vendredi 30 octobre 2015

Café radical spécial Normandie

Du territoire laissé aux envahisseurs vikings il y a un plus de 1.000 ans à la
création d'une vraie Région ... Enfin la Normandie est le récit de cette épopée, et
raconte la réalité d'un territoire marqués par ses fantômes et par ses espérances.
Il est temps de parler de la Normandie.
De la Normandie actuelle, encore paralysée par la division artificielle entre Haute et Basse Normandie qu'elle subit depuis la deuxième guerre mondiale et de la Normandie future, celle dont la naissance est prévue le 1er janvier 2016, à 0 heure.

Cette Normandie, nous l'avons tant désiré, nous les radicaux de gauche, mais pas seulement ! 

Franck Martin lors de la réception de la
médaille du Mérite Maritime
le 14 septembre 2015  
Le café radical ne pouvait pas passer à coté de l'événement.
Deux invités de marque samedi 7 novembre à 18h30 au premier étage du Big'Arts, restaurant situé 39 rue du Quai à Louviers (anciennement Jardin de Bigards) ...

Franck MARTIN, qui s'est inlassablement battu pour l'unification de la Normandie et qui dira ce qu'il en attend ...

Daniel Huard, journaliste-écrivain,
dédicacera son ouvrage à l'occasion
du café radical.
L'ouvrage est disponible à la librairie
À la page de Louviers.
 
et Daniel HUARD l'auteur de l'excellent Enfin la Normandie ! qu'il dédicacera en fin de séance.
Voilà un événement qui tombe à pic, à quelques semaines d'un scrutin déterminant pour la France entière mais pour les Normands en particulier puisqu'il déterminera la composition du premier Conseil régional Normand.
Un utile rappel sur les enjeux Régionaux et sur ce qui fonde notre identité Normande.

Café radical samedi 7 novembre 2015, à 18 h 30
au Big'Arts, 39 rue du Quai à Louviers.





mercredi 16 septembre 2015

La réponse de Franck Martin



 
Moment très attendu : la réponse de Franck Martin à Annick Girardin,
Secrétaire d'État au Développement et à la Francophonie. Beau moment
d'éloquence, éclairant les choix d'une vie et le sens d'un engagement.
 Il livre par ailleurs des informations  précieuses et précises sur notre
 Histoire et notre patrimoine.(Photo Dimitri Marsaleix)
 
Comme promis, le café radical livre la réponse de Franck Martin à la Ministre. Un très beau discours en miroir d'un beau discours. Certains ont trouvé le discours un peu long, mais ils sont rares. Tout simplement parce que, que ce soit dans les propos du ministre comme dans ceux du récipiendaire, se profilait non seulement le parcours d'une vie, mais aussi celui d'un contexte personnel et historique en même temps qu'un lien particulier entre la première femme ministre issue de Saint Pierre et Miquelon, et l'homme dont la Normandie a béni les éveils maritimes.

Au regard de tout cela, il s'agissait d'une parfaite synthèse éclaboussée des remous de l'Histoire, des histoires, de la culture, de l'engagement politique, des certitudes trahies et des hésitations validées. Une vie, quoi. Une vie comme y a peu, et qui est loin d'être finie, une vie en cours, dont le regard rétrospectif ne contredit pas une vision d'avenir portée par les flots de la Grande Normandie.

Madame la ministre, cher Annick. je vous remercie pour tant d’ éloges qui m’ont ému tout en blessant ma modestie.
 
Merci de consacrer un temps si précieux pour la République à cette remise de décoration.
 
Je ne parlerai pas d’amitié entre nous, comme tant et tant aimeraient le faire en telles circonstances.
 
Non seulement j’ai appris qu’en politique, il faut d’abord se méfier de ceux qui se disent vos amis, mais je crois honorable de ne pas imiter ceux qui font profession d’être l’ami des puissants et font tomber sans cesse des noms de leur bouche, pour leur dérober une miette de gloire...
 
En politique, j’ai des copains au féminin comme au masculin avec qui je partage des liens de vraie solidarité et d’affection sincère.
Il y a aussi des hommes que je respecte, des femmes que j’admire. Des Annick Girardin, Christiane Taubira, des Alain Tourret que je respecte et j’admire, parce que je suis attentif à ce qu’ils font et que je sais ce qu’ils valent.
 
Respect et admiration, donc, pour ton action au service de la République, en particulier ton engagement dans l’aide au développement, un domaine dans lequel l’agglomération Seine-Eure s’est longuement et fortement engagée, sous la houlette d’Hubert Zoutu, maire d’Heudebouville et prince béninois.
 
Le Mérite maritime… cette distinction m’est accordée, à ma grande surprise, pour mon activité d’éditeur, de producteur de livres sur la mer. Mais pas que…
 
La ligne éditoriale de ma maison d’édition passe par Saint-Pierre et Miquelon.
 
Annick, tu te souviens peut-être que naguère je t’ai proposé… d’écrire et de publier la biographie de celle qui était alors pour moi la députée des Brumes.
 
Proposition très prématurée, car depuis, tu as écrit un nouveau chapitre à cette biographie. Et quel chapitre !. De députée des Brumes, tu es devenue,comme le titre le Journal du Dimanche la ministre qui venait du Froid.
 
Ministre venue du Froid, venue de l’outre-mer, tu ne seras pas choquée si je vous raconte ce soir une histoire de morue.
 
En anglais Morue se dit Cod.
Cod, a biography of the fish that changed the world.  C’est le titre d’un livre, une passionnante étude de l’économiste Mark Kurlansky, que je traduis et espère publier bientôt en français. L’auteur y affirme que la morue est le poisson qui a changé le monde. Rien que cela.

