .Les pièces des archives américaines ont été brûlées, il faut rechercher des témoignages. Theodore «Ted» Shuey , en Juin 1944, commandant de la 116e Régiment d'Infanterie US , Jean- Christophe Giesbert le fils français du GI, dans la recherche. Il rencontre aussi Martin Galle, dont le grand-père était lieutenant Heinze, le commandant du régiment de la Wehrmacht et Jean Mignon de Saint- Lô , qui peut bien se souvenir de sa rencontre avec Heinze .Les souvenirs de ces hommes sont illustrés par de rares images d'archives de l'époque de l'opération de débarquement et des scènes de reconstitution filmés entre "Omaha Beach", site d'atterrissage et Elbeuf où le soldat Giesbert a rencontré sa future femme et l'amour - C'est ce lien qui a permis la fondation de sa famille que remonte Jean- Christophe Giesbert. Ainsi, les événements dramatiques de ce jour de Juin demeurent vivants et réels- même si les adversaires sont devenus des amis et des alliés du passé .

Post scriptum :  bien entendu, le film sera un peu difficile pour les non-germanophones, le reportage étant destiné au public allemand. Mais il s'agit d'un film français qui sera bientôt diffusé dans sa version longue sur une chaîne française. Je vous tiendrai au courant.










jeudi 29 août 2013

La Syrie c'est la France ...

c'est l'Espagne et c'est le monde entier.


Guernica, le tableau le plus politique et le plus célèbre de Pablo Picasso, appelait à une mobilisation internationale pour les combattants de la liberté dans l'Espagne en lutte contre un régime qui aura utilisé tous les moyens pour soumettre son peuple. Face à cela l'occident est resté muet et l'a payé au prix fort. L'histoire de la guerre moderne montre à quel point le choix de ne pas intervenir peut avoir un coût bien plus élevé que celui de partir en guerre.
La Syrie d'aujourd'hui me fait penser à l'Espagne d'hier. Au bord de la Méditerranée, près de la France, au sud, des hommes se déchirent et l'on n'a pas beaucoup à faire pour entendre leurs cris. L'occident, maintenant comme en 37 n'a rien opposé que son silence. Or, être silencieux, c'est être complice. Sur ce sujet on en me verra pas joindre ma voix à celle du Front National, de Mélenchon et autres paranoïdes parfois payés directement par les dictateurs et ayatollahs de tout poil ! Elle recouvre le terrible repli sur soi, la pose de boule quiès face à un monde qui hurle, le tout justifié par un verbiage insupportable.

Gazage de la population, nous sommes responsables !


Aussi, avant même de défendre ou pas une option militaire qui a cependant toute chance de se produire, je voudrais m'opposer à tout un ensemble d'argumentations qui me font bondir. Elles me font bondir parce que précisément, je pense qu'on a trop tardé pour intervenir, et que le fait même qu'on ait attendu un gazage de la population pour intervenir montre à quel point nous sommes en faute, et responsables de ce gazage. Nous savions en laissant faire un dictateur capable de bombarder sa propre population, qu'il serait bientôt capable de la gazer.

Est ce que nous avons vraiment les preuves ?

Je vais être clair ! Les preuves, nous ne les avons pas, et nous les avons. Les preuves nous ne les aurons vraiment que dans très longtemps. Tous les massacres de l'histoire ont laissé des preuves assourdissantes que personne n'a voulu voir ... tout simplement parce que la guerre ne laisse pas de place aux scrupules. Le massacre de Katyn où les russes ont procédé à l'assassinat de 22.500 cadres polonais dans le but de soumettre une population, Guernica, terrible préliminaire à la deuxième guerre mondiale, n'ont été définitivement prouvés et reconnus qu'au bout d'un demi-siècle. Je ne parle pas des camps de la mort de la deuxième guerre mondiale ! Mais dans ces trois cas, comme dans celui de la Syrie d'ailleurs, l'occident savait. Depuis que François Hollande est au pouvoir, les éléments sont sans cesse donnés par l'Etat Français sur la réalité du régime de Bachar el Assad.
Oui, tout cela ne donne pas les preuves. C'est vrai ! Là dessus, encore une fois, c'est une question de confiance. Alors, préfère-t-on avoir confiance en la dictature franquiste ou aux Républicains espagnols ? Préfère-t-on avoir confiance en Bachar el Assad soutenu par l'Iran ou au peuple Syrien ?
Préfère-t-on avoir confiance en la Russie de Poutine, en la Chine des descendants de Mao ?
A tous ceux qui doutent des exactions des régimes dictatoriaux, nous avons un argument simple : laissez venir en paix les fonctionnaires internationaux.
Nous n'avons  pas les preuves, mais nous savons. De même que l'occident savait pour les camps de concentration nazis, de même que l'occident savait pour Guernica, de même que l'occident savait qu'il n'y avait pas d'armes de destructions massives en Irak, nous savons, l'occident sait. Ce serait bien la peine de réussir le maillage téléphonique et informatique de toute la population mondiale si on ne savait pas quand un dictateur en guerre contre sa population a décidé d'en gazer une partie.

