lundi 29 août 2016

Après la Loi Travail, repenser le dialogue social

4e contribution de Michel Champredon pour le congrès prg de La Rochelle


L'opposition à la loi El Khomri s'est radicalisée et la CGT a tenté de bloquer le pays pour faire plier le Président de la République et le Gouvernement. Dépôts d'essence ciblés par les grévistes, barrages routiers, blocage de la diffusion des quotidiens nationaux : la France a montré un visage peu glorieux, ce grand pays qui parle au monde ne sait pas trouver les mots lorsqu'il s'agit de ses propres réformes. La France aura perdu l'occasion du dialogue, la Gauche aura démontré qu'elle ne sait pas se rassembler, la Droite aura prouvé qu'elle fait passer ses enjeux internes avant les intérêts du pays.

Au-delà de telle ou telle mesure ou réforme, l’action publique a besoin de trois choses pour raccrocher les citoyens à la politique :

-      d’abord, une mise en perspective et l’inscription de l’action conduite dans le cadre d’un projet de société. Les Français, comme les Européens, sont majeurs et conscients des difficultés de notre époque. Ils seraient davantage prêts à accepter les sacrifices s’ils comprenaient l’orientation des politiques conduites ; sans compréhension aucune adhésion n’est possible. Il faut donner du sens et faire de la pédagogie. Vers quoi veut-on conduire notre société ? Quel « vivre-ensemble » voulons-nous bâtir ? Quelle sera la place de l’individu dans la société qui se construit sous nos yeux ? Tenir un discours de mobilisation nationale, teinté de fierté républicaine, laïque et européenne. Mais le vrai défi pour nos responsables politiques consiste à tracer le chemin, proposer une ambition et une espérance nouvelles sans tomber dans la démagogie,

-    ensuite, une promesse de redistribution ; promesse qu’il faut tenir. La pauvreté et les inégalités se développent en France et en Europe. Demander des efforts est légitime mais il faut donner des signes de redistribution et de retour en direction des citoyens lorsque la situation sera rétablie (discours trop peu développé),

-    enfin, rééquilibrer le discours et l’action. Toute réforme doit être équilibrée. Demander aux salariés d’accepter les remises en cause doit s’accompagner d’exigences réciproques et de garanties de la part des détenteurs du pouvoir économique (par exemple, qu’en est-il du million d’emplois promis par le MEDEF contre les exonérations de charges sociales et le Pacte de stabilité ?).

Je pense qu’avec du sens et de la mise en perspective, une promesse de redistribution et un rééquilibrage de l’effort demandés aux catégories de la population, on doit affronter plus solidement la période actuelle qui est extraordinairement difficile.

Avec ce projet de loi, finalement aujourd’hui et en d’autres termes c’est : tous perdants. Au lieu du « gagnant-gagnant » souvent recherché c’est le « perdant-perdant » : La France, la Gauche, La Droite…seule l’Extrême-droite capitalise, non sur ses propres propositions (qui sont encore plus libérales que celles de la Droite), mais sur le mécontentement. Lancer une telle réforme à un an de la fin du mandat présidentiel, c’était risqué ! Par ailleurs, la loi Travail, au-delà du texte lui-même, a servi de déclencheur à toutes sortes de mécontentements et de frustrations. La boîte fut ouverte et tous ceux qui avaient quelque chose à revendiquer ont profité de la période pour le faire. On l’a vu avec le déclenchement de mouvements sociaux dans des secteurs qui n’étaient pas touchés par cette loi.

La loi « travail » de la ministre Myriam El Khomri a fait l'objet de débats intenses et a divisé aussi bien la Gauche que les syndicats. Les médias ont présenté d'un côté une Gauche conservatrice qui serait responsable de l'immobilisme français et de l'autre des ultra-libéraux soumis à la doxa du MEDEF. La vérité est moins caricaturale. Mais, au milieu de tout cela, subsiste un point qui m'interpelle : comment décentraliser (dans l’entreprise) les négociations sur le temps de travail avec des syndicats aussi peu représentatifs qu'aujourd'hui ? Comment vouloir plus de flexibilité sans renforcer le dialogue social français ? N'aurait-il pas fallu introduire dans la loi l'idée d'une syndicalisation obligatoire ?



En France on mythifie les négociations sociales comme en Allemagne ou en Grande-Bretagne ; comme si nous étions dans une tradition de « cogestion ». Eh non ! Le syndicalisme français n’est pas, historiquement, un syndicalisme de cogestion ; c’est un syndicalisme de revendication. On n’échappe pas à son histoire. C’est le résultat de la « Charte d’Amiens » signée en 1920, qui sépare l’action politique de l’action syndicale. Nous parlons souvent d’une vision « social-démocrate » des Socialistes français…en fait, c’est un abus de langage. On veut exprimer l’idée d’une action politique modérée qui intègre l’économie de marché et même une partie du libéralisme économique. La social-démocratie suppose un partenariat clair, fort et équilibré entre le politique et les syndicats ; où ces derniers sont étroitement associés à la gestion de l’entreprise (pas seulement pour les activités sociales, de loisirs ou pour les plans de licenciements). Ils ont de vraies responsabilités. En France, tel n’est pas le cas. Chez nous, les syndicats sont faibles (7,7 % en 2013, le plus faible de l’OCDE après la Turquie) voire très faible selon les branches ou les entreprises. Par ailleurs, pour dialoguer, il faut d’abord faire la grève (voire brûler des pneus devant la préfecture ou arrêter l’autoroute). Ainsi, on fait la démonstration de sa représentativité et on force la discussion. Sinon on ne discute pas ou trop peu.