Et pourtant… La mondialisation des échanges commerciaux ne date pas d’aujourd’hui. Il y a six siècles et demi, l’explorateur Jean Cabot, affirmait que sur les bancs de Terre Neuve, la morue était si abondante qu’il suffisait de descendre des paniers dans la mer pour les remonter pleins à ras-bord. Mais surtout, la morue est un poisson dont la chair est exceptionnellement maigre. Une fois séchée, elle se conserve et supporte, mieux que tout autre poisson, de longs voyages.

L’abondance du poisson et son exceptionnelle faculté de conservation ont permis la mise en place d’un circuit économique mondial, alimentant en protéines bon marché trois grandes clientèles.

D’abord les pays catholiques qui faisaient maigre lorsque l’Eglise le demandait.

Ensuite, les propriétaires de plantations du Sud des Etats-Unis pour alimenter  esclaves, puis descendants d’esclaves.

Aujourd’hui encore, le plat de morue est à la carte de tous les restaurants populaires de la Nouvelle Orléans. Enfin, au 19ème siècle, il fallait reconstituer la force de travail des bataillons de prolétaires dans tous les pays de la révolution industrielle. La morue y contribuait largement.

Alors, pendant que le Far-West, l’Ouest américain se trouvait bouleversé par la ruée vers l’Or, les bancs de Terre-Neuve, à l’est du continent américaine étaient le théâtre d’une prodigieuse épopée, une aventure maritime de masse, à nulle autre pareille.

la Grande Pêche de Terre-Neuve, la ruée vers l’Or Bleu.

Une épopée maritime allait modeler l’économie, le mode de vie, les mentalités du littoral normand, de Granville à Fécamp, en passant par Dunkerque à Saint-Malo, s’il m’est permis d’être taquin.

L’affrontement avec les forces naturelles, la tempête, les brumes, les icebergs, le froid glacial, le risque permanent de naufrage,ont donné une dimension épique à des conditions de travail inhumaines, aggravées par la brutalité inouïe de l’encadrement, la privation de toute intimité, d’espace vital, le calvaire vécu par les enfants à bord, les jeunes mousses.

 Les longues campagnes de pêche sur les bancs de Terre-Neuve ont coûté des milliers de morts à des familles dont le père ne voyait pas grandir les enfants et ne connaissait jamais la douceur de l’été normand.
 Le Marité est le dernier témoin de ces souffrances. Pouvions nous le laisser partir ?

Sauvegarder ce navire était d’abord un devoir, celui de rendre hommage aux travailleurs de la mer.

Mais, à l’instar des mineurs du Nord de la France, les terre-neuvas étaient fiers de leur métier. Parce qu’il demandait une endurance, un savoir-faire, un courage hors du commun. Parce que l’homme s’y montrait plus fort que la tempête. Parce que, sous le beau nom d’équipage, l’indispensable solidarité des marins y donnait raison, par avance, à Saint-Exupéry écrivant que la grandeur d’un métier est avant tout, d’unir des hommes.

 Le Grand Métier… c’est le titre de l’immense succès de librairie, le beau du capitaine de chalutier fécampois Jean Récher, livre comparable au Cheval d’Orgueil des Bretons.

 Oui, l’histoire de la Grande Pêche est un pilier de ce qui fonde, dans l’Histoire de France, l’identité actuelle de la Normandie. A l’instar de l’image paysanne de Jacquou le Croquant, la figure romanesque du Terre-Neuva, marin, héros et martyr fait partie de notre imaginaire partagé, de notre patrimoine culturel. Des centaines de livres ont été publiés, des dizaines se publient encore, romans, études historiques, biographies, sur cette épopée des Bagnards de la Mer, une épopée qui est aussi une tragédie sociale.

Le Marité se veut le musée vivant de cette histoire, de ce grand métier.
 
En puisque je parle de métiers, la rénovation du Marité  a été une aventure professionnelle passionnante dont les retombées ont profité à l’économie locale.

Vous connaissez tous l’Hermione, mais bien peu savent que les charpentiers de Saint Vaast la Hougue, l’équipe du chantier Bernard, après avoir réalisé des tours de force dans la mise en œuvre des techniques d’autrefois pour reconstruire le Marité ont été sélectionnés pour reconstruire la coque de l’Hermione.
 
 
 La civilisation occidentale, dans tous les domaines de l’esprit a connu une apogée à la fin du 19e siècle où l’on voit naitre, sans parler de la valse viennoise, les chefs-d’œuvre de l’opéra, du roman, de la peinture avant la rupture moderne, la déconstruction des formes traditionnelles au profit de nouvelles approches, radicalement nouvelles.

La fin du XIème est aussi une apogée de l’architecture navale, celle où les clippers, battent des records de vitesse sur la route de Chine, dans le commerce de la soie et des épices. L’époque où régatent les plus aériens, les plus fins voiliers de plaisance, comme le premier Pen-Duick d’Eric Tabarly.

Les charpentiers de Fécamp n’avaient rien à faire de l’esthètique.

Ils construisaient des bateaux de travail, de bateaux de pêche robustes mais rapidement jetables. Pour construire ces bateaux ils mettaient en œuvre un savoir faire perfectionné pendant des millénaires où l’intelligence et l’habileté de l’homme affinait inlassablement les formes des navires pour les rendre plus sûrs, plus rapides, plus efficaces dans l’utilisation des forces du vent et de l’homme.

