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mardi 23 octobre 2012

Une douce musique s'élève et des gens se rendent compte !

Vendredi 19 octobre 2012. A mon avis, le plus bel événement
réalisé par la municipalité Martin depuis 17 ans.
Il y a 17 ans, lorsque j'ai été alerté sur l'état de délabrement de l'école de musique, je ne savais pas quoi faire.
C'était quelques profs qui appelaient au secours, qui de fait, se montraient peu exigeants et demandaient le minimum pour pouvoir travailler
Je venais d'être nommé directeur de cabinet de Franck Martin, qui venait de prendre la tête de la municipalité de Louviers, nous étions face à une telle série d'urgences et de besoin d'agir, lors même qu'aucun budget n'avait été voté.
Les demandes étaient multiples et ne portaient pas que sur la structure de l'équipement, mais celui-ci jouait un rôle essentiel dans cette dépression latente dans laquelle ces jeunes enseignants refusaient de se complaire.

Une architecture grandiose, un croisement des
personnes au croisement de l'ancien et du moderne.
Je ne suis pas musicien. Je veux dire j'aime la musique, comme tout le monde, et il n'est pas besoin d'être musicien d'ailleurs pour comprendre que l'enseignement musical nécessite des salles insonorisées.
Pas besoin non plus d'être restaurateur du patrimoine pour comprendre que Louviers était en train de laisser s'écrouler une part majeure de son passé. Parce que voilà, l'école de musique était au cloître des Pénitents depuis que Proust, dans les années 80, avait décidé de récupérer le Manoir de Bigards, lieu de sédition idéologique.
Voilà comment, sans aucun projet, l'école de musique, pompeusement baptisée conservatoire, avait été envoyée dans l'un des lieux les plus extraordinaire de la ville  ... sauf que ce lieu tombait en ruine.


Plus d'un millier prêts à danser sous la pluie.

Il hébergeait d'ailleurs quelques personnes dans des conditions vétustes, qui avaient imposées leur déménagement, laissant le lieu vacant et assez bon pour l'enseignement artistique selon l'ancienne municipalité ...  qui d'ailleurs ne disposait pas d'adjoint à la culture.
Voilà à quoi je ne pouvais m'empêcher de penser au milieu du gros millier de personnes qui ont assisté à la plus belle soirée à laquelle il m'ait été donné d'assister depuis 17 ans à Louviers.
À l'image de Franck Martin dans son discours inaugural, il n'y avait de ma part aucune rancoeur à l'égard de l'ancienne municipalité, ou à l'égard de ceux qui se sont opposés au projet de l'extrême droite à l'extrême gauche, mais bien plutôt une joie de faire fonctionner sa mémoire et de se rappeler le chemin parcouru... Tout en rappelant que nous n'oublions pas !
Pas question ici de revenir sur les multiples péripéties du chantier qui épousent le travail patient et tenace de Franck Martin et  sa municipalité qui ont fait de Louviers la capitale culturelle de l'Eure ...
Et à quoi mesure-t-on que Louviers est une capitale culturelle ? au delà des chiffres consacrés à la culture, au delà des statistiques de fréquentation du rapport coût/avantage des équipements et des actions, Louviers a réussi ce vendredi soir à dégager une telle joie, une telle ferveur,et une telle présence, un tel enrichissement par le bonheur dégagé dans ce mariage de l'architecture, de la mise en valeur du patrimoine ancien, de la créativité musicale, chorégraphique et plastique, qu'on était dans la culture en acte. Dans la certitude que ce qu'on recevait était le fruit de ce que l'humanité a construit patiemment depuis des siècles. Un fruit délicieux qu'on garde en bouche à jamais.
Un dernier mot cependant ... puisque j'ai lourdement fait allusion à l'histoire de cet équipement. Voilà. je m'en voudrais de ne pas aller un peu plus loin.
Rappeler que le cloître des Pénitents, a d'abord été un cloître, créé par la confrérie des pénitents et qui représentait déjà un exploit et une particularité architecturale puisqu'il était construit sur l'eau, et que c'est le seul en Europe.
Après la Révolution, ce lieu est devenu une prison ...  puis une maison de correction. Avant d'être une école de garçon et de devenir un lieu en mal de sens.
Bref, le cloître des Pénitents, qui vient de devenir le lieu le plus beau de Louviers, a hésité entre les fonctions de prière et de répression, situé entre le tribunal et l'église ... avant que la culture ne lui donne sa nouvelle dimension, une ouverture au Ciel, magnifiquement représenté par l'animation qui ornait le Ciel de lumières et le corps des spectateurs de plumes obligeamment dispersés par les Anges.
Grâce à la Culture, Louviers est sortie de la pénitence.









mardi 8 décembre 2009

Peut-on débattre de l'identité nationale ?