Donc…

Donc…inscrire la négociation dans l’entreprise comme une méthode systématique d’avancée des réformes…c’est compliqué car la réalité (surtout dans les PME qui représentent 80 % des emplois en France) c’est faire le triste constat que les syndicats ne sont pas représentatifs et sont faibles pour négocier.

Comment aurait-on pu s’en sortir ?
Partons du principe que les uns et les autres sont convaincus et honnêtes dans leur démarche, ceux qui pensent qu’en libéralisant le droit du travail on va stimuler les embauches en faisant sauter le verrou psychologique chez les employeurs et ceux qui pensent qu’on donnera la main libre au patronat dans la plupart des entreprises où les syndicats n’existent pas. La difficulté est d’estimer l’effet « création d’emplois » d’une telle loi (même si des spécialistes s’y sont exercés).

Alors, j’avais formulé deux propositions :

1) appliquer l’accord d‘entreprise pour les entreprises au-dessus de 300 ou 500 salariés (où les syndicats existent) et conserver l’accord de branche pour les plus petites où les salariés sont face au patron sans force syndicale,
2) voter la loi à l’essai pour trois ans, avec une évaluation à mi-parcours et une à la fin. Ainsi on aurait pu modifier ses modalités selon la façon dont les acteurs économiques s’en seraient appropriés les termes.

Ces propositions pragmatiques auraient pu être un terrain d’entente pour les deux parties de la Gauche.

Faut-il obliger chaque salarié à adhérer à un syndicat?
Pour cela, il faudrait changer notre culture de gouvernance en France en redéfinissant le rôle des syndicats et en permettant un vrai partage du pouvoir dans l’entreprise. Cela suppose d’associer les syndicats à la définition de la stratégie de développement et de conquête de nouveaux marchés de l’entreprise, à sa politique de rémunérations des personnels, des dirigeants voire des actionnaires etc… Mais pour associer les syndicats, il faut que de leur côté, les syndicalistes soient dans une culture du compromis et de la « responsabilité partagée ». Si on participe au pouvoir cela implique qu’on soutienne les décisions prises et qu’on les assume devant les salariés, même lorsqu’ils sont mécontents.

C’est une autre société à inventer. Ce pourrait être une belle ambition à présenter lors de l’élection présidentielle de 2017, dans le cadre d’un nouveau projet de société ; car impossible à faire en court de mandat, par une simple loi.

Proposition :

Notre Parti Radical de Gauche ne pourrait-il pas développer cet axe pour la prochaine élection présidentielle ?

samedi 27 août 2016

le BREXIT, saisir l’opportunité de repenser l’Europe

Congrès du Parti Radical de Gauche - 2 et 3 septembre 2016 – La Rochelle
3 ème contribution au débat de Michel Champredon


Union européenne 

 le BREXIT, saisir l’opportunité de repenser l’Europe



Le 23 juin 2016, Les Britanniques nous ont proposé un saut vers l’inconnu ! Ce fut une date historique pour l’Europe, avec cette décision de quitter l’Union européenne. Ce choix qui parait déstabiliser l’UE dans un premier temps peut entraîner la construction d’une nouvelle Europe. Je m’explique.

Sur le principe, on ne peut que se réjouir de demander à un Peuple s’il veut poursuivre dans l’Union européenne. En démocratie, il n’y a rien de plus beau que la sanction électorale du Peuple.
Sur la réalité des choses, David Cameron a gagné les élections législatives sur une campagne démagogique avec notamment cet engagement. Après sa victoire, il a fait mine de négocier avec l’UE des aménagements pour bâtir son discours autour du maintien dans l’Europe…personne n’y a cru. En clair, il a été pris à son propre jeu.
Sauf qu’à ce jeu, sur le plan politique, il a fait sauter un verrou psychologique selon lequel on pensait qu’il était impossible de sortir de l’Union. Cela va certainement entraîner d’autres pays d’Europe vers ce type de référendum…N’est-ce pas au sein des Républicains, dans le cadre de la primaire, qu’un candidat a proposé de faire voter les Français sur l‘adhésion à l’UE ?
L’Europe déjà fragile par certains aspects (crise économique et sociale, crise migratoire, crise de légitimité et montée des partis d’extrême-droite) va s’occasionner des votes nationaux qui risquent de la déstabiliser. Chaque référendum, entraînera des négociations avec les instantes européennes…avec à la clef une Europe davantage à la carte avec des politiques sectorielles qui associeront des Etats différents selon les sujets. Par ailleurs, la situation de crise oblige les politiques à réinvestir le champ de l’Union, j’espère, reprendre une place plus grande face à la structure technocratique ;
Ainsi, ce sera peut-être les plus grands effets du Brexit :
-         stopper la construction d’une Europe fédérale et créer une Europe à géométrie variable (comme c’est le cas pour l’Espace Schengen et la zone Euro, notamment) ; en attendant l’écriture d’un vrai projet politique et social européen. Ce peut être une phase transitoire d’une Europe qui ne soit pas qu’un vaste marché,
et
-         redonner la main aux Politiques dans l’orientation de l’Union européenne.
En effet, quels sont les Trois reproches majeurs à formuler vis-à-vis de l’UE ?
1) D’être toujours plus bureaucratique et de ne pas permettre aux Peuples de s’y reconnaitre,
2) de s’occuper de choses qui n’ont rien à voir avec les enjeux strictement européens (il est loin le temps où on parlait de la « subsidiarité » selon laquelle on laisse au niveau le plus pertinent le soin de traiter le sujet),
3) surtout de construire une Europe fédéral sans qu’il y ait eu de décision politique des Citoyens. L’Europe se construit sous nos yeux chaque jour, 80 % des lois qui passent au Parlement national sont la transcription de directives européennes. Cette Europe fédérale, si elle constitue un beau projet d’avenir, ne peut se concevoir qu’avec un vrai débat dans nos pays qui permette de déterminer le type d’Europe que nous voulons pour nos enfants.
Tant que ce débat n’a pas eu lieu, alors l’Europe à la carte est sans doute le meilleur moyen de sauvegarder l’Union en laissant à chaque Etat le soin d‘avancer à son rythme sur son degré d’intégration.

