Affichage des articles dont le libellé est Agriculture. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Agriculture. Afficher tous les articles

mercredi 14 mars 2018

Une soirée avec Poutine

 et une leçon de diplomatie


Une soirée au club D12, qui m'avait invité pour écouter
Claude Blanchemaison, debout sur la photo présenter
son livre sur Poutine. Un vrai ambassadeur, fin, précis, 
intelligent, et vif jusqu'à la truculence. 

Les ambassadeurs me fascinent. Je pense que c'est depuis ma lecture de Malaparte, je ne saurais dire si c'est La Peau ou Kaputt. Je les vois comme des inclassables qui classent tout, des cyniques humanistes,  acteurs élégants de l'atroce, ils nous livrent souvent des témoignages indispensables. Bien sûr, il y a ambassadeurs et ambassadeurs. Leurs qualités sont variables et l'on a même glosé sur la bêtise supposée des ambassadeurs. Enfin, disons-le, ce n'est pas le même métier que d'être ambassadeur à Monaco ou en Syrie. Il n'empêche : ils représentent pour moi la quintessence de la formule de Clausewitz : La guerre n'est que la continuation de la politique par d'autres moyens, parce qu'ils sont précisément dans la politique et toujours en phase de préparation de la guerre si ce n'est au cœur de la guerre elle-même. 
L'ouvrage de Claude Blanchemaison, dont je
ne doute pas qu'il soit passionnant à l'image
de son auteur.
Je me suis donc rendu avec attente et intérêt à une rencontre organisée par le club D12 qui avait invité Claude Blanchemaison à présenter son ouvrage vivre avec Poutine qui retrace son expérience passée d'ambassadeur à Moscou. 
Ce type d'information est à ne pas louper, tant on a tendance à se laisser envahir par ce monde sous influence, et en particulier sous mauvaise influence tant on sait l'importance qu'accorde précisément la Russie au développement de l'emprise médiatique qu'elle peut avoir sur l'occident. Je vois cette compétence comme la conséquence directe du travail mené par l'Urss, prolongé par la Chine  et copié par les pires dictatures appliquant cyniquement le principe énoncé par l'ultra-gauche Guy Debord : dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux. 
Pour Claude Blanchemaison, que j'ai eu le plaisir de réentendre sur France inter dimanche matin (écouter le podcast après Ségolène Royal, minute 14), aucune illusion à se faire. Poutine est un mauvais chef d'Etat, compensant ses faiblesses par un cynisme absolu, détruisant pour longtemps l'effort mené autour de la Russie pour redresser l'Etat après son affaiblissement après les années de dictature communiste. 

La Russie vue de l'intérieur

Ainsi en arrive-t-on à une vision anecdotique de la Russie et du personnage à sa tête tout simplement parce que tout est fait pour écarter d'une vision à long terme de la situation mondiale. Claude Blanchemaison, bien qu'intervenant à une semaine de la plus que probable réélection de Poutine, parle peu de la situation interne en Russie. On peut dire, trop rapidement, que Poutine préfigure Trump, en plus puissant, en plus déterminé, en moins fou, et bénéficiant d'une faiblesse des institutions démocratiques dans son pays. 
Claude Blanchemaison rappelle cependant que la Russie de Poutine est loin d'être une dictature absolue. Il choisit certes ses opposants, il triche un peu sur les résultats, mais il y a des vrais partis, dont un parti communiste qui a d'ailleurs choisi un candidat qui n'est pas adhérent au parti communiste. Il parle aussi d'une candidate d'avenir Ksenia Sobtchak qui, bien que promise à un score anecdotique est la seule qui parle franchement de l'annexion de la Crimée et du respect des accords internationaux. 