Tel est le thème du prochain café radical qui se tiendra vendredi 18 décembre (pas celui-là, l'autre) à 18h45 à la brasserie "Le Jardin de Bigards" .
Au départ, il s'agissait d'un plan très Sarkozyen : on lance une bombe à eau dans l'arène médiatique et en s'en va en refermant la porte.... Reste après à contempler ce qu'il en reste.

On a connu la lettre de Guy Mocquet, et on a connu le débat sur l'identité nationale... Un peu de la même manière, l'idée une fois lancée doit être défendu par l'encadrement Sarkozyste dont on teste et on use la fidélité.

Ainsi François Fillon a-t-il été chargé de défendre l'identité nationale à l'Institut Montaigne à la place de Sarkozy ... Mais notre président feu-follet s'est ravisé et signe aujourd'hui une tribune sur l'identité nationale Suisse (!!!). Point de vue à lire dans le Monde en

cliquant ici.


Tous les sujets sont intéressants, mais la question est bien de savoir comment ils sont traités et de voir ce qu'ils peuvent déclencher...


Parler de la Nation et de son identité peut-il avoir lieu sans renforcer tout ce qu'un pays peut contenir de tentation de repli sur soi, de force d'exclusion, de réaction ...
Ne s'agit il pas au fond du même type de bourde que la Suisse n'a pu éviter en parlant de minarets, alors que le problème n'est pas celui-là... ?
Peut-on doter une Nation des moyens de débattre de son identité lorsqu'on retire les programmes d'Histoire de ses futurs cadres ?
On comprend que Sarkozy se sente bien concerné par le vote suisse en prenant la défense d'un référendum lancé par l'extrême droite populiste helvétique... Mais ce référendum au fond a juste permis de mesurer le danger qu'il y avait à faire répondre une population à un problème qui ne se pose pas.
Alors,
Faut il débattre de l'identité nationale ?
Débattons en justement
vendredi 18 décembre 2009 à la brasserie Le Jardin de Bigards à 18h45, en présence de Pascal Eric Lalmy

lundi 16 novembre 2009

Edwige Antier veut interdire la fessée

Le fait qu'Edwige Antier, qui fait partie de notre identité nationale, veuille interdire la fessée n'aurait rien de surprenant, venant d'une pédiatre réputée... mais le fait est, elle n'est pas seulement pédiatre et pédagogue. Elle est aussi députée. Et députée de la majorité UMP. Et elle profite de son aura médiatique et pour mettre les pieds dans la fourmilière des évidences.
Comme Max Ernst le souligne (même si ce n'est pas le seul aspect qu'il souligne), dans ce célèbre tableau (la Vierge corrigeant l'enfant Jésus devant trois témoins André Breton, Paul Eluard et le peintre) , la fessée fait partie de notre culture, de nos traditions. Nous avons aussi, puisque nous parlons culture des lignes splendides dans "les confessions" de Rousseau, indiquant à quel point sans la fessée qu'il reçut à 8 ans de son éducatrice, Mlle Lambercier âgée de 30, il n'aurait pas été le même homme.
Pour Edwige Antier cependant, une culture est faite pour évoluer, et toutes les traditions ne sont pas bonnes.
Certains pays du Nord de l'Europe ont mis la question sur le tapis. Et l'argumentaire est intéressant. Les enfants élevés dans le rapport de force que symbolise la fessée, auront beaucoup plus tendance à l'âge adulte à se complaire dans cette attitude que d'utiliser l'argumentation, la négociation et la compromission pour imposer leur point de vue.
C'est un argument effectivement plus puissant que celui consistant à dire qu'une bonne fessée n'a jamais fait de mal à personne, et autres balivernes destinées à éviter de remettre en cause nos comportements.
Ne rêvons pas cependant, la fin de la fessée ne signifiera jamais la fin de la délinquance, a fortiori des guerres, ni les difficultés relationnelles entre parents et enfants. Elle ne signifiera pas la fin de la violence non plus. Mais, loin du laxisme, la fin de la fessée pose pour la société une exigence d'efficacité éducative de la part des parents.
Entendons-nous... Il ne s'agit pas de trancher sur le sujet... un sujet qui pour l'instant suscite essentiellement des ricanements, dans les journaux et les cafés ...
Et les cafés, mais le café radical après un premier sourire, se dit qu'après tout, l'accès à la contraception, la distribution des préservatifs dans les établissements scolaires, le droit des homosexuels et autres thèmes sensibles et réservés à la sphère privée, ont eux aussi provoqués des ricanements avant de revenir sur le devant de la scène parce qu'ils touchaient à des sujets sensibles nécessitant un débat social.
Débat social... Tiens, je suis sur qu'un de ces jours le thème de l'interdiction de la fessée reviendra sur le comptoir du café radical.