Proposition : pour préparer 2017, notre Parti ne devrait-il pas repenser son projet d‘Europe fédéral en y mettant des conditions à remplir et des étapes précises ?


jeudi 25 août 2016

Face au terrorisme, tenir bon et redéfinir un Récit national

2e contribution au débat de Michel Champredon


Le 14 Juillet, l'histoire a semblé se répéter, dans l'effroi et la stupeur. Un assassin a mis à mort plus de 80 femmes, hommes et enfants, venus assister au feu d'artifice à Nice. Quelques jours plus tard ce fut le lâche attentat en l’église de Saint-Etienne du Rouvray en Seine-Maritime.
Le Président de la République a rappelé l'importance de l'unité nationale et a prolongé l'état d'urgence de six mois. De son côté la Droite a déclenché des polémiques politiciennes, donnant un spectacle lamentable au monde et sans attendre la moindre période de deuil. Au-delà de ces attentats sanglants, c'est une tentative de déstabilisation de nos sociétés occidentales qui se joue. Quelle réponse donner ? Quelle proposition politique ?  A quel niveau ?
Ces attentats sont terribles car on prend conscience, une fois de plus, que chacun aurait pu être au mauvais endroit au mauvais moment. On imagine la souffrance des familles touchées. A cette occasion, nos autorités, Président, Premier ministre, Ministre de l’Intérieur, furent à la hauteur des évènements. Elles ont pris les mesures qu’il fallait. Pour autant, on ne va pas à chaque attentat dire « on renforce les dispositifs »…Jusqu’où va-t-on renforcer les choses ? Ne sont-elles pas déjà à leur maximum ?

Alors, que faire ? La question est facile à poser mais il est plus compliqué d’y répondre. Chacun y va de sa proposition, voire de sa posture plus ou moins intéressée. Pour ma part je pense que la réponse est triple et simultanée :

1 - Développer un Récit national et fonder un nouveau Pacte républicain
A des problèmes de société, religieux et culturels, la réponse ne peut pas seulement être technique et sécuritaire quant à l’épaisseur des mailles du filet qu’il faudrait chaque fois resserrer davantage. Il faut parler aux Français de leur pays, de ses valeurs, de son histoire. Il faut, comme disent les philosophes, écrire un « Récit national » républicain et démocratique, laïc et universel. La société de consommation et la mondialisation galopante nous ont fait perdre le sens des choses, le sens commun, le sens de notre société humaine. Il faut « armer idéologiquement » (tant pis si c’est un gros mot pour certains) les Citoyens français et donner un sens à la Nation. Le rôle de l’Ecole, de la Culture et des Médias est dans ce cadre essentiel.

Mais le rôle de la parole publique l’est tout autant, le discours de nos dirigeants, ceux qui sont au pouvoir comme ceux qui sont dans l’Opposition. La force d’un Récit national est d’autant plus éducative et percutante qu’elle est portée par tous les responsables politiques républicains. Force est de constater que, tout en laissant un espace maximum à la démocratie, nous manquons d’unité nationale. Ce n’est pas limiter la liberté d’expression que d’éviter les postures politiciennes sur les sujets essentiels.

Ce Récit national doit permettre de fonder un nouveau Pacte républicain qui intègre un Pacte d’intégration. Il faut donner un sens vivant à l’idée de République et développer la culture de l’engagement.

En a-t-on le temps ? C’est une réponse éducative qui prend du temps.
Nice, Promenade des Anglais juste après l'attentat
Oui car ces problèmes du terrorisme, on en a sans doute pour une génération. Ce n’est pas un problème passager qui va se régler de lui-même. Il faut donc parler droits et devoirs des citoyens, état de droit, culture, laïcité, éducation aux religions. Il faut assumer notre mode de vie, notre ouverture sur le monde, notre histoire, notre Laïcité, les afficher, les défendre et répondre à chaque fois que ces valeurs sont remises en cause.

2 - Développer les réflexes individuels de sécurité collective
Dans le même temps chacun doit comprendre qu’il a un rôle à jouer dans la sécurité collective. Il faut que les citoyens signalent les faits ou propos qui peuvent être compris comme l’annonce d’un passage à l’acte. Sans tomber dans une société de délation généralisée, chacun peut être témoin d’une scène et regretter après l’attentat de ne pas avoir prévenu pour permettre aux services de police et de justice de prendre les décisions qui s‘imposent.



3 - Agir partout contre l’Islamisme radical
Dans le même temps, il convient de multiplier les actions pour neutraliser, enfermer, expulser (selon la nature des faits) tous ceux qui agissent ou tiennent des propos dans un rôle public contre la Démocratie, les Droit de l’Homme, les femmes, les homosexuels pour ne citer que les thèmes ou personnes les plus souvent attaqués. Il faut neutraliser les lieux d’enseignement du radicalisme dans certains locaux collectifs, publics ou privés.

