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vendredi 3 octobre 2014

territoire et décentralisation

Contribution à la réforme des territoires



La photo ne date pas d'hier, mais  le débat a été si prenant que je n'ai pas pensé
à en prendre. Encore merci à Patrice Yung d'avoir animé et éclairé le débat.
Le café radical consacré le jeudi 2 octobre au thème de la réforme territoriale en cours, et sa mise en perspective avec la décentralisation a été passionnant et riche.



La constitution des territoires est toute récente dans notre histoire démocratique, quand bien même elle recèle un certain nombre d'archaïsme. C'est cependant là qu'il faut chercher la voie de sa modernité. Certes, les communes ont été construites sur la base des paroisses moyenâgeuses, elles même héritières de la construction de la chrétienté, elle même chaussant les souliers de la centralisation du pouvoir romain  ... mais là n'est pas l'important.
Après tout, les pouvoirs locaux ont souvent su, au cours de l'histoire, se faire entendre du pouvoir central.
Rappelons qu'au départ, les départements ne sont pas une conception démocratique, mais sont l'outil du pouvoir révolutionnaire pour s'imposer sur le territoire national.
Les Régions actuelles sont plus récentes encore. Elles non plus n'ont pas été faites dans un projet démocratique, elles reprennent grosso modo leur délimitation fixée par le régime de Vichy et leur rôle n'est pas clairement identifié.
En fait, c'est la grande réforme de 1982 qui va réellement permettre aux collectivités locales leur fonctionnement actuel entre communes, département et Région. Un peu plus tard, la gauche encore fera une réforme majeure en développant l'intercommunalité à qui elle donnera bien plus qu'une simple mission de coopération : une mission de territoire.
C'est tout cet équilibre auquel s'attaque aujourd'hui le gouvernement et c'est tout l'objet du débat qui a passionné les participants du café radical, auquel participait d'anciens maires, d'anciens élus, des élus et de simples citoyens.
Le moment semble très mal choisi pour faire une réforme d'envergure. Cela fait penser à la réforme de la taxe professionnelle faite par Nicolas Sarkozy et qui lui a d'ailleurs permis pour la première fois de faire passer le Sénat à gauche. On n'entame pas à mi-mandat un tel projet sur un tel sujet, dur à comprendre pour le citoyen moyen, lorsqu'on dirige un gouvernement impopulaire dont on sait que chaque mesure sera soumise à caution.
L'argument majeur que l'on a entendu jusqu'à présent autour du projet est que le fonctionnement des collectivités locales coûte trop cher. Si ce point de vue soi peut s'entendre ... il est toutefois politiquement nul. Le problème est beaucoup plus de savoir ce dont nous avons besoin comme système démocratique, quitte à le rendre plus performant par la suite, que de déclarer tout de suite qu'il est trop cher. On ne peut pas dire à la fois que les élus sont trop éloignés de la population et en diminuer le nombre a priori.
À cet égard, méfions-nous des éléments statistiques visant à démontrer que les collectivités locales sont par essence dépensières, ont multiplié leur recrutement sans se soucier des deniers publics. Rappelons que l'État s'est délesté de ses dépenses tout en confiant aux collectivités locales de nouvelles compétences et que cela s'est naturellement traduit par des recrutements et des dépenses supplémentaires. Pourquoi l'État  a fait comme ça ? Par ce qu'il savait qu'il était mauvais gestionnaire, certes, mais il était évident de même que les collectivités locales allait aussi répondre à la pression de leurs électeurs en construisant des équipements de qualité. 
C'est grâce à la décentralisation que la France possède des équipements de qualité, un réseau routier amélioré, de beaux lycées, de belles piscines et va développer l'accessibilité de ses services aux handicapés par exemple. Tout cela a un coût, et a en grande partie été réalisé grâce au pouvoir décentralisé des collectivités locales. 
On peut s'offusquer, face à cela du nombre de fonctionnaires, de la qualité du service rendu. Mais n'oublions pas que la fonction publique territoriale, est la plus récente des fonctions publiques, qu'elle est aussi la plus moderne et la plus souple, quand bien même, bien entendu, l'amélioration de son fonctionnement est toujours nécessaire. Mais nous avons là une ressource humaine très réactive, apte à répondre au besoin social ainsi qu'à la pression des élus locaux et qu'on ne retrouve pas dans les services de l'État.
Maintenant, si l'on doit répondre aux besoins impératifs de restriction de la dépense publique, faisons-le ! Mais sans jamais s'embarrasser de préjugés, ni oublier les raisons qui ont amené à la responsabilité des collectivités locales dans la part prise dans ces dépenses. Que l'État centralisé ne s'exonère pas non plus de ses responsabilités.
Venons-en maintenant aux diverses structures décentralisées.