2) Peut-on parler de guerre impérialiste ?
Bien sur que non ! Que les territoires soient des enjeux stratégiques pour les grandes et petites puissances est une évidence ! Mais l'impérialisme, ce n'est pas ça ! Le véritable enjeu pour l'occident est défensif et si l'enjeu avait été impérialiste, la guerre aurait eu lieu depuis longtemps. Les puissances occidentales ont tout fait jusqu'à présent pour ne pas intervenir !

Le printemps arabe a transformé les données stratégiques mondiales. Nous avons la certitude que nous ne pouvons déléguer notre police à des dictateurs sans scrupules, type Khadhafi, Ben Ali ou Bachar el Assad. La Tunisie et les bourdes d'Alliot-Marie nous l'ont définitivement enseigné. Le mouvement arabe vers la liberté est irréversible, de la même manière que, bien au delà de la défaite militaire, la marche de l'Espagne vers la démocratie était irréversible. Il est simplement terrible d'attendre le passage de 3 générations pour s'en apercevoir. Le rôle des puissances occidentales est précisément d'aider et de soutenir la transition démocratique.
Si quelque chose peut-être reproché à l'occident, c'est précisément de ne pas être intervenu avant.

3) La guerre aura-t-elle des conséquences ?

Hélas oui ! Mais le refus d'entrée en guerre aura aussi des conséquences. C'est d'ailleurs pour ça que Hollande parle de punition et pas de guerre. Il veut éviter un maximum de conséquences. mais ce qui se passe en Syrie touche bien sur à l'équilibre du monde. La Russie pousse ses pions et veut voir jusqu'où elle ne peut pas aller. N'oublions ni la Tchétchénie, ni la Géorgie. N'oubliions pas non plus les provocations constantes de Poutine. L'Histoire nous apprend à quel point les provocations d'une grande puissance doivent être prises au sérieux ... sans parler de leur traduction directe sur les populations. Jamais les dictateurs n'ont de reconnaissance face aux démocraties qui reculent.
Or, sur la Syrie, nous n'avons fait que reculer, sans aucun égard pour les démocrates Syriens pris en étau entre la dictature El Assad, les puissances salafistes, El Qaida et les mafias.
Si, après avoir dit qu'il fixait la limite de sa non-intervention à l'utilisation d'armes chimiques, l'occident recule encore, les conséquences seront terribles, à moyen ou à long terme, et ce, quelque soit l'état de l'opinion publique face à la guerre. Souvenons nous, en juillet 40, la France comptait 90 %  de pétainistes.

dimanche 20 janvier 2013

Pourquoi nous sommes au Mali

Le Mali est à un carrefour, comme tous les pays. Il comprend de vastes
étendues désertiques et ses ressources naturelles sont assez faibles.
sont assez faibles

La décision du Président de la République a sonné comme une surprise. Après tous les atermoiements des grandes puissances et des organismes internationaux, l'intervention de la France au Mali a été actée, comme on dit.

Ce vaste territoire (2 fois la France métropolitaine) situé au milieu du continent africain a été une colonie Française jusqu'en 1960. Ce serait pourtant une absurdité au regard de l'histoire comme de la politique que de considérer que l'intervention militaire relève d'un retour en arrière qui permettrait à la France de remettre la main sur un prestige ou un territoire perdu.
La guerre au Mali est en
continuité de notre Histoire,
mais cette histoire n'est
plus la même.  

Il y a donc une histoire entre le Mali et la France, de même il y a une histoire entre la France et tous les pays du monde, non seulement à cause de son histoire, mais le fait même d'être une grande puissance militaire et économique donne à la France une responsabilité. Ainsi ceux qui reprochent à la France de ne pas intervenir pourraient reprocher à la France, soit son impuissance, soit de défendre des intérêts financiers, économiques et stratégiques en n'intervenant pas.