Il faut agir simultanément sur toutes les dimensions. Concernant les mesures de sécurité en Europe et dans nos villes : renforcement de la coopération entre Etats, surveillance des foyers de radicalisation, expulsions des personnes indésirables et n’ayant aucune légitimé à rester… Concernant les Djihadistes : action pour « déradicaliser » les jeunes concernés, dispositifs d’alerte pour prévenir les jeunes qui se radicalisent et soutenir les familles…

Par ailleurs, les attentats récemment perpétrés à Bruxelles ont fait naître un débat en France sur les phénomènes de radicalisation au sein de quartiers sensibles. A Droite comme à Gauche, certains soulignent que le cas Molenbeek n'est pas un problème strictement belge et qu'il existerait des zones similaires sur notre territoire.

Le ministre de la Ville, Patrick Kanner, dit qu’il y a cent quartiers en France (sur 1 500 dits « prioritaires »), ayant potentiellement les mêmes caractéristiques que Molenbeek. Il le dit car ses services (les préfets) ont tenu la statistique. La polémique porte sur le « politiquement correct » : faut-il le dire au risque de faire peur à la population ? A quoi sert l’information une fois délivrée…à part alimenter l’Extrême-droite ?

Sur le fond, à la différence de la Belgique semble-t-il, nous avons en France une action des Pouvoirs publics dans les quartiers populaires (la politique de la ville, depuis 1981). Même si tout n’est pas réglé, ces quartiers n’ont globalement jamais été abandonnés à eux-mêmes. Il serait intéressant de faire l’addition du nombre de milliards investis depuis 40 ans… Je vois immédiatement ce qu’on peut me renvoyer… «tout cet argent pour être le pays d’Europe qui alimente le plus les départs vers le Djihad ! » Certes ! Mais je réponds…qu’est-ce que cela aurait été si nous n’avions pas eu cette action ?

Et la vie associative et l‘éducation ?
Oui il faut toujours miser sur l’éducatif, mais on ne parle pas du même public. Ceux qui sont aujourd’hui intégristes voire terroristes ne sont pas « rattrapables » par l’éducation et la vie associative de terrain. Ils ont franchi le stade d’une extrême gravité. Il faut des dispositifs et des professionnels particuliers pour les traiter. Je me demande d’ailleurs, si ceux qui sont « récupérables », sont majoritaires ou minoritaires ?

Néanmoins, pour éviter des dérives plus nombreuses, il ne faut pas laisser de côté le terreau social, et recréer des « têtes de réseaux associatives » pour structurer l’action sociale dans les quartiers, développer les « adultes-relais » pour servir de référent à des jeunes en perdition et alerter les services à temps…

C’est par la conjugaison de réponses diversifiées, tant dans le domaine de la guerre internationale, de la surveillance des réseaux sociaux, de la prévention dans nos quartiers, de l’éducation, de la répression des groupes organisés mais aussi par la valorisation et un nouveau sens donné à notre idéal de vie…que nous parviendrons à surmonter ce défi qui est posé à nos sociétés occidentales.





mercredi 24 août 2016

Faire de la politique autrement, est-ce un mythe ?

Contribution de Michel Champredon congrès prg de La Rochelle en septembre 2016

Le café radical publie quatre contributions au débat de l'ancien Maire d'Evreux. Aujourd'hui, 1ère contribution : 



Faire de la politique autrement, est-ce un mythe ?


Deux phénomènes récents nous interpellent sur l'avenir et la transformation du champ politique. D'un côté, le mouvement "Nuit debout", qui a rassemblé un large éventail des déçus de Gauche. Sans doute à la veille d'une récupération politique, le mouvement a tiré sa force et sa sympathie de sa désorganisation.

De l'autre côté, "En marche"! le nom du mouvement politique lancé par Emmanuel Macron. Mouvement citoyen ou parti politique ?

Deux mouvements très différents mais qui ont en commun de vouloir faire de la politique autrement, de dépasser les partis classiques pour inventer une nouvelle manière de parler aux citoyens. Quel regard peut-on porter sur ces deux initiatives ? Peut-on y voir une réponse à la crise démocratique que nous vivons ?

Comme pour beaucoup d’actions, seul le temps nous dira si c’est un vrai changement dans la société ou un feu de paille médiatique. Par ailleurs, on est toujours enclin à critiquer ceux qui agissent. Pourtant, ils prennent des risques en s’exposant et donc on ne peut que saluer leur engagement, quelle que soit la forme (si elle est pacifique et légale). On devrait les saluer surtout en comparaison de ceux qui ne font rien, qui restent spectateurs et qui ont un avis définitif et péremptoire sur tout…« y’a qu’à…il faut qu’on ».

Ceci dit, vu d’aujourd’hui et avec mon regard à distance (par mon expérience comme par mon éloignement géographique), je ferai les remarques suivantes :

« Nuit Debout » :

Il y a un côté spontané et désintéressé qui donne une certaine sympathie de prime abord. Pourtant, les discours sont très critiques et on y trouve beaucoup de citoyens issus des mouvements alternatifs/altermondialistes autour du slogan bien connu « un autre monde est possible » (ce que je crois d’ailleurs…enfin j’espère).

Les participants trouvent là un lieu et un moment de rassemblement de tous ceux qui expriment une opposition ou une déception face à La Politique et à la politique du gouvernement en particulier. C’est assez facile de rassembler sur un discours CONTRE car chacun est contre quelque chose ou mécontent d’autre chose. Mais s’il fallait construire des propositions, un programme…ces gens ne pourraient pas trouver d’accord et le mouvement n’y survivrait pas.

