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| Thomas Piketty intervenant au club Jean Jaurès L'économie semble si facile à l'écouter ... A voir si j'aurais la même impression à la lecture de son ouvrage |
Hasard du calendrier, la venue programmée à de Thomas Piketty, quelques semaines après sa sortie de son ouvrage Le capital au 21e siècle, correspondait pile poil à l'événement de la semaine : la suspension de l'écotaxe, venant après le renoncement sur la taxation à 15,5 % des profits sur les produits d'épargne.
Belle performance de la fondation Jean-Jaurès qui avait invité il y a quinze jours, Marcel Gauchet à parler de l'individualisme, le lendemain de la cantonales de Brignoles.
Deux jours après, Thomas Piketty était d'ailleurs invité sur France Inter pour parler des impôts... c'était ce matin.
A priori, Thomas Piketty n'était pas venu à la Fondation Jean Jaurès, pour parler d'autre chose que de son ouvrage, mais la question de l'impôt était dans toutes les têtes. Il a d'ailleurs reparlé de la création de l'impôt sur le revenu, il y a 100 ans par le radical Joseph Caillaux. Il y a cent ans, c'était juste avant la 1ère guerre mondiale. Au delà de l'idée de justice sociale (Joseph Caillaux, spécialise de la fiscalité, travaille sur cette idée depuis plusieurs années), le consensus social sur l'impôt est imposé par la guerre.
Encore une fois, sur ce sujet, la France en impose au monde entier, et au monde moderne en particulier, qui reprendra le principe de l'impôt sur le revenu....
Ah, la France ... Nation si attendrissante, capable d'inventer l'impôt sur le revenu et incapable d'imposer la retenue à la source.
C'est que la France n'est pas vraiment terre de consensus. Penser qu'il aura fallu une guerre, la grande, pour que l'on parvienne à l'impôt progressif !
Penser qu'on était parvenu à un consensus entre la droite (qui était au pouvoir, Sarkozy-Fillon aux commandes), le centre qui était à la manœuvre (Borloo dirigeait avec brio les négociations sur le Grenelle de l'environnement), les Verts qui participaient avec sérieux et la gauche qui approuvait (seules 4 voix contre lors du vote à l'assemblée nationale). Dingue !
Et voilà tout ce travail foutu en l'air dès la première difficulté lors de son application ... Agriculteurs bretons, soutenus par la droite qui oublie qu'elle est à l'origine du processus, par le centre qui se désolidarise de Jean-Louis Borloo qui vient pourtant de fédérer les partis centristes, les Verts, qui retournent pudiquement la tête (sauf José Bové, seul à monter au créneau) et les socialistes qui cèdent sous la pression populaire ... Il était sain et logique que le gouvernement recule sur une mesure dont il n'était pas à l'origine.
Oui, il faut repenser la fiscalité. Oui, il faut aboutir au consensus. Faire en sorte que les mesures puissent être appliquées de manière pérenne dans un système fiscal à bout de souffle, où toute modification s'avère impossible.
La droite peut se gausser des reculs de la gauche en matière fiscale. Qu'on se souvienne des conséquences terribles de la décision unilatérale de Sarkozy de supprimer la taxe professionnelle. Ce n'est pas la mesure qui a été remise en cause, juste ses conséquences !
L'ancienneté de notre système fiscal a, ou plutôt avait, un avantage qui consistait à fournir un état détaillé du patrimoine et des revenus. Mais si nous avons des données portant sur plus d'un siècle et qui ont notamment permis le travail de Piketty sur l'état du capital, il a aussi pour conséquence d'avoir été constamment aménagé pour s'adapter, et que le chat de Bercy n'y retrouve pas ses petits tant l'édifice est fragile, composé de niches anciennes.
L'impôt pourtant est une nécessité, tant le niveau d'endettement plombe notre économie. Mais là aussi, un consensus est nécessaire, pas en interne celui-là. Piketty a ainsi expliqué qu'en ce qui concerne l'Italie et la Grèce, les efforts de rationalisation fiscale ont été lourdement plombés par l'évasion fiscale, dont certains Etats Européens ont continué de profiter. ainsi Mario Monti a-t-il été logiquement rejeté aux élections législatives Italiennes, malgré sa grande popularité à l'origine, laissant le champ libre au populiste Beppe Grillo et permettant la réhabilitation de l'horrible Berlusconi.
La fiscalité n'est plus un problème purement national. Ce qui est sur, toutefois, c'est qu'un consensus national sur l'impôt serait un pas déterminant pour une politique européenne, voire mondiale ^de la fiscalité.
Désolé, je n'ai pas fait de compte-rendu détaillé de l'intervention de Thomas Piketty à la fondation Jean Jaurès. Promis, sitôt qu'il sera fait par la fondation Jean Jaurès elle même, je vous transmettrai le lien pour y parvenir.
En attendant, la réflexion est déjà engagée. Le renoncement à l'écotaxe est le point culminant de la crise fiscale. On a l'impression que sur ce sujet, chaque gouvernement se casse les dents, à force de ne vouloir prendre à bras le corps ce sujet impopulaire par excellence, sur lequel il n'y a que des coups à prendre.
La dette, les besoins croissants en matière de service et d'action publics nécessitent pourtant une fiscalité moderne, adaptée, et la plus juste possible. Quelqu'un dans le monde politique, peut-il s'opposer à ses principes ?
Ne pourrait-on pas charger Thomas Piketty d'une mission ministérielle sur ce point ?
