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vendredi 23 février 2018

Une autre agriculture est-elle possible ?

Café radical avec Benoît Biteau


A l'occasion de  Paysan Résistant !, Benoît Biteau répond à l'invitation du café radical où il présentera son livre, ses idées et son combat. Il répondra aux questions que tout un chacun se pose sur l'agriculture française et sur ses conséquences sur l'économie mondiale comme sur notre vie quotidienne.

Le rôle de la Fnsea et de l'économie dans l'agriculture,, le rapport de l'homme à la nature, à l'animal, quelle qualité, quelle quantité, quel prix pour l'agriculture aujourd'hui et demain .... Comme d'habitude et comme principe au café radical : aucune question ne sera tabou.
Débat ouvert à toutes et à tous.

En attendant, une mise en bouche avec l'interview de Benoît Biteau sur France 24 qui était "l'invité de l'économie" du jeudi 22 février.






Vendredi 9 mars, à 18h30 Benoît Biteau sera l'invité du café radical "O bouche à oreille, 4 rue du Maréchal Joffre 27400 Louviers









lundi 19 février 2018

Paysan résistant ! Un sacré bouquin ...

Qu'on ne compte pas sur moi pour dire s'il faut lire le dernier livre de Benoît Biteau, qui par ailleurs est aussi le premier. Lire un livre, jamais il ne faut. Ce que je peux dire en revanche c'est que ceux qui n'auront pas lu Paysan résistant ! auront beaucoup perdu. Je vous aurais prévenu et j'espère que ça vous donnera envie de le lire.

Ce qu'il y a de bien avec Benoît Biteau, c'est qu'il explique tout. Il part de lui-même, de sa vie, de son paysage, de ses sentiments, pour expliquer son engagement, sa vision du monde et ainsi répondre aux inquiétudes des autres, à nous tracer des perspectives indispensables. On mesure à la lecture de l'ouvrage à quel point l'avenir de l'agriculture nous concerne tous. Surtout, on aborde tous ces problèmes compliqués sur la chimie des traitements, sur l'alchimie des sols, en ayant l'impression à la fin qu'on a tout compris. Bref, c'est un livre qui vous rend intelligennt et qui vous enrichit.


Tout est dans le titre

Le titre est un résumé et un choix. Dans paysan résistant, il y a paysan. Depuis toujours le paysan est méprisé. D'ailleurs, cadeau, saviez-vous que le païen, d'expression chrétienne, est au départ synonyme de paysan ? Parce que celui qui reste au pays, c'est celui qui a les mains et les pieds dans la terre, qui est incapable de s'élever pour ceux de la ville.
Benoit Biteau tord le cou à tout ça.
Revendiquer d'être paysan, c'est refuser d'être exploitant. L'exploitant se met sous influence de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire qui mis la profession sous la coupe du système aliénant de l'agriculture moderne. Pendant les 300 pages de son bouquin, Benoit Biteau explique non seulement pourquoi il refuse ce système, mais comment y résister. 
Qu'on se rassure, chez Benoit Biteau, il n'y a pas de rejet de la modernité et sa démarche est tout sauf réactionnaire. Même dans la référence permanente à la terre, qu'il oppose à la Terre. Cette démarche fait invariablement penser à la belle formule : l'universel, c'est le local, moins les murs. 
En ces temps de réchauffement climatique, Benoit Biteau révèle la part majeure qu'y joue l'agriculture, car non seulement elle pollue les sols, les sature, mais utilise pour ce faire des dérivés du pétrole contribuant largement à l'épuisement des ressources. Alors qu'une agriculture saine et respectueuse doit avoir comme enjeu majeur de contribuer à l'équilibre écologique de la planète tout en contribuant à nourrir l'humanité. 
Nous entrons donc ici dans une démarche très politique. Benoît Biteau, à l'heure du dénigrement systématique du politique, lui rend ses lettres de noblesse. Il prend parti pour les lanceurs d'alerte agricoles, et défend la mémoire de Rémi Fraisse en s'attaquant au président du département socialiste du Tarn. Surtout, il montre à quel point il est possible d'agir, bien au delà de ses hectares de terre.
Conseiller régional, vice-président du Poitou-Charente il a agi pour que sa région ne plus finance plus la chambre d'agriculture. Elle est la seule région à ne pas le faire.
Ce qu'il reproche à la chambre d'agriculture, c'est tout simplement de pomper les subventions publiques sans avoir de vision d'utilité publique, et, bien au contraire de participer à la pérennisation d'un système contraire à l'utilité publique, détruisant l'environnement et s'appuyant sur l'aliénation de l'agriculteur. 
Ce qui est frappant dans l'ouvrage est le rapprochement qui peut être fait entre l'agriculture prônée par Benoît Biteau et l'économie sociale et solidaire, défendue par ailleurs par les radicaux de gauche. Un autre monde est possible, une autre agriculture, une autre économie est possible, maintenant. Tel que nous la présente Benoît Biteau, l'agriculture prônée par la Fnsea s'éloigne de l'agriculture et du monde réel, simplement pour la mettre sous la coupe des grands groupes dont l'intérêt est de poursuivre cette dépendance qui se traduit par un endettement parallèle à un appauvrissement des sols, un amenuisement des ressources dont on ne propose de sortir que par des aménagements de plus en plus coûteux, de plus en plus dommageables pour les ressources et nécessitant un endettement croissant. Un cercle vicieux infernal. 
Benoit Biteau, ici derrière José Bové, invité par Ségolène
Royal alors présidente de la Région Poitou-Charente,
démontre l'importance de l'action politique, prolongement
de l'action sur le terrain.  La pertinence de l'action et de
l'argumentation politique n'en est que plus évidente
lorsqu'on sait de quoi on parle et qu'on le pratique sur
le terrain
Et c'est là qu'intervient Benoit Biteau, qui rappelle que l'agriculture ne peut être ça. Certes, le développement de l'agriculture française à la fin de la deuxième guerre mondiale a permis de nourrir la nation et au delà, c'est à dire de remplir cet objectif majeur. Mais lorsqu'on en arrive à une surproduction, qui, de surcroît interdit à d'autres nations et en particulier dans des terres éloignées, de parvenir à une autosuffisance, on en arrive à un système qui marche sur la tête. En s'en prenant à la Fnsea, Benoit Biteau s'attaque aussi à un discours et à une pratique qui sont les pires d'Europe qui pousse à percevoir des subventions publiques sans rien donner au public en échange. Benoit Biteau rend par ailleurs hommage à la politique européenne, lorsqu'elle s'oppose à la vision totalement capitalistique du principal syndicat agricole français.