J’entendais une participante (très à Gauche) qui disait sur un média : « je suis là, car il faut que le gouvernement entende le Peuple ». Certes… mais force est de constater que le Peuple vote à Droite et à l’Extrême-droite (dans une proportion des 2/3 !). Le Peuple aujourd’hui, hélas, il ne vote pas pour PLUS de Gauche. D’ailleurs, à la différence de certains pays (Grèce, Espagne, Portugal), la gauche de la Gauche ne profite pas du décrochage électoral des Socialistes.

Enfin…une fois ces quelques éléments posés, si ce mouvement voulait peser dans le débat et dans les décisions pour le pays, il aurait fallu qu’il trouve un débouché politique…d’où certains groupes ou leaders qui essayaient de l’attirer et de le récupérer.



« En Marche » :

D’abord Emmanuel Macron s’est réclamé de la Gauche qui, globalement, n’a pas l’air séduite par son initiative. Plus prolixes sont quelques ténors de Droite (P. Gattaz du MEDEF, JP. Raffarin, F. Bayrou, A. Juppé ???) y ont trouvé intérêt.

Pour l’instant, je pars du principe de la sincérité de sa démarche et qu’il ne s’agit pas d’une vile manœuvre pré présidentielle ce qui irait à l’inverse de l’affirmation sur « la politique autrement ».

Je reste donc en attente…des propositions innovantes qui peuvent répondre aux grands sujets contemporains. En effet, au-delà de telle ou telle mesure concrète (faut-il 8 ou 10 dimanches travaillés dans l’année ?), il convient de répondre sur le fond aux grandes questions de notre époque (de sa part comme des autres). Je cite quelques problématiques en métropole : Comment refaire adhérer les citoyens à une nouvelle Espérance européenne et dépasser le rejet actuel de l’Union ? Comment contrarier la communautarisation de certains de nos quartiers et villes ? Que faire pour redonner le lustre suffisant à l’Ecole publique et ainsi tarir le nombre de parents qui s’en détournent pour choisir l’enseignement privé ? Quelle place donner à la jeunesse dans notre pays ? Comment lutter contre les inégalités qui s’accroissent malgré tous les dispositifs existants ? Quel rapport entre politiques et citoyens pour recréer la confiance indispensable en démocratie ? les sujets ne manquent pas…

Finalement, puisque Emmanuel Macron s’affiche de Gauche la question est : pour lui, qu’est-ce qu’être de Gauche aujourd’hui dans une société qui a déjà atteint un certain niveau de confort pour une grande partie de la population mais où les frustrations se développent et où les inégalités se creusent ; une société européanisée, mondialisée, hyper médiatisée, où les pouvoirs sont diffus et où les marges de manœuvre des dirigeants sont étroites ?

Pour l’instant on l’a surtout entendu prononcer des petites phrases provocatrices au détour d’un événement, d’une manifestation, d’une conférence de presse (sur le statut des fonctionnaires, sur les patrons dont «la vie est plus difficile que celle des ouvriers» ou sur les 35 h etc…). Cela ne nous dit pas précisément ce qu’il faut entreprendre. Une fois qu’on a dit que la société était bloquée…so what ! Sur une telle affirmation, on peut recueillir une majorité. Sur les solutions…c’est plus difficile car chacun y va de la défense de ses intérêts.

Pour conclure provisoirement sur ce sujet, et d’une façon générale, on a vu ces dernières années différentes personnalités développer un discours sur le besoin de faire de « la politique autrement » : Michèle Barzac et Michel Noir (feu le RPR), François Bayrou (Modem), les Verts… Ségolène Royal en 2007, certains courants au sein du Parti socialiste…qu’en est-il resté ? Hélas…peu de chose sinon rien.

La réalité c’est qu’on a besoin de partis même si on les appelle « mouvement ». Il faut bien une structure pour réfléchir aux projets, aux programmes, sélectionner les futurs candidats et mener les campagnes électorales. Si le discours anti-partis est classique, il est vain. La politique ne peut pas se faire toute seule sur la base d’individualités.
Enfin…un des aspects positifs de ces deux initiatives (comme la pratique fréquente des pétitions sur internet) c’est de provoquer le débat politique et la prise de conscience sur les enjeux de notre société et certainement de susciter de nouveaux engagements.
Le quinquennat de François Hollande et la démocratie ?
On le sait, la réduction du mandat présidentiel à cinq ans et l’inversion du calendrier électoral a transformé  les parlementaires en « obligés présidentiels ». Sur cette question du fonctionnement de la démocratie, voici deux citations particulièrement autorisées :
Pierre Mendès-France disait « la démocratie, c’est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité : c’est un type de mœurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l’adversaire ; c’est un code moral ».




Quant à François Hollande, en 2006 dans son ouvrage « Devoir de vérité » : « le véritable changement doit être de l‘ordre de la pratique du pouvoir, des modes de décision, des formes de l’action publique –et le renouvellement doit aller jusqu’au bout (….) Aussi s’agit-il aujourd’hui non seulement de changer de pouvoir mais de changer le pouvoir. Son exercice, ses rythmes, son usage ».
Ainsi, on constatera que ce quinquennat n’aura pas permis de progresser sur cette dimension.  Notre président, de fait, a plutôt opté pour un pouvoir personnel, sans doute contraint par des critiques sur son supposé « manque de personnalité ». Du coup, il a eu une pratique de décision personnelle voulant affirmer le rôle prééminent du Chef de l’Etat, comme si la fonction elle-même ne suffisait plus pour s’en convaincre.
Or notre époque qui constate un divorce entre citoyens et élites politiques nécessite une refondation démocratique, non seulement pour renouer la confiance entre les uns et les autres mais également pour développer une réponse face à ceux qui veulent tuer nos démocratiques modernes.
Proposition :
Ainsi, dans le cadre de la préparation de la présidentielle de 2017, le PRG ne pourrait-il pas lancer une vraie réflexion sur les nouvelles formes de démocratie, le nouveau rapport aux citoyens… être un laboratoire et ainsi offrir une nouvelle attirance politique ?