Les communes

Il y a 36.000 communes en France. C'est trop ? Sans doute. Le problème n'est pas d'ailleurs leur nombre que de savoir à quoi elles servent. Alain Tourret, très justement, donne en exemple négatif, le fait qu'il ait eu à inauguré près d'une dizaine de mairies nouvelles dans sa circonscription deux ans après avoir été élu député. Effectivement, c'est la marque de collectivité sans autre projet que de se maintenir elle-même. Le maire n'a souvent plus de pouvoir et c'est tant mieux. En même temps, il convient de prendre en compte deux aspects
  • Le premier, la participation à la décision collective et la citoyenneté. 36.000 communes, cela fait plus de 360.000 élus.
  • Le deuxième, c'est le dévouement des élus et des maires en particulier, sans cesse sollicité pour toutes sortes de problèmes.
On peut aussi noter pour les communes de plus de 1.000 habitants que la nouvelle loi, imposant des listes paritaires a multiplié le nombre de candidatures et un vrai intérêt pour la vie locale.
On ne peut nier cependant l'aspect pervers d'un découpage communal ancestral qui n'est plus lié à un bassin de vie. Le terrain organisé autour de réalités agricoles, est devenue une terre d'abri pour des urbains lassés ou rejetés de la ville, exigeant de plus en plus de services publics auxquels ils ont été habitués. On ne peut nier, de même la concurrence parfois mortifère entre communes, dont il serait nécessaire qu'une décision étatique impose la fusion, tant elles représentent un même bassin de vie.

Les intercommunalités

Au départ, elles avaient pour but de répondre aux besoins évoqués plus haut, tout en respectant les pouvoirs locaux. Ont elles répondu au projet ? Oui. A présent, tout le territoire national est couvert d'intercommunalités. Il n'y a plus de dent creuse. L'intercommunalité, certes coûteuse, s'est traduite souvent par une dynamisation du territoire et l'arrêt de la concurrence entre communes pour faire venir telle ou telle entreprise. Y a t il eu gaspillages ? Oui, bien sur. Chacun peut le constater en prenant ce qu'on appelait avant nos départementales et qui jalonnent notre belle France. L'intercommunalité a fait pousser les ronds points comme les champignons. Les ronds points sont les projets des intercommunalités sans projet. Elles sont cependant des territoires à redessiner et elles restent un outil d'avenir, car même lorsque le nombre de communes aura diminué, les mutualisations, les apports de compétences, la logique de fonctionnement en réseau qu'elles ont contribué à mettre en place restera indispensable...
Reste à envisager les toutes nouvelles intercommunalités qui ont pour nom métropoles et qui sont des éléments indispensables dans le cadre d'un rayonnement européen. Lesdites métropoles sont d'ailleurs le point de transition indispensable pour parler des départements.