La poésie de la terre

J'arrête ici ma critique de l'ouvrage passionnant de Benoît Biteau. Il est passionnant, vous l'aurez compris parce qu'il parle de nous, de notre terre, de notre avenir et de celui de nos enfants. Il parle d'environnement, bien sûr, de politique, d'économie et de santé. Il parle aussi du brevetage du vivant, l'un des faits les plus alarmants dans l'agriculture moderne et qui prive les agriculteurs de leur droit à semer leurs propres semences. Il parle de tout, il y a des images, des croquis qui accompagnent et justifient et coups de gueules et engagements, il y a des chiffres bruts et incontestables, mais il n'y a pas que ça ! 
la sauvegarde des espèces locales donne à Benoît Biteau
l'occasion de défendre l'élevage pour son intérêt
écologique et de s'attaquer à l'idéologie vegan.
Il y a chez Benoit Biteau et dans son bouquin tout l'attachement affectif à sa terre et à son insondable richesse. Il y a la soumission à toute la poésie du vivant, livrant ainsi toute son humanité. Il y a le souvenir des huîtres cuites au deuxième petit déjeuner de ses grands-parents (après la traite des vaches), il y a les bêtes, les taureaux, vaches, chèvres et baudets du Poitou, et les petites bêtes tellement petites qu'on n'en entend jamais parler. 
carabe
Les carabes, les chrysopes et les syrphes des corolles ... Bref, une entrée dans un univers que l'on ne quitte qu'à regret. 


chrysope

  








syrphe des corolles

vendredi 19 août 2016

Ma contribution au congrès 2016 du parti radical de gauche





Etre radical, c’est être progressiste


Depuis 1973, le terme de crise n'a pas quitté le devant de l'actualité.
Il faut être absolument moderne
Arthur Rimbaud
Il serait vain par ailleurs de nier que nous vivons des temps difficiles. Pour autant, au delà des horreurs qui nous bouleversent, des nouvelles qui nous affligent, des catastrophes qui nous glacent, le monde des affaires, du commerce, continue de vivre sa vie, même si cela ne fait pas vendre que de le dire. La presse, les relais d'opinion et les politiques le savent bien, qui alimentent chacun à leur manière, ce vent mauvais qui souffle sur la France, sur l'Europe et sur le Monde. 

J'étais en Italie lorsque, parmi les horreurs revendiquées par Daesh, le prêtre de la banlieue de Rouen a été égorgé par deux abrutis. Quelle n'a pas été ma surprise d'entendre la radio dire que Daesh s'attaquait à la France catholique, à Rouen même, la ville aux cent clochers célébrée par Victor Hugo. 
Mais c'est le contraire qui s'est passé !

Rouen, et encore moins sa banlieue, n'est en proie à une ferveur religieuse. La foi y est marginale. la bigoterie absente. Malgré l'horreur de l'acte, on est loin de la barbarie organisée du 13 novembre, sans parler du 11 septembre 2001. Il faut par ailleurs souligner, que le pari sécuritaire consistant à maintenir la Cop 21, le championnat d'Europe de football et le tour de France a été gagné. Daesh est contraint de s'appuyer sur des individualités isolées, des brutes suicidaires pour commettre ses abominations. Cela ne fera pas revenir les enfants et familles participant à la fête du 14 juillet à Nice, ni les jeunes qui ne demandaient qu'à profiter de la douceur d'une soirée parisienne le 13 novembre dernier, ni les policiers, militaires, prêtre ou simples individus qui ne demandaient qu'à respirer, mais il faut le dire : la police a fait un travail aussi remarquable que difficile. Et la pratique de Daesh, pour abominable qu'elle soit, est d'abord un aveu de faiblesse, à l'image de la situation militaire de l’État Islamique.