Economie et diplomatie

En fait, pour Claude Blanchemaison, la politique de Poutine s'est assise essentiellement sur la richesse de son sous-sol, ce qui est toujours dangereux si l'on n'est pas capable de transformer cet atout en investissement économique. Cela est d'autant plus vrai dans une situation de baisse des coûts des matières premières. On comprend mieux à partir de là les attitudes vis à vis de l'Ukraine pour des questions d'approvisionnement en gaz et en pétrole. 
Mais il y a aussi un autre aspect de l'économie Russe, qui est rarement cité : le pays est le deuxième exportateur d'armes au monde.
Cela explique notamment l'implication de Poutine aux côtés de Bachar El Assad en Syrie, et ce quelles qu'en soient les conséquences pour le reste du monde. Ainsi, comme le note cyniquement Claude Blanchemaison, rien ne remplace une guerre pour démontrer l'efficacité de son matériel. De ce point de vue, la guerre en Syrie a sidéré le monde militaire par l'utilisation de nouveaux missiles tirés de très loin avec une précision inégalée. On peut voir d'ailleurs à quel point l'importance de la désinformation politique est essentielle à un marchand de canons et à quel point mener la confusion au maximum au sein des opinions publiques occidentales est indissolublement lié.
On notera aussi que l'apport des matières premières différencie la Russie de la Chine qui va développer au maximum ses investissements à l'extérieur, et en Afrique en particulier. 
A une question d'un participant sur la crainte de voir la Russie basculer de la Chine, Claude Blanchemaison fait remarquer que la Chine n'a jamais eu de politique coloniale et développe de ce fait une politique opposée à la Russie qui n'a de cesse que de retrouver ses anciennes colonies.

De l'importance des accords internationaux

Aux attitudes compréhensives de participants vis à vis de l'attitude expansionniste de Poutine, rêvant d'un retour à la grande Russie des Tsars, Claude Blanchemaison rappelle que tous les états créés à la suite du démantèlement de l'Urss, ont fait l'objet de conventions internationales. C'est ce même type de conventions qui avaient amené notamment l'Onu a intervenir contre l'Irak à la suite de l'invasion du Koweit. Il faut enfin rappeler que ces règles internationales s'appuyaient sur un fait majeur : la renonciation par l'Ukraine de son programme nucléaire. On se rend compte à quel point le discours compatissant sur la pauvre Russie forcément amenée à récupérer ses territoires perdus correspond à un discours cynique véhiculé par le pouvoir dictatorial de Poutine. Il faut aussi mesurer que ces attitudes mettent directement en cause les accords fragiles tenus pour limiter la prolifération nucléaire et qu'il suffit de très peu pour que l'Inde, le Pakistan, Israël, l'Iran ne devienne des puissances nucléaires, autant d'allumettes supplémentaires sur notre monde fragile.
De fait, Poutine, même si ce n'est pas le même personnage a la même attitude que Hitler : prendre ce qui est à prendre en se basant sur le manque de réaction internationale. On sait où cela a mené le monde... même si une réaction d'urgence a empêché que la Géorgie ne redevienne un Etat de la Fédération Russe.  
Enfin, pour remettre les choses en perspective, la Chine est un état d'1,4 milliard d'habitants, soit 10 fois plus que la Russie.
Il y a bien sûr des points communs entre la Chine et la Russie. Le développement économique ne peut avoir lieu sur un réseau de corruption. La Chine y remédie comme elle peut, et nous sommes malheureusement bien placé, avec le boulanger de Pont de l'Arche pour savoir à quel point entreprendre en dictature va parfois bien au delà du risque pour l'entreprise.
Enfin, à une question sur les dangers de la politique de Poutine pour l'Union Européenne, Claude Blanchemaison rappelle que la Russie affirme toujours son besoin d'un Union Européenne forte. En 2002, soit au début de l'ère Poutine, les accords de Minsk prévoyaient un espace économique commun entre l'Europe et la Russie, accord rejeté par la Croatie et la Pologne. En matière politique, la Russie est essentiellement pro-européenne et pro-américaine. 
On doit noter cependant pour modérer ce qu'on peut dire sur le délabrement économique de la Russie que celle-ci a connu une réelle réussite dans le domaine agricole, avantage d'une faible démographie sur un territoire qui permis à la Russie de redevenir le premier exportateur de blé dans le monde. Je ne sais pas ce qu'en penserait Benoît Biteau en ce qui concerne l'usage des pesticides, mais mais la réussite est incontestable sur le plan économique mais ne compense pas le manque d'investissement économique sur le territoire même. 