dimanche 24 mai 2009

L'Histoire de la violence à l'école


Dommage que l'école revienne à la une de l'actualité sous le prisme de la violence scolaire. On ne nous empêchera pas de penser qu'en dehors des faits divers, la dramatisation des phénomènes est lié au prochain scrutin européen, avec lequel il n'a rien à voir et au probable remaniement ministériel qui pousse Xavier Darcos à occuper le devant de la scène en proposant la généralisation des portiques à l'entrée des établissements scolaires et en autorisant la fouille des élèves par les enseignants

Bien entendu, le prochain café radical qui traite de l'éducation n'abordera pas que la questuon de la violence à l'école. Pas question cependant s'extraire des phénomènes d'actualité...




Education, faut-il arrêter les réformes ?
prochain café radical, vendredi 29 mai 2009, à 18h30, brasserie "le jardin de Bigards", 39 rue du quai à Louviers

Ci-dessous, un article de la revue Sciences Humaines qui remet le phénomène en perspective et nous permet de réfléchir à un problème important en essayant de s'abstraire du prisme déformant du tourbillon médiatique.

Sciences Humaines Mensuel N° 172 - Juin 2006 La lutte pour la reconnaissance
La violence scolaire
Vincent Troger

Depuis deux décennies, la violence des jeunes dans les établissements scolaires est devenue une question de société. Les actes de violence scolaire sont désormais répertoriés, un observatoire les analyse et des plans antiviolence ont été mis en œuvre. Les sciences sociales s'interrogent sur le phénomène lui-même, mais aussi sur le regard que la société porte sur cette violence.
Est-ce un phénomène nouveau ?
La violence, à l'intérieur ou à l'extérieur des institutions scolaires, est une donnée permanente de l'histoire de la jeunesse à travers les âges. Au XIIIe siècle, les étudiants de la Sorbonne se battent à plusieurs reprises, à mains armées, avec les bourgeois parisiens, la police du prévôt de Paris, ou même, en 1278, avec les moines de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Au XIXe siècle, le lycée Louis-le-Grand a connu huit révoltes d'élèves (on disait alors « mutineries ») entre 1815 et 1883, dont plusieurs nécessitèrent l'intervention de la police parisienne. Plus près de nous, Hervé Hamon et Patrick Rotman ont comptabilisé, dans leur ouvrage Tant qu'il y aura des profs (1), les violences scolaires recensées par la presse entre 1979 et 1984. La liste est impressionnante et comprend, outre rackets, affrontements entre bandes et viols, trois meurtres, dont deux d'adultes.
Pour les historiens, la violence des jeunes au sein des établissements scolaires n'a donc rien de nouveau, comme d'ailleurs la violence des jeunes en général. Tout adulte qui garde un souvenir objectif des cours de récréation sait que la loi du plus fort s'y exerce souvent.
La violence scolaire prend en revanche à chaque époque des formes nouvelles, et la société y réagit à chaque fois en fonction de valeurs et de critères qui eux-mêmes évoluent.
Comment la mesure-t-on ?
L'enquête de Georges Tallon, qui portait sur 41 collèges, « en situation a priori difficile », et un échantillon représentatif de lycées professionnels, est longtemps restée la seule référence disponible. S'y sont ajoutés à partir de 1993 des recensements menés par le ministère de l'Intérieur et des rapports de parlementaires. C'est en 2001 que le ministère de l'Education nationale a mis en place le logiciel Signa qui permet de synthétiser l'ensemble des actes de violence signalés par les chefs d'établissement et dont les résultats sont disponibles chaque année (voir le tableau p. 13).
Le sociologue Eric Debarbieux, qui reconnaît l'utilité de ces données, en souligne tout de même deux défauts de nature contradictoire. Le premier est celui de « faire exister le phénomène en en parlant (2)». Autrement dit, le fait de publier une mesure des incidents violents de la vie scolaire peut alimenter une manipulation de l'opinion publique en faveur d'une politique sécuritaire. Mais il souligne aussi, à l'inverse, l'insuffisance des données administratives qui, selon lui, sous-estiment la réalité de la violence à l'école. Il plaide donc pour des enquêtes de « victimation » qui, comme le montre le tableau précité, donnent une autre dimension au phénomène. Il insiste enfin sur la nécessité d'éviter à la fois le piège de « la manipulation démagogique » et celui de « la négation » ou de « l'ignorance », au profit d'une approche raisonnée permettant de distinguer à la fois les différents types de violence et les différents contextes qui la produisent.
Depuis quand et pourquoi la mesure-t-on ?