Un mot, un seul au sujet de la Syrie, juste pour rappeler que la révolte syrienne, hélas avortée, et qui continue de se transformer en massacre, s'intégrait dans ce qu'on appelait alors le printemps arabe. On a laissé, on laisse, les démocrates s'y faire massacrer. Pas un de ceux qui essaient de mettre sur le même plan l'action occidentale et celle de Poutine en soutien aux dictateurs, n'a levé le petit doigt ou fait preuve de la moindre sympathie envers la population, dont une grande partie constitue le flux des réfugiés.
Or, si nous ne soutenons pas partout dans le monde le principe de la liberté, à quoi servons-nous et quel est notre avenir ? 

Parce qu'il faut bien parler d'avenir. 
S'il est un domaine où le terme de crise n'est pas galvaudé, c'est celui de l'Union Européenne. Le Brexit, le "Turxit" dont on parle trop peu, arrivent comme les terribles déclinaisons du référendum perdu de 2005. Les optimistes ont beau dire que le départ de la Grande Bretagne permettrait  enfin à l'Europe de poursuivre son développement, rien ne justifie cet acte de foi. Les raisons obscures du coup d’État raté, marquent la fin d'une Turquie tournée vers l'Europe et ses exigences de liberté. 


La Turquie d'Erdogan préfère la Russie de Poutine, indifférente à la nature des régimes politiques de ses alliés tant qu'ils lui permettent de mener son monde à sa guise et de les soumettre à leurs intérêts immédiats.
Or, la dictature, le cynisme politique est le contraire de ce pourquoi nous nous battons, de ce pourquoi nous, les radicaux, sommes engagés. 

Un mot a significativement disparu du vocabulaire politique, c'est le terme de progressiste. 
Or rien n'est plus progressiste qu'un radical. 
Être progressiste, ce n'est pas avoir une confiance aveugle en l'avenir, c'est au contraire le refus de la fatalité. C'est le refus des réactions hystériques à chaque attentat, comme celle qui consiste à réclamer la peine de mort pour ceux qui ont choisi de se faire exploser. C'est le refus de laisser l'Europe et la démocratie se défaire. C'est le rejet de tout ce qui s'oppose à la liberté. C'est la défense de l'humanisme. 
Parce que le progrès, c'est ça. Une création humaine, collective, rien d'autre.
C'est la réponse humaniste à la bêtise, parce qu'on sait qu'en période de crise, les âneries qui prêtent habituellement à rire, peuvent se transformer en atrocité lorsqu'elles prennent le pouvoir. 
D’ailleurs, et c’est d’une logique mathématique, le terme progressiste s’estompe et les vieux réacs reprennent du poil de la bête.
Être progressiste nous distingue de toutes les formes de la Réaction. De celles de la droite, bien sûr, de son conservatisme douillet, pour qui tout projet collectif est suspect. Mais être progressiste nous distingue aussi des écologistes et de leur foi en la nature. Nous préférons mille fois la nature humaine, avec ses écueils et avec son génie. Nous savons que la réponse à la crise environnementale ne pourra venir que d'un projet humain et collectif et non d'une identification à une nature bonne par nature qui n'a jamais existé. Enfin, l'idée de progrès implique la rationalité et l'intelligence comme première des valeurs, avec une remise en cause permanente, bref, le contraire des écueils socialistes et communistes considérant le paradis sur terre comme une évolution inéluctable de l'humanité, là aussi conduisant aux pires erreurs et horreurs de l'Histoire. 

Oui, le terrorisme, le repli sur soi, la montée des obscurantismes, l'affaiblissement de l'Europe, tout cela est indéniable. Mais que cela ne nous empêche pas d'avoir confiance en l'avenir, de défendre l'idée de progrès, parce que nous devons garder confiance en l'humanité.
Nous vivons un  de ces hoquets de l'Histoire, qui, de l'Inquisition à la Restauration n’ont pu empêcher la marche en avant de l'Humanité. N'oublions pas non plus que les avancées les plus impressionnantes en la matière ont eu lieu à la suite de la terrible  régression de la deuxième guerre mondiale et du massacre organisé des camps de la mort. 

Simplement, face à la Réaction, les humanistes, les radicaux, les progressistes ne doivent pas baisser les bras. Il faut se battre sans arrêt pour la liberté, l'égalité, la fraternité et la laïcité, ces idéaux Républicains dont on voit qu'ils ne sont jamais acquis même s'ils nous sont une évidence.
Il faut se battre pour l'humanité. Il faut se battre pour le progrès. Ne rien lâcher.
Fier d'être radical et progressiste.

Olivier Taconet
Président de la fédération de l'Eure