Les départements

Cela ressemble à une farce. Jean Michel Baylet a fait état lors d'un comité directeur de pré-débat parlementaires en disant que l'Etat voulait supprimer les conseils généraux mais pas les départements ! En fait cela voulait dire supprimer des instances élues qui ont effectuée un travail extraordinaire, notamment parce que ces instances une fois passées de droite à gauche (rappelons nous l'époque pas si lointaine où la gauche avait une vingtaine de départements, et qu'elle y est à présent majoritaire) ont su se moderniser et répondre aux attentes de l'État.
Mais cela veut dire aussi supprimer la notion de contre-pouvoir instituée par la décentralisation ! Alors que le préfet co-présidait le conseil général, la loi de 1982 a fait des collectivités autonomes, ce qui fait que face au représentant du gouvernement, il y avait un représentant de la population. Cette démarche nouvelle, moderne, nous accompagne depuis plus de trente ans.
S'il ne faut plus de département, il n'en faut plus non plus au niveau de l'État  ! La numérisation du territoire doit là aussi permettre des économies et une nouvelle logique de fonctionnement, privilégiant des rapports humains de qualité changeant l'image du fonctionnaire à lustrine protégé par un guichet.
Reste à démontrer, après tout ce qu'on a demandé et obtenu des collectivités locales, que les départements sont inutiles. Sans doute la revendication radicale de maintien des départements ruraux a tout son intérêt. La numérisation des territoires ne doit avoir pour but que d'améliorer les rapports humains, développer les implantations de petites et moyennes entreprises, elle ne doit pas viser à se substituer à l'humain sous peine d'échec retentissant.

Les Régions  

On a parlé des régions de la pire des façons. On en a parlé en premier alors qu'il aurait fallu en parler en dernier. Je ne vois qu'une réussite pour l'instant : la réunification de la Normandie, vieille revendication radicale. Justement, revenons sur ce point :
ce qui avait amené à la division de la Normandie était la crainte de voir s'imposer une vraie région, sur la base des provinces ancestrales, de celles qu'avait dû combattre le pouvoir centralisé.
Pourquoi, alors que cette crainte n'est plus justifiée et qu'il faut aller vers un vrai pouvoir des régions, ne pas donner la réalité à la Bretagne et créer de régions à l'identité solide. Mais la question fondamentale n'est pas celle du découpage, que l'on contestera toujours. elle n'est pas la question de l'identité. Elle est la question du pouvoir des régions et de ce que nous devons obtenir dans le cadre d'une vision fédérale. Certes, il est logique que l'enseignement soit une compétence régionale du collège à l'université, mais ne pouvons pas envisager une remise en cause de l'Education Nationale et de faire en sorte que le mammouth sache s'organiser régionalement, d'une manière souple et moderne. Tant qu'à redessiner les régions en provoquant des hurlements, autant se poser clairement la question d'un État fédéral. Tel est à mon avis, la mission politique des radicaux.







 

dimanche 3 août 2014

Décentralisation/ Egalité des Territoires : la Réforme territoriale

Atelier du vendredi 17 octobre à 15h45



Les nouvelles régions telles que soumises au Parlement. Bien entendu, les
défenseurs de l'unification de la Normandie en seront satisfait ... sauf que
ça aurait pu se faire autrement. Et, au fond, quel est l'intérêt d'une
réforme des territoires ? Amener plus de cohérences dans la décision, rendre
celle-ci plus accessible au citoyen ou juste faire des économies ?
A noter, ce sujet fera aussi l'objet d'un débat lors de la journée citoyenne
organisée à Amfreville-sous-les-Monts le 30 Août
La question de l’organisation territoriale de notre pays revient de façon récurrente dans le débat public. L’enjeu est la mise en place d’un nouvel acte de la décentralisation, dans la lignée des mesures prises dès juillet 1981 par François Mitterrand.

La réforme territoriale menée par le gouvernement a pour ambition de simplifier cette organisation et de faire de substantielles économies de fonctionnement tout en rapprochant les citoyens de leurs élus afin de lutter contre le scepticisme grandissant de la population envers ses représentants.

Mais cette réforme simplifie-t-elle le fonctionnement des collectivités territoriales ? Il est indispensable de disposer d’une organisation permettant d’optimiser les dépenses de l’Etat en la matière, reste à savoir quels gains d’efficacité seront réellement réalisés alors que la plupart de nos voisins européens ont autant d’échelons que nous.

Cette réforme permet-elle de faire des économies ? La question est en suspend et bien que le gouvernement ait avancé quelques chiffres, régulièrement revus à la baisse, il n’existe aucun consensus sur la réalité des économies qu’une telle réforme pourrait permettre.