La violence des jeunes à l'école n'a été reconnue en France comme un problème de société qu'à la fin des années 1970. Le premier rapport sur cette question, confidentiel, est rédigé par l'inspecteur général Georges Tallon en 1979 (voir le tableau p. 11). Il est difficile de ne pas voir ici la proximité avec une autre date, doublement emblématique : l'année 1975, qui voit à la fois s'ouvrir le collège unique et débuter la crise pétrolière. Autrement dit, les « nouveaux publics », entendons par là la totalité des enfants des milieux populaires et non plus seulement les plus méritants d'entre eux, sont admis en masse dans l'enseignement secondaire au moment même où leurs parents sont les premières victimes du chômage.
Signe du choc que représente l'arrivée des nouveaux publics au collège, les taux de redoublement augmentent spectaculairement entre 1975 et 1985 : de 6,5 % à 16,4 % en 5e, de 7,3 % à 14,3 % en 3e. Or certains jeunes des milieux populaires sont parfois porteurs d'une culture de l'affrontement physique comme affirmation virile de soi et preuve de courage. Nouvellement admis au collège, ils y importent avec eux cette brutalité potentielle, exacerbée par la dégradation de leurs conditions de vie et d'entrée dans la vie active.
A-t-elle augmenté ces dernières années ?
Comme les statistiques disponibles reposent sur les signalements fournis par les chefs d'établissement, elles sont nécessairement dépendantes à la fois des stratégies de chacun et des injonctions de l'administration centrale. Ainsi, alors qu'à l'époque du rapport Tallon le ministère tendait plutôt à « nier l'évidence », comme le disaient H. Hamon et P. Rotman, la tendance est aujourd'hui inverse. Le seul fait d'avoir reconnu la violence et commencé à la mesurer a logiquement donné le sentiment qu'elle augmentait.
Une première certitude émerge cependant des études sur le sujet : les collèges et les lycées professionnels sont en première ligne, l'école primaire et les lycées généraux et technologiques sont beaucoup moins concernés. Une seconde certitude peut également être formulée : les violences « graves » (vols, racket, agressions armées, viols, destructions de biens), celles que les médias se complaisent justement à rapporter, demeurent rares. Ce qui domine, ce sont ce que l'on appelle aujourd'hui les « incivilités » (insultes et menaces) et les « violences physiques sans arme », c'est-à-dire ce que l'on aurait appelé autrefois l'insolence et les bagarres. Dernière certitude enfin, ce sont les jeunes eux-mêmes qui sont les premières victimes de cette violence, bien plus que les adultes des établissements. Certains sont victimes de ce que les Anglo-Saxons appellent le « schoolbullying », c'est-à-dire un harcèlement fait de brutalités et d'insultes quotidiennes, d'une suite continue de ce que l'on nomme aussi des « microviolences ». En ce qui concerne l'évolution générale de la violence scolaire, le tableau qu'en dressent E. Debarbieux et ses collaborateurs pourrait se résumer en une formule : moins fréquente mais plus grave. Ainsi, la proportion d'élèves se déclarant victimes de racket est passée de 9 % en 1995 à 6 % en 2003. Mais les victimes se plaignent d'une plus grande violence de ce racket, désormais pratiqué plus souvent en bande. E. Debarbieux constate que ce processus paradoxal de diminution quantitative et d'aggravation qualitative est corrélé avec la ghettoïsation de certains établissements concentrant les difficultés, notamment les problèmes de racisme, alors que la majorité des autres établissements reste plutôt paisible.
Peut-on en identifier les causes déterminantes ?
« Après 1968, rien n'est plus pareil », écrit Jacques Pain (3). Le chercheur veut ainsi pointer la « libéralisation des mœurs de la société civile » qui fait que l'école doit affronter « une érosion en règle des racines normatives de la France contemporaine ». Les modèles éducatifs dominants sont désormais libéraux, ou démocratiques, tandis que l'autorité ne va plus de soi, que ce soient celle des adultes, des policiers, des juges, ou, de façon encore plus marquée, celle des enseignants ou des politiciens. A cette première évolution, J. Pain en corrèle deux autres. La première est celle de l'émergence de la société de consommation, qui fait de l'accès aux biens matériels une composante essentielle du sentiment de bien-être et d'égalité. La seconde est celle de la crise économique et sociale qui marginalise une proportion significative de la population en lui rendant l'accès au travail difficile, et par conséquent celui à la consommation.
Or ce sont bien parmi les enfants des catégories sociales qui accèdent le plus difficilement à la consommation que se recrutent les élèves les plus violents. Dans une forme de lutte des classes larvée, ces élèves, qui par ailleurs ne sont plus éduqués dans le respect automatique des adultes et des institutions, agressent ceux qu'ils perçoivent comme des privilégiés : aussi bien les bons élèves, qualifiés « d'intellos » ou de « bouffons », que les enseignants, dont une étude de Bernard Charlot avait montré qu'ils les comparaient volontiers aux hommes politiques (4).