Une mauvaise conclusion, 

mais intéressante quand même


Le lecteur m'en voudra du désordre du compte-rendu établi à partir de quelques notes d'autant plus prises à la volée, que je n'ai pu me défaire de l'intérêt du débat. Je conclurai en faisant référence à un propos qui n'a rien à voir avec la Russie, mais qui était un point de vue d'ambassadeur sur un sujet qui inquiète le monde entier : la Corée du Nord.
Le sujet inquiète parce qu'on n'y comprend rien. La guerre des fous, entre le plus petit Etat nucléarisé, et la plus grande démocratie du monde on craignait le pire lorsque Kim Jung Un annonçait fièrement qu'il venait de faire un nouvel essai face à un Trump qui annonçait qu'il allait frapper réellement la Corée du Nord enclenchant le feu nucléaire. Les plus perspicaces en étaient à courir aux abris en psalmodiant la célèbre formule d'Audiard.



  Et puis non. Kim Jung Un choisit de rencontrer Trump à la surprise générale. 
Claude Blanchemaison explique que le rapprochement entre la Corée du Nord et les Etats Unis témoignent simplement de la volonté de la Corée du Nord de marquer ses distances vis à vis de la Chine. La Chine en effet, pour des raisons politiques et géographiques, a besoin depuis longtemps de garder son influence sur la Corée du Nord, histoire d'éviter une réunification Coréenne qui serait pour elle un danger politique et économique. Sauf que la Corée du Nord n'est pas un allié tranquille et que la Chine ne veut pas non plus d'une nouvelle puissance nucléaire aux mains d'un dictateur imprévisible. C'est donc contrainte et forcée qu'elle a voté la résolution condamnant les provocations nucléaires de la Corée du Nord. 
C'est rencontre a donc pour premier objet de la contrarier, ainsi que le rapprochement entre les deux Corées. On le comprend, mais on sait aussi que la Corée du Nord a besoin de la Chine pour sa survie. À  suivre ... 










lundi 12 mars 2018

café génial avec Benoit BITEAU

Benoît Biteau, un animateur hors-pair ! 
Bien sûr, on peut d'abord noter la forte participation au café radical. Ce n'était pas évident. Il y avait près d'un an que je n'avais pas organisé de café radical ... Tellement de stress, tellement d'incertitudes politiques à la suite de ces élections présidentielles qui ont bouleversé le monde politique... mais justement. Grâce à l'activité menée par les radicaux de gauche, on se rend compte que la politique reste un vrai sujet d'intérêt. Qu'elle est affaire d'engagement, qu'elle implique des choix et qu'elle nécessite des éclairages. 
Benoît Biteau était l'homme de la situation. Il intéresse et attire les foules sur le sujet essentiel du rapport de l'homme à la Terre avec un grand T, ou à sa terre avec un petit t.

La réponse est oui 

L'image donne une petite idée du succès du café radical
organisé autour de la personnalité de Benoît Biteau. La
configuration de la salle rendait difficile la participation de
tous au débat mais la qualité d'intervention de l'animateur
a permis à chacun de profiter au mieux d'une soirée unique
Très vite, j'ai oublié le stress naturel de tout organisateur d'événements. Arrivé avec un peu de retard, Benoît Biteau a tout de suite pris les choses en mains et raconté sa vie en ce qu'elle donne une leçon sur l'évolution de l'agriculture et à la question 
- "Une autre agriculture est-elle possible ?
Benoît Biteau répond d'emblée 
- OUI !"
Benoît Biteau raconte son expérience, par ailleurs confirmée par l'un des agriculteurs participants, qui me confirme que le père de Benoît Biteau a bien été dirigeant départemental de la FNSEA. Mais Benoît Biteau n'avait pas choisi cette voie et a fait le pari, après être devenu ingénieur agronome, ce qui lui a notamment permis de devenir cadre A de la fonction publique. 
Qui sait au fond ce qui a poussé Benoît Biteau à reprendre la ferme de son père ? Un attachement viscéral à sa terre ? La volonté de mettre en pratique ses idées ? Un peu des deux ou autre chose ? On ne lui pose pas la question parce qu'on passe tout de suite aux nombreux sujets passionnants qui relient l'être humain à son agriculture. 
Sans doute, la rationalisation de l'agriculture a-t-elle permis de nourrir les villes, mais elle a aussi aliéné toute une partie de l'humanité à ses ressources naturelles. Il s'est agi, comme le rappelle Benoît Biteau d'une industrialisation de l'agriculture, d'une exploitation des sols et des bêtes. Les agriculteurs ont été fiers de pouvoir ne plus être des paysans mais de devenir des exploitants. 