Atelier du 17 octobre à 15h45
Cette réforme rapproche-t-elle les citoyens de leurs élus et entraine-t-elle une amélioration en termes de fonctionnement démocratique? Là encore on peut exprimer des doutes mais surtout aucune certitude. En effet, l’essor des intercommunalités tend à dynamiser l’échelon le plus local respectant un principe de subsidiarité inhérent et indispensable au bon fonctionnement de la République. Cependant la disparition des Conseils Généraux, notamment dans les zones rurales, pourrait exacerber un sentiment d’abandon chez les citoyens qui verraient alors leurs élus, les centres décisionnels et les services publics s’éloigner encore un peu plus d’eux.


Enfin, le principal enjeu de l’organisation de nos collectivités territoriales réside dans leur mode de financement. Alors que la dotation de l’Etat baisse chaque année en raison des restrictions , que les taux d’imposition des collectivités territoriales sont le plus souvent déjà élevés et que leurs taux d’endettement sont très importants, quelles marges de manœuvre financières reste-il aux collectivités pour remplir correctement leur missions actuelles et plus encore les missions supplémentaires qui leurs seront dévolues avec la réforme territoriale ? 

vendredi 13 juin 2014

Il faut changer de République !

La République est le désir éternel d'agir. Sa vocation est d'être
toujours en mouvement, elle est absolument moderne.

Vive la 6ème République !

Voilà qu'on se remet à parler de la 6e République au comité directeur du parti radical de gauche !
Certes, rien de nouveau chez les radicaux pour qui le thème de la 6ème République est récurrent depuis que j'y suis, c'est à dire 18 ans.
Simplement, comme je l'avais un peu suggéré dans mon article précédent, le principal enseignement de ce projet de reconstitution des territoires le montre : notre Constitution est à bout de souffle.
Les arguments pour les radicaux sont simples, récurrents : notre Constitution a été créée par et pour le Général de Gaulle, dans la foulée de la guerre d'Algérie, à laquelle elle devait contribuer à mettre fin, dans le cadre de la décolonisation. Elle a parfaitement rempli sa mission, mais le monde a bien changé en un demi-siècle. La France a tellement réussi la décolonisation, qu'elle est dans l'Europe, qui n'existait pas. Elle a décentralisé son État et ses institutions se sont accommodées d'une suite de bricolages institutionnels. Tout en gardant une série d'articles et d'intitulés inutiles, la Constitution a révisé le principe du septennat, qu'elle a transformé en quinquennat. Elle a inscrit la décentralisation dans ses principes. elle a réussi à l'adapter, donc. Mais nous sommes toujours dans un système bâtard où les lien entre président, gouvernement et assemblée nationale doivent être précisés.
L'un des premiers points sur lequel les radicaux insistaient était la suppression du poste de premier ministre. Les radicaux avaient d'ailleurs été rejoints sur ce point par le jeune et bouillonnant socialiste Arnaud Montebourg, les Verts et même un jeune Séguino-gaulliste : François Fillon. Mais si, mais si, rappelez-vous... C'était avant qu'il ne devienne sarkolâtre et que son idole ne le nomme au poste de premier ministre, ce qui a fait qu'il n'en a plus parlé. Mais il est bien possible que cela lui revienne, tellement il en a bavé !
Bref, ceci est anecdotique mais illustre à l'échelle d'un individu les difficultés engendrées par notre régime semi-présidentiel. Sans s'encombrer dans les débats constitutionnalistes, ce que proposait les radicaux était simple et s'orientait vers un régime réellement présidentiel, actant que la décision historique de l'élection du président au suffrage universel empêchait tout retour en arrière.  Il fallait empêchait toute dissolution de la chambre et supprimer le poste de premier ministre. L'idée était aussi que l'élection du président devait avoir lieu en même temps que l'élection de la chambre. C'est presque ce qu'avait retenu Jospin à l'époque, en faisant en sorte que l'élection du parlement ait lieu dans la foulée de l'élection présidentielle, sauf que le presque change pas mal de chose et qu'on le voit l'impuissance politique est manifeste, le président étant très vite sous la pression de sa réélection et dans l'incapacité de donner du temps au temps (pour reprendre l'expression favorite du Président Mitterrand).
Bref, toutes ces questions sont un peu passées sous le tapis depuis la dernière présidentielle. J'avais moi-même annoncé un café radical sur le sujet et j'y avais renoncé. Après tout, pourquoi une nouvelle république puisqu'on peut bricoler l'ancienne qui n'a pas, à ce jour provoqué de catastrophe ?
J'avais bien vu qu'au parti radical même, cette idée de 6e

