C'est la grande surprise en Suisse, le coup de bambou, la gueule de bois... Bien sûr, on avait par ci par là, ressenti quelques prémisses... comme par exemple une attitude hostile aux français travailleurs frontaliers... Mais enfin, on le sait, une fois que le tremblement de terre a eu lieu, c'est tellement facile de dire qu'on avait senti les secousses... mais les faits sont là : le 29 novembre, ce dimanche, les Suisses ont émis un vote ouvertement raciste, un vote d'exclusion, présenté comme tel par les terribles affiches qui reliaient au vote pour l'interdiction des minarets au rejet de la burqa, et au rejet du terrorisme.Personne ou presque en parle de l'aberration urbanistique que constitue l'interdiction a priori d'un type de bâtiment ...
Ce qui choque beaucoup plus c'est ce vote à 57,5 % pour l'interdiction alors que les sondages prédisaient un vote inverse à 53 % !
Il y a ce même refus honteux du sondé, mal à l'aise devant son choix à venir. Ce même sentiment qu'on a pu retrouver lors du vote sur l'Europe, en France et en Irlande...
Mais, bien sur, invariablement, c'est bien au 21 avril 2002 que cela fait penser. Ces victoires populistes si inattendues que les victorieux eux-mêmes ne savent pas quoi en faire ?
Les populistes ont été incapables de crier franchement victoire, tant ils se sont rendus compte que le commerce et les banques de leurs pays risquaient d'être affectées par un tel vote...
Bien sur la droite française et les populistes italiens emboîtent le pas ... avant que l'on ne se rende compte qu'une résolution de l'Onu empêche les Etats de prendre ce type de décision ... (autre clin d'oeil de l'Histoire : quelle conséquence aurait eu à Rome l'interdiction de construire des églises lorsqu'on n'y construisait que des temples ... ?)
Disons-le, les démocraties s'appuient sur l'opinion publique, et l'on peut facilement faire son beurre en politique sur les politiques d'exclusion ou de rejet... Mais la République a d'autres exigences, au premier rang desquelles figure le courage. Le courage d'aller contre le vent, le courage de faire comprendre que les solutions faciles et de rejet sont le contraire de solutions et qu'elles préparent aux plus grands malheurs, parce qu'elles empêchent les peuples de comprendre e de se comprendre. Le populisme, c'est bien cela : surfer sur les émotions malsaines et sur les peurs quitte à provoquer des catastrophes. Le pari des républicains est inverse : il s'appuie sur l'appel à l'intelligence pour précisément construire l'avenir, ensemble, en dépit des difficultés.