L'agriculture à la sauce fnsea ... une horreur sans fin ? Benoît Biteau préfère mettre une fin à l'horreur 

Pour Benoît Biteau, il n'y a pas loin d'exploitant à exploiteur. Il n'y a aucun intérêt à exploiter la terre. Ce qu'il veut, c'est vivre au pays, vivre de son travail, et vivre bien. Il explique à quel point la France agricole en particulier est victime d'un système victime d'équipements coûteux, qui rend l'exploitant dépendant des banques et des suites de l'utilisation de ces outils. Ainsi l'utilisation de produits chimiques certifiés monsanto, pesticides dont les conséquences sont souvent tragiques pour la santé des agriculteurs, ont aussi des conséquences sur les sols qui impliquent un coût de réparations et imposent de rentrer dans un cercle vicieux sans fin ...
Jean Michel Gantier est intervenu plusieurs
fois dans le débat permettant à Benoît
Biteau de clarifier ses positions
Sans fin ? Pas vraiment pour Benoît Biteau qui explique qu'il a renoncé à réutiliser l'équipement coûteux qui devait lui permettre la culture du maïs avec un système d'irrigation imposé et bien sûr invendable puisqu'il était dédié à la ferme qu'il venait d'acquérir. Benoît Biteau a fait le choix d'irriguer autrement, parallèlement à celui de gérer autrement sa terre en faisant le choix de n'utiliser ni les équipements ni les produits mortifères, et de sortir de la logique d'exploitation des terres au mépris de la qualité de la production agricole.

Ce qu'il a dit n'était rien d'autre que ce qu'il exprimait déjà avec force dans son ouvrage "Paysan résistant !" dont il a dédicacé plus d'une vingtaine d'ouvrage à la fin des débats. Merci au passage à la librairie A la page de Louviers qui nous a fourni les exemplaires et a aménagé sa devanture pour l'événement.
Les débats furent riches, complets, et parfois houleux. 

La Fnsea s'invite dans le débat ... Tant mieux !

Benoît Biteau n'a pas sa langue dans sa poche. Il est politique, mais la politique est un combat. Il a dénoncé sans  pitié la Fnsea, y compris face aux agriculteurs locaux affiliés à ce syndicat tout comme l'était d'ailleurs le père de Benoît Biteau. C'est dire que Benoît Biteau connait bien son sujet. 
Témoignage précieux d'un agriculteur bio
soutenant le projet de Benoît Biteau
L'origine de la Fnsea peut être contesté, mais au delà Benoît Biteau a dénoncé un fonctionnement peu démocratique et mettant la grande majorité sous la coupe des banques et de l'industrie chimique, et les laissant dans une grande détresse financière. Il a aussi critiqué la capacité des grands syndicats d'exploitants à organiser des émeutes coûteuses pour les équipements publics, allant parfois contre l'intérêts des agriculteurs. 
M. Viel, agriculteur à Montaure a défendu
avec cran la Fnsea, ce qui, vu le contexte
était rien moins qu'évident.
Le débat a été marqué par des témoignages riches et précieux d'agriculteurs et de consommateurs sur le choix d'une agriculture biologique respectueuse de l'environnement. 
Laetitia Sanchez, conseillère régionale est intervenue pour soutenir le combat mené par Benoît Biteau. 
Isabelle Amaglio a soulevé le problème de la politique européenne et de ce qui devait être défendu lors des prochaines élections. Ceci a permis à Benoît Biteau de rappeler à quel point la politique de préservation de l'environnement mené au niveau de l'Europe s'est souvent heurté à la pression de la Fnsea et des productivistes. 
Jean-Marie Martin, président de Biocoop dans l'Eure a soulevé le problème de la prise en charge par les grands distributeurs des produits agricoles de qualité qui se traduisait par une baisse des prix nuisible au maintien d'une agriculture de qualité et au maintien du projet associatif mené par biocoop.
Pascal a rappelé  l'importance de l'activité
politique. Il évoqué le travail de la 
municipalité Martin, créatrice de la 
communauté d'agglomération Seine-Eure 
et son action novatrice pour la préservation 
des ressources en eau, cette réalisation est
citée en exemple dans la France entière.
Pascal Labbé, ancien adjoint de la municipalité Martin et connu pour son action dans la défense de l'environnement a souligné l'importance de l'action politique. 
Surprise : Benoît Biteau connaissait parfaitement l'agglomération Seine-Eure, créée par Franck Martin, et son traitement exemplaire des ressources en eau, en lien avec une agriculture biologique. 