Bien sur, le fait d'intervenir est une prise de risque. Mais pour reprendre la formule de Churchill éviter la guerre au prix du déshonneur ne protège pas toujours de la guerre. Pour l'instant, ce ne sont pour nous que les tragiques prises d'otages, pour les Maliens la soumission des populations des villes à la Charria façon fou furieux islamistes. Les récits de brutalité organisée, de mise en place d'une "justice" religieuse, de viols, de mains coupées sont ahurissants... et durent depuis des mois, sans que seule une condamnation timide vienne s'y opposer.
Je veux rappeler que la population Malienne a imposé dans la douleur et le courage un régime démocratique qui a duré depuis 1992. C'est l'un des rares cas historiques où la démocratie se soit imposée durablement dans un pays anciennement colonisé.

Aussi les propos critiquant l'attitude française au nom d'un néo-colonialisme sont proprement absurdes. 

Est-on plus coupable en intervenant militairement qu'en laissant une population en détresse ?
On ne peut pas se lancer dans la guerre sans se pénétrer de la formule de Clausewitz "la guerre, c'est la continuation de la politique par d'autres moyens.

Première image d'une guerre sans image.
Le premier Ministre rend hommage à Damien Boiteux,
premier soldat mort en mission au Mali.
 
Cela veut dire que la guerre ne saurait être une fin en soi. Derrière les logiques militaires, il y a toujours des hommes, porteurs d'enjeux et d'aspirations humaines, sociales et économiques. Il y a toujours des hommes capables de tous les héroïsmes et de toutes les horreurs.

La guerre au Mali est une prise de risque qui doit permettre une modification du rapport de force permettant un retour du politique. L'intervention de la France n'aurait pas de sens si elle ne permettait pas une redéfinition du non seulement du projet politique malien, mais aussi une modernisation et une pacification des relations entre les différentes ethnies et entre les cultures et modes de vie. 
Raison de plus pour gagner cette guerre, tout en sachant qu'elle n'est qu'un palliatif. Nous savons que la guerre est une chose horrible et grave. Elle ne saurait être un sujet de satisfaction.

Pour l'instant, il n'y a pas d'Etat Malien, il n'y en a plus, ou si peu. La situation fait penser à celle de la Somalie, l'écueil à éviter par excellence. Rien ne dit qu'on saura l'éviter. La France, de toute évidence a raison de mener la guerre contre la régression et contre la dictature islamique. Mais elle aura tort si dans l'avenir nous devons dire qu'elle a perdu cette guerre. Elle aura tort si cette guerre n'aide pas à construire la cohérence d'une politique étrangère européenne. elel aura tort si elle ne permet pas au Mali et au final à l'Afrique de construire son indépendance et son avenir.





 



mercredi 24 octobre 2012

Réalité cachée de la guerre ... un article et un colloque

Le café radical avait invité en mars Marlène Peyrutie, présidente de l'association Terre et paix pour évoquer les blessures cachées de la guerre.
Le travail persistant de l'association a réussi à capter l'attention des médias, et un grand article est paru dans le quotidien le Monde sur le sujet que l'on peut consulter en cliquant là.
L'article sur une double page fait référence à un colloque qui se tient à Paris sur le sujet.




Depuis que j'ai été informé de ce problème, je n'ai cessé de dire que la prise en compte des blessures psychiques nous obligeait à repenser le problème de la guerre dans nos sociétés modernes, et dans celle si nouvelle, si extra-ordinaire laissée par l'Europe, la grande Europe, prix Nobel de la paix, qui laisse un continent à l'abri de la guerre et de la dictature sur son sol depuis 70 ans.
Je voudrais simplement sans vouloir me mêler des réflexions qui vont alimenter le débat.
Nous avons beau être à l'abri de la guerre, al guerre "est toujours présente. D'abord, parce que, comme poursuite de la politique par d'autres moyens que la politique (Clausewitz), elle est forcément présente derrière toute négociation ou toute réalité d'État.
Images de la Résistance en France. On note la jeunesse des
combattants ... derrière une adolescence héroïque, il y aura
toute une vise qui portera la reconnaissance sociale et souvent
les blessures intimes.
Depuis que j'ai lancé localement le débat, j'ai été surpris des témoignages recueillis... d'autant plus surpris que ce sont des témoignages que je n'ai pas cherché. Il sont venus comme ça, au fil de l'eau, au coeur des conversations. je m'attendais à avoir des souvenirs d'Algérie .. mais non ... Rien de précis de ce côté là. J'ai eu des témoignages de ...  la Résistance.  
ces témoignages d'ailleurs ne venaient pas de témoins directs ... mais de descendants direct, d'enfants de résistants, avec des profils par ailleurs semblables. Enfants, maltraités par leur père, soit battus, soit méprisés ... alors que leur père donnait l'apparence d'une bonne insertion sociale. Cadre à la poste, ouvrier, militants syndicalistes ... mais tous les deux à ce point marqués qu'ils étaient incapables de jouer leur rôle de père, c'est à dire qu'au delà de l'insertion sociale, la vie normale leur était impossible.
Et c'est d'ailleurs ce qui me sidère. Non, à part l'indignation d'un ancien combattant d'Algérie, qui s'indignait que l'on s'apitoie sur le sort de soldats volontaires et rémunérés, les témoignages que j'ai eu me provenait d'expériences intimes vécues non par des soldats, mais par des fils de Résistants.
Or, en principe, on ne peut pas faire plus volontaire qu'un résistant. En France, on en peut pas faire plus glorieux... parce qu'on sait qu'ils ont été rares, les Résistants, et qu'ils ont été encensés.