vendredi 19 août 2016

Ma contribution au congrès 2016 du parti radical de gauche





Etre radical, c’est être progressiste


Depuis 1973, le terme de crise n'a pas quitté le devant de l'actualité.
Il faut être absolument moderne
Arthur Rimbaud
Il serait vain par ailleurs de nier que nous vivons des temps difficiles. Pour autant, au delà des horreurs qui nous bouleversent, des nouvelles qui nous affligent, des catastrophes qui nous glacent, le monde des affaires, du commerce, continue de vivre sa vie, même si cela ne fait pas vendre que de le dire. La presse, les relais d'opinion et les politiques le savent bien, qui alimentent chacun à leur manière, ce vent mauvais qui souffle sur la France, sur l'Europe et sur le Monde. 

J'étais en Italie lorsque, parmi les horreurs revendiquées par Daesh, le prêtre de la banlieue de Rouen a été égorgé par deux abrutis. Quelle n'a pas été ma surprise d'entendre la radio dire que Daesh s'attaquait à la France catholique, à Rouen même, la ville aux cent clochers célébrée par Victor Hugo. 
Mais c'est le contraire qui s'est passé !

Rouen, et encore moins sa banlieue, n'est en proie à une ferveur religieuse. La foi y est marginale. la bigoterie absente. Malgré l'horreur de l'acte, on est loin de la barbarie organisée du 13 novembre, sans parler du 11 septembre 2001. Il faut par ailleurs souligner, que le pari sécuritaire consistant à maintenir la Cop 21, le championnat d'Europe de football et le tour de France a été gagné. Daesh est contraint de s'appuyer sur des individualités isolées, des brutes suicidaires pour commettre ses abominations. Cela ne fera pas revenir les enfants et familles participant à la fête du 14 juillet à Nice, ni les jeunes qui ne demandaient qu'à profiter de la douceur d'une soirée parisienne le 13 novembre dernier, ni les policiers, militaires, prêtre ou simples individus qui ne demandaient qu'à respirer, mais il faut le dire : la police a fait un travail aussi remarquable que difficile. Et la pratique de Daesh, pour abominable qu'elle soit, est d'abord un aveu de faiblesse, à l'image de la situation militaire de l’État Islamique.

Un mot, un seul au sujet de la Syrie, juste pour rappeler que la révolte syrienne, hélas avortée, et qui continue de se transformer en massacre, s'intégrait dans ce qu'on appelait alors le printemps arabe. On a laissé, on laisse, les démocrates s'y faire massacrer. Pas un de ceux qui essaient de mettre sur le même plan l'action occidentale et celle de Poutine en soutien aux dictateurs, n'a levé le petit doigt ou fait preuve de la moindre sympathie envers la population, dont une grande partie constitue le flux des réfugiés.
Or, si nous ne soutenons pas partout dans le monde le principe de la liberté, à quoi servons-nous et quel est notre avenir ? 

Parce qu'il faut bien parler d'avenir. 
S'il est un domaine où le terme de crise n'est pas galvaudé, c'est celui de l'Union Européenne. Le Brexit, le "Turxit" dont on parle trop peu, arrivent comme les terribles déclinaisons du référendum perdu de 2005. Les optimistes ont beau dire que le départ de la Grande Bretagne permettrait  enfin à l'Europe de poursuivre son développement, rien ne justifie cet acte de foi. Les raisons obscures du coup d’État raté, marquent la fin d'une Turquie tournée vers l'Europe et ses exigences de liberté. 


La Turquie d'Erdogan préfère la Russie de Poutine, indifférente à la nature des régimes politiques de ses alliés tant qu'ils lui permettent de mener son monde à sa guise et de les soumettre à leurs intérêts immédiats.
Or, la dictature, le cynisme politique est le contraire de ce pourquoi nous nous battons, de ce pourquoi nous, les radicaux, sommes engagés. 

Un mot a significativement disparu du vocabulaire politique, c'est le terme de progressiste. 
Or rien n'est plus progressiste qu'un radical. 
Être progressiste, ce n'est pas avoir une confiance aveugle en l'avenir, c'est au contraire le refus de la fatalité. C'est le refus des réactions hystériques à chaque attentat, comme celle qui consiste à réclamer la peine de mort pour ceux qui ont choisi de se faire exploser. C'est le refus de laisser l'Europe et la démocratie se défaire. C'est le rejet de tout ce qui s'oppose à la liberté. C'est la défense de l'humanisme. 
Parce que le progrès, c'est ça. Une création humaine, collective, rien d'autre.
C'est la réponse humaniste à la bêtise, parce qu'on sait qu'en période de crise, les âneries qui prêtent habituellement à rire, peuvent se transformer en atrocité lorsqu'elles prennent le pouvoir. 
D’ailleurs, et c’est d’une logique mathématique, le terme progressiste s’estompe et les vieux réacs reprennent du poil de la bête.
Être progressiste nous distingue de toutes les formes de la Réaction. De celles de la droite, bien sûr, de son conservatisme douillet, pour qui tout projet collectif est suspect. Mais être progressiste nous distingue aussi des écologistes et de leur foi en la nature. Nous préférons mille fois la nature humaine, avec ses écueils et avec son génie. Nous savons que la réponse à la crise environnementale ne pourra venir que d'un projet humain et collectif et non d'une identification à une nature bonne par nature qui n'a jamais existé. Enfin, l'idée de progrès implique la rationalité et l'intelligence comme première des valeurs, avec une remise en cause permanente, bref, le contraire des écueils socialistes et communistes considérant le paradis sur terre comme une évolution inéluctable de l'humanité, là aussi conduisant aux pires erreurs et horreurs de l'Histoire. 