Débats filmés

Les débats denses ont été filmés par André Notheaux et seront prochainement mis en ligne ce qui permettra à tous ceux qui n'ont pu participer (je me dois de le rappeler, le nombre de participants est d'autant plus exceptionnel que le débat a eu lieu pendant les vacances de février). 
Enfin, un débat qu'on n'est pas près d'oublier. Mais au delà du chiffre, il faut surtout faire état de la satisfaction des nombreux participants. J'ai eu, en fin de soirées des propositions de sujets pour des cafés radicaux à venir. 

vendredi 23 février 2018

Une autre agriculture est-elle possible ?

Café radical avec Benoît Biteau


A l'occasion de  Paysan Résistant !, Benoît Biteau répond à l'invitation du café radical où il présentera son livre, ses idées et son combat. Il répondra aux questions que tout un chacun se pose sur l'agriculture française et sur ses conséquences sur l'économie mondiale comme sur notre vie quotidienne.

Le rôle de la Fnsea et de l'économie dans l'agriculture,, le rapport de l'homme à la nature, à l'animal, quelle qualité, quelle quantité, quel prix pour l'agriculture aujourd'hui et demain .... Comme d'habitude et comme principe au café radical : aucune question ne sera tabou.
Débat ouvert à toutes et à tous.

En attendant, une mise en bouche avec l'interview de Benoît Biteau sur France 24 qui était "l'invité de l'économie" du jeudi 22 février.






Vendredi 9 mars, à 18h30 Benoît Biteau sera l'invité du café radical "O bouche à oreille, 4 rue du Maréchal Joffre 27400 Louviers









lundi 19 février 2018

Paysan résistant ! Un sacré bouquin ...

Qu'on ne compte pas sur moi pour dire s'il faut lire le dernier livre de Benoît Biteau, qui par ailleurs est aussi le premier. Lire un livre, jamais il ne faut. Ce que je peux dire en revanche c'est que ceux qui n'auront pas lu Paysan résistant ! auront beaucoup perdu. Je vous aurais prévenu et j'espère que ça vous donnera envie de le lire.

Ce qu'il y a de bien avec Benoît Biteau, c'est qu'il explique tout. Il part de lui-même, de sa vie, de son paysage, de ses sentiments, pour expliquer son engagement, sa vision du monde et ainsi répondre aux inquiétudes des autres, à nous tracer des perspectives indispensables. On mesure à la lecture de l'ouvrage à quel point l'avenir de l'agriculture nous concerne tous. Surtout, on aborde tous ces problèmes compliqués sur la chimie des traitements, sur l'alchimie des sols, en ayant l'impression à la fin qu'on a tout compris. Bref, c'est un livre qui vous rend intelligennt et qui vous enrichit.