Evidemment, l'appel à changer de République peut engendrer
tous les poujadismes, à droite comme à gauche. Le poujadisme
répond toutefois à l'impuissance de l'Etat ou tout du moins aux
difficultés de gouvernance. Après tout, Poujade a précédé de
quelques mois l'arrivée de De Gaulle au pouvoir et il n'y aura
pas de remise en cause de l'organisation constitutionnelle sans
que l'ensemble de la société ne se pose la question.

République était, pour le moins, en stand-by. C'en était au point que, quelques temps après que j'ai renoncé à l'organisation de ce débat, c'est Mélenchon lui-même, qui sur le ton démagogique qui lui est cher, appelait le peuple à défiler sous le mot d'ordre de 6e République sans y donner d'autre contenu que de mettre le grand Mélenchon à sa tête. Burlesque.
Bref, et bizarrement, c'est le débat lancé sur la réorganisation territoriale de la France qui nous amène à poser la question.
Pas seulement à cause de la loi, ou plutôt du projet de loi lui-même qui en soi remet en cause des éléments fondamentaux de la constitution, tout en voulant rester dans le cadre législatif. Mais aussi à cause de l'impuissance fondamentale d'un gouvernement aux ordres d'un président coincé dans une posture infiniment compliquée de candidat dès la mi-mandat.
L'une des questions qui se posent à la lecture de cette loi nouvelle sur les Régions et les Départements est en effet : mais pourquoi Hollande nous refait-il du Sarkozy ?
Pas tellement politiquement d'ailleurs ... quoi que ! C'est quand même marrant, parce que des bourdes de Sarkozy, on retiendra surtout celles concernant les collectivités locales, à savoir l'annonce abrupte de la fin de la taxe professionnelle, sur laquelle je ne reviendrais pas, et la volonté de mettre fin aux départements avec la réforme du Conseiller territorial qui devait mettre fin aux conseillers généraux ou départementaux.



Le parti radical de gauche toujours en avance d'une idée,
posera la question de la 6ème République lors de sa
convention nationale d'Octobre. Un moment politique majeur.
La réforme annoncée par Hollande, ou plutôt par Valls et Vallini, s'annonce encore plus incohérente et a fait l'objet d'un débat lors du dernier comité directeur du prg. Elle n'est pas seulement incohérente par l'aspect énigmatique du nouveau découpage des régions, qu'il faut bien souligner même si la Normandie fait exception. Le seul aspect cohérent de la réforme n'est qu'esquissé, dans la mesure ou l'annonce de la dévitalisation des départements, du renforcement des intercommunalités et, on peut l'envisager, de la dévitalisation (puisque le terme odontologique devient à la mode) des petites communes (mais ça, c'est moi qui le dis, parce que si jamais Vallini parlait de ça, il foutrait le feu à la toute puissante Assemblée des maires de France). Et là, on se dit deux choses :

  1. Il s'agit d'une réforme importante, majeure, qui touche à la constitution ... mais pourquoi diable est-elle annoncée par le seul aspect d'un nouveau découpage des régions qui, pour spectaculaire qu'il soit reste énigmatique (exception faite toutefois, de la réunification Normande) ? Pourquoi ne parle-t-on pas dans un débat très ouvert de la Réforme qui touche directement de la relation entre le citoyen et sa représentation ? Pourquoi n'en parle-t-on que sous l'angle des économies à faire, alors qu'on sait que les fusions de Régions n'entraîneront pas d'économies, mais que c'est le reste, ce qu'on n'est pas en mesure de mettre encore en route qui doit en réaliser. Et encore, je viens lors du comité directeur du prg d'apprendre le plus beau ... C'est que seul les collectivités locales, c'est à dire les conseils généraux seront remis en cause. L'État, l'État dispendieux et coûteux, gardera la même organisation par préfecture et sous-préfecture. C'est complètement idiot. J'y reviendrais, parce que nous arrivons là à une sorte de point de non-retour de l'absence de pensée politique. M'enfin, qu'on se dise bien qu'accuser les assemblées politiques d'être dépensières n'a pas de sens. Elles dépensent parce qu'elles agissent, et bien souvent, agissent à la place de l'État. C'était 
    Pour Jean-Michel Baylet, les conservateurs incapables
    de saisir l'évolution de la société ne sont pas les radicaux.
    La réforme remet en cause l'esprit de la décentralisation
    elle signe le retour de l'Etat impuissant et la dévitalisation
    des territoires. Elle pose la question constitutionnelle.
     