Mais au-delà de cette interprétation en termes d'analyse globale de la société, les chercheurs soulignent que la violence scolaire est aussi le produit d'une rencontre entre les problèmes individuels de certains adolescents et des contextes locaux particuliers. Comme l'écrit E. Debarbieux, la majorité des élèves qui « vivent l'exclusion sociale » ne sont pas violents à l'école. La violence scolaire est donc aussi analysée en termes de « cumul de facteurs de risques » : problèmes familiaux, difficultés psychologiques, fréquentation de délinquants, effectifs des établissements et des classes, organisation de la vie des établissements, revendications ethniques ou religieuses...
L'école n'est-elle pas violente elle aussi ?
Pour expliquer les mutineries à répétitions des lycéens de Louis-le-Grand au XIXe siècle, l'historien Gustave Dupont-Ferrier écrivait en 1922 : « La discipline de la maison ne triomphait que par la force et n'agissait pas sur la conscience (5) » Un demi-siècle plus tard, historiens et sociologues dénonceront abondamment le caractère contraignant et coercitif du fonctionnement des établissements scolaires. Silence dans les classes, élèves en rangs dans la cour, dialogue inexistant avec les adultes de l'établissement, toute-puissance des enseignants, travail réduit à la restitution passive des connaissances, les événements de mai 68 avaient résumé ce constat en un slogan efficace : le « lycée caserne ». La pratique de la punition corporelle était également dénoncée, même si elle demeurait essentiellement cantonnée à l'école primaire, et parfois aux ateliers des lycées professionnels.
Près de quarante ans après, il serait difficile de soutenir que rien n'a changé. Les élèves et leurs parents ont des délégués qui les représentent dans plusieurs instances des établissements, la parole avec les adultes est plus libre, les élèves circulent plus librement, et sont plus souvent incités à prendre la parole en classe.
Toute violence de l'institution a-t-elle pour autant disparu ? Pas sûr, si l'on en croît les spécialistes. J. Pain rappelle que l'école peut encore être le lieu « d'abus symboliques d'autorité », abus dont Pierre Merle a récemment dressé un tableau dans son livre L'Elève humilié (6). Remarques humiliantes, ironie blessante, jugements dévalorisants font selon cet auteur encore souvent parti de l'arsenal répressif de nombre d'enseignants. Les victimes en sont le plus souvent les élèves en difficulté, c'est-à-dire majoritairement ceux d'origine sociale modeste. Certaines violences physiques peuvent aussi être une réponse à la violence symbolique de l'institution.
La violence scolaire est-elle un phénomène international ?
Le seul fait que l'on utilise une expression anglaise, le « schoolbullying », pour désigner une des formes les plus courantes de la violence scolaire entre élèves suffit à répondre à la question posée : tous les pays sont concernés par la violence scolaire. Et, comme en France, il convient de se méfier de l'image qu'en donnent les médias, centrés sur les massacres spectaculaires tels que celui qui a fait le sujet du célèbre documentaire de Michael Moore, Bowling for Columbine (2002). E. Debarbieux montre que ces massacres, qui se sont produits pendant tous le XXe siècle dans plusieurs pays (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Japon, Allemagne), restent tout à fait exceptionnels et non représentatifs de la violence courante des établissements scolaires, qui partout se concentre dans les établissements des quartiers les plus pauvres.
Plus surprenants sont les résultats d'enquêtes menées par les collaborateurs d'E. Debarbieux dans des pays pauvres, en l'occurrence le Brésil, le Burkina Faso et Djibouti. La violence scolaire est dans ces pays moins fréquente que dans la plupart des pays riches. La pauvreté explique en partie le phénomène : enfants et adolescents vont moins longtemps à l'école, à la fois dans la journée et en nombre d'années ; les risques d'incidents violents sont donc arithmétiquement moins élevés. Mais E. Debarbieux formule aussi une autre hypothèse : dans ces pays, des communautés soudées et solidaires ont subsisté (villages ou favelas), et les écoles bénéficient de ce « lien de proximité qui produit une régulation forte ». Hypothèse qui a le mérite de rappeler un des points communs à toutes les études sur la violence scolaire : quel que soit le contexte national, c'est dans les établissements où les équipes éducatives sont à la fois solidaires et bienveillantes que la violence des élèves est la moins fréquente.