Tout est dans le titre

Le titre est un résumé et un choix. Dans paysan résistant, il y a paysan. Depuis toujours le paysan est méprisé. D'ailleurs, cadeau, saviez-vous que le païen, d'expression chrétienne, est au départ synonyme de paysan ? Parce que celui qui reste au pays, c'est celui qui a les mains et les pieds dans la terre, qui est incapable de s'élever pour ceux de la ville.
Benoit Biteau tord le cou à tout ça.
Revendiquer d'être paysan, c'est refuser d'être exploitant. L'exploitant se met sous influence de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire qui mis la profession sous la coupe du système aliénant de l'agriculture moderne. Pendant les 300 pages de son bouquin, Benoit Biteau explique non seulement pourquoi il refuse ce système, mais comment y résister. 
Qu'on se rassure, chez Benoit Biteau, il n'y a pas de rejet de la modernité et sa démarche est tout sauf réactionnaire. Même dans la référence permanente à la terre, qu'il oppose à la Terre. Cette démarche fait invariablement penser à la belle formule : l'universel, c'est le local, moins les murs. 
En ces temps de réchauffement climatique, Benoit Biteau révèle la part majeure qu'y joue l'agriculture, car non seulement elle pollue les sols, les sature, mais utilise pour ce faire des dérivés du pétrole contribuant largement à l'épuisement des ressources. Alors qu'une agriculture saine et respectueuse doit avoir comme enjeu majeur de contribuer à l'équilibre écologique de la planète tout en contribuant à nourrir l'humanité. 
Nous entrons donc ici dans une démarche très politique. Benoît Biteau, à l'heure du dénigrement systématique du politique, lui rend ses lettres de noblesse. Il prend parti pour les lanceurs d'alerte agricoles, et défend la mémoire de Rémi Fraisse en s'attaquant au président du département socialiste du Tarn. Surtout, il montre à quel point il est possible d'agir, bien au delà de ses hectares de terre.
Conseiller régional, vice-président du Poitou-Charente il a agi pour que sa région ne plus finance plus la chambre d'agriculture. Elle est la seule région à ne pas le faire.
Ce qu'il reproche à la chambre d'agriculture, c'est tout simplement de pomper les subventions publiques sans avoir de vision d'utilité publique, et, bien au contraire de participer à la pérennisation d'un système contraire à l'utilité publique, détruisant l'environnement et s'appuyant sur l'aliénation de l'agriculteur. 
Ce qui est frappant dans l'ouvrage est le rapprochement qui peut être fait entre l'agriculture prônée par Benoît Biteau et l'économie sociale et solidaire, défendue par ailleurs par les radicaux de gauche. Un autre monde est possible, une autre agriculture, une autre économie est possible, maintenant. Tel que nous la présente Benoît Biteau, l'agriculture prônée par la Fnsea s'éloigne de l'agriculture et du monde réel, simplement pour la mettre sous la coupe des grands groupes dont l'intérêt est de poursuivre cette dépendance qui se traduit par un endettement parallèle à un appauvrissement des sols, un amenuisement des ressources dont on ne propose de sortir que par des aménagements de plus en plus coûteux, de plus en plus dommageables pour les ressources et nécessitant un endettement croissant. Un cercle vicieux infernal. 
Benoit Biteau, ici derrière José Bové, invité par Ségolène
Royal alors présidente de la Région Poitou-Charente,
démontre l'importance de l'action politique, prolongement
de l'action sur le terrain.  La pertinence de l'action et de
l'argumentation politique n'en est que plus évidente
lorsqu'on sait de quoi on parle et qu'on le pratique sur
le terrain
Et c'est là qu'intervient Benoit Biteau, qui rappelle que l'agriculture ne peut être ça. Certes, le développement de l'agriculture française à la fin de la deuxième guerre mondiale a permis de nourrir la nation et au delà, c'est à dire de remplir cet objectif majeur. Mais lorsqu'on en arrive à une surproduction, qui, de surcroît interdit à d'autres nations et en particulier dans des terres éloignées, de parvenir à une autosuffisance, on en arrive à un système qui marche sur la tête. En s'en prenant à la Fnsea, Benoit Biteau s'attaque aussi à un discours et à une pratique qui sont les pires d'Europe qui pousse à percevoir des subventions publiques sans rien donner au public en échange. Benoit Biteau rend par ailleurs hommage à la politique européenne, lorsqu'elle s'oppose à la vision totalement capitalistique du principal syndicat agricole français.