Oui, le terrorisme, le repli sur soi, la montée des obscurantismes, l'affaiblissement de l'Europe, tout cela est indéniable. Mais que cela ne nous empêche pas d'avoir confiance en l'avenir, de défendre l'idée de progrès, parce que nous devons garder confiance en l'humanité.
Nous vivons un  de ces hoquets de l'Histoire, qui, de l'Inquisition à la Restauration n’ont pu empêcher la marche en avant de l'Humanité. N'oublions pas non plus que les avancées les plus impressionnantes en la matière ont eu lieu à la suite de la terrible  régression de la deuxième guerre mondiale et du massacre organisé des camps de la mort. 

Simplement, face à la Réaction, les humanistes, les radicaux, les progressistes ne doivent pas baisser les bras. Il faut se battre sans arrêt pour la liberté, l'égalité, la fraternité et la laïcité, ces idéaux Républicains dont on voit qu'ils ne sont jamais acquis même s'ils nous sont une évidence.
Il faut se battre pour l'humanité. Il faut se battre pour le progrès. Ne rien lâcher.
Fier d'être radical et progressiste.

Olivier Taconet
Président de la fédération de l'Eure


Ma contribution au congrès 2016 du parti radical de gauche





Etre radical, c’est être progressiste


Depuis 1973, le terme de crise n'a pas quitté le devant de l'actualité. Il serait vain par ailleurs de nier que nous vivons des temps difficiles. Pour autant, au delà des horreurs qui nous bouleversent, des nouvelles qui nous affligent, des catastrophes qui nous glacent, le monde des affaires, du commerce, continue de vivre sa vie, même si cela ne fait pas vendre que de le dire. La presse, les relais d'opinion et les politiques le savent bien, qui alimentent chacun à leur manière, ce vent mauvais qui souffle sur la France, sur l'Europe et sur le Monde. 

J'étais en Italie lorsque, parmi les horreurs revendiquées par Daesh, le prêtre de la banlieue de Rouen a été égorgé par deux abrutis. Quelle n'a pas été ma surprise d'entendre la radio dire que Daesh s'attaquait à la France catholique, à Rouen même, la ville aux cent clochers célébrée par Victor Hugo. 
Mais c'est le contraire qui s'est passé !

Rouen, et encore moins sa banlieue, n'est en proie à une ferveur religieuse. La foi y est marginale. la bigoterie absente. Malgré l'horreur de l'acte, on est loin de la barbarie organisée du 13 novembre, sans parler du 11 septembre 2001. Il faut par ailleurs souligner, que le pari sécuritaire consistant à maintenir la Cop 21, le championnat d'Europe de football et le tour de France a été gagné. Daesh est contraint de s'appuyer sur des individualités isolées, des brutes suicidaires pour commettre ses abominations. Cela ne fera pas revenir les enfants et familles participant à la fête du 14 juillet à Nice, ni les jeunes qui ne demandaient qu'à profiter de la douceur d'une soirée parisienne le 13 novembre dernier, ni les policiers, militaires, prêtre ou simples individus qui ne demandaient qu'à respirer, mais il faut le dire : la police a fait un travail aussi remarquable que difficile. Et la pratique de Daesh, pour abominable qu'elle soit, est d'abord un aveu de faiblesse, à l'image de la situation militaire de l’État Islamique.

Un mot, un seul au sujet de la Syrie, juste pour rappeler que la révolte syrienne, hélas avortée, et qui continue de se transformer en massacre, s'intégrait dans ce qu'on appelait alors le printemps arabe. On a laissé, on laisse, les démocrates s'y faire massacrer. Pas un de ceux qui essaient de mettre sur le même plan l'action occidentale et celle de Poutine en soutien aux dictateurs, n'a levé le petit doigt ou fait preuve de la moindre sympathie envers la population, dont une grande partie constitue le flux des réfugiés.
Or, si nous ne soutenons pas partout dans le monde le principe de la liberté, à quoi servons-nous et quel est notre avenir ? 

Parce qu'il faut bien parler d'avenir. 
S'il est un domaine où le terme de crise n'est pas galvaudé, c'est celui de l'Union Européenne. Le Brexit, le "Turxit" dont on parle trop peu, arrivent comme les terribles déclinaisons du référendum perdu de 2005. Les optimistes ont beau dire que le départ de la Grande Bretagne permettrait  enfin à l'Europe de poursuivre son développement, rien ne justifie cet acte de foi. Les raisons obscures du coup d’État raté, marquent la fin d'une Turquie tournée vers l'Europe et ses exigences de liberté. 


La Turquie d'Erdogan préfère la Russie de Poutine, indifférente à la nature des régimes politiques de ses alliés tant qu'ils lui permettent de mener son monde à sa guise et de les soumettre à leurs intérêts immédiats.
Or, la dictature, le cynisme politique est le contraire de ce pourquoi nous nous battons, de ce pourquoi nous, les radicaux, sommes engagés. 