    d'ailleurs l'antienne imbécile qui a été martelé aux élus locaux avant et après les municipales, comme quoi la réponse première à la montée du populisme était l'action locale... ce qui est faux d'ailleurs, mais qui se trouve en complète contradiction avec le fait qu'on veut priver le citoyen des relais offerts par la démocratie de proximité... cependant que l'État se permet de conserver son fonctionnement lourd et coûteux. On revient donc sur la plus belle réussite de la gauche au pouvoir : la décentralisation, non pour la moderniser, mais pour l'éteindre, tout simplement, la dévitaliser pour reprendre le thème à la mode.
  2. S'il s'agit d'une réforme majeure, pourquoi lancer un tel sujet en pleine crise, plus de deux ans après avoir été élu, sans même savoir où ça va nous mener ? Pourquoi faire du Sarkozy ? eh bien, sans doute parce qu'on ne peut pas faire autrement. Le président de la République, maître du pouvoir, n'est pas maître du temps. La prise de pouvoir ne se conçoit pas comme une remise en cause des institutions, mais quand elles se remettent en cause toutes seules, on se rend compte qu'il est trop tard et l'on fait n'importe quoi, comme il a été démontré ci-dessus et comme la suite des évènements va malheureusement valider notre approche. Dans la peur d'être accusé de n'avoir rien fait, on fait dans la panique et l'absence de maîtrise. Le résultat ne peut être que catastrophique.
Mais avant, le débat sera
posé à Louviers, lors d'un
café radical, à prévoir en
septembre.
Bref, et c'est là que je vais conclure provisoirement : on a l'impression que c'est ce qui reste de la constitution qui pousse les gouvernements à faire erreur sur erreur. Et si changer de gouvernement ne sert à rien, il faut alors revoir la constitution.
Ce sera là le thème majeur de la convention radicale qui se tiendra du 17 au 19 octobre à Paris. D'ici là, un café radical sera animé sur ce sujet dont je me réjouis qu'il redevienne d'actualité.
Nous n'avons pas fini d'en parler.
  


 

mardi 10 juin 2014

TERRITOIRES : FAUT IL UN REFERENDUM ?

A priori, ça ressemble à n'importe quoi... et a posteriori, ça laisse perplexe. On a beau savoir que les territoires n'existent pas de toute éternité, que la France et son mille-feuille administratif sont appelés à être réformés, on n'y retrouve pas ses petits, d'autant que le territoire, compte pour beaucoup dans la construction de notre identité collective et individuelle.

La carte des diocèses de l'église
catholique de France s'est parfaitement
adaptée aux départements créés par la 
Révolution française.
C'est même drôle au fond de s'imaginer que les départements ont un peu plus de deux siècles, créés ex abrupto par la Révolution Française, se sont imposés et ont été adoptés partout.
Les départements ont pris une nouvelle vigueur en 1982, avec les lois de décentralisation, qui leur ont permis de trouver une certaine autonomie. Rappelons-le, il s'agissait alors d'instituer une relation nouvelle entre le citoyen et ses territoires. 30 après, on en est encore là, et, disons-le, ça n'a pas si mal marché. Tout le monde, à droite comme à gauche, s'est accommodé des textes, à partir du moment où l'action locale y avait un sens et où le pouvoir y était réel.
Ainsi les villes, les départements, les régions sont-ils passés de droite à gauche, puis de gauche à droite, balayant des conservatismes, favorisant les créativités, développant l'écoute des forces vives des territoires.
Mais alors, me direz-vous, pourquoi changer tout cela, puisque ça convient à tout le monde et que ça ne marche pas si mal.
Pourquoi le Président Hollande, après Nicolas Sarkozy, insistent ils si lourdement à vouloir transformer les Régions, supprimer les départements, et s'y prennent-ils si maladroitement ?