Vincent Troger
H. Hamon et P. Rotman, Tant qu'il y aura des profs, Seuil, 1984.2
É. Debarbieux, Violence à l'école : un défi mondial ?, Armand Colin, 2006.3
J. Pain, L'École et ses violences, Économica, 2006.4
B. Charlot, Le Rapport au savoir en milieu populaire. Une recherche dans les lycées professionnels de banlieue, Économica, 1999.5
G. Dupont-Ferrier, Du collège de Clermont au lycée Louis-le-Grand, De Boccard, 19226
P. Merle, L'Élève humilié. L'école, un espace de non-droit ?, Puf, 2005.

vendredi 22 mai 2009

Violence scolaire, il y a des solutions...


La violence scolaire mérite mieux que des réponses
démagogiques

Ah, s'il n'y avait pas de café pédagogique ... ! Désolé, le café radical pompe une nouvelle fois le café pédagogique qui donne un point de vue argumenté sur les violences scolaires ... encore une fois, l'actualité place le café radical au coeur du débat même si on doit plus parler éducation que de violences vendredi prochain .. (on en profitera pour faire un point sur l'Europe en fin de débat...)


Café radical : Education, faut-il enterrer les réformes ?


Brasserie "Le Jardin de Bigards"

39 rue du Quai

de 18h30 à 20h30

vendredi 29 mai


Éditorial

La violence scolaire mérite mieux que des réponses démagogiques
Lors du congrès de la PEEP,le 21 mai, Xavier Darcos a annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre la violence scolaire. Sont-elles efficaces ?

Les annonces de Xavier Darcos : « Je veux que nous fassions en sorte de dissuader les candidats à la violence en donnant aux personnels des établissements les moyens juridiques et matériels d’agir. Les personnels doivent avoir le droit de faire ouvrir le cartable ou de fouiller l’élève qu’ils suspectent de vouloir introduire des armes. Et puis, puisqu’il faut des moyens, mais des moyens bien utilisés, je veux mettre en débat la possibilité de créer, auprès des recteurs, d’une force mobile d’agents qui pourront intervenir dans les établissements sur des missions de prévention et de contrôle. Mais dissuader les candidats à la violence, c’est aussi responsabiliser leurs parents et les impliquer plus étroitement dans la prévention des comportements à risque. Certains parents le font avec beaucoup de courage, y compris auprès d’adolescents très difficiles. D’autres ont totalement démissionné. Je crois qu’il faut rappeler ces derniers à leur devoir de parent en leur infligeant, si nécessaire, des sanctions financières concrètes, rapides et proportionnées à la faute ».

Des réponses inadaptées. Aucune de ces trois mesures ne semble adaptée à la situation. S’agissant de la « responsabilisation » des parents, on sait qu’en Angleterre les parents sont par exemple passibles d’amende et de prison en cas d’absentéisme de leur enfant. Malgré la multiplication de ces peines, le taux d’absentéisme ne cesse de progresser . Encore faudrait-il que le lien soit établi entre violence scolaire et démission parentale. L’installation de portiques pour filtrer les élèves semble davantage être là pour faire porter la responsabilité des incidents par les collectivités locales que pour apporter une réponse sérieuse. Il est impossible de faire passer des centaines d’élèves rapidement sous un détecteur à moins de vouloir supprimer quelques cours… L’exemple du lycée de Gagny où a eu lieu une intrusion montre qu’un établissement peut être correctement sécurisé (sas, cameras vidéo) sans pouvoir empêcher des intrusions au moment où des centaines d’élèves entrent. Quant à l’idée d’une force de police spécialisée, elle n’empêcherait évidemment pas les violences graves dont on connaît le caractère spontané. Est-il utile de préciser qu’inviter les enseignants ou chefs d'établissement à se comporter en shérifs semble davantage à même d’encourager la compétition violente à leurs dépens qu’à calmer le jeu ?

Une méconnaissance de ce qu’est la violence scolaire. Tout au souci d’apporter une réponse médiatique à un fait divers médiatique, le ministre tourne le dos à ce qu’est réellement la violence scolaire. Si chaque cas de violence grave est choquant et inadmissible, ces cas sont néanmoins rarissimes. La violence scolaire quotidienne c’est le harcèlement qu’exercent certains élèves sur d’autres élèves. Celui-ci est un facteur important de décrochage scolaire et de perte de niveau. Il décourage les élèves qui en sont victimes.

Un quatrième plan pour rien ? C'est déjà le quatrième plan anti-violence scolaire lancé par Xavier Darcos. En janvier 2008, il disait : "Je ne saurais accepter la multiplication des entorses à la tranquillité nécessaire à l'apprentissage. Je ne saurais accepter la banalisation des faits de violence". En 2002, ministre délégué de Luc Ferry, il avait lancé un autre plan contre la violence scolaire. "L’objectif est de faire baisser la violence de moitié en cinq ans" promettait-il. Sept ans plus tard, la situation ne semble pas avoir beaucoup progressé… Elle marque juste l’incompétence des plans précédents.