Un mot a significativement disparu du vocabulaire politique, c'est le terme de progressiste. 
Or rien n'est plus progressiste qu'un radical. 
Être progressiste, ce n'est pas avoir une confiance aveugle en l'avenir, c'est au contraire le refus de la fatalité. C'est le refus des réactions hystériques à chaque attentat, comme celle qui consiste à réclamer la peine de mort pour ceux qui ont choisi de se faire exploser. C'est le refus de laisser l'Europe et la démocratie se défaire. C'est le rejet de tout ce qui s'oppose à la liberté. C'est la défense de l'humanisme. 
Parce que le progrès, c'est ça. Une création humaine, collective, rien d'autre.
C'est la réponse humaniste à la bêtise, parce qu'on sait qu'en période de crise, les âneries qui prêtent habituellement à rire, peuvent se transformer en atrocité lorsqu'elles prennent le pouvoir. 
D’ailleurs, et c’est d’une logique mathématique, le terme progressiste s’estompe et les vieux réacs reprennent du poil de la bête.
Être progressiste nous distingue de toutes les formes de la Réaction. De celles de la droite, bien sûr, de son conservatisme douillet, pour qui tout projet collectif est suspect. Mais être progressiste nous distingue aussi des écologistes et de leur foi en la nature. Nous préférons mille fois la nature humaine, avec ses écueils et avec son génie. Nous savons que la réponse à la crise environnementale ne pourra venir que d'un projet humain et collectif et non d'une identification à une nature bonne par nature qui n'a jamais existé. Enfin, l'idée de progrès implique la rationalité et l'intelligence comme première des valeurs, avec une remise en cause permanente, bref, le contraire des écueils socialistes et communistes considérant le paradis sur terre comme une évolution inéluctable de l'humanité, là aussi conduisant aux pires erreurs et horreurs de l'Histoire. 

Oui, le terrorisme, le repli sur soi, la montée des obscurantismes, l'affaiblissement de l'Europe, tout cela est indéniable. Mais que cela ne nous empêche pas d'avoir confiance en l'avenir, de défendre l'idée de progrès, parce que nous devons garder confiance en l'humanité.
Nous vivons un  de ces hoquets de l'Histoire, qui, de l'Inquisition à la Restauration n’ont pu empêcher la marche en avant de l'Humanité. N'oublions pas non plus que les avancées les plus impressionnantes en la matière ont eu lieu à la suite de la terrible  régression de la deuxième guerre mondiale et du massacre organisé des camps de la mort. 

Simplement, face à la Réaction, les humanistes, les radicaux, les progressistes ne doivent pas baisser les bras. Il faut se battre sans arrêt pour la liberté, l'égalité, la fraternité et la laïcité, ces idéaux Républicains dont on voit qu'ils ne sont jamais acquis même s'ils nous sont une évidence.
Il faut se battre pour l'humanité. Il faut se battre pour le progrès. Ne rien lâcher.
Fier d'être radical et progressiste.

Olivier Taconet
Président de la fédération de l'Eure


dimanche 3 juillet 2016

Plus qu'un homme d'Etat

Michel Rocard était plus qu'un homme d'Etat. 
Bien sur, il a été un Premier Ministre remarquable, réussissant à amener une paix durable en Nouvelle Calédonie, alors que ce territoire s'engageait dans une crise sanglante, imposant le principe d'un revenu minimum. Il a fait tout ça et bien plus encore. 
Mais ce qu'il faut retenir de lui, et ce message doit etre transmis aux nouvelles générations, c'est que cet homme qui a tout donné à la politique, était porteur de toute sa génération, voulait de la politique qu'elle change le monde, mais refusait de sortir d'un discours de vérité, refusait la posture, si chère aux démagogues de tout poil et a toujours poursuivi la reflexion, lors meme que celle-ci ne pouvait plus rien lui apporter personnellement. 
Il faut retenir de son engagement, celui qu'il a mené pour l'indépendance de l'Algérie, dans une gauche, et en particulier du coté des socialistes, alors engoncés dans un discours incompatible avec ses pratiques. 
Cette meme capacité à analyser le monde et son évolution, et y inscrire son action, l'a poussé, avec Pierre Mendes France à se mettre aux cotés de la jeunesse qui allait faire sauter les verrous d'une société bloquée en mai 68. 
Rocard aux cotes de Mendes a Charlety en mai 68
Il était porteur de la deuxième gauche, parce que la première était vouée à disparaitre en n'étant plus capable que de se replier sur des acquis sans offrir de perspective. 
Il était porteur de la deuxième gauche, parce qu'il savait que les discours ne devaient jamais s'affranchir du réel ni de la reflexion. 
Il était porteur de la deuxiéme gauche parce qu'il savait que derrière les postures se cachent les pires mensonges et parfois les pires catastrophes. 
Il était porteur de la deuxième gauche parce qu'il savait qu'il fallait inventer, réinventer toujours, pour ne jamais se soumettre au poids des conservatismes ni des puissants. 
Comme il était ce qu'il était, il a fini par intégrer le parti socialiste, pensant avec juste raison que la prise de pouvoir passait par là. Il se trouve que les tenants de la premiére gauche ne lui en ont guère laissé la possibilité. Au moment meme ou Michel Rocard a pris enfin la tete d'un parti socialiste en capilotade, François Mitterrand allié avec Bernard Tapie et les radicaux de gauche ont signé sa mort politique. C'est un  reproche que les radicaux doivent se faire, meme si on ne refait pas l'Histoire. 
Mais ce qu'il y a de remarquable avec Michel Rocard, c'est que, meme mort politiquement, il continuait d'éclairer la vie politique. 
Je ne prendrais pour exemple que la prophétie qu'il avait faite tout en appelant à voter pour le Oui à la constitution européenne en 2005. Il expliquait que, quand bien meme le projet n'etait pas parfait, il fallait éviter tout recul ... parce qu'on était dans une ascension et qu'en matiére d'alpinisme celui-ci aménerait la dégringolade. 
Le brexit semble lui donner tragiquement raison.