Et cette recherche de la perfection finit par déboucher, en cette fin de siècle, sur l’harmonie parfaite entre l’utile et le beau, une période miraculeuse où l’essence des choses produites par l’homme coîncide avec la beauté du monde.

Regardez bien le Marité. c’est l’un des plus beaux bateaux au monde. Fallait-il laisser pourrir la Joconde des Mers ? Poser la question, c’est y répondre, non ? Moi, je  suis tombé amoureux de cette joconde.
 
La mer imprègne le passé le présent et l’avenir de la Normandie.

C’est par la mer que les hommes du Nord, dont la Normandie porte le nom ont colonisé la Neustrie. C’est par la mer que les ducs normands ont conquis l’Angleterre. Faut-il rappeler, sondages à l’appui, que si, dans le monde, le nom de la Normandie est mieux identifié, plus connu que celui de la France, c’est que le sort du monde libre s’est joué sur le littoral normand. le message porté par le Mémorial de Caen est universel.
Oui, la mer est partout en Normandie, elle est là, à quelques nautiques de Louviers. Car la mer en Normandie, c’est le littoral, plus l’axe maritime de la Seine.

En pillant les abbayes de la Basse-Seine, en mettant le siège devant Paris, les Vikings ont été les premiers à valoriser l’axe-Seine qui aujourd’hui ouvre Paris sur le grand large en débouchant sur la Manche, la mer la plus fréquentée du monde, un axe commercial vital pour l’économie française.

Paris ne conservera son statut d’exception, de ville monde comme disent les géographes, urbanistes, sociologues qui phosporent autour du Grand Paris, qu’en s’ouvrant au monde via la Normandie, via l’estuaire de la Seine. François 1er en était d’accord : il a fondé Le Havre, le grand port qui manquait au royaume de France, pour alimenter Paris.

C’est ici même, sur le territoire de la CASE, à une poussière d’encablures, à Poses, que viennent mourir les marées hautes de la Manche et que commence officiellement, en toute rigueur administrative le domaine maritime de la Seine.

Depuis les années 70 notre agglomération a connu un spectaculaire développement économique, boosté par la pharmacie, la cosmétique et bientôt les bio-technologies. Pourquoi ? Parce que nous sommes au bout de la chaîne de raffinage et de transformation du pétrole brut qui arrive au Havre par la mer, remonte la Seine comme matériau de la chimie lourde en aval de Rouen, puis de la chimie fine autour de Paris.
Sans la mer, la Normandie ne serait pas la seconde région française pour les produits pharmaceutiques, derrière Rhône-Alpes. Sans la mer, la Normandie ne serait pas parmi les leaders de la production d’énergie, hier, aujourd’hui, demain. Hier avec le pétrole, aujourd’hui avec le nucléaire à Flamanville, Penly, Paluel sans parler de La Hague. Et demain ? Demain, gràce à la mer, la Normandie conservera son co-leadership dans la production nationale avec la production d’énergies renouvelables. Le grand chantier régional, aujourd’hui, c’est l’implantation des grands parcs offshore à … … et le développement de l’énergie hydrolienne dans les courants sous-marins exceptionnellement puissants de la Hague et les marées du Cotentin.

Petite fourmi dans la grande fourmilière qui phosphore autour de l’axe-Seine, le président de l’agglomération Seine-Eure n’était pas hors-sujet lorsqu’il insistait sur la fusion des ports autonomes de Paris Rouen Le Havre, l’aménagement des berges de la Seine et le développement volontariste du tourisme fluvial.

L’avenir économique de la Normandie, c’est aussi le tourisme. Sans parler des ports de plaisance et des ports du littoral, que serait le tourisme normand sans le Mont Saint Michel et les plages du débarquement ? Aussi, lorsque j’ai vu, à 28 nautiques dans Nord Ouest de cette salle, le Marité rénové, magnifique, prendre sa place, une place d’honneur, sous le pont Guillaume-le-Conquérant, dans le cadre du plus grand rassemblement de grands voiliers d’Europe, n’en déplaise à Brest, un événement touristique dont les visiteurs se comptent par millions et viennent de tous les horizons, je n’ai pas eu le sentiment d’avoir gaspillé du temps et de l’argent public, ni d’avoir démérité de la Normandie et de son avenir.

Je suis fier, j’ose le dire, d’avoir contribué à faire de ce navire l’ambassadeur de la Normandie sur toutes les mers. 

Et les élus de la Manche, principaux soutiens de ce projet, ne me démentiront pas si j’affirme que le Marité a renforcé l’attractivité touristique de Granville et des îles Chausey.  J’espère, madame le ministre, qu’il retourne un jour sur les bancs de Terre Neuve et que le pavillon normand flotte bientôt à Saint-Pierre. D’autres élus travaillent à ce retour aux Sources de la mer ( encore un titre de roman ) encore, projet qui est en préparation pour l’été 2016.

Quel que soit son lieu de naissance, la connaissance du passé est indispensables faire sienne l’identité de la région où l’on vit et travaille.  

J’aurais le plaisir de vous remettre, madame la ministre un livre, Enfin la Normandie que l’auteur Danie l Huard aura l’honneur de vous dédicacer. Un ouvrage d’actualité, qui montre aux Normands comment les racines historiques de la Normandie produisent la sève qui irrigue l’arbre d’aujourd’hui et permettra sa croissance future. Et comment l’identité normande (que plus personne ne conteste) sera le moteur de l’avenir, l’oxygène du développement régional. Une identité culturelle commune, pas forcément unique, on peut-être, n’est-ce pas Hubert, profondément Normand, Français et Béninois, cet imaginaire partagé, quelque soit le lieu de naissance est un formidable auxiliaire pour vivre ensemble.