Pourtant des solutions existent. Eric Debarbieux, qui mène en ce moment avec la mairie de Paris une expérience originale, estime qu'il y a des facteurs propres aux établissements dans leur organisation matérielle. La baisse du nombre de surveillants, des recoins mal contrôlés sont par exemple des facteurs de violence. Il y a surtout des causes à chercher au cœur même du fonctionnement de nos établissements. C'est la solitude des enseignants et l'anonymat des élèves qui favorisent le harcèlement - qui reste de très loin la plus importante violence scolaire. C'est la qualité des relations avec l'environnement de l'établissement qui est aussi en jeu. Enfin la violence scolaire explose à la rencontre entre l'état de notre école et celle de notre société. Envisagerait-on un mur autour des quartiers sensibles ?

mercredi 20 mai 2009

la vision de l'Europe sur l'éducation ... en attendant le café !

Prochain café radical vendredi 29 mai à 18h30 au jardin de Bigards, brasserie située au 39 de la rue du Quai à Louviers


Forcément, en raison de l'actualité, le café radical ne pouvait pas faire abstraction de la dimension européenne du débat sur l'éducation.


Ci joint, une publicité qui illustre une dimension sur l'approche européenne de l'éducation ... !


Mais l'Europe, l'Education c'est aussi un projet et une ambition !

Ci-dessous l'éditorial du café pédagogique, signé par Olivier Masson, chargé de mission Education de la Ligue de l’enseignement






Ambitions éducatives : de nouvelles orientations de l’Union ?


Depuis cinquante ans le système scolaire français s’est développé en se fixant des objectifs chiffrés, qui ont fini par avoir des effets à long terme, que l’on évoque l’allongement de la scolarité obligatoire (en 1959, il est décidé qu’elle passe progressivement de 14 à 16 ans) ou le fameux slogan « 80% au niveau du baccalauréat ».

En cette période d’élections, prenons conscience que les objectifs chiffrés sont désormais fixés en grande partie par l’Union Européenne. Certes, il s’agit d’indicateurs incitatifs - les benchmarks – et le Conseil des Ministres de l’Education du 12 mai vient de prendre des décisions dans ce domaine qui sont loin d’être anodines.

Les cinq critères de référence adoptés dans le cadre du programme de travail "Éducation et formation 2010" doivent être modifiés pour le programme de travail « 2020 ».
Un indicateur « Diplômés du supérieur en maths, sciences et technologie », déjà dépassé en 2007, disparaît. Bonne nouvelle, confortée par le maintien d’un indicateur qui reconnaît une spécificité française : d'ici 2020, au moins 95 % des enfants ayant entre quatre ans et l'âge de la scolarité obligatoire devraient participer à l'enseignement préscolaire. La France a déjà atteint cet objectif, espérons qu’elle y sera toujours en 2020. Quant à savoir si les jardins d’éveil font partie de cette catégorie…

La participation des adultes à l'éducation et à la formation tout au long de la vie doit passer de 12,5% à 15%, sans que les redoutables problèmes de mesures soient résolus. Le principe d’un indicateur pour les adultes faiblement qualifiés n’est pas retenu. L’indicateur de maîtrise insuffisante des compétences de base pour les jeunes à l’âge de 15 ans passe d’un objectif de 15,5% à 15% d’une classe d’âge, mais aux indicateurs PISA sur la lecture s’ajoutent les mathématiques et les sciences, sans que les mesures soient agrégées.

La mesure du « early school leaving » porte sur la mesure du décrochage entre 18 et 24 ans (18 ans, fin de scolarité obligatoire dans de nombreux pays). L’objectif chiffré est toujours fixé à 10%. Le résultat était de 14,8% en 2007.

L’indicateur sur l’enseignement supérieur connaît les mutations les plus considérables : d'ici 2020, la proportion des personnes âgées de 30 à 34 ans diplômées de l'enseignement supérieur devrait être d'au moins 40 %. On est loin des 50% de diplômés au niveau de la licence ! Sont introduites dans ce calcul des références qui portent aussi bien sur les références universitaires que sur les diplômes professionnels de niveau supérieur (équivalent BTS, DUT, licence professionnelle) parce que les passerelles n’existent pas dans tous les pays entre les deux systèmes. De même, on doit ainsi pouvoir prendre en compte la formation continue diplômante qui peut s’exercer entre 25 et 35 ans et la réalité du Life-long learning qui se déploie dans toutes les sociétés européennes. On peut alors s’interroger sur les finalités en France de la réforme en cours du lycée. Quels sont les modèles, les parcours de formation auxquels préparer les lycéens ?