Passé le choc, il convient de réécouter l'intervention d'André Vallini et d'Hervé Le Bras, respectivement ministre et géographe, sur France Inter le 3 juin 2014... Nous avons un début de piste, mais ce n'est pas vraiment satisfaisant.
André Vallini est convaincu dans une première partie, mais a du mal, dans la seconde à répondre aux questions simples d'Hervé Le Bras et de Patrick Cohen... et donne finalement le seul exemple territorial qui vaille : la création de la Normandie réunifiée. Nous n'allons pas nous en plaindre, nous en avons déjà parlé ... et d'ailleurs, la seule crainte que nous puissions avoir, c'est que cette réforme, si mal ficelée, connaisse le même sort que la réforme Sarkozy ... et qu'il en faille recommencer à redécouper les territoires une prochaine fois.
Parce qu'enfin, ça reste étrange. Même si l'insistance de gouvernements de couleur politique opposée à réformer nos territoires est manifeste, on est abasourdi par l'incohérence des projets.
Au fond, le seul argument récurent d'André Vallini, homme éminemment respectable (mais si peu convaincant parce qu'au fond, on sent qu'il n'est pas convaincu), c'est de dire que les Régions coutent trop cher.

Carte des Régions revisitées par le gouvernement Valls, et
présentées par Libération. On a du mal à percevoir la pertinence
économique, sociale ou historique du redécoupage.
 
Pour tout dire, c'est un argument lamentable. On croirait entendre du Sarkozy ! Ce n'est pas qu'il faille renoncer à mieux gérer les régions, bien sur ... mais on ne fonde pas un projet de réorganisation administrative, juste pour faire des économies ... ou alors, alors oui ... mais on dit franchement les choses.
Le cas du redécoupage du territoire, de cette série d'occasions loupées démontre  que notre constitution est peu adaptée à la réforme. On avait voulu un quinquennat pour faire en sorte que le Président ne soit pas un être hybride, flottant au dessus du parlement, le dissolvant à sa guise, et seul maître du temps politique. On se rend compte qu'en fait, on est dans une situation d'affaiblissement du pouvoir. Sarkozy, comme Hollande ne peuvent se faire élire sur une révision générale de l'organisation du territoire. Ils peuvent peut-être perdre une élection là-dessus, mais pas la gagner ! C'est sans doute la raison pour laquelle, chez Hollande, comme chez Sarkozy, la question n'est venue qu'au bout de deux ans de pouvoir, c'est à dire, sous la pression électorale qui arrive très vite dans un quinquennat. Ainsi, la réforme la plus ambitieuse devient-elle la plus bancale et la plus mal bricolée.
On le voit déjà, le bricolage  institutionnel nous mène droit à la catastrophe. Réécoutez ce que Vallini dit sur la Bretagne : on a choisi de ne pas toucher aux Régions existantes... Pourquoi ? Pour avoir des éléments de langage, visiblement. Ce choix ne se justifie pas. Si les régions ne sont pas pertinentes, il fallait les redessiner finement et surtout ne pas brider les choix.
Un autre aspect de la carte. Mais il ne faut pas s'y tromper,
si la réorganisation des régions doit impliquer des changements
majeurs, il s'agit d'un aspect mineur d'une réforme de bien plus
grande envergure. Les départements et les communes seront
remises à terme en question. Sans doute Est-ce une réforme
nécessaire, mais elle concerne tous le français, bien au-delà
d'un attachement identitaire aux divers territoires.
On dit : la démocratie coûte cher. On doit remettre en cause l'équilibre des territoires et leur gestion. On doit remettre en cause la proximité du citoyen et de l'élu. Alors, oui, mais là on remet en cause une question du rapport entre le citoyen et sa représentation locale et nationale, on remet en cause la décentralisation. Alors, on n'est plus dans un simple arrangement technique. On est dans une nécessité politique. Alors, moi qui m'y oppose généralement, là je dis : oui, il faut un débat national. Il faut un référendum.