Vivre ensemble… La mer est une formidable école de vie, comme l’on bien compris, l’amiral l’amiral Dechavanne, président de l’association des amis du Marité et je l’amiral Guillaume Masclet son l’armateur Valérie Petit, qui veillent sur l’activité de la flottilles de voile traditionnelle des Trois Lacs

Tout rêve de mer est d’abord un rêve de liberté. Et quelle liberté ! Un espace de liberté qui s’étend sur l’essentiel de la planète, un espace aquatique qui offre à votre élan vers l’aventure, le dépassement de soi un cadre si merveilleux que seuls les plus grands poètes peuvent en donner l’image.
Mais voilà : la mer ne tolère pas l’a-peu près, la mer est exigeante, la mer sanctionne cash tout laisser-aller. Si vous n’arrimez pas correctement votre paquetage, la cabine se transforme en enfer. Si vous ne nouez pas correctement vos drisses et vos écoutes, vous prenez votre espar dans la gueule.
La sanction est immédiate et pas question d’accuser la méchanceté de vos parents ou l’injustice de la société. Le vent et la mer n’ont que faire de vos excuses, vous n’avez à vous en prendre que vous-même.
La conquête de plus grande liberté passe par la maitrise de soi, la maîtrise d’une technique dans le cadre du respect des lois, l’exigence de la mise en confiance de chacun dans la responsabilité de l’équipage, la solidarité de tous.
 
A bord, au moment de dormir, lorsque l’on pose sa tête contre la fine cloison qui vous sépare du gouffre salé vous avez intérêt à faire confiance à ceux qui sont de quart pour pouvoir dormir sur vos deux oreilles.
 
Si vous acceptez ces lois de la mer, vous sont promises le goût salé de l’aventure, l’ivresse de la liberté, la fierté du dépassement de soi dans la conquête du monde.
 
De quoi montrer à une jeunesse parfois déboussolée, à des chômeurs désocialisés que la vie vaut la peine d’être vécue et que les rêves partagés peuvent se réaliser.
 
J’ajouterai, très sérieusement, que la navigation à voile donne une leçon essentielle en politique : nul  ne peut avancer contre la direction du vent et des courants dominants. Lorsqu’ils vous poussent, on fonce dans la bonne direction.
 Lorsqu’ils sont contraires, la route directe est impossible, de  on est contraint de louvoyer, de cap à babord, cap à tribord, sans jamais céder à la facilité de virer de bord pour suivre le vent et d’oublier où l’on veut aller.
 
Les capitaines des grands voiliers, contre les tempêtes et courants s’acharnaient durant des jours, des semaines, parfois des mois avant de passer le cap Horn. Mais ils gardaient intacte leur volonté d’aller à Valparaiso.
 
En politique comme à bord, il n’y a pas de vent favorable si on ne sait pas où est le port. Il faut composer avec le réel pour aller à l’idéal.
 
Ici, je dois vous faire un aveu. J’ai été un adolescent rebelle et impatient. J’ai été un jeune homme en colère, un dur, un révolutionnaire.
J’ai baigné dans la culture de l’ironie et de la dérision, celle de Charlie Hebdo et du Canard Enchaîné.
Jean Paul Sartre a été l’un de mes maîtres à penser et Jean Paul Sartre a refusé le Prix Nobel.
 
En ce temps là, je pensais, comme un certain Bonaparte, que les décorations étaient des hochets pour gouverner les hommes par la vanité. Il a créé la Légion d’Honneur. Recevoir une décoration, ne serait-ce pas le comble de la servitude volontaire, du conformisme social ?
 
Je ne le pense plus. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas. J’ai parcouru un long chemin dans la compréhension des hommes et de leur vivre ensemble, comme on dit aujourd’hui.
 
En vingt ans de carrière, j’ai remis nombre de décorations, tant civiles que militaires, avec la conviction qu’une remise de médailles, parce qu’elle est de l’ordre symbolique,  est au coeur même, touche à l’essence du politique : donner du sens à l’action des hommes, donner un repère à tous en distinguant certains.
 
Ce qui n’a pas changé depuis le temps où j’étais prêt à mourir pour la Cause du Peuple, c’est un rêve modeste et fou.
Un rêve que je partage aujourd’hui avec vous tous rassemblés dans cette salle.
 
Le rêve de tous ceux qui participent à l’action publique, de l’Etat aux collectivités locales le rêve de ceux qui militent en politique pour faire route, à bord du vaisseau Société, vers le port d’une cité idéale.
 
Tous ceux qui, comme nous ce soir, tentent de De donner du sens à l’action des hommes et, si possible, de réenchanter le monde.
 
 Mon rêve à moi, modeste et fou, est d’avoir été, peut-être, utile.
 
 Je suis aujourd’hui distingué pour ma modeste action en faveur de la culture et du patrimoine maritime en Normandie.
 
Bien vu, mesdames et messieurs les représentants de l’Etat : le mérite maritime, que je n’ai pas demandé, me va comme un gant et nulle autre décoration ne m’aurait fait autant plaisir.
 
Mais je sais et je dis que sans vous tous, rien n’aurait été possible.
Soyez en remerciés, comme je vous remercie pour la patience avec laquelle vous avez supporté mon allocution.
 
Maintenant comme on le disait dans le port de Fécamp, Matelot, hisse la grand-voile, tout est payé !