La poésie de la terre

J'arrête ici ma critique de l'ouvrage passionnant de Benoît Biteau. Il est passionnant, vous l'aurez compris parce qu'il parle de nous, de notre terre, de notre avenir et de celui de nos enfants. Il parle d'environnement, bien sûr, de politique, d'économie et de santé. Il parle aussi du brevetage du vivant, l'un des faits les plus alarmants dans l'agriculture moderne et qui prive les agriculteurs de leur droit à semer leurs propres semences. Il parle de tout, il y a des images, des croquis qui accompagnent et justifient et coups de gueules et engagements, il y a des chiffres bruts et incontestables, mais il n'y a pas que ça ! 
la sauvegarde des espèces locales donne à Benoît Biteau
l'occasion de défendre l'élevage pour son intérêt
écologique et de s'attaquer à l'idéologie vegan.
Il y a chez Benoit Biteau et dans son bouquin tout l'attachement affectif à sa terre et à son insondable richesse. Il y a la soumission à toute la poésie du vivant, livrant ainsi toute son humanité. Il y a le souvenir des huîtres cuites au deuxième petit déjeuner de ses grands-parents (après la traite des vaches), il y a les bêtes, les taureaux, vaches, chèvres et baudets du Poitou, et les petites bêtes tellement petites qu'on n'en entend jamais parler. 
carabe
Les carabes, les chrysopes et les syrphes des corolles ... Bref, une entrée dans un univers que l'on ne quitte qu'à regret. 


chrysope

  








syrphe des corolles

mercredi 14 février 2018

Benoit Biteau invité au café radical

Chacun sa Saint Valentin ! 
Benoît Biteau, radical de gauche,  tendance agricole, tendance bio, tendance écolo, tendance anar, tendance cycliste, tendance ingénieur, Benoît Biteau donc, vient de sortir un ouvrage qui lui ressemble, commandé par un grand éditeur : PAYSAN RÉSISTANT ! ... et c'est aujourd'hui, jour de la Saint Valentin que Fayard a choisi pour promouvoir son bouquin.Tout un programme. 

Je ne connais pas assez Benoît Biteau. Tout simplement parce qu'il est de ces personnalités dont on n'a jamais fait le tour.
Benoît Biteau est engagé... en tout ! Il est à la synthèse de toutes les contradictions du monde moderne. Intellectuel et actif,  Ingénieur et anti-productiviste, agriculteur et écologiste, homme de la terre et vice-président délégué à la mer à la Région Poitou-Charente. 
région Poitou-Charente, radical et de gauche, grande gueule et vice-président du conseil régional paysan et résistant ... comme l'indique le nom de son ouvrage paru chez Fayard et qui, au delà de la personne traite des problèmes qui nous préoccupe tous au travers de l'exploitation agricole, notre rapport à la terre, à la consommation, à l'animal aussi (Benoît Biteau est éleveur). 
Bref, lors même que le café radical, en une dizaine d'année n'a jamais traité des problèmes agricoles, Benoît Biteau est l'homme de la situation. Je l'invite d'ores et déjà à présenter son livre à Louviers la ville de Pierre Mendès France dont il est un admirateur revendiqué.
D'ores et déjà, je vous invite à lire le communiqué suivant que Benoît Biteau a publié sur le problème très actuel de la remise en cause des compensation des zones agricoles défavorisées 


Zones défavorisées et ICHN[1].Le gouvernement illustre sa préférence pour les modèles agricoles industriels et productivistes.