Le Conseil des Ministres demande aussi à la commission de travailler sur trois domaines pour lesquels il n’existe pas encore d’indicateurs communs. Tout d’abord la mobilité des apprenants qui se réduit à la mobilité internationale. Pourtant, de nombreux jeunes, de nombreuses familles se trouvent enfermées dans des territoires limités, qu’ils soient urbains ou ruraux, qu’il existe ou non une offre de transports en commun… En second lieu, l’apprentissage des langues dès le plus jeune âge, domaine largement exploré par les politiques communautaires. Enfin, il convient de réfléchir à l’employabilité, domaine pour lequel les outils sont peu nombreux : « (…) la Commission est invitée à présenter au Conseil d'ici la fin de 2010 une proposition relative à un éventuel critère de référence européen dans ce domaine. » Cette proposition soulève de nombreuses questions sur les finalités des systèmes d’éducation et de formation notamment à une période où les branches professionnelles n’ont aucune visibilité sur l’emploi à moyen ou à long terme.

Toutes les questions relatives au Life-long learning se discutent au Parlement européen dans la commission Emploi et Affaires Sociales et non dans la commission de la Culture et de l’Education. Peut-être faut-il interpeller les candidats aux élections européennes sur ce point ?

Olivier Masson, chargé de mission Education de la Ligue de l’enseignement

lundi 18 mai 2009

Pour une école qui apprenne à apprendre ...

Sans le café pédagogique, le café radical n'existerait pas.
Pas question de dire que copions ce site extraordinaire par sa qualité. Nous n'en avons pas les moyens. Nous sommes dans l'admiration, c'est tout !
L'organisation du prochain café radical sur le thème de l'éducation nous donne l'occasion de rendre hommage au travail exceptionnel réalisé par l'équipe du café pédagogique dont nous vous conseillons de consulter le site en cliquant ici. Il est difficile d'avoir aujourd'hui une réflexion sur le monde de l'éducation, son passé, son présent et son avenir sans cliquer sur le site... qui doit figurer parmi les favoris de tous ceux qui s'intéressent à la transmission.
Ce mois-ci, le café pédagogique lance le débat :
pour une école qui apprenne à apprendre

Derrière cette approche, qui ne fait que reprendre les antiennes des grands pédagogues du 20e siècle, se dessine l'avenir de l'éducation. On est loin de la logique disciplinaire du lire, écrire, compter chère aux blouses grises et qui avait pour but de fournir aux écoliers le bagage minimal pour devenir citoyen... et qui y a réussi. Maintenant, dans une société complexe, l'individu sera appelé à apprendre toute sa vie. L'éducation est permanente, elle n'est jamais fini. Elle est la base du devenir du monde.
Voilà qui doit attirer vers le café radical tous ceux qui, comme enseignant, comme élève, comme parent, voir comme ancien élève sont concernés par les problèmes de l'éducation, c'est à dire tout le monde !
Café radical
vendredi 29 mai 2009 à 18h30
Brasserie du Jardin de Bigards
39 rue du Quai
27400 Louviers

dimanche 17 mai 2009

EDUCATION, faut-il enterrer les réformes ?

L'année scolaire 2008/2009 aura été marquée par la levée de boucliers du monde enseignant contre les réformes Sarkozy-Darcos...



De la Maternelle à l'Université, enseignants, étudiants, lycéens, parents d'élèves sont montés en puissance face aux réformes affichées par le gouvernement.



C'est banal, ou c'est classique. Depuis mai 68, on se plaint d'une éducation nationale impossible à réformer tout en constatant un malaise constant. C'est le mammouth, dont Allègre avait qualifié l'éducation nationale.
Chevènement avait promis il y a 25 ans d'amener au baccalauréat 80 % d'une classe d'âge ... Darcos veut assurer à chaque élève la maîtrise du "lire écrire compter", base de l'instruction.
François Bayrou, ministre de l'éducation nationale a voulu faire de l'école un sanctuaire, Jack Lang pleure une école abandonnée, mais ne devons nous pas agir pour une modernisation de l'école ?
Il n'y a plus grand chose de commun entre l'école publique voulue par Jules Ferry et les exigences du 21e siècle.
L'enseignement a évolué avec la société mais la France n'a pas de projet d'envergure, capable d'anticiper les besoins de la société de demain, la société de l'intelligence, qui concerne l'être humain de la naissance à la mort.
Quel est l'état des lieux de l'éducation ?
La structure de l'Education Nationale la condamne-t-elle à l'immobilisme ?
Tous ces sujets seront abordés lors du prochain café radical





Education, faut-il enterrer les réformes ?

vendredi 29 mai

brasserie du jardin de Bigards

39 rue du Quai à Louviers

de 18h30 à 20 heures ...




avec Rodrigue Flahaut

Secrétaire national à l'Education



et Pascal Eric-Lalmy

Secrétaire national à la laïcité