Magnifique vue





mardi 15 septembre 2015

Tout le Mérite lui revient

Soirée marquante pour la gauche lovérienne et pour les amis de Franck Martin qui n'avaient pas loupé le rendez-vous.
Ce 14 septembre a permis de redonner à la salle Mendès France les lustres d'un parcours, d'un discours, d'un projet reconnu par l'État, incarnée par la lumineuse Annick Girardin, Secrétaire d'État au développement et à la Francophonie.

C'était une magnifique soirée, qui a permis de rendre hommage à l'œuvre de
Franck Martin et en tant qu'individu, et en tant qu'homme public. Elle a permis
aussi à tous ceux qui l'ont accompagné de vivre un de ces moments chaleureux
qui leur manque et qui font partie de l'engagement politique et public. Derrière
Franck Martin, Jean Louis Destans, Député et ami.  
Ci-dessous, accompagné de quelques photos, le discours d'Annick Girardin qui retrace avec talent le parcours de Franck Martin et démontre la justesse de la récompense avant qu'elle ne le fasse chevalier de l'ordre du Mérite Maritime .





Discours  pour la remise de l’insigne de l’Ordre du Mérite maritime
à M. Franck MARTIN
prononcé par Mme Annick Girardin
Secrétaire d'État au développement et à la Francophonie

 

Monsieur le Maire, Monsieur le député Jean Louis Destans, Mesdames et Messieurs les élus, Monsieur le Préfet, Mesdames et messieurs,
Cher Franck,

Nous sommes réunis ce soir pour honorer un parcours, le tien, fait de mer et de terre, le parcours d’un combattant et d’un bâtisseur.

A tous, je vous avoue que, j’ai été honorée d’être contactée par son ami Olivier Taconet pour lui remettre l’insigne de l’Ordre du Mérite maritime. Comme vous tous réunis ce soir, je connaissais l’engagement politique de Franck, dans cette municipalité. Garder le cap de cette tumultueuse ville de Louviers pendant près de 19 ans, soit 3 mandats successifs, dénote-t-il une capacité à faire front à toutes les tempêtes ?

Je suis très heureuse de remettre cette décoration à un ami. Dans cette ville qui a une importance si particulière dans cette région de Normandie. Qui a une importance toute particulière pour les héritiers de Pierre-Mendès-France, sa vision politique, son engagement. Je suis d’autant plus honorée de pouvoir le faire dans cette salle, tout à fait symbolique. Et je remercie le maire de Louviers, François-Xavier Priollaud, de nous accueillir ce soir. Je ne doute pas que les échanges entre l’opposition et l’équipe municipale sont souvent animés, parfois même vifs. Il est agréable de constater que malgré les divergences politiques, nous pouvons nous rassembler pour reconnaître les mérites des uns et des autres. Vous savez, face au repli des valeurs républicaines, il est encourageant de voir que certains usages républicains perdurent. Et je tiens à en remercier notre hôte.

 

Cher Franck,

Je ne voudrais pas seulement te rappeler à ton expérience politique mais plutôt à tes projets, tes défis, tes combats. Alors larguons les amarres, et ensemble prenons le large, pour suivre ton odyssée.

Comme beaucoup de jeunes Normands ambitieux, ton regard s’est d’abord porté sur l’Atlantique. De l’estuaire de New-York, où tu as passé une partie de tes études, aux fjords de Stavanger, où, fort de tes capacités linguistiques, tu deviens cadre dans un des chantiers de plateforme en mer. Ton travail, au contact des ouvriers de la mer, va te marquer profondément.

Ces chantiers terminés, tu t’emmanches à la Dépêche de Louviers, hebdomadaire historique du département. De retour sur la terre où tu as grandi, tu choisis de devenir un acteur de la vie publique. Après un passage sur les bancs de Sciences Po et un nouveau poste à La Dépêche de Louviers où, en tant que Secrétaire Général, tu réussis une des premières tentatives de numérisation d’un titre de presse en France, tu t’engages à partir des municipales de 1989 dans les combats électoraux de la politique locale. Fort de tes succès que nous connaissons tous, tu as su transformer profondément Louviers, qui semblable à beaucoup d’autres villes de France de l’époque, risquait de tomber en désuétude. Cette ville est aujourd’hui un centre d’attractivité majeur au sud de Rouen, tant et si bien que tu la considérais sous ton mandat comme la « capitale culturelle de l’Eure ». Car il est vrai que tu es aussi un défenseur acharné de la culture. Et c’est à ce titre que tu t’es distingué dans le domaine maritime.

Je voudrais ce soir rappeler deux de tes plus grands mérites :  

Le premier est d’avoir repris il y a plus de dix ans une petite maison d’édition, L’Ancre de la Marine. Cette activité a l’avantage de combiner ton intérêt pour la gestion, pour le livre et pour la mer. Tu as réussi à la faire grossir et à être, la première maison d’édition dans le monde consacrée à la mer qui propose des livres électroniques, que tu appelles très joliment des livrels. En tant que secrétaire d’État chargée de la Francophonie, je suis sensible à cette attention et tous devraient l’adopter pour remplacer ce mot affreux, ce mots sans âme : l’e-book.

Et en tant que Française d’Amérique du Nord, je suis encore plus sensible à l’importante section de ta maison d’édition consacrée aux Terre-Neuvas. 