            Les agriculteurs qui évoluent en zones défavorisées, et donc éligibles à l’Indemnité Compensatoires pour Handicap Naturels (ICHN), au premier rang desquels les éleveurs extensifs en systèmes herbagés, comme en zone de montagne et en zone humide, peuvent depuis quelques semaines « apprécier » la préférence de ce gouvernement pour les modèles agricoles les plus intensifs, les plus industriels, et donc les plus polluants.
En effet, et à juste titre, l’Union Européenne a souhaité élargir l’éligibilité des zones défavorisées à des secteurs pour lesquels ce statut est pertinent. Cette volonté signifie pour l’Etat français de devoir faire des choix plus ou moins ambitieux.
Soit supprimer certaines zones ayant actuellement le statut de zone défavorisée pour pouvoir transférer les crédits de l’ICHN vers les nouvelles zones retenues par l’Union Européenne.
Soit l’Etat français fait le choix de réduire le régime d’aides octroyé aux grosses structures céréalières pour transférer ces crédits vers des modèles plus extensifs et maintenir l’ICHN sur les actuelles zones défavorisées, tout en pouvant la supporter pour les nouvelles.
Le problème de l’ICHN est en réalité le même sujet que le soutien à l’Agriculture Biologique et que la majoration des aides sur les 52 premiers hectares visant à amplifier les aides pour les petites structures agricoles, souvent paysannes et familiales.
Afin de pouvoir garder le cap sur ces trois sujets :
-         Maintien de l’ICHN sur les actuelles zones défavorisées tout en assurant le financement de cette même ICHN sur les zones élargies.
-         Evolution de la majoration sur les 52 premiers hectares des structures paysannes et familiales.
-         Soutien de la dynamique de développement de l’Agriculture Biologique observée ces dernières années,
l’Union Européenne proposait à l’Etat français de transférer 13 à 14 % des aides du premier pilier de la Politique Agricole Commune (PAC), surtout mobilisé par les grosses structures céréalières intensives et polluantes, vers son second pilier, celui qui soutient les logiques de développement durable et les mesures agro-environnementales, afin de préserver ces dynamiques vertueuses.
Sous l’indécente pression de la FNSEA et de sa gouvernance verrouillée par les puissants céréaliers, en dépit des attentes sociétales et citoyennes d’une évolution de l’agriculture vers des modèles plus respectueux des équilibres, des ressources et de l’eau en particulier, des biodiversités sauvages et domestiques, du climat et de la santé, le gouvernement représenté par son ministre de l’agriculture Stéphane TRAVERT, n’a consenti qu’a un transfert de...4,2 %, n’autorisant pas la possibilité de maintien de ces dynamiques vertueuses .
Ce manque d’audace et de courage, cette allégeance aveugle aux thèses les plus corporatistes et clientélistes de la FNSEA :
-         s’apparente à une injure aux structures familiales et paysannes qui auraient pu bénéficier de cette redistribution,
-         éreinte littéralement la belle dynamique de développement de l’Agriculture Biologique pourtant attendue par la population,
-         et assène le coup de grâce aux éleveurs évoluant en zones défavorisées et pourtant déjà lourdement touchés par les crises économiques d’un secteur d’activité déjà directement impactés par les logiques désastreuses des accords de libre échange. C’est d’ailleurs majoritairement dans ce secteur que sont constatés la majorité des suicides en agriculture, au rythme de 1 par jour !
Ce triste constat confirme l’inaptitude de ce gouvernement à s’affranchir de la cogestion avec la FNSEA, et donc à aspirer à un développement agricole conforme aux attentes sociétales, comme nous déjà avions pu le constater lors du récent débat sur le glyphosate.
Comment le modeste agriculteur, le besogneux éleveur en système herbagé dans ces zones défavorisées, peut-il d’ailleurs encore se revendiquer appartenir à ce syndicat fossoyeur de l’agriculture paysanne et familiale dépositaire du prestige gastronomique de notre pays et ayant écrit les plus nobles pages de l’histoire de l’agriculture de notre pays ?   
Pourtant, au regard du poids économique des logiques curatives supportées par les contribuables déjà assommés par une pression fiscale de plus en plus insupportable pour réparer les dégâts de ce modèle agricole irresponsable, il y avait là une réelle opportunité pour donner un signe de reconnaissance à l’endroit des agriculteurs les plus vertueux et de respect des attentes de la société civile.
Encore loupé pour ce gouvernement engoncé dans ses logiques à court terme, dénuées d’approches globales et systématiquement au service de l’intérêt immédiat d’une minorité, au détriment de l’intérêt commun et de l’avenir des générations futures !
   
 
       




[1] Indemnités compensatoires de handicaps naturels

   

Allons Benoît, tu viens quand tu veux. 
En attendant, j'invite tout un chacun, dont moi à acheter son ouvrage Paysan résistant. 
Quant à moi, sitôt que je l'aurais lu, je m'engage à en faire une critique publiée sur le blog.