Images d'une ville bombardée en Syrie. Au delà des murs, ce
sont des femmes et des hommes, combattants on victimes
qu'il faudra reconstruire.
Mais cependant, quelles que soient les circonstances, la guerre est une chose terrible, qui rompt avec les principes de la vie sociale.
Les jeunes adolescents, qui par conviction pure et dure, qui par connaissance et besoin d'agir, qui parce que, ayant refusé le STO (Service du Travail Obligatoire, imposé par le régime de Pétain) ont rejoint les réseaux  de la résistance, se sont retrouvés plongés dans le vide de l'expérience militaire, de la clandestinité, de la torture et de la mort qu'ils ont côtoyé au quotidien, qu'ils aient à la subir ou à la pratiquer. Et de cette expérience, ils ont été, pour la plupart , incapables de parler ... et c'est simplement leurs enfants qui peuvent , des dizaines d'années après l'évoquer.
N'est ce pas une leçon terrible sur l'humanité.
La Résistance a pratiquement disparu du paysage politique , même si elle a façonné la France de l'après-guerre. Mais elle continue à laissé des traces, qui dépassent largement son aspect marginal. A comparer avec ce qui se passe en Syrie, où la guerre civile a pris une ampleur terrible qui n'épargne aucun habitant, qui déchire les communautés, les villes, les villages et les familles ... on ne peut que se demander ce qu'il restera des individus, et de la manière dont ce qui se relèvera  du champ de ruines, sera capable de cicatriser les blessures profondes au delà de la nécessaire façade politique,

mercredi 28 mars 2012

La mort du 83 ème ...



Christophe Schnetterle est décédé hier à la suite de ses blessures survenues le 20 janvier 2012. Le capitaine appartenait au 93e régiment d'artillerie de montagne de Varces, en Isère.
Un soldat de l'armée afghane, taliban infiltré, avait ouvert le feu sur les militaires en séance d'entraînement.  Sur la vingtaine de militaires français atteints pendant l'attaque, quatre étaient morts immédiatement, quatorze avaient été blessés dont huit gravement.
C'est le 83e mort Français en Afghanistan depuis le début de l'engagement officiel de la France en 2001.
Selon le ministère de la défense, il restera fin mars 3 400 soldats français en Afghanistan, sur les quelque 130 000 militaires de la force internationale. Six cents militaires français ont été retirés du pays depuis octobre 2011.
La Nation porte par nature le deuil de ses soldats morts en mission. Les blessures et les morts nous rappellent que la guerre n'est pas un jeu vidéo, de ceux qui tendent à faire croire au fantasme idéologique des "zéro mort" des puissantes armées modernes. L'Afghanistan ressemble à toutes les guerres d'occupation, même si le nombre de morts reste très faible par rapport à d'autres conflits. Ce mort nous rappelle que la France est engagé dans une guerre dont chaque jour qui passe nous démontre la vanité.
Marlène Peyrutie, mère de soldat, présidente de l'association Terre et Paix, animera vendredi prochain 30 mars, le café radical qui traitera de la question suivante : quelle armée pour quelle guerre ? Elle abordera bien entendu la question de la présence française en Afghanistan...
Nous vous invitons tous à nous rejoindre pour en parler.


Café radical
quelle armée pour quelle guerre ?

vendredi 30 mars 2012 à 18h30
brasserie "le jardin de bigards"
39 rue du quai
 27400 Louviers