Ce sont justement les Terre-Neuvas qui nous transportent à ton deuxième grand mérite : le Marité. Le dernier terre-neuvas construit à Fécamp, dernier témoignage de la pêche à la voile et au grand large, devait revenir au patrimoine de la France. Tu as mené cette action avec tous les mandats politiques dont tu avais la charge : maire de Louviers, conseiller général, conseiller régional, président de la Communauté d’agglomération. Cette action, tu l’as mené avec ces 36 autres aventuriers, les maires de l’agglomération. Non seulement, tu les as convaincus d’œuvrer en faveur de la création de la  Communauté d’agglomération, mais tu les as aussi persuadé de se montrer solidaire du projet qui te tenait à cœur : sauver le Marité.

Ce monument exceptionnel et rare de l’économie normande a eu plusieurs vies. En 1998, les propriétaires, des Suédois qui ont remarqué 25 ans plus tôt la beauté et la qualité du bateau qu’ils ont sauvé du désastre, veulent s’en séparer. Mais seulement à la condition que le bateau continue à naviguer et ne soit surtout pas transformé en musée définitivement amarré à quai. 

Informé de la situation, tu t’es emparé du projet et tu lui as donné, comme dans toutes tes démarches, une dimension sociale et écologique. Bois certifiés pour la remise en état de la coque du voilier dans les chantiers navals. Lycéen en filière professionnelle, jeunes en réinsertion et chômeurs de longue durée pour les travaux. Ecoliers, retraités et personnes en situation d’handicaps pour les visites et les embarquements.

Tous ces éléments ont permis de convaincre. Y compris au-delà des clivages politiques.

Le Marité est aujourd’hui le dernier terre-neuvier français en état de navigation. Il a gagné et mérité le titre de bateau d’exception, attribué par le Grenelle de la mer. La défense du Marité a été un combat difficile, qui a nécessité toute ta ténacité, cher Franck. Si tu n’en fus pas le seul acteur, force est de reconnaître que, sans toi, il n’est pas certain que le combat aurait pu être remporté. La Saint-Pierrais et Miquelonaise que je suis espère voir le Marité à nouveau sur les bancs de Terre-Neuve et en escale dans l’archipel. Pour que la boucle soit bouclée.  

 Les insignes remis aujourd’hui soulignent que derrière le bateau d’exception, il y a eu un homme d’exception, terre à terre, pour faire aboutir un projet, le regard vissé sur son cap pour sauver le Marité.

Voilà pourquoi, fille de marin et descendante de Terre-Neuviens normands, je suis personnellement très honorée ce soir, cher Franck, de te remettre ces insignes.

Franck MARTIN, au nom du gouvernement de la République, nous vous faisons Chevalier du Mérite Maritime.

























vendredi 19 juin 2015

C'est une réforme ? Non, sire, c'est une révolution ... douce



Pascal-Eric Lalmy, secrétaire national du prg a expliqué
avec beaucoup de pédagogie, l'histoire de la pédagogie, sa
nécessaire évolution, et le rôle majeur qu'y joue la réforme des
collèges
La réforme des collèges est plus importante qu'il n'y parait. Certes, parler de révolution peut sembler excessif. C'est ce qui est d'ailleurs apparu dès le début du café. La foule n'était pas au rendez-vous, même si, au fil du temps, on aura pu compter 26 participants. Tout cela était à l'image de la faible mobilisation des opposants à la réforme, de ceux qui s'étranglaient en hurlant à la baisse du niveau, à la fin des humanités, à la mort du mérite républicain, bref, à ce qui m'avait amené à libeller le thème du café comme suit : la réforme des collèges signe-t-elle la fin de l'école de la République ? 
Ce 18 juin, c'est pas seulement l'anniversaire de Waterloo, pas
seulement l'anniversaire de l'appel du Général, mais c'était aussi
celui de la prise du pouvoir de la gauche lovérienne,  qui plaçait
la liste de Franck Martin en tête des suffrages, ce qui allait
permettre de mener une action déterminante et inégalée
au service de la ville et des lovériens. Record de longévité d'une
municipalité, création de l'agglomération, une oeuvre
considérable qui méritait un sympathique hommage. 
Pascal-Éric Lalmy a, dès le départ situé clairement l'origine de la réforme, la replaçant dans un contexte historique en remontant au delà même de Jules Ferry. Ainsi, pour comprendre le collège, doit-on comprendre le lycée, celui-là même que Napoléon avait institué pour créer une élite républicaine, basée sur une logique militaire, dans le but de promouvoir des cadres au service de la Nation, en utilisant les capacités de la bourgeoisie pour les substituer aux critères aristocratiques.
Le cercle radical de Caen, s'était déplacé. Paul Besombes et
Jean-Michel Julienne (animateur de cercle) ont évoqué 
l'intérêt de la réforme à la lumière de leur expérience. 
Un demi-siècle plus tard, Jules Ferry a pu créer une école gratuite et obligatoire, répondant ainsi aux besoins nouveaux de la Nation d'avoir une société instruite a minima. 
Ainsi est né le modèle de l'éducation à la Française, cette école républicaine, basée sur le mérite et, parallèlement sur l'exclusion.
Tant que la société était capable d'assurer une activité aux exclus du système scolaire, dans les champs, dans les usines ou dans les armées, il n'y avait pas de raison de remettre le modèle en cause. L'évolution de la société a cependant provoqué un niveau d'exigence croissant, un sentiment croissant d'exclusion et le besoin de faire évoluer en profondeur le système éducatif.
Ainsi ne peut on pas évoquer le collège sans parler de la décision d'instituer un collège unique, prise par René Haby, ministre de Giscard d'Estaing, traduction logique de prolonger la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans. 
Sans doute la réforme des collèges, celle qui a suscité des réactions passionnées et récentes, est-elle la conséquence logique de la Loi Haby, ainsi d'ailleurs que, comme Pascal-Éric Lalmy le faisait remarquer, la réforme Peillon des rythmes scolaires.
De quoi s'agit-il en effet ? Plutôt que de créer des premiers de la classe, et de modéliser le reste de la classe en fonction, de travailler sur un ensemble d'individus aptes à s'insérer dans un modèle social en constante évolution, qu'il s'agisse du travail, de la vie familiale ou de tous les domaines  de la vie sociale. Ne pas faire en sorte d'avoir des élèves à la recherche de notes et de la suprématie subséquente, mais de former des individus au plaisir de chercher, pas tant pour la gloire d'avoir raison ou surmonter la peur de l'échec, que pour jouir d'un épanouissement intellectuel et culturel. Cela passe aussi par la capacité d'écouter, à travailler collectivement, toutes choses qui lui seront demandées dans la vie. Ne pas chercher à créer des forts en thème, mais des individus qui verront l'intérêt de s'instruire dans leur maturité et d'aborder, latin, grec ou autres langues anciennes. 
Bref, sortir du modèle français dont on perçoit de plus en plus les limites, et faire un peu comme tout le monde en évitant de sélectionner trop tôt les enfants, ce qui est le moyen le plus achevé de la reproduction des élites, et de l'insupportable exclusion que l'on retrouve d'ailleurs dans toutes les classes, que ce soit dans les collèges de banlieues que dans les plus prestigieux des établissements destinés à l'élite, Henri IV ou Louis le Grand ... instituts de formation de cadres coupés des réalités. 
L'enseignement à la française a formaté toute la société. Qui ne rêve pas, des dizaines d'années après de ses professeurs, d'examens fantasmés ... qui ne ressasse des années après ses réussites et échecs qui d'ailleurs provoquent des attitudes qui autrement seraient incompréhensibles vis à vis du monde enseignant, de la part de parents d'élèves.
Le système scolaire français se doit d'évoluer. C'est l'honneur de la gauche d'avoir entamé cette réforme beaucoup plus profonde qu'elle n'y parait et qui ne sera véritablement réussie que lorsque le corps enseignant s'y sera pleinement investi. Tel était le message réjouissant délivré par Pascal-Éric Lalmy, et Jean-Michel Julienne, animateur du cercle radical de Caen et ancien principal de collège, qui ont contribué à animer cette soirée passionnante.
Merci à tous













mardi 9 juin 2015

Jeudi 18 juin Deux bonnes raisons d’aller au café radical !

Pascal-Eric Lalmy, enseignant, Secrétaire National du prg,
animera le débat sur la réforme des collèges
La première, c’est le thème du débat : 
la réforme des collèges veut-elle la fin de l’école Républicaine ?

Pascal-Eric Lalmy animera ce café sur ce sujet qui déchaîne les passions chez les politiques, les enseignants, les parents d’élèves et tout le monde… puisque, finalement,  nous sommes tous passés par le collège ! Nous avons tous quelque chose à voir, des comptes à demander à l'institution. Et depuis Jules Ferry, toute la Nation est concernée par l’enseignement. 
Alors, on parle de quoi dans cette réforme ? De la fin des classes bi-langues, de la fin des classes européennes, de la fin du latin et du grec ? De la fin du mérite républicain remplacé par un horrible égalitarisme et l’enseignement des religions … Autant de sujets majeurs qui méritent au moins un débat auquel peuvent s’ajouter les sujets relatifs à ce qu’on attend de l’éducation d’un individu, de sa capacité de développer son autonomie et de s’adapter au monde dans lequel il devra vivre et qu’il contribuera à faire évoluer.
Pascal-Eric Lalmy est secrétaire national du parti radical de gauche. Il est aussi historien et professeur proviseur. Il défend la réforme, et c'est toujours un art difficile que de prendre parti pour ... mais cela veut dire aussi qu'il l'a étudié et qu'il pourra répondre à toutes les questions sur les évolutions à venir.


Mais le Jeudi 18 juin 2015, c’est aussi un anniversaire.

Le 18 juin 1995, la gauche, emmenée par Franck Martin mettait fin à 12 années de gestion calamiteuse et surtout ouvrait la voie à une période créative se traduisant par une profonde évolution de la commune et par une stabilité politique exceptionnelle, marquée par un record de longévité de 18 ans, neuf mois et 11 jours.

Le café radical rendra, à sa manière, hommage à cet événement.  

Café radical,
La réforme des collèges veut-elle la fin de l’école Républicaine ?

Jeudi 18 juin 2015 à 18h30
Le Jardin de Bigards,
39 rue du Quai à Louviers






vendredi 17 avril 2015

Les apports de Mohammed Chirani

Les confidences de Mohammed Chirani

Je ne remercierai jamais assez Mohammed Chirani, non seulement pour sa venue, loin d'être évidente pour un personnage si sollicité médiatiquement, mais essentiellement pour la qualité de sa prestation. D'une manière inattendue, il surtout parlé de l'islam, lors même qu'on aurait pu s'attendre, vu le sujet "la réconciliation nationale" à ce qui divisait la société française. Mais, visiblement Mohammed Chirani souhaite mieux faire connaître sa religion non seulement aux tenants de la culture judéo-chrétienne, mais surtout à ceux qui recherchent racine et famille dans une religion dont ils ne connaissent que ce qu'on veut bien leur en dire. Mohammed Chirani a, au passage, rappelé son souhait de créer des cours sur la religion dans le cadre de l'enseignement scolaire. Ça m'a bien plu, parce que, dans mon parti radical, je me sens un peu seul à défendre ce point de vue. Mohammed Chirani se bat pour que les musulmans connaissent mieux l'islam et souhaite éviter que non seulement on évite de raconter n'importe quoi mais surtout qu'on en arrive à imposer des horreurs en son nom. Je pense pour ma part qu'on retrouve ce manque de culture religieuse chez les chrétiens eux-mêmes, et qu'il est impossible de comprendre la construction politique et culturelle de la France sans connaissance de la religion chrétienne. Je pense aussi qu'il est dommage de laisser ces domaines aux religieux, précisément, parce qu'ils n'ont pas vocation à aborder ces sujets de manière critique.
Bref, et Mohammed Chirani s'en est expliqué par la suite, l'un des sujets majeurs pour lui était la représentation de leur religion transmise aux musulmans.

Même si Mohammed Chirani a essentiellement parlé de l'Islam, et des questions qui lui sont liées, ses propos avaient toute leur place, y compris dans un café radical, lieu porteur de la laïcité. 
Et que leur en dit-on ?
Mohammed m'a raconté une anecdote lorsque je l'ai ramené chez lui après la réunion. Il m'a expliqué qu'ayant décidé de mener une liste aux élections municipales de Sevran, le soir de son premier meeting, il a appris la mort de son père, en Algérie.
C'est toujours un choc d'apprendre la mort d'un père. Ceux qui ont lu son livre Réconciliation Française, comprendront à quel point c'était un choc tout simplement parce que dans son parcours, la présence réelle ou symbolique du père est toujours déterminante. Bref, il apprend la mort du père le soir du meeting, avant même de prendre la parole et à partir de ce moment-là, désespéré, il passe son temps entre prise de parole publique et téléphone avec les proches pour l'organisation de l'enterrement. Il apprend là cette chose terrible que l'enterrement aura lieu le jour même et qu'on n'attendra pas le retour de Mohammed ... et le tout au nom de l'islam.
Sauf que ce n'est pas l'islam. C'est juste la vision salafiste de l'islam qui reprend un propos du prophète tenu en des circonstances bien particulières. C'était la guerre, il fallait enterrer rapidement les morts. Mais en ces circonstances, Mohammed déchiré n'avait ni le poids ni l'énergie pour éviter l'inéluctable. Pas moyen de donner par téléphone des leçons de théologie ... Mais il n'y avait pas meilleure occasion de mesurer impuissant la montée de l'influence salafiste dans l'islam en Algérie dans un climat général d'ignorance. La seule vengeance qu'il ait obtenu est celle d'avoir fait pour son père, la plus belle tombe du cimetière en opposition à la volonté affichée des salafistes qui ont imposé au nom d'un islam dévoyé la sobriété des tombeaux.
Mohammed Chirani a dédicacé son ouvrage à la fin des débats.
C'est pourquoi Mohammed Chirani a décidé de faire de la connaissance de l'islam la priorité. Il prépare un ouvrage à paraitre sur ce thème. Il intervient aussi dans le cadre de la prévention de l'engagement djihadiste.
Il veut faire de l'islam un débat ouvert, seul remède à une lourde tendance qui vise à des replis sur soi communautaires, où l'ignorance entretient une fausse sécurité.
Pour Mohammed Chirani, la religion ne doit pas être un moyen de se protéger du monde, un refus du réel, un instrument paranoïde qui amène à concevoir la réalité comme le lieu du complot.
C'est une banalité de le dire, mais les plus grands assassins, les plus grands oppresseurs de musulmans sont des musulmans. Pour Mohammed Chirani, il n'est pas question de régler des affaires en famille, de couvrir les monstruosités comme a pu le faire l'église catholique avec ses prêtres pédophiles. Les comportements communautaristes empêchent de regarder ses problèmes en face. C'est en parlant de ses propres problèmes devant tout le monde, que le monde musulman deviendra adulte, sans chercher à rendre responsable de ses malheurs tel ou tel lobby.
Nous entrons dans une période dangereuse. La France, le Maghreb, l'Afrique, l'humanité ne s'en tirera par son intelligence et par l'intelligence d'une démarche ouverte et humaniste.   



Ce que je dois à Charly Hiblot

Qui a donné le départ  ?

Il était j'en suis sur de ceux qui éprouvent ce
sentiment d'utilité quand ils courent. Il était de ceux
qui aiment rendre service et à qui tant de coureurs de
tout niveau doivent des instants répétés de bonheur et
de libertés, de ceux que seule les épreuves de masse
peuvent offrir. Merci Charly !
Charly Hiblot s'en est allé, en solitaire, après avoir fait courir des milliers de gens au fil des routes des challenges des quatre villes devenues challenges des quatre communes. Charly Hiblot a été aussi la cheville ouvrière de l'organisation du marathon Seine-Eure.
Ne serait-ce que parce que j'ai été l'un des participants de ces moments que l'on abordait par centaines, en petite tenue au cœur du printemps. Oui, on était tous Charly, sans le savoir. et c'est ce qui rapproche ces événements tragiques, isolés mais solidaires, bien au delà d'une curieuse homonymie.
Je n'étais pas un intime de Charly Hiblot. Juste un de ses tranquilles admirateurs, un de ces petits profiteurs, parce que je crois bien avoir participé à toutes les épreuves qu'il a contribué à organiser. C'est en cela que je suis Charly, comme d'une autre manière, je suis aussi Charlie, parce que sans l'un ni sans l'autre, je ne serais ce que je suis.
Un hommage particulier sera rendu à Charly Hiblot, dimanche prochain, à Incarville à l'occasion de la course que les organisateurs ont bien fait de ne pas reporter.