![]() |
| Depuis que je sais qu'Olivier Aubert dort en prison, il n'est pas une soirée où je ne pense à lui. |
Je connais Olivier Aubert depuis plus de trente ans. À l'époque il était journaliste au Courrier de l'Eure, le journal de droite. Moi, j'étais pigiste à La Dépêche, le journal de gauche.
Nos chemins se sont depuis croisé de nombreuses fois. Nous nous sommes appréciés et respectés. Je l'ai eu pour voisin, dans ce qui était alors la Zac et est devenu le quartier Maison Rouge.
Je faisais partie de l'équipe Fromentin/Martin, et lorsque Proust a pris le pouvoir, c'est lui qui m'a remplacé au service information que je dirigeais.
Voilà, nous n'avons jamais été sur la même ligne mais ça ne m'a jamais empêché d'apprécier sa gentillesse et son humour.
Au delà même,je dois rendre hommage à sa façon d'aborder la politique pour laquelle il a toujours montré un intérêt sincère, voire assez désintéressé, même si, bien sûr, il eût apprécié d'accéder à quelques responsabilités. Je ne l'ai en tous les cas jamais entendu tenir des propos ni racistes, ni sécuritaires, ni outranciers. Il a simplement une vision du monde opposée à la mienne, un réseau et des amis qui ne sont pas les miens.
Au vu de ce que dit la presse, il aurait agressé et violé son ex-compagne, dont il n'aurait pas supporté d'être séparé. Il l'aurait poursuivi, harcelé, et pénétré avec un doigt. Cela s'appelle un viol, et cela est un crime. Pour condamnables que soient les faits, ou l'homme, cette affaire démontre l'ignominie de la détention préventive. Si, profitant du malheur d'un des leurs, la droite pouvait en tirer quelques leçons avant de tenir des discours sécuritaires insensés et démagogiques, ce ne serait pas plus mal.
Nous ne sommes pas avec Olivier Aubert dans le cas de quelqu'un qui fait courir un danger à la société. Il ne s'agit pas d'une personne à la recherche permanente ou occasionnelle d'une proie sexuelle, à contraindre sous la menace. On est visiblement dans une situation très particulière de règlement de comptes. En admettant qu'il fasse courir un danger à son ex-compagne, une injonction judiciaire suffirait amplement à la protéger dans l'attente du jugement.
En attendant voilà en tous les cas quelqu'un définitivement sali, dont les enfants sont atteints par l'opprobre, et qui se trouve en incapacité d'agir pour protéger les siens. Voilà quelqu'un qui est condamné avant d'avoir été jugé. C'est cela qui est, en premier lieu